Les mots du jihadisme

Les mots du jihadisme (Jihadologie)

Connaître le vocabulaire des jihadistes est essentiel pour comprendre un phénomène qui se diffuse aujourd’hui par Facebook ou Twitter.

Si autrefois le discours jihadiste était cantonné à des forums spécialisés, peu connus du grand public et de la majorité des internautes, ce discours est désormais présent partout grâce à la puissance des réseaux sociaux, en particulier Facebook et Twitter. Cette accessibilité à la propagande jihadiste n’est toutefois pas synonyme de meilleure intelligibilité du phénomène, tant celui-ci paraît toujours aussi obscur aux yeux du plus grand nombre, à commencer par son vocabulaire, inspiré d’un arabe médiéval dont l’usage ne subsiste plus aujourd’hui que dans certains milieux traditionalistes.

Parvenir à déchiffrer ces références religieuses, leur histoire et le narratif contemporain véhiculé par la « culture jihadiste », à travers ses ouvrages de référence ou ses chants guerriers, est sans doute la principale raison d’être de la jihadologie. Même lorsqu’il s’agit de francophones, on constate l’utilisation récurrente d’un vocabulaire particulier et parfois déroutant, que nous proposons à travers ce lexique d’élucider.

Couverture du «Qamus al-Muhit», dictionnaire encyclopédique du lexicographe al-Fayruzabadi (1329–1414)
Couverture du «Qamus al-Muhit», dictionnaire encyclopédique du lexicographe al-Fayruzabadi (1329–1414)

‘Aqida : en fonction du contexte dans lequel il est employé, ce terme peut désigner à la fois le dogme islamique (les six piliers de la foi musulmane consistant à croire en Dieu, aux anges, aux livres révélés, aux prophètes, au jour du jugement dernier et au destin bon ou mauvais) ou l’idéologie d’un courant islamiste en particulier, en d’autres termes ses spécificités politico-religieuses par rapport aux autres tendances.

Baqiya : slogan de l’Etat islamique signifiant «il restera».

Bid‘a : ce mot signifie «innovation», dans l’esprit des salafistes ce ne sont pas les innovations techniques telles qu’Internet, les avions ou la robotique, qui sont rejetées, mais les innovations dogmatiques ou, le plus souvent, liturgiques.

Dogma : dans les dialectes utilisés dans les pays du Golfe, ce terme signifie «bouton» pour désigner le bouton rouge actionné par le kamikaze lorsqu’il conduit une voiture piégée. Dans le langage courant employé par les jihadistes, y compris pour les francophones, il s’agit d’une attaque kamikaze. Ce mot a été popularisé dans les milieux jihadistes par Abu Hajar al-Hadrami, ancien chanteur d’Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) tué par une frappe de drone américain en juillet 2015, dans un nashid (voir la définition) où le terme dogma apparaît dans le refrain.

Inghimasi : désigne littéralement celui qui se plonge ou se fond dans un élément, contrairement au kamikaze, l’inghimasi combat les armes à la main tout en portant une ceinture explosive autour de son corps qui est actionnée seulement lorsque celui-ci n’a plus de munitions ou qu’il se sent piégé. Même si cela reste assez rare, il arrive qu’un inghimasi revienne vivant d’une mission, ce qui n’est jamais le cas du kamikaze, qui est tué ou capturé en cas d’échec.

Ghanima : il s’agit du butin pris au combat sur le champ de bataille. Les théologiens médiévaux, notamment Ibn Taymiyya, établissent une distinction entre le butin (ghanima), pris par la force, et le fay, qui constitue le butin pris sans violence, que ce soit par une taxe imposée aux populations soumises, notamment les dhimmis, ou par n’importe quelle autre façon.

Ghulat : Dans la mouvance jihadiste, les extrémistes sont désignés sous l’appellation de «ghulat at-takfir», c’est-à-dire les «extrémistes du takfir». Jusqu’en janvier 2014, le terme ghulat désignait uniquement un courant ultra-radical, dont la plupart des membres étaient issus du jihadisme, puis s’en étaient détournés après avoir excommunié l’ensemble du champ jihadiste et donc, au final, délégitimé la lutte armée. A partir du début de l’année 2014, les cadres d’al-Qaïda, puis l’ensemble de leurs sympathisants, reprennent progressivement le terme ghulat pour désigner les membres de l’Etat islamique (EI), jusqu’à en faire aujourd’hui son usage principal.

Hijra : employée à l’époque contemporaine, notamment dans la presse, pour traduire «immigration», ou «émigration», en faisant référence aux mouvements des populations du Sud de la Méditerranée vers l’Europe, la Hijra signifie dans un contexte religieux l’émigration d’un pays non-musulman vers une terre d’Islam. Pour les jihadistes, comme il n’existe aucune terre d’Islam à notre époque, hormis les territoires de l’EI, il s’agit d’un départ vers une terre de Jihad mais pour les salafistes quiétistes, la Hijra signifie rejoindre leurs pays d’origine ou n’importe quel autre pays musulman.

Jahiliyya : ce terme signifiant littéralement «l’âge de l’ignorance» désigne à l’origine la période anté-islamique précédant l’avènement de l’Islam. Aux yeux des convertis ou des musulmans de souche repentis, la jahiliyya représente leurs vies avant d’embrasser l’islam pour les premiers ou de revenir à la pratique religieuse pour les seconds.

Kharijites : Le terme francisé «kharijites» (Khawarij en arabe), désignant à l’origine une secte apparue au début de l’histoire islamique, dont la particularité était de se soulever contre les autorités politiques mais aussi d’excommunier systématiquement les auteurs de péchés capitaux. Aujourd’hui, il s’agit d’une appellation polémique par laquelle les salafistes quiétistes désignent tous les opposants islamistes aux régimes arabes, des Frères Musulmans aux jihadistes les plus radicaux. Pour les salafistes quiétistes, la plupart des régimes arabes sunnites sont en effet des autorités légitimes contre lesquelles toute contestation est interdite, contrairement aux jihadistes qui en font des cibles prioritaires.

Kuniya : surnom ou pseudonyme composé d’Abu «père» pour les hommes ou Umm «mère» pour les femmes, puis d’un nom propre. Ce type de pseudonyme est utilisé par les salafistes, toutes tendances confondues, mais aussi en dehors des milieux islamistes, y compris chez des chrétiens, notamment en Jordanie, en Palestine ou encore au Liban. A noter que dans ces pays, contrairement au Maghreb, l’utilisation de la kuniya est totalement banalisée. Dans cet usage banalisé de la kuniya, c’est presque toujours le prénom du fils aîné qui est repris, ce qui n’est pas souvent le cas pour les salafistes.

Manhaj : Le manhaj, que l’on peut traduire par la «voie», est généralement employé par les salafistes pour évoquer l’orthodoxie d’un groupe. Contrairement au mot ‘ aqida, le manhaj ne se limite pas seulement aux croyances et doctrines professées mais englobe également le mode d’action politique, qui se doit d’être conforme avec la ligne idéologique revendiquée.

Murjites : Terme aujourd’hui utilisé par les jihadistes pour désigner les salafistes quiétistes. A l’origine, les murjites, en arabe Murji’a ou ahl al-irjâ’, sont les adeptes d’une secte musulmane apparue au viiie siècle. Excluant les œuvres de la foi, les «murjites» sont le pendant inverse des «kharijites» selon l’hérésiographie musulmane classique. Aujourd’hui, ce sont essentiellement les jihadistes qui emploient cette appellation de murjites pour disqualifier leurs opposants salafistes quiétistes, qui, de leurs côtés, accusent les jihadistes d’être des kharijites.

Muwahhidin : Tout au long de l’histoire de l’Islam, plusieurs courants réformateurs ou sectaires se sont appelés «muwahhidin» (monothéistes) : la dynastie des Almohades, les Druzes ou les «wahhabites». Les salafistes jihadistes, issus tout comme les salafistes quiétistes de la réforme religieuse prêchée au XVIIIe siècle par Muhammad Ibn ‘Abd al-Wahhab, ont une prédilection pour cette appellation, on retrouve ainsi régulièrement le terme «muwahhidin» dans les discours des leaders de l’Etat islamique.

Nashid : le nashid (anashid au pluriel) est un chant ou un hymne qui dans le contexte jihadiste est chanté a capella, sans instrument de musique, et constitue une part importante de l’expression de la «culture jihadiste». A noter qu’en arabe le terme nashid n’a pas uniquement une connotation religieuse, il est d’ailleurs employé pour désigner l’hymne national (an-Nashid al-Watani).

Quburi : adepte du culte des saints – littéralement tombolâtres — (le terme qubur, signifiant «tombeaux»), en références aux pratiques des confréries soufies particulièrement vilipendées par tous les courants du salafisme, assimilant les prières adressées aux morts à de l’idolâtrie. Dans tous les territoires contrôlés par les jihadistes, les mausolées des saints, auxquels les soufis attribuent des pouvoirs surnaturels sont systématiquement détruits.

Rafidites : Terme péjoratif (rawafid en arabe), signifiant l’appartenance au parti du refus (Rafd), reniant les trois premiers califes de l’Islam – Abu Bakr (m. 634), ‘Umar b. al-Khattab (m. 644) et ‘Uthmân b. ‘Affan (m. 656). Pour les salafistes, ce terme désigne le plus souvent les chiites duodécimains, dont les principales communautés se trouvent en Iran, en Irak, au Bahreïn et au Liban, voire également les chiites zaydites du Yémen. Dans les communiqués de l’EI, les zaydites sont ainsi systématiquement qualifiés de «rafidites». A noter que ce terme, à l’origine péjoratif, est aussi repris par les courants les plus radicaux du chiisme, notamment celui du Koweïtien Yasser Habib, pour bien souligner leur hostilité aux trois premiers califes.

Ribat : Durant la période médiévale, le ribat est un édifice fortifié, du tour de guet ou fortin jusqu’à la forteresse, situé près des frontières ou sur les côtes maritimes. Dans le langage courant des jihadistes, il s’agit de monter la garde sur la ligne de front.

Sabaya : un des termes utilisés au Moyen-Âge pour désigner les «concubines», c’est-à-dire les esclaves avec lesquelles l’interprétation médiévale de la loi islamique autorisait d’entretenir des rapports sexuels. C’est uniquement ce terme, et pas un autre, qui est utilisé par l’EI pour désigner leurs «esclaves sexuelles», essentiellement des femmes de la communauté yézidite.

Sahawat : Pluriel de Sahwa, signifiant «réveil» en arabe, en référence au réveil des tribus irakiennes sunnites, se révoltant contre les jihadistes après la proclamation de l’Etat islamique d’Irak en octobre 2006. A partir de 2007, les sahawat se sont développées grâce à un soutien financier et militaire considérable des Etats-Unis. Pour l’EI, à travers l’emploi du terme «sahawat», il s’agit de stigmatiser les adversaires sunnites de l’organisation jihadiste, notamment lorsque ces derniers sont soutenus par des puissances étrangères, en les assimilant aux supplétifs de l’armée américaine lors de l’occupation de l’Irak.

Salul : Jeu de mots, particulièrement répandu dans les milieux jihadistes, tournant en dérision la dynastie des Saouds, au pouvoir en Arabie saoudite, à partir de la ressemblance de leur patronyme avec celui d’un personnage décrié par la tradition musulmane. Contemporain du Prophète Muhammad, Abdallah Ibn Ubay Ibn Salul est considéré par les sources musulmanes classiques comme le chef de file des «hypocrites» (munafîqûn) ayant fait semblant d’embrasser l’islam après l’arrivée du Prophète à Médine, pour mieux le combattre. Ce jeu de mots est un des nombreux exemples soulignant l’hostilité entre les jihadistes et la dynastie saoudienne.

