Charles de Gaulle – La force du silence

Il faut parler peu. Il le faut absolument. L’avantage d’être un causeur brillant ne vaut pas au centième celui d’être replié sur soi-même […] Chez l’homme de valeur, la réflexion doit être concentrée. Autrui ne s’y trompe pas. Et, dans l’action, il ne faut rien dire. Le chef est celui qui ne parle pas

Ecrits de guerre  (1916)

Rien ne rehausse l’autorité mieux que le silence, splendeur des forts et refuge des faibles, pudeur des orgueilleux et fierté des humbles, prudence des sages et esprit des sots.

Pour l’homme qui désire ou qui tremble, le mouvement naturel est de chercher dans les mots un dérivatif à l’angoisse. Parler d’ailleurs, c’est délayer sa pensée, épancher son ardeur, bref, c’est se disperser quand l’action exige qu’on se concentre […].

En fait, aucun de ceux qui accomplirent de grandes actions ne les ont dirigées dans le bavardage.

Le fil de l’épée (1932)

[Quand on est au pouvoir], il faut savoir garder un silence effrayant.

C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte (1967)

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Arnaud Imatz – Droite / gauche : pour sortir de l’équivoque

Arnaud Imatz – Droite / gauche : pour sortir de l’équivoque : Histoire des idées et des valeurs non conformistes du XIXe au XXe siècle (PGDR)

Qui aurait prophétisé, il y a moins de trente ans, la « droitisation » économique des gauches et la « gauchisation » culturelle des droites ? Qui aurait prédit le collapsus du « Nouvel ordre mondial » et le développement de courants transversaux, anti-oligarchiques et populistes ?

Devant cette évolution rapide et inattendue, activée par la crise financière, les vagues migratoires et les attentats islamistes, la plupart des acteurs et observateurs politiques réagissent en gardiens jaloux de la pensée unique. Mais le mur se lézarde : l’homme moderne se révolte contre l’uniformisation qui l’enchaîne. La division droite I gauche, présentée comme « l’horizon indépassable de la pensée démocratique », apparaît pour ce qu’elle est : un mythe incapacitant destiné à brider la résistance populaire, une mystification antidémocratique dont l’effet est de perpétuer la rupture peuple / élite.

Un nouveau