Taghut : Aujourd’hui, pour la plupart des arabophones, le mot taghut signifie uniquement «tyran» ou «dictateur». Il s’agit en réalité, d’un terme théologiquement polysémique que l’on retrouve à plusieurs reprises dans le Coran, définissant des concepts différents, qu’il s’agisse des fausses idoles de l’époque préislamique (telles que Lat et al-‘Uzza à La Mecque), de Satan, du sorcier ou d’un responsable politique ou judiciaire n’appliquant pas la loi islamique (shari‘a).

Takfir : contrairement à une idée répandue, le takfir, c’est-à-dire l’exclusion d’un individu de la sphère de l’islam, n’est pas une spécificité du courant jihadiste. Le thème de l’apostasie est en effet un sujet abordé par tous les théologiens musulmans, de l’époque médiévale jusqu’aux contemporains. En revanche, l’accusation de «takfirisisme», c’est-à-dire d’extrémisme, ou encore d’excès de zèle, dans la pratique de l’excommunication (takfir) est régulièrement employée par des salafistes, des islamistes ou même des acteurs politiques laïcs afin de discréditer ceux qui les excommunient, n’appartenant pas nécessairement au courant jihadiste.

Tawhid : le terme «tawhid» se traduit en arabe par «unification», dans le contexte religieux il s’agit littéralement «d’unifier Dieu», autrement dit de parvenir au monothéisme. Les salafistes toutes tendances confondues mettent en avant leur attachement à ce concept qui constitue la pierre angulaire de leur enseignement théologique. Si toutes les tendances de l’expression de la spiritualité musulmane mettent en valeur le Tawhid, il s’agit pour les salafistes du seul véritable dogme essentiel, tandis que pour d’autres mouvances, le Tawhid relève d’une valeur morale au même titre que la fraternité, l’amour ou encore la solidarité.

Tazkiyya : recommandation en la faveur d’une personne souhaitant intégrer une structure, qu’il s’agisse d’une université islamique pour des salafistes quiétistes ou encore d’un groupe combattant pour les jihadistes. Certains journalistes ou humanitaires peuvent également bénéficier de la «recommandation» d’une personnalité religieuse avant d’approcher un groupe jihadiste.

Wala wa-l-bara : ce concept a été défini explicitement pour la première fois au XIXe siècle par l’un des petits-fils de Muhammad Ibn ‘Abd al-Wahhab, Sulayman b. Abdallah Al ash-Shaykh (1786-1818). Si pour les djihadistes ce dogme d’al-Wala wa-l-Bara (l’alliance et le désaveu) doit pousser à la confrontation avec les infidèles, les salafistes quiétistes n’y voient qu’un appel à une rupture symbolique avec l’Occident, notamment par leurs tenues vestimentaires et le rejet du mode de vie des Occidentaux.

Wilaya : à l’instar de la terminologie employée par plusieurs régimes arabes, la wilaya désigne une province de l’Etat islamique une fois que celle-ci a été officiellement reconnue par Abu Bakr al-Baghdadi ou son porte-parole Abu Muhammad al-Adnani, dont la mort a été confirmée par l’EI à la fin du mois d’août 2016. A noter que plusieurs sections actives de l’EI, notamment au Bangladesh ou en Tunisie, n’ont pas encore été reconnues comme des wilayas. A contrario, la wilaya de l’EI en Algérie a été officiellement reconnue en novembre 2014, malgré un nombre très limité d’opérations et de combattants.


Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions islamistes, historien, médiéviste de formation, devenu spécialiste du salafisme contemporain, il est aujourd’hui l’un des principaux veilleurs francophones couvrant l’actualité de la mouvance jihadiste globale. Ses travaux sont également consacrés aux nouveaux clivages sunnites/chiites dans le monde arabe et à la guerre civile syrienne, avec une focale sur les formations jihadistes. Arabisant, il a vécu de nombreuses années au Moyen-Orient: trois ans au Caire, deux ans à Amman et près de cinq ans à Beyrouth.

« La migration est inévitable et ne s’arrêtera pas »

Antonio Guterres : « La migration est inévitable et ne s’arrêtera pas » (La Croix)

Le futur secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a donné le cap de son mandat concernant la gestion migratoire, mardi 22 novembre, à l’occasion du sommet « Europe vision Summit » organisé à Lisbonne par huit laboratoires d’idées européens.

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Il n’a pas encore enfilé le costume de secrétaire général de l’ONU qu’il parle déjà de migrations. Qu’attendre d’autre d’Antonio Guterres, qui a quitté il y a un an le poste de haut-commissaire aux réfugiés des Nations unies (2005-2015) ? L’ancien premier ministre portugais (1995-2002) n’a pas mâché ses mots mardi 22 novembre à Lisbonne, à l’occasion d’un sommet organisé par huit laboratoires d’idée européens (1). Et ce, avant son entrée en fonction, le 1er janvier prochain.

Plaidoyer pour une gestion globale

« La migration n’est pas le problème, mais la solution », a entamé le successeur de Ban Ki-moon en préambule d’un discours d’une demi-heure, avant de souligner ce qui pèche à ses yeux.

« La gestion de la migration est une question de souveraineté nationale, cette approche est extrêmement limitée. La vérité c’est qu’en attendant, les vrais régulateurs des mobilités internationales, ce sont les passeurs et les organisations criminelles.

Il faut reconnaître que la migration est inévitable et qu’elle ne s’arrêtera pas », a poursuivi le socialiste devant une assemblée de décideurs et de chercheurs galvanisés.

Comme pour laisser entrevoir son programme des prochains mois dans le cadre de ses nouvelles fonctions, il a évoqué « plusieurs points à mettre sur la table des discussions pour impulser un développement positif » des politiques en la matière.

Pour lui, il s’agira de « développer des opportunités d’immigration légale, seule façon de lutter contre les réseaux criminels », de mieux faire coïncider l’offre et la demande de migration lorsque c’est possible, de renforcer le développement dans les pays où les migrants transitent (Niger) ainsi que la coopération entre les pays de passage, sur l’exemple de l’Espagne avec les pays d’Afrique de l’ouest aux Canaries.

Contre la tentation du populisme

Ce fervent catholique de 67 ans a insisté sur l’importance de « bâtir des frontières sensibles au besoin de protection des personnes », et de « partager le fardeau » de la crise migratoire.

Pour lui, « il faut convaincre que la migration est inévitable et que les sociétés multi-ethniques, multiculturelles, multireligieuses qui se construisent sont une richesse ».

Pour se prémunir de tout procès en naïveté, il a ajouté ne pas être « convaincu que ça va être facile, vu l’état des opinions ». Pour expliquer les mouvements de rejet des étrangers, l’ancien premier ministre a tenu des propos très durs contre l’économie mondiale.

« Pendant longtemps, on a prétendu que la globalisation et les progrès technologiques allaient inclure tout le monde, a-t-il déclaré, mais beaucoup de personnes ont été laissées sur le bord du chemin, la colère s’est développée (…) et la migration s’est imposée comme une menace. Il n’y aura pas de réussite sans répondre à ce sentiment ».

Face à la montée des populismes, il a également lancé aux responsables politiques un défi de « tolérance » et de « primauté de la raison ».

« Lorsqu’un élu hésite entre les valeurs et la prochaine échéance électorale, je lui conseillerais de choisir les valeurs, a-t-il déclaré. S’il choisit le court terme il perdra les deux, car il y a toujours un moment où on perd une élection. À ce moment-là, cela devient très dur de récupérer les valeurs qu’on a abandonnées. »

Presque du Churchill dans le texte, qui avait déclaré en 1938 : « Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre ».

Pas de statut de réfugié climatique

Le prochain secrétaire général des Nations unies a enfin pris position sur les exilés qui fuient le manque de ressources naturelles, notamment au Sahel. Il s’est dit « extrêmement opposé » à l’élargissement de la convention de Genève par la création d’un statut de réfugié climatique. À la place, il défend « une meilleure protection mondiale », pourquoi pas avec une « convention » s’inspirant de « l’initiative Nansen ». Lancé par la Suisse, la Norvège, l’Australie, l’Allemagne, le Bangladesh, les Philippines, le Costa Rica, le Mexique le Kenya, ce mouvement vise à mettre en place des mécanismes de solidarité.

Jean-Baptiste François


(1) Institut Jacques Delors (Paris), Bertelsmann Stiftung (Gütersloh en Allemagne), Bruegel (Bruxelles), Calouste Gulbenkian Foundation (Lisbonne), Chatham House (Londres), Compagnia di San Paolo (Turin), The Finnish Innovation Fund Sitra (Helsinki).

Les États autoproclamés post-soviétiques

Les États autoproclamés post-soviétiques, angles morts du voisinage de l’Union européenne (Diploweb)

Par Thomas MERLE –  professeur agrégé de géographie, professeur agrégé d’histoire, doctorant en géographie politique, Université de Reims Champagne-Ardenne, laboratoire E.A.2076 Habiter.

Pourquoi l’ex-URSS est-elle un terreau fertile à la prolifération des États non reconnus ? Quelles sont les incidences en termes de sécurité pour l’Union européenne ? Le premier temps de cette étude est consacré à la genèse des États autoproclamés post-soviétiques. Une deuxième partie aborde les enjeux, notamment en termes de sécurité, aux échelles européennes et mondiales. Enfin la troisième partie présente les perspectives d’évolution et les possibilités de résolution. Illustré de cinq cartes rassemblées en deux documents.

AU PRINTEMPS 2014, alors que la Russie vient d’annexer la Crimée, l’est de l’Ukraine s’enflamme. Des sécessionnistes proches de la Russie proclament les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk dans les oblasts (régions) ukrainiennes du même nom. Aucun État reconnu, pas même la Russie qui les soutient officieusement, ne leur apporte une reconnaissance comme États. Les deux entités restent dans un entre-deux méconnu : ce sont des États autoproclamés. Ces derniers, également appelés quasi-États [1] ou États non/peu reconnus, répondent sans difficulté à trois des caractéristiques majeures de l’État tel que défini à la Convention de Montevideo en 1933. Ils contrôlent un territoire ; ils disposent d’une population permanente ; ils s’appuient sur des institutions. Mais ils sont mis en difficulté par la quatrième et dernière condition, celle de la « capacité à entrer en relation avec les autres États ».

Il n’existe aucune définition officielle des États autoproclamés. Une approche assez stricte conduit cependant à écarter certaines entités dont la reconnaissance fait débat mais reconnues par la plupart des États (Palestine, Kosovo). De la même manière, un gouvernement en exil qui ne contrôle pas son territoire (cas du Tibet, occupé par la Chine) ou un mouvement de guérilla dans une guerre civile (les FARC en Colombie) n’est pas un État autoproclamé. À l’issue de ces remarques, outre les républiques populaires de l’est de l’Ukraine, huit entités peuvent être qualifiées d’États autoproclamés : le Sahara occidental (au sud du Maroc) et le Somaliland (nord de la Somalie) en Afrique, la République Turque de Chypre Nord (tiers nord de l’île de Chypre), la Transnistrie (est de la Moldavie), l’Abkhazie et l’Ossétie du sud (en Géorgie) et le Haut-Karabagh (en Azerbaïdjan) dans la Grande Europe et enfin Taïwan (île revendiquée par la Chine) en Asie.

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Si l’on s’intéresse à la répartition spatiale, un point attire l’attention dans cette liste : la très forte représentation de l’ex-URSS, avec la moitié des cas. Et plus encore en prenant en compte les entités non reconnues de l’est de l’Ukraine, mais dont la pérennité reste encore douteuse, conduisant à ne pas les considérer ici. Pourquoi l’ex-URSS est-elle un terreau fertile à la prolifération des États non reconnus et quelles sont les incidences en termes de sécurité pour l’Union européenne ? Le premier temps de l’article sera consacré à la genèse des États autoproclamés post-soviétiques. Une deuxième partie abordera les enjeux, notamment en termes de sécurité, aux échelles européennes et mondiales. Enfin la troisième partie présentera les perspectives d’évolution et possibilités de résolution.

I. Des entités issues de la politique du « diviser pour régner » de Joseph Staline ?

Soulignons d’abord combien ces États autoproclamés sont largement issus de la politique stalinienne (A) et ont pris une indépendance non reconnue prise les tensions de la fin de l’URSS (B). Nous nous interrogerons ensuite à propos d’une origine historique plus lointaine de ces entités (C).

A. Des États autoproclamés largement issus de la politique stalinienne

Trois des quatre États autoproclamés post-soviétiques tirent leur origine directe de la période soviétique, ceux du Caucase. Les républiques indépendantes proclamées suite à la Révolution russe de 1917 ont disparu au bout de quelques mois ou de quelques années. L’URSS commence à exister formellement en 1922 mais ses structures sont déjà largement en place en 1921, année au cours de laquelle la Russie s’empare de la Géorgie. Dès cette année est mise en place une République Socialiste Soviétique d’Abkhazie, considérée pendant quelques mois comme l’égale de la Géorgie, avant de lui être intégrée, mais en gardant officiellement ce statut de république fédérée à la création de l’URSS.

En 1922, J. Staline affirme son pouvoir personnel et sous couvert d’une « politique des nationalités », instrumentalise et accentue les divisions et tensions dans de nombreuses régions de l’URSS, lui donnant la main pour arbitrer et décider seul. Géorgien, Staline a pourtant à cœur d’affaiblir la Géorgie, dont il se méfie ; est ainsi créé l’oblast autonome d’Ossétie du Sud. L’Ossétie du Sud a donc un statut d’autonomie inférieur en titre à celui de l’Abkhazie mais qui vient dans les faits saper de la même manière la souveraineté géorgienne. En 1923, Staline arbitre le conflit entre Arménie et Azerbaïdjan à propos du Haut-Karabagh, créant un oblast autonome du Haut-Karabagh peuplé à 90 % d’Arméniens (89,1 % en 1926 selon le recensement soviétique) en Azerbaïdjan… et sans contiguïté territoriale avec l’Arménie. Les Arméniens du Karabagh acquièrent ainsi une autonomie avec un soviet propre qui va affaiblir l’autorité de celui de l’Azerbaïdjan. Mais ils sont enclavés, sans lien physique avec l’Arménie. Dans le Caucase, au milieu des années 1920, la situation qui prévaut sous l’URSS pour l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud et le Haut-Karabagh est globalement en place [2].

Dans le cadre de la Transnistrie, l’ancêtre de l’entité actuelle naît également dans les années 1920. À l’issue de la Première Guerre Mondiale, la partie située sur la rive droite du Dniestr dans l’actuelle Moldavie est rattachée à la (Grande) Roumanie ; mais la rive gauche reste dans le giron russe puis soviétique. En 1924 Staline entérine la création de la République Socialiste Soviétique Autonome de Moldavie en Ukraine, qui comprend, outre la partie sur la rive gauche du Dniestr de la Moldavie actuelle, une partie de l’actuelle Ukraine de l’ouest. Sa capitale officielle est Chisinau située rive droite du Dniestr, donc alors en Roumanie … Cela montre les revendications du pouvoir soviétique sur cette ancienne marge de l’empire russe. Cependant, en pratique, la capitale effective dès 1929 est Tiraspol, actuelle capitale de la Transnistrie. À l’issue de la Seconde Guerre mondiale l’URSS « libère » et intègre l’ensemble de l’actuelle Moldavie ; la République Socialiste Soviétique autonome de Moldavie en Ukraine est supprimée. Son tiers occidental est donné à la nouvelle République fédérée de Moldavie, fondée sur les territoires annexés au détriment de la Roumanie. La Transnistrie n’a aucun statut d’autonomie ensuite sous la période soviétique.

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B. Une indépendance non reconnue prise dans les tensions de la fin de l’URSS

Les tensions potentielles sont contenues et instrumentalisées durant l’essentiel de la durée de vie de l’URSS. Mais la situation dégénère à la fin des années 1980 sur fond de glanost et de perestroïka. Les réformes de Mikhaïl Gorbatchev (1985-1991) permettent l’expression de revendications sans qu’elles ne soient écrasées immédiatement par la force. En 1988 dans un contexte de tensions entre Azéris et Arméniens, le soviet du Haut-Karabagh vote son rattachement à l’Arménie, ce dont il a théoriquement le droit ; mais le pouvoir central n’entérine pas la décision. Le soviet d’Arménie accepte le rattachement en 1989. En 1990, le soviet d’Azerbaïdjan dissout celui du Haut-Karabagh au motif qu’il en a la possibilité car la région fait partie de son territoire bien qu’étant autonome. En 1991, l’Azerbaïdjan, le Haut-Karabagh puis l’Arménie déclarent leur indépendance mais celle du Haut-Karabagh, qui n’était pas une République fédérée, n’est pas reconnue internationalement. Deux ans de guerre s’ensuivent entre Arméniens et Azéris de 1992 à 1994, date de signature d’un cessez-le feu. Le Haut-Karabagh n’est plus contrôlé par l’Azerbaïdjan et occupe, avec les Arméniens, une zone deux fois plus vaste permettant d’assurer sa contiguïté territoriale avec l’Arménie, et le mettant en contact avec l’Iran au sud.

Les mécanismes sont très proches pour les autres cas. En 1989, des affrontements ont lieu entre Géorgiens et Abkhazes tandis que des nationalistes ossètes demandent leur rattachement à l’Ossétie du Nord qui relève de la Russie alors que l’Ossétie du Sud appartient à la Géorgie. Abkhazie et Ossétie du Sud affirment leur indépendance en 1990 mais elle n’est pas reconnue, pour la même raison que le Haut-Karabagh : ce n’était pas des républiques fédérées de l’URSS mais des régions avec un statut d’autonomie. Une guerre a lieu entre 1991 et juin 1992 en Ossétie du Sud, à l’issue de laquelle cette dernière confirme de fait son indépendance. Dès le mois d’août 1992 un conflit autour de l’Abkhazie prend le relais ; il s’achève fin 1993 avec une victoire des Abkhazes grâce au soutien russe. La Russie se pose en médiatrice et obtient l’entrée de la Géorgie dans la Communauté des États Indépendants ; son soutien aux séparatistes se réduit dans la fin des années 1990. Les conflits géorgiens se gèlent. Ils se réactivent au printemps 2008, avec de fortes tensions ; en août, le président géorgien M. Saakachvili tente de reprendre l’Ossétie du Sud. La Russie était cependant prête à soutenir les séparatistes ; au bout de cinq jours un cessez-le-feu limite la débâcle géorgienne mais consacre l’indépendance de fait des Abkhazes et des Ossètes. La Russie apporte alors sa reconnaissance à l’Abkhazie et à l’Ossétie du Sud. Moscou obtient, moyennant finance, leur reconnaissance par ses alliés latino-américains (Nicaragua, Venezuela) et par des micro-États du Pacifique (Vanuatu, îles Tuvalu).

En Moldavie, les nationalistes pèsent pour obtenir un rattachement à la Roumanie et dégradent en 1989 le statut du russe. Cela inquiète une grande partie des habitants de la rive gauche du Dniestr : le recensement soviétique de 1989 donne une majorité qui n’est que relative pour les Moldaves (39,9 %), avec 28,3 % d’Ukrainiens et 25,5 % de Russes. Ces derniers ont été privilégiés tout au long de l’URSS car jugés plus fiables puisque plus anciennement intégrés : la région était soviétique dès les débuts de l’URSS tandis que le reste de la Moldavie a relevé de la Roumanie jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La Transnistrie a aussi reçu beaucoup d’investissements industriels tandis que le reste de la Moldavie était cantonné à l’agriculture et plus pauvre : en 1989, la Transnistrie est quasiment deux fois plus riche que la moyenne de la Moldavie, pesant 17 % de la population mais 33 % du PIB [3]. Les minorités slaves, en particulier les Russes, ne souhaitent pas être diluées dans une Grande Roumanie ethniquement différente et sensiblement moins développée. Igor Smirnov, un ingénieur russe qui a fait carrière dans l’industrie de l’armement en Transnistrie, cristallise le mouvement de protestation et demande en septembre 1990 la création d’une république fédérée de Transnistrie en URSS, ce que Gorbatchev refuse en décembre 1990. En 1991, la Transnistrie déclare son indépendance, suivie par la Moldavie. Là encore la reconnaissance de la Moldavie se fait sans difficulté car c’était une République fédérée tandis que celle de la Transnistrie n’est reconnue par aucun État. La Moldavie tente de reprendre le contrôle de la Transnistrie au printemps 1992 lors d’une courte guerre, qu’elle perd car les séparatistes sont soutenus par la XIVe armée russe du général Alexandre Lebed. Au milieu des années 1990, Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud et Haut-Karabagh ont donc pris par la force, avec des soutiens extérieurs (russes ou arméniens), leur indépendance.

C. Des entités ayant une origine historique plus lointaine ?

Si la période soviétique est donc décisive dans la naissance des États autoproclamés du Caucase et de Moldavie, ces entités tentent de faire valoir souvent une antériorité plus profonde. Ce sont d’ailleurs des raisons historiques qui ont pu expliquer les statuts spécifiques accordés sous l’URSS. Le Haut-Karabagh est disputé par les Arméniens et les Azéris, qui considèrent cette région comme un berceau de leur civilisation. Les Arméniens se fondent sur les khatchkars, ces croix arméniennes, marqueurs de leur christianisme. Les Azéris, musulmans, se réfèrent notamment au khanat du Karabakh au XVIIIe siècle. Les Ossètes seraient un peuple descendant des Alains, séparé par une frontière internationale (entre Géorgie et Russie). Quant aux Abkhazes, ils font partie des « peuples sans État », au même titre que les Kurdes. Les Abkhazes soulignent en outre leur existence attestée sur des cartes comme royaume médiéval voire antique ; les Géorgiens rétorquent que ce royaume abkhaze était déjà associé à la Géorgie. Les autorités de Transnistrie, ne pouvant pas s’appuyer sur un statut d’autonomie du temps de l’URSS, insistent sur le passé russe (utilisation de l’alphabet cyrillique, importance de Catherine II) tout en se revendiquant comme la continuation de la Moldavie historique. Le nom officiel de la Transnistrie pour ses autorités est République Moldave du Dniestr… Les États non reconnus construisent ou renforcent une identité pour survivre. Pour cela ils s’appuient, comme les États reconnus, sur la création d’un récit national.

II. Des États non reconnus qui posent des enjeux géopolitiques

Les États non reconnus de l’ex URSS constituent ils à l’échelle régionale et européenne, des « trous noirs » ? (A), Comment, à l’échelle mondiale, s’inscrivent-ils dans une nouvelle Guerre froide B)

A. À l’échelle régionale et européenne, des « trous noirs » ?

En l’absence de reconnaissance, les États autoproclamés font l’objet d’accusations dont la réalité est difficile à établir. Les entités caucasiennes et la Transnistrie seraient au cœur de réseaux de trafic de drogue, d’armes, d’êtres humains, voire de matériel nucléaire. Plusieurs nuances doivent être posées. Un premier point à souligner est qu’en l’absence de reconnaissance internationale, les observateurs internationaux ne peuvent entrer officiellement sur le territoire des États autoproclamés. Cela pourrait aller dans le sens d’entités cherchant à sa cacher aux yeux du reste du monde, si le refus venait des États autoproclamés. Mais ils appellent de leurs vœux la venue d’observateurs pour établir le caractère démocratique de leurs élections et pour voir la manière dont les flux de marchandises et de personnes sont contrôlés. Certains observateurs témoignent des relatives bonnes pratiques en matière d’élection de ces entités, mais ne peuvent le dire officiellement.

Afin de maintenir la stabilité, des missions internationales peuvent être déployées et mener des contrôles aux frontières. Les résultats ne vont guère dans le sens de trafic de grande ampleur : l’OSCE n’a décelé aucun trafic d’armes majeur au niveau de la Transnistrie. La mission européenne EUBAM a quant à elle surtout découvert un trafic de poulet surgelé qui pose des enjeux sanitaires, certes, mais qui relève surtout de la fraude fiscale. Les États autoproclamés postsoviétiques ne sont pas des zones de non droit comme peut l’être la zone saharo-sahélienne. Ils ont une structure étatique, avec une police, une justice, des douanes, etc. Des défaillances, des passe-droits et de la corruption ne sont pas à exclure, loin de là. Mais est-ce vraiment le propre des États autoproclamés ou n’est-ce pas plutôt une caractéristique des États faibles de l’ex-URSS ? L’Asie centrale, l’Ukraine mais aussi la Moldavie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie, États reconnus, ne font sans doute pas beaucoup mieux.

B. À l’échelle mondiale, l’inscription dans une nouvelle Guerre Froide ?

Les États autoproclamés postsoviétiques s’appuient tous sur un protecteur qui les soutient de manière très directe (l’Arménie pour le Haut-Karabagh) ou plus lâche (la Russie pour la Transnistrie) mais qui est essentiel pour eux dans un contexte d’isolement. Cette relation asymétrique de dépendance place l’État protecteur dans une situation de force vis-à-vis de l’État autoproclamé, mais aussi, en particulier pour la Russie, vis-à-vis de l’État victime de la sécession. Les États autoproclamés constituent un atout diplomatique pour leur protecteur afin d’infléchir la politique de l’État lésé par la sécession. La menace de la reconnaissance formelle de l’État autoproclamé est une arme majeure. La Russie peut en user à propos de la Transnistrie, vis-à-vis de la Moldavie ; elle a obtenu un relatif éloignement du pays de l’Union Européenne au profit d’un rapprochement avec elle-même. La Moldavie sait que la Russie peut concrétiser sa menace, comme elle l’a montré en 2008 avec l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Ce faisant, Moscou a obtenu le report sine die de l’adhésion à l’OTAN de la Géorgie alors qu’à l’été 2008 elle semble envisageable. .

L’exemple montre que les enjeux locaux et régionaux rejoignent la géopolitique mondiale. Les États autoproclamés postsoviétiques sont une carte dans le jeu de Moscou pour empêcher l’extension de l’Union européenne et surtout de l’OTAN. L’Ukraine qui partageait avec la Moldavie et la Géorgie la « tentation de l’ouest » a vu en 2014 ses espoirs de rapprochement avec l’OTAN s’envoler pour longtemps avec le soutien de la Russie aux Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk. Même le Haut-Karabagh est utile pour la Russie, qui n’en est pas le protecteur direct. L’Arménie est, en effet, une fidèle alliée de la Russie. Elle accueille sur son territoire des bases militaires russes qui lui permettent en retour de projeter une grande partie de ses troupes au Haut-Karabagh, sur la ligne de front. Moscou, qui fait partie du Groupe de Minsk pour la résolution du conflit du Haut-Karabagh, pèse donc sur l’équilibre des forces entre Arménie et Azerbaïdjan, empêchant ce dernier de se rapprocher trop de l’Occident. L’Azerbaïdjan a, en effet, lui aussi été tenté par la contestation du droit de regard revendiqué par Moscou sur les pays de l’ex URSS que la Russie considère comme son « Étranger Proche ». Comme la Moldavie et la Géorgie, l’Azerbaïdjan appartient au groupe Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan et Moldavie (GUAM) [4], organisation dont le sigle reprend les initiales de ses membres et qui cherche un rapprochement avec l’Occident. En avril 2016, la Russie a montré combien elle reste maîtresse du jeu, en obtenant un cessez-le-feu très relatif entre Azerbaïdjan et Arménie suite à une guerre de 4 jours sur le front du Haut-Karabagh.

III. Quelles évolutions possibles des conflits « gelés » ?

Quatre scénarios semblent possibles (A), mais une évolution est peu envisageable à court terme (B).

A. Quatre scénarios possibles…

Les conflits et difficultés de statut liés aux États autoproclamés postsoviétiques peuvent connaître quatre types principaux de résolution. Un gradient se dessine. Le scénario de la reconnaissance de l’indépendance est relativement improbable, quoique possible en théorie. C’est ce que montre une entité comme le Kosovo, dont le statut en Yougoslavie n’était pas celui de République fédérée mais un équivalent de la république autonome ou de l’oblast autonome : son indépendance proclamée en 2008 est reconnue depuis 2013 par plus de la moitié des États dans le monde. Le Kosovo constitue donc le modèle par excellence pour les États autoproclamés postsoviétiques. Transnistrie et Haut-Karabagh ne sont reconnus par aucun État dans le monde et l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud seulement par six, sans progression depuis 2008, contrairement au Kosovo. La reconnaissance n’est pas impossible à terme mais elle reste une éventualité quasiment nulle en l’absence d’un conflit violent qui susciterait une émotion et une réaction fortes en Occident comme avec la guerre du Kosovo.

À défaut d’indépendance, les États autoproclamés postsoviétiques pourraient être rattachés à leur protecteur. C’est un scénario crédible en théorie pour le Haut-Karabagh, peuplé d’Arméniens, et qui avait demandé son rattachement à l’Arménie à la fin de l’URSS. Mais les Arméniens du Karabagh ont une identité propre et, s’ils se sentent arméniens sur le plan de la nation, la plupart sont attachés au Haut-Karabagh comme État. Ils privilégient un modèle « un État, deux nations » comme le Kosovo avec l’Albanie par exemple. La Transnistrie pourrait également être rattachée à la Russie. Mais l’absence de contiguïté territoriale n’aide pas, sans être rédhibitoire (comme le montre le cas de l’enclave de Kaliningrad) ; surtout si Moscou avait voulu rattacher la Transnistrie, cela aurait pu être fait depuis longtemps. En effet, le Soviet Suprême appelle régulièrement de ses vœux la Douma à en faire une région russe, mais en vain. Les séparatistes de Crimée, eux, ont pris leur indépendance en mars 2014 et demandé puis obtenu leur rattachement à la Russie au bout de quelques jours. Le cas est donc possible mais plus le temps passe, plus il semble improbable. Quant à l’Abkhazie, elle n’entend pas quitter la tutelle de la Géorgie pour se retrouver encore plus diluée dans l’immense et puissante Russie ; les nationalistes abkhazes sont assez puissants et s’opposent parfois de manière ferme à la Russie, comme lorsqu’elle a voulu annexer quelques kilomètres carrés de leur territoire pour faciliter la gestion des Jeux Olympiques de Sotchi en 2014. En fait c’est pour l’Ossétie du Sud que le rattachement au protecteur aurait le plus de sens : le peuple ossète est séparé par une frontière et dispose d’une entité autonome en Russie, l’Ossétie du Nord. Cette dernière est plus riche et plus développée que sa consœur du Sud, dont la viabilité comme État indépendant serait limitée.

Un rattachement de fait négocié à l’État légal est une éventualité à ne pas écarter. Une négociation supposerait que l’État victime de la sécession se donne un statut fédéral, voire confédéral. C’est une possibilité régulièrement envisagée, notamment dans le cas de la Transnistrie : les projets se sont multipliés entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, en se fondant sur le précédent de la réintégration en 1944-1995 de la Gagaouzie [5], éphémère État autoproclamé qui a dû négocier faute de pouvoir défendre militairement son indépendance. Mais les négociations ont achoppé à chaque fois sur le degré d’autonomie et le poids de l’entité réintégrée dans l’État. Le mémorandum Kozak proposé en 2003 par la Russie donnait un veto puissant à la Transnistrie, qui pouvait paralyser la Moldavie légalement. Le président Vladimir Voronine, communiste [6], a renoncé au dernier moment sous la pression de l’Occident. Une (con)fédération semble plus improbable en Géorgie et quasiment inenvisageable pour le Haut-Karabagh à cause de l’ampleur du ressentiment entre Arméniens et Azéris lié à une guerre qui fit plus de 30 000 morts et des centaines de milliers de déplacés dans les années 1990, sans compter les rancœurs issues de la Première Guerre mondiale.

Le dernier scénario principal est celui d’une réintégration dans un État unitaire, éventuellement avec une autonomie régionale symbolique. Un tel scénario n’a aucune chance de survenir par la négociation, étant inacceptable pour les États autoproclamés et leur protecteur. Le seul moyen de parvenir à une telle issue serait une reprise par la force. C’est ce qui est arrivé à l’Adjarie en Géorgie en 2004. Cette République Socialiste Soviétique Autonome du temps de l’URSS, comme l’Abkhazie donc, était plus moins indépendante de fait depuis 1991, sous la férule d’Aslan Abachidzé. Le président géorgien M. Saakachivili, suite à son arrivée au pouvoir lors de la révolution des Roses (2003), a repris la région par un coup de force en 2004. Cependant il n’y a pas eu de guerre car le leader local, abandonné par ses soutiens, a fui vers la Russie. M. Saakachvili a voulu tenter la même stratégie en 2008 peu après le début de son deuxième mandat, avec l’Ossétie du Sud mais a échoué. Le soutien russe fait qu’une réintégration de force de l’Ossétie du Sud, de l’Abkhazie et même de la Transnistrie apparaît peu probable.

C’est à propos du Haut-Karabagh que le scénario apparaît le plus probable à moyen terme. En effet, l’antagonisme est si fort qu’une réintégration négociée est délicate. En outre le rapport de force entre Arménie et Azerbaïdjan s’est inversé dans les années 2000 au profit de ce dernier. Sur le plan démographique, l’Arménie est tombée » de 3,5 à 3 millions d’habitants entre 1989 et 2015quand l’Azerbaïdjan est monté de 7 à près de 10 millions. Surtout l’essor du secteur pétrolier a permis une forte croissance économique en Azerbaïdjan avec de lourds investissements dans le domaine militaire. Depuis 2011 le budget militaire de l’Azerbaïdjan dépasse le budget total de l’Arménie. L’Arménie a pour elle la situation stratégique du Haut-Karabagh, plateau qui surplombe la plaine azérie, ainsi qu’une armée qui reste globalement plus efficace. Surtout l’Azerbaïdjan ne devrait pas reprendre avant longtemps le Haut-Karabagh par la force car de victime d’une sécession il deviendrait aux yeux de la communauté internationale l’agresseur de populations arméniennes, risquant un scénario à la kosovare, c’est-à-dire la perte définitive du Haut-Karabagh qui pourrait même être reconnu, notamment grâce à l’appui de la diaspora arménienne.

B. … mais peu envisageables à court terme

À court terme le scénario le plus probable reste celui du statu quo, raison pour laquelle ces conflits sont désignés comme « conflits gelés ». Cette expression est absurde puisque le gel du conflit est précaire (ou du moins le dégel peut-il être brutal comme à l’été 2008 en Géorgie ou au printemps 2016 au Haut-Karabagh). C’est la résolution du conflit qui est en réalité bloquée, depuis plus d’un quart de siècle désormais pour les États autoproclamés issus de la chute de l’URSS. La situation actuelle fait en effet le jeu de nombreux acteurs. L’État protecteur garde un atout géopolitique. Les élites de l’État autoproclamé comme de l’État dont ils ont fait sécession peuvent légitimer un état d’urgence permanent et conservent des pouvoirs accrus par rapport à une situation de paix. Certaines personnes (chauffeurs, etc.) profitent de la frontière non reconnue pour de petits trafics (alcool, tabac). Les retraités de Transnistrie, d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud qui prennent la nationalité du protecteur russe bénéficient d’un complément de retraite non négligeable. La liste pourrait encore s’allonger. La vraie question n’est pas de savoir qui n’a pas intérêt à la résolution de ces conflits mais qui y aurait vraiment un intérêt, à part les Occidentaux et notamment l’Union européenne qui cherche à stabiliser son voisinage.

*

Les États autoproclamés de l’ex-URSS tirent leur origine de la volonté de l’URSS de diviser pour régner grâce à une instrumentalisation de la « politique des nationalités ». En s’appuyant notamment sur l’histoire, l’URSS a donné des statuts d’autonomie (Abkhazie, Ossétie du Sud, Haut-Karabagh) ou privilégié de fait certaines régions (Transnistrie), au point d’en renforcer l’identité. Le régime autoritaire soviétique a permis de contenir les revendications mais les politiques de M. Gorbatchev ont facilité l’expression, parfois violente, de ces revendications. Des États non reconnus en ont découlé, la communauté internationale suivant implicitement la règle de la reconnaissance uniquement des entités fédérées afin de limiter la balkanisation du monde. Les États autoproclamés sont donc isolés, accusés de tous les maux mais sans preuve évidente. Ils dépendent d’un protecteur, qui peut s’en servir pour peser à l’échelle régionale mais aussi mondiale, réactivant la Guerre froide. Ces conflits, qui n’ont de gelés que le nom, constituent parfois des points chauds de la géopolitique mondiale (Haut-Karabagh).

La reconnaissance de leur indépendance effective s’éloigne jour après jour, le Kosovo restant une exception. Les rattachements au protecteur sont improbables. Les négociations pour construire une fédération ou une confédération semblent passées de mode. L’emploi de la force supposerait une guerre qui desservirait l’État victime de la sécession qui a le droit international de son côté. Beaucoup d’acteurs ont intérêt au statu quo. L’Union européenne tente de stabiliser sa frontière orientale étendue grâce à la Politique Européenne de voisinage, qui couvre l’ensemble du Caucase mais aussi la Moldavie et l’Ukraine. Force est de constater cependant qu’en 2016 les risques de déstabilisation viennent plutôt du Proche et du Moyen-Orient, avec la crise migratoire qui en découle, que des États autoproclamés de l’ex-URSS. Avec la partie nord de Chypre, l’Union européenne a déjà en son sein un État non reconnu dont elle s’accommode. Son investissement fait largement défaut pour régler les conflits du Caucase et de Moldavie, ce qui fait le jeu de la Russie et même d’acteurs extérieurs comme les États-Unis.


[1Par exemple P. Baev. À propos de la terminologie liée à ces entités, voir Stéphane, Rosière, « La fragmentation de l’espace étatique mondial », espacepolitique.revues.org, 2010.

[2En 1931, Staline dégrade toutefois le statut officiel de l’Abkhazie, de République fédérée de l’URSS à celui de république autonome en Géorgie, entérinant la situation qui prévalait de fait.

[3Florent, Parmentier, « La Transnistrie : politique de légitimité d’un Etat de facto », Le courrier des pays de l’Est, n°1061, 2007, p.71.

[4Aucun des membres du GUAM n’a adhéré à l’Union Économique Eurasiatique promue par Moscou ni surtout à l’organisation du Traité de Sécurité Collective qui se voulait le volet militaire de la CEI. A l’inverse l’Arménie et la Biélorussie, ou le Kazakhstan, États proches de la Russie sont membres de ces deux organisations mais pas du GUAM.

[5Formellement la Moldavie reste un État unitaire. Mais la Gagaouzie dispose d’un droit d’option : elle pourrait quitter la Moldavie si cette dernière se rattachait à un autre État comme la Roumanie.

[6La Moldavie a été le premier pays de l’ex- URSS à remettre le Parti Communiste au pouvoir.

Références complémentaires

Maurice Bonnot, Des États de facto, Paris, l’Harmattan, 2014, 264 p.

Xavier Follebouckt, Les conflits gelés de l’espace postsoviétique : genèse et enjeux, Louvain : Presses universitaires de Louvain, 2012, 276 p.

Revue de presse (65)

France

Ce que révèle l’enquête sur le démantèlement de la cellule de Strasbourg (Le Monde)

Lors d’une conférence de presse, organisée vendredi 25 novembre, le procureur de la République de Paris, François Molins, est revenu sur ce dossier, alors que l’ensemble des gardes à vue des sept hommes interpellés en début de semaine entre Strasbourg et Marseille, ont été levées ou sont arrivées au terme du maximum légal autorisé.

A la suite de ces auditions, cinq hommes ont été mis en examen et écroués vendredi soir. Deux autres ont été relâchés mardi, a confirmé le procureur.

Alors que les premiers éléments de l’enquête tendaient à prouver que tous ces hommes ne se connaissaient pas, les saisies informatiques et cellulaires ont permis de montrer qu’ils étaient en contact très étroits depuis longtemps, en réseau fermé, sur une messagerie cryptée et une ligne téléphonique « dédiée ».

Les hommes interpellés à Strasbourg étaient par ailleurs tous des amis d’enfance. En revanche, ils n’avaient pas de « contacts direct » avec l’un des individus interpellé à Marseille, Hicham E., 26 ans. Ce Marocain, signalé au Portugal, son pays de résidence, pour radicalisation, a tenté au moins une fois de se rendre à la frontière turco-syrienne.

Le point commun entre ce dernier et les hommes de Strasbourg, était un commanditaire installé dans la zone irako-syrienne. Un homme dont l’une des kunyas ou « nom de code » est « Abu Ali », selon nos informations, un francophone qui aurait pu être présent aussi en Turquie.

Peu de temps avant leur arrestation, les deux returnees, Hicham M. et Yassin B., s’étaient vu transmettre les coordonnées GPS, par une application cryptée, d’une planque située dans la forêt de Montmorency, dans le Val-d’Oise. Une planque où ils auraient pu récupérer plusieurs kalachnikovs et des munitions.

Alors qu’un temps cette planque avait été évoquée comme un « piège » tendu par la DGSI, dans le cadre d’un travail d’infiltration mené en collaboration avec le service interministériel d’assistance technique (SIAT) – le service qui gère les agents infiltrés –, François Molins ne s’est pas exprimé sur cette méthode de travail.

Particularité du dossier, Hicham M. et Yassin B. n’avaient pas été repérés par les services de renseignements lors de leur aller-retour en Turquie. Ils sont partis ensemble mais par un itinéraire inhabituel. Ils auraient ainsi d’abord pris l’avion pour l’île de Chypre puis seraient entrés en Turquie par voie maritime, via le port de Mersin, alors que beaucoup d’aspirants au djihad ont longtemps utilisé l’avion directement pour Istanbul ou choisi la route. Sont-ils passés côté syrien ? L’enquête devra le déterminer. Leur aller-retour n’aurait en tout cas duré que quelques jours.

Les quatre Strasbourgeois ont presque tous largement dépassé la trentaine et sont originaires des quartiers populaires de la ville, notamment du Neuhof. Hicham M., 37 ans, est manutentionnaire et vivait chez ses parents, Yassin B. est agent périscolaire, Sami. B, 26 ans, franco-tunisien, travaille dans une épicerie et est père de trois enfants. Le quatrième, Zacharia M., 35 ans, est franco-marocain. Seuls deux d’entre eux ont un casier judiciaire, Sami B. et Hicham M., avec respectivement sept et six condamnations à leur actif.

La cible précise du projet d’attentat reste encore à déterminer. Il n’est pas certain qu’elle ait été très précise au moment des interpellations. Seule la date du passage à l’acte du commando de Strasbourg était relativement établie : le 1er décembre.

Pour le reste, il s’agit plutôt de déductions à partir du bornage téléphonique, et de la consultation des sites Internet et des recherches Google repérées dans les ordinateurs et les téléphone saisis : y figuraient notamment des lieux de culte, le siège de la DGSI ou le 36, quai des Orfèvres. Des adresses dans le 20arrondissement de Paris et des cibles militaires ont aussi été un moment envisagées, ainsi que des ordres donnés pour une action sur les Champs-Elysées.

Peu de temps avant leur arrestation, les deux returnees, Hicham M. et Yassin B., s’étaient vu transmettre les coordonnées GPS, par une application cryptée, d’une planque située dans la forêt de Montmorency, dans le Val-d’Oise. Une planque où ils auraient pu récupérer plusieurs kalachnikovs et des munitions.

Alors qu’un temps cette planque avait été évoquée comme un « piège » tendu par la DGSI, dans le cadre d’un travail d’infiltration mené en collaboration avec le service interministériel d’assistance technique (SIAT) – le service qui gère les agents infiltrés –, François Molins ne s’est pas exprimé sur cette méthode de travail.

Particularité du dossier, Hicham M. et Yassin B. n’avaient pas été repérés par les services de renseignements lors de leur aller-retour en Turquie. Ils sont partis ensemble mais par un itinéraire inhabituel. Ils auraient ainsi d’abord pris l’avion pour l’île de Chypre puis seraient entrés en Turquie par voie maritime, via le port de Mersin, alors que beaucoup d’aspirants au djihad ont longtemps utilisé l’avion directement pour Istanbul ou choisi la route. Sont-ils passés côté syrien ? L’enquête devra le déterminer. Leur aller-retour n’aurait en tout cas duré que quelques jours.

Le démantèlement dans la nuit du 19 au 20 novembre de la cellule terroriste présumée fait suite à des investigations qui ont débuté en février et avaient conduit à une première série de cinq arrestations en juin, quelques jours après le début de l’Euro de football et au lendemain de l’assassinat d’un policier et de sa compagne à Magnanville (Yvelines).

A l’époque, on avait seulement pu établir que les individus visés réalisaient de nombreux prêts à la consommation suspects et qu’ils étaient en lien avec un commanditaire installé en Syrie. Ces cinq hommes étaient originaires de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et de Paris. Trois ont été relâchés sans poursuites, mais deux d’entre eux ont été mis en examen et placés en détention provisoire : un homme de 38 ans originaire de Moselle, et un autre de 40 ans, un Franco-Malien né à Paris.

Des investigations sont encore en cours, les dossiers sont encore séparés sur le plan judiciaire, mais cette première vague correspondrait au volet « financier » du projet d’attentat finalement « déjoué » ce week-end.

Washington soupçonne un Franco-Marocain d’avoir planifié les attentats de Paris (Le Figaro)

Abdelilah Himich, ancien militaire devenu membre de l’État islamique, aurait rejoint la Syrie depuis Lunel, dans l’Hérault. Il aurait dirigé un bataillon comptant dans ses rangs jusqu’à 300 hommes. Les États-Unis l’ont inscrit sur leur liste noire de «terroristes internationaux».Les États-Unis ont inscrit mardi sur leur liste noire de «terroristes internationaux» un Franco-Marocain, ancien de la Légion étrangère, qu’ils soupçonnent d’avoir planifié les attentats de Paris et de Bruxelles même s’il n’apparaît pas dans l’enquête française sur le 13 novembre 2015. Abdelilah Himich, surnommé «Abdel le légionnaire» ou «Abu Sulayman al-Faransi», est né en novembre 1989 au Maroc, a grandi à Lunel, commune près de Montpellier dans le sud de la France, ville marquée à partir de 2013 par le départ vers la Syrie d’une vingtaine de jeunes.En outre, le centre français d’analyse du terrorisme (CAT) et une source proche du dossier en France rapportent que Abdelilah Himich «a fait son service militaire dans la Légion étrangère française pendant deux ans, période durant laquelle il a servi en Afghanistan». Son parcours dans l’armée, à partir de 2008, expliquerait son «ascension rapide au sein de l’État islamique», estime le CAT. Mais les autorités américaines vont plus loin et évoquent son rôle présumé dans les attaques de Paris et de Saint-Denis le 13 novembre 2015 (130 morts) et dans celles de Bruxelles le 22 mars dernier (32 morts) revendiquées par le groupe djihadiste.

Himich «a, selon des informations, été impliqué dans la planification des attentats», affirme un communiqué du département d’État, sans toutefois fournir davantage de détails sur la participation précise du Franco-Marocain aux attaques terroristes en Europe. D’autant que, à ce stade, il n’y a pas d’éléments sur Himich dans l’enquête judiciaire conduite par des juges antiterroristes à Paris sur les attentats du 13 novembre 2015.

Son nom apparaît en revanche dans l’enquête ouverte en novembre 2013 sur les départs des jeunes djihadistes de Lunel. «Himich a eu un rôle assez important au sein de cette filière, surtout sur place en Syrie, où il aurait été à la tête du groupe des jeunes de Lunel», a expliqué la source proche du dossier en France. Dans le cadre de cette enquête sur la filière de Lunel, Himich fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.

Parallèlement au dossier Himich, le département d’État et le Trésor ont aussi inscrit sur cette même liste de «terroristes internationaux» Abdullah Ahmed al-Meshedani, un Irakien membre de l’EI chargé de l’accueil de «combattants terroristes étrangers» et de «l’acheminement de candidats aux attentats suicide», et Basil Hassan, accusé d’avoir tiré en février 2013 sur le polémiste danois critique de l’islam, Lars Hedegaard.

Hollande et le secret défense : une enquête ouverte pour « compromission de la défense nationale » (France info)

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « compromission de la défense nationale », lundi 21 novembre, après la publication par Le Monde d’un document classifié sur des frappes françaises en Syrie, selon les informations de Libération confirmées par une source judiciaire à franceinfo.

Ce document, obtenu par les auteurs du livre Un président ne devrait pas dire ça ! a été partiellement reproduit, le 24 août, dans un article du Monde. Il détaille l’un des raids prévus par la France en Syrie en 2013, dans le cadre de sa participation à la coalition internationale. Les horaires des frappes, le nombre et le type de missiles : tout est précisé.

Les journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet racontent avoir obtenu une copie du document estampillé « confidentiel défense » après l’avoir vu, en 2013, sur le bureau de François Hollande, pendant une interview. Ils ne précisent pas comment ils ont mis la main sur le document, ni quel rôle François Hollande a pu jouer.

« Il y a tous les éléments d’une affaire d’Etat », avait estimé le député des Républicains Eric Ciotti, après la publication de l’article du Monde. L’élu a saisi, le 7 novembre, le procureur de Paris, François Molins, « qui a donc jugé recevable cette requête », selon Libération.

Un pacte de corruption se dessine derrière les valises libyennes de Takieddine (Mediapart)

Mediapart publie quatre documents qui prouvent que Nicolas Sarkozy et ses proches se sont employés, entre 2005 et 2009, à sauver la mise judiciaire au dignitaire libyen Abdallah Senoussi dans l’affaire de l’attentat du DC10 d’UTA. Senoussi est aujourd’hui soupçonné d’avoir fait remettre 5 millions d’euros en cash à Sarkozy et Guéant, par l’intermédiaire de Ziad Takieddine, avant la présidentielle de 2007.

Migrants de Calais : une prime exceptionnelle de 2.500 euros pour inciter au retour dans leur pays (France 3)

Le gouvernement a temporairement décidé « de porter à 2.500 euros le montant maximum d’aide au retour » pour les étrangers (hors Union européenne ou pays dispensé de visas) acceptant de rentrer volontairement dans leur pays, a indiqué Didier Leschi, le directeur général de l’Ofii (Office français d’immigration et d’intégration).

Cela représente une augmentation conséquente du dispositif en vigueur, puisque l’allocation de base de 650 euros, qui avait déjà été augmentée une première fois de 350 euros en octobre, est désormais majorée de 1.850 euros, précise un arrêté du ministère de l’Intérieur daté de début novembre. Il s’agit toutefois d’une action ponctuelle, concernant uniquement le demandes faites « avant le 31 décembre », selon le texte.

Dans le sillage du démantèlement du bidonville calaisien, l’idée est d’« augmenter significativement le nombre de départs volontaires aidés », a précisé M. Leschi, notamment pour les quelque 7.000 migrants évacués de la « Jungle » et logés en Centres d’accueil et d’orientation (CAO). Les candidats au retour pourront en outre, selon les pays, bénéficier d’une aide de l’Ofii à leur arrivée (à la réinsertion sociale, par l’emploi et par la création d’entreprise) et ce « jusqu’à un montant de 10.000 euros ». « Selon les pays, cela peut les aider à monter une petite entreprise », a assuré M. Leschi, en précisant que la réinsertion se faisait sur place avec l’accompagnement d’un opérateur « pendant 12 mois ».


Union Européenne

Le Parlement européen n’enverra pas le CETA devant la justice (Euractiv)

Le Parlement européen a largement rejeté une motion initiée par 89 eurodéputés réclamant l’avis de la Cour de justice européenne sur la légalité du CETA. Une demande qui aurait retardé l’entrée en vigueur de l’accord commercial.

La proposition introduite par 89 eurodéputés a été rejetée par 419 eurodéputés le 23 novembre lors d’un vote à Strasbourg, contre 258 pour et 22 abstentions. La commission commerce du Parlement européen devra à présent s’exprimer sur l’accord le 5 décembre et espère un vote en séance plénière avant Noël.

Le meurtrier de la députée britannique Jo Cox condamné à la prison à vie (AFP)

Il a décidé de ne pas s’exprimer pour sa défense. Accusé d’avoir assassiné de trois coups de feu et quinze coups de couteau le 16 juin la députée travailliste Jo Cox, Thomas Mair a finalement été reconnu coupable ce mercredi. L’attaque s’était déroulée en pleine rue alors que la victime, âgée de 41 ans, se rendait à une permanence auprès de ses administrés, dans sa circonscription du Yorkshire, une semaine avant le référendum sur le Brexit.

Thomas Mair, qui avait plaidé non coupable, a été condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération anticipée. Une «peine très rare», selon un porte-parole du parquet de LondresLe procureur Richard Whittam avait conclu son exposition des faits mardi devant un jury populaire. Il s’était attaché à démontrer les circonstances d’«un meurtre préparé et prémédité pour des raisons politiques et/ou idéologiques». Quelques minutes après l’attaque, commise en plein jour dans le bourg de Birstall, Mair était interpellé par une patrouille de policiers, un gros sac à la main. «C’est moi», leur aurait-il dit en se laissant arrêter. «Je suis un militant politique», aurait-il ajouté. Des propos rapportés à la barre par les agents Craig Nicholls et Jonathan Wright, contestés par l’avocat du prévenu.

Dans le sac, figurait le fusil .22 long rifle à canon scié utilisé pour le meurtre, 24 balles, un poignard et un petit couteau. Y fut trouvé aussi un prospectus de la campagne du référendum sur le Brexit. Plusieurs témoins ont entendu Mair crier «Britain first» (la Grande-Bretagne d’abord), «Keep Britain independent» (maintenez l’indépendance de la Grande-Bretagne) durant l’attaque.

Lors de sa première comparution devant un juge, il avait lancé: «Mon nom est mort aux traitres, liberté pour la Grande-Bretagne». Refusant de coopérer avec la police, il n’est depuis plus sorti de son mutisme, à part pour confirmer par un simple «oui» son identité le premier jour du procès.

La veille du meurtre, ce jardinier sans emploi fixe s’était tranquillement rendu à la bibliothèque de Birstall, devant laquelle il allait tuer la députée. Sur un ordinateur, il a fait des recherches sur Jo Cox et consulté une page d’un site Internet intitulée «est-ce qu’un tir de .22 long rifle dans la tête suffit à tuer un humain?» Il s’est renseigné sur les horaires de la permanence de l’élue le lendemain dans cette même bibliothèque municipale. Il a également passé des heures à consulter des sites évoquant les Waffen SS, le Ku Klux Klan et d’autres organisations suprémacistes blanches.

Chez celui que des voisins ont décrit comme un solitaire sans histoires, résident du village de Birstall, la police a trouvé de la littérature néo-nazie, des livres sur la sélection des races, l’holocauste, l’armée allemande, les théories de la conspiration, et un article sur le terroriste d’extrême droite norvégien Anders Breivik. Sur une étagère au-dessus de son lit, trônait la sculpture d’un aigle du IIIe Reich ornée d’une croix gammée.

Turquie : Erdogan menace d’ouvrir les frontières aux migrants vers l’Europe (AFP)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé ce vendredi d’ouvrir les frontières pour laisser passer les migrants voulant se rendre en Europe, au lendemain d’un vote du Parlement européen demandant le gel des négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE.

« Ecoutez-moi bien. Si vous allez plus loin, ces frontières s’ouvriront, mettez-vous ça dans la tête », a-t-il déclaré lors d’un discours à Istanbul. Ankara et Bruxelles ont conclu en mars dernier un pacte qui a permis d’endiguer le flux de réfugiés vers les îles grecques.


Monde – Géopolitique

Qui est derrière la frappe contre une cellule jihadiste dans le sud de la Libye ? (Libération)

Sept personnes ont été tuées dans le Sud de la Libye, le 14 novembre, dans un bombardement aérien. Paris nie en être à l’origine. Pourtant, des Rafale français semblent impliqués.

D’où est venue la bombe qui s’est abattue sur Al Qarda al-Shati, à 70 km au nord de Sebha, dans la nuit du 14 au 15 novembre ? Lâchée depuis le ciel, elle a détruit deux habitations dans cette petite ville du Sud libyen. Sept personnes ont été tuées. Qui était visé, et qui a tiré ? L’aviation américaine, qui aide les forces alliées du gouvernement à Syrte, contre l’Etat islamique, a démenti avoir mené cette opération. L’armée française, dont les forces spéciales prêtent main-forte au général Haftar à Benghazi, dans l’est du pays, a également nié être à l’origine de la frappe. Pourtant, plusieurs indices pointent bien vers Paris, selon deux sources au fait des questions militaires.

Ce soir-là, un avion ravitailleur C-135 FR a été repéré à proximité des côtes libyennes par un spécialiste des questions de défense aérienne, Babak Taghvaee, qui travaille régulièrement pour des magazines britanniques. L’avion volait en cercle et est descendu à une altitude (24000 pieds) qui suggère qu’il était en train de ravitailler d’autres aéronefs. Deux voix de pilotes français auraient par ailleurs été captées par les grandes oreilles qui écoutaient le ciel libyen cette nuit-là. Pour le journaliste spécialisé, contacté par Libération, «cela ne peut pas être une coïncidence». «Quand les photos des maisons détruites ont été publiées sur Facebook, j’ai analysé les dégâts. La frappe était précise et parfaite, les dommages étaient bien plus puissants que ce peut faire un drone, poursuit-il. C’était le travail d’avions Rafale.»

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Tunis reconnaît la présence de drones américains à la frontière libyenne (RFI)

Officiellement, « 70 soldats américains » sont actuellement en train de former des militaires Tunisiens, mais aussi « de commander des drones ». Des précisions fournies par Béji Caïd Essebsi, le président de la République, qui vient donc confirmer une rumeur qui circulait depuis des mois. Des drones du renseignement américain qui décollent du sol tunisien ? « Un secret de polichinelle ! », s’amusent certains diplomates.

Pourtant, les autorités tunisiennes s’échinaient à démentir l’information du Washington Post, parue fin octobre. Selon ce journal américain, les Etats-Unis avaient « secrètement étendu leur réseau mondial de bases de drones à l’Afrique du Nord », dont la Tunisie, « pour mener des missions espionnes en Libye voisine ».

Avec ces révélations, Béji Caïd Essebsi risque donc de relancer la polémique autour de la « souveraineté nationale ». Mais le président reste prudent : il ne précise pas de quelles bases militaires décollent ces drones américains. Des drones, qui, à la demande des autorités tunisiennes, ne sont pas armés. Mais selon le président, cette mesure est nécessaire pour « éviter des infiltrations et des attaques de jihadistes ».

Irak : L’Etat islamique revendique l’attentat antichiite qui a fait 70 morts (AFP)

L’organisation jihadiste Etat islamique a revendiqué l’attentat au camion piégé contre des pèlerins chiites qui a fait au moins 70 morts en Irak jeudi, selon le centre américain de surveillance des sites jihadistes SITE.

Dans un communiqué cité par SITE, l’organisation extrémiste sunnite affirme qu’un kamikaze « a fait exploser son véhicule au coeur du groupe (de pèlerins), faisant plus de 200 morts et blessés, dont des Iraniens ».

La Turquie émet un mandat d’arrêt contre le leader kurde syrien Salih Muslim (AFP)

La Turquie a émis mardi un mandat d’arrêt contre le leader kurde syrien Saleh Muslim, dont les forces combattent le groupe Etat islamique avec l’appui des Etats-Unis, a rapporté l’agence progouvernementale Anadolu.La justice turque a demandé l’arrestation de 48 personnes au total, en lien avec un attentat commis à Ankara en février dernier, dont les leaders du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, rebelles kurdes turcs), une organisation classée «terroriste» par la Turquie.Saleh Muslim, coprésident du Parti de l’Union démocratique (PYD, kurdes Syriens), et trois hauts dirigeants du PKK, Cemil Bayik, Murat Karayilan et Fehman Hüseyin, sont notamment visés par ces mandats d’arrêt.Les mandats d’arrêt ont été délivrés en lien avec un attentat à la voiture piégée contre un convoi de l’armée qui avait fait une trentaine de morts le 17 février à Ankara. L’attaque a été revendiquée par un groupe dissident du PKK, les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK). Cependant, le gouvernement turc a affirmé que l’attentat avait été planifié conjointement par le PKK et les YPG. Le chef du PYD, Saleh Muslim, et un des responsables du PKK, Cemil Bayik, ont nié ces accusations.

Vers un déploiement permanent de missiles Iskander dans l’enclave russe de Kaliningrad ? (Zone militaire)

Le bouclier anti-missile de l’Otan justifie, aux yeux de Viktor Ozerov, le président de la commission de Défense de la chambre haute du Parlement russe, le déploiement de système de défense aérienne S-400 et de missiles balistiques Iskander à Kaliningrad.

Selon lui, il s’agit de la « réponse contrainte » de la Russie à l’installation, en Europe de l’est, de la défense antimissile de l’Otan, largement dépendante des moyens américains.

« Comme mesures de riposte à ces menaces, nous aurons à déployer des forces supplémentaires. Ce renforcement comprend le déploiement de système S-400 et de missiles Iskander à Kaliningrad », a en effet déclaré, le 21 novembre, M. Ozerov, dont les propos ont été rapportés par l’agence officielle Ria.

Le président Vladimir Poutine a quant à lui justifié ce renforcement de la présence militaire russe à Kaliningrad par les mesures de « réassurance » de l’Otan prises en faveur des pays baltes et de la Pologne. « Pourquoi réagissons-nous avec autant d’émotion à l’expansion de l’Otan? (Parce que) nous sommes inquiets par les prises de décision de l’Otan », a-t-il affirmé.

Moscou accuse Kiev de l’enlèvement de deux soldats en Crimée (RFI)

Les services de sécurité ukrainiens ont diffusé une vidéo dans laquelle un homme, le visage manifestement tuméfié, indique avoir signé un contrat avec l’armée russe après 2014, et reconnaît avoir trahi son serment de fidélité à l’Ukraine. C’est l’un des deux soldats enlevés à la frontière entre l’Ukraine et la Crimée par les services de sécurité ukrainiens. Sur une autre vidéo, on voit les deux hommes à la frontière, en train de téléphoner au milieu des véhicules, quand d’autres hommes se précipitent sur eux pour les saisir.

D’après l’agence russe Tass, les deux hommes sont des contractuels de l’armée russe, qui avaient contacté des Ukrainiens, pour acheter des diplômes leur permettant d’obtenir une meilleure situation au sein de l’armée russe. Mais les deux contractuels ont été piégés. L’Ukraine les accuse de désertion et de haute trahison.

Le ministère russe de la Défense ainsi que celui des Affaires étrangères considèrent qu’il s’agit d’une provocation des services spéciaux ukrainiens à l’encontre de citoyens russes, et exige leur retour immédiat en Russie. Interrogé sur la possibilité d’un échange avec des Ukrainiens détenus en Russie, le porte-parole du Kremlin a déclaré que ce n’était pas à l’ordre du jour. Mais cette action ressemble bien à une réponse des autorités ukrainiennes aux arrestations effectuées en Crimée ces derniers mois par les autorités russes.

La France et la mer

Pierre-Yves Rougeyron présente le 18e numéro de la revue Perspectives Libres : ‘La France et la mer’, le 4 juillet 2016 au Cercle Aristote


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Dossier : « La France et la mer »

  • Pierre-Yves ROUGEYRON : « Pour un cortège de rêves. »
  • Jean-Marie BIETTE : « Enjeux et défis de puissance maritime française. »
  • Lars WEDIN : « La France est plus grande qu’on ne le croit. »
  • Olivier ZAJEC : « Une « contemplation satisfaite » ? Choix capacitaires navals et gestion spatio-temporelle du domaine maritime français. »
  • Franck DUHAUTOY : « La territorisation du maritime, chance pour la France ? »
  • Ladislas ROLLAND : « Exploitation des nodules polymétalliques. Pour une puissance des fonds marins. »
  • Geoffrey TILL : « La puissance maritime française face à la nécessité d’un choix. »
  • Patrick LOUVIER : « L’action humanitaire navale française en Méditerranée au XIXe siècle. »
  • Yan GIRON : « La philanthropie américaine à la recherche de la puissance maritime »

15 jours à l’Identité Judiciaire

Montrez-moi une scène de crime ! – LSD, La série documentaire (France Culture)

Une série documentaire de Michel Pomarède, réalisée par François Teste

LSD a passé 15 jours d’immersion au sein de l’Identité Judiciaire. 15 jours à suivre une grosse poignée de techniciens et de policiers dans le quotidien de leur travail : faire parler une scène de crime ou de vols pour aider les enquêteurs à mettre un nom sur une empreinte.

15 jours pour débusquer derrière le jargon du métier et les silences des femmes et des hommes passionnés par leur métier. Dans le service, certains sont armés (les policiers) , d’autres non ( les techniciens) . Ils manient avec dextérité l’écouvillon pour les prélèvements le crayon à papier pour dresser un plan ou le zoom de leur appareil photo pour immortaliser les détails d’une arme.

Âme sensible s’abstenir : leur tête à tête avec la mort violente après un règlement de compte ou plus récemment sur des scènes d’attentat renvoie les séries télévisées à de gentilles bluettes…C’est peut-être pour cela qu’ils ont développé un solide sens de l’humour noir.


Episode 1 : Identité judiciaire, la mort, un travail au quotidien

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Alphonse Bertillon qui fut le premier directeur du service de l’identité judiciaire en 1893 repose en paix au Père Lachaise. Il a un buste dans le hall du service au 3 quai de l’horloge, derrière le palais de justice, à un jet de pierre de la place du Châtelet.

Que Bertillon se rassure son 16ème successeur Xavier Espinasse et son service composé de 180 personnes (moitié scientifique, moitié policier) continuent son œuvre. A savoir : figer à l’aide d’un plan, de photos une scène de crime ou de vol avec effraction et procéder à l’aide d’écouvillons et de poudres à la recherche de traces et indices. Certes, ces limiers vêtus parfois de combinaisons blanches et coiffés de charlottes côtoient la mort presque au quotidien mais ils la traitent d’abord avec minutie et ensuite avec de l’humour. Ça aide !

A l’I.J., nous sommes des scientifiques pas des enquêtrices.

Les personnels scientifiques de l’I.J. n’ont pas pour Graal de porter une arme.

Une scène de crime, c’est une scène de vie ou scène de mort ? Les deux. C’est de la vie autour de la mort.

Sur une scène de crime, on trouve 2 sortes de traces : traces visibles et traces latentes.

Avec Xavier Espinasse , le patron de l’Identité Judiciaire mais aussi Thierry, le chef de la section photo-plan ; Perrine, la chef-adjointe de la section traces et indices ainsi que Florence, novice dans la section et aussi Steeve, Frank et André, responsable du Bureau de Commandement Opérationnel.


Episode 2 : Identité judiciaire, opération blue star, à la recherche d’une trace de sang

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Un appartement quelque part dans Paris, des enquêteurs posent des questions au propriétaire qui l’a loué à une femme retrouvée morte l’été dernier ailleurs dans la capitale. A leur côté, deux hommes et une femme de l’identité judiciaire s’affairent : Frank et Julie cherchent des traces de sang sur les couteaux de la cuisine avec un produit miracle le Bluestar… Steeve prend des photos.

Pendant ce temps-là au service, Perrine cherche des empreintes sur des traces sur des sachets ayant contenu des stupéfiants et Thierry inspecte les photos d’un homme déguisé en super-héros retrouvé mort devant un immeuble. La routine.

On était habitué aux cadavres pourris et ce cadavre frais nous gênait car ça nous rapprochait de l’humain peut-être !

La vision du cadavre m’effraie peu mais le contact avec les victimes me gêne. Les sentiments ça m’affaisse !

Après le décès, au bout d’1 mois déjà, la première escouade de mouches vient sur la scène de crime. Elles pénètrent le corps par tous les orifices humides naturels.

Avec Thierry, le chef de la section photo-plan ; Perrine, la chef-adjointe de la section traces et indices ainsi que Frank, Julie, Fabrice et Steeve, Nicolas, le chef de la section des traces technologiques et Catherine, employée comme traceur au FAED ( Fichier automatisé des empreintes digitales).


Episode 3 : 13 novembre 2015, mobilisation générale à l’identité judiciaire

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A partir de 23h ce soir-là et jusque tard dans l’après-midi le jour d’après l’ensemble du service s’est déployé sur les terrasses du 11ème arrondissement, au Stade de France également au Bataclan. Ils ont travaillé sans relâche pour identifier les 130 victimes mais ont aussi recueilli les empreintes permettant d’identifier certains terroristes. 1 an après, ils livrent le récit de cette longue nuit qui s’est terminée pour beaucoup par une grande fatigue et pour certains par des larmes.

Il y avait beaucoup de boulot ce soir-là.

Le job quoi ! Le boulot faut le faire vis-à-vis des victimes. J’ai pas de sentiments à avoir sur le moment.

Quand on parle de silence de mort, c’est exactement ça. L’expression n’a jamais été aussi appropriée cette nuit-là. Et puis, un téléphone se met à sonner et puis un deuxième, et puis un troisième et je crois que 90 téléphones portables se sont mis à sonner.

Traditionnellement, les corps sont repérés avec des cavaliers portant des lettres mais l’alphabet ne contient que 26 lettres !

Bande 2h38 mn : pendant 3 mois et demi, j’ai écouté l’enregistrement de la scène de crime du Bataclan.

Avec Xavier Espinasse, le patron de l’Identité Judiciaire mais aussi Thierry, le chef de la section photo-plan ; Nicolas, le chef de la section des traces technologiques ; Perrine, la chef-adjointe de la section traces et indices ainsi que Julie, Steeve, Fabrice et Max, chef adjoint du groupe de nuit.


Episode 4 : Identité judiciaire, nuit calme pour Max et les hiboux

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Les hiboux, c’est le surnom du groupe de nuit : 7 personnes qui veillent pendant 12 heures de 20h à 8h du matin. Alors qu’en journée le service fonctionne en sections, la nuit, l’équipe est polyvalente .

Photos, plans, kit entomologique, ils savent tout faire. Y compris la cuisine mais ça c’est la spécialité de Max qui veille au grain au bon fonctionnement de cette drôle de famille. Critiques des programmes télé, blagues de potaches et recettes fusent au milieu d’échanges sur les dernières interventions.

La nuit, c’est là, dit-on, que tombent les belles affaires : la mort rôde encore plus que le jour et prend souvent la forme de « HV ». Traduction : Homicide Volontaire. Pas cette nuit-là en tous cas, le crime de sang a fait relâche…

S’il y a un doute sur les circonstances de la mort, il est important de figer les lieux dès le départ !

Signe distinctif : cuistot du groupe de nuit. 20h ! C’est l’heure de manger. Priorité absolue. Quand on a mangé, on peut sortir toute la nuit.

A chacun son mythe. A Paris, c’est Alphonse Bertillon. A Lyon, c’est Edmond Locart.

Des fois, on apprend les affaires sur lesquelles on va être appelé dans la nuit, aux infos à la télé.

Avec Christophe, le chef de groupe de nuit, Nicolas, Romain et Max


Bibliographie :

Dans la tête d’un juré

Afin de rendre compte du délibéré de la façon la plus réaliste possible, une expérience a été menée au mois d’octobre 2015, à Lyon. Avec l’aide de comédiens, d’experts et de magistrats professionnels, une fausse audience d’assises est organisée. Huit citoyens lambda assistent aux débats comme jurés. Au terme des audiences, six d’entre eux se retirent avec le président et ses assesseurs afin de délibérer. Ces débats-là, puisque tenus par des jurés fictifs, peuvent être filmés. Mais tout commence trois jours plus tôt, à l’ouverture du procès, dont le spectateur va pouvoir suivre les principaux moments afin de disposer des éléments qui fonderont la réflexion des jurés.

Réalisateur :  Emmanuel BourdieuProduction :  Morgane Production

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Les Discussions du soir – « Dans la tête d’un juré » (France Culture)

Antoine Garapon reçoit la journaliste Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au Monde

Comment savoir ce qui se passe dans la tête des jurés ? Le délibéré de cour d’assises est le moment le plus secret de la justice qu’il est impossible de connaître et dont les jurés ne peuvent parler, sauf à se rendre coupables d’une infraction. Il fallait toute l’ingénuité et le talent d’Emmanuel Bourdieu, de Samuel Luret et de Pascale Robert-Diard pour filmer un procès fictif au plus près de la réalité et nous permettre d’en savoir un peu plus. Dans la tête des jurés est un document exceptionnel.

«  Je rêve d’être juré. Je ne l’ai jamais été. (…) Ce qui est intéressant, c’est de voir combien le lieu est un lieu de secret, de fantasme, (…) de voir comment se comporte un président de séance ; la première chose qu’il fait, la manière dont il va orienter le débat, expliquer aux citoyens ce dont il s’agit – ici, l’affaire est horrible : la victime a été tuée et son cadavre découpé – or, ce qu’on va découvrir, par exemple, c’est qu’un corps découpé post-mortem ne constitue pas un délit… »

« L’idée était de choisir une affaire ordinaire, sinon non médiatique, et de voir le travail : « Tiens, c’est ça la construction d’une décision de justice, voilà comment ça marche! »

« Dans la tête d’un juré » est un documentaire / fiction du réel de 105 minutes, écrit par Samuel Luret, Pascale Robert-Diard, et Emmanuel Bourdieu, réalisé par Emmanuel Bourdieu, et produit par Gérard Lacroix et Samuel Luret, pour Morgane Production.


Emmanuel Bourdieu : “’Dans la tête d’un juré’ veut s’approcher au maximum de la réalité” (Telerama)

Un faux fait divers mais de vrais avocats, policiers, juges… et des jurés citoyens : tels sont les ingrédients de « Dans la tête d’un juré », une audacieuse « fiction du réel » signée Emmanuel Bourdieu, qui nous plonge au cœur des délibérations d’un procès pénal. Verdict à découvrir ce soir sur Planète+ CI.

Le 11 août 2012, Jacques Ferriol, au volant de sa voiture, a-t-il tué accidentellement ou volontairement Carole Perez, une jeune femme partie faire un jogging ? A-t-il fait subir à sa victime des actes de torture et de barbarie ? Et pourquoi l’a-t-il démembrée ? Lors de son procès, avocats de la défense et de la partie civile, commissaires de police, médecin légiste, psychologue et témoins défilent à la barre. Puis après deux jours d’audience, le président de la cour d’assises, ses deux assesseurs et les six jurés se retirent pour délibérer à huis clos.

Inutile de chercher des traces de cette affaire judiciaire, elle a été inventée de toutes pièces. Cet exercice singulier avait un objectif précis : parvenir à plonger le téléspectateur au cœur du système judiciaire français en restituant, au plus près, un procès pénal, puis en révélant sa partie la plus secrète, le délibéré. Les faits sont donc faux : le meurtre de la joggeuse 100% imaginaire, et l’accusé est interprété par un comédien, comme tous les témoins. Mais les acteurs du monde judiciaire, eux, sont bien réels : avocats, greffiers, médecin et policiers sont tous des professionnels, qui apparaissent au générique sous leur véritable identité. Enfin, les jurés, eux, sont de simples citoyens, choisis à l’issue d’un casting de six cents volontaires. Des vraies gens de la vraie vie.

Si Emmanuel Bourdieu, scénariste et réalisateur plus habitué aux plateaux de cinéma (Intrusions, Drumont, histoire d’un antisémite français, Louis-Ferdinand Céline…) qu’aux productions documentaires, a monté ce dispositif expérimental – pari osé et concluant –, c’est qu’il était indispensable pour constuire une dramaturgie forte. Il a pris soin d’éviter les écueils rencontrés par d’autres : la fiction judiciaire Intime conviction, collant de trop près à l’affaire du Docteur Muller, avait ainsi suscité un tollé au moment de sa diffusion sur Arte, en mars 2014.

Comment est né ce projet au dispositif hybride, à la frontière du docu-fiction et du procès filmé ?

Au départ, c’est une commande de Morgane Production et de Samuel Luret, qui réfléchissait depuis un moment à la façon de filmer un délibéré. L’idée vient vraiment de lui. Ensuite, nous avons travaillé à trois, aidés par Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au Monde. Grâce à son expertise, Pascale nous a beaucoup aidés à monter ce projet. Beaucoup de citoyens français – moi compris – ont une méconnaissance de leur système judiciaire, alors que celui-ci est censé représenter notre propre jugement. En me plongeant dans ce film, j’ai découvert un monde extrêmement subtil, sophistiqué et intelligent.

Les jurés, au cinéma, tiennent dans leur main la vérité judiciaire. De nombreux films en font des figures symboliques…

Absolument, surtout dans le cinéma américain, de Douze Hommes en colère, de Sidney Lumet à Révélations, de Michael Mann. Je me suis rendu compte en travaillant sur ce projet que ma vision de la justice est totalement déformée par le prisme anglo-saxon. Je savais vaguement que les choses se passent différemment en France. C’est le cadre dramatique qui m’intéressait : dans un procès, il y a quelque chose à la fois de très réel et de très théâtral, des rencontres avec un monde social très brutal et, en même temps, un processus tout à fait ritualisé, du début à la fin du délibéré jusqu’à l’énoncé du verdict.

Comment s’est construit ce dispositif ?

On a fonctionné par étapes successives. Notre objectif était de simuler un délibéré en s’approchant au maximum de la réalité. En même temps, j’avais une appréhension : tomber dans la téléréalité. Je voulais éviter une forme de volontarisme affectif, où l’on cherche à créer, au forceps, une situation qui n’existe pas, où les gens s’effondrent en larmes. Au bout du compte, avec ce genre d’approche, on produit de l’artificiel. C’est l’effet que me fait la téléréalité : je trouve qu’il n’y a rien de plus faux.

Par ailleurs, je n’aime pas trop le pathos et l’emphase. On est donc allés à l’opposé de toute hystérie dramaturgique. A commencer par le dispositif : on n’a pas masqué les caméras, ni demandé aux comédiens de surjouer. Ils sont là pour représenter une réalité qui n’est pas la leur. Même chose avec les jurés : ils ne sont pas confrontés à un véritable meurtrier. Je voulais des profils très divers, des femmes et hommes de toutes générations, de professions et de milieux socio-culturels différents. Le reproche que je me fais, c’est qu’il n’y a pas de chômeur parmi eux et je me dis que c’est une erreur.

Président de la cour d’assises de Paris, Dominique Coujard a vécu au cours de sa carrière des centaines de délibérés. Qu’a-t-il pensé de l’atmosphère de celui-ci ?

Dominique Coujard, magistrat aujourd’hui à la retraite, nous a énormément aidés dans la conception du projet et du dossier d’instruction. Car il restait une grande inconnue à l’arrivée : nous avions tous peur que ce travail de reconstitution accouche d’une souris, et que les jurés ne produisent rien. Bref, que la mayonnaise ne prenne pas… C’était un risque qui nous obsédait. A mon grand soulagement, Dominique Coujard m’a dit qu’il s’était « senti dans un véritable délibéré ».

Même si, et c’est la limite de l’expérience, que j’assume, il n’y a pas eu de conflit extrêmement violent entre les jurés lors de leurs discussions, comme cela peut arriver. Mais Dominique m’avait prévénu : « Quel que soit le groupe de citoyens réuni, leurs origines et leurs profils, on est toujours étonné de la profondeur de réflexion juridique et humaine à laquelle on peut arriver ». Ce que confirme, dans le film, la richesse des échanges et interrogations entre nos six jurés. C’est pour moi une très belle leçon de citoyenneté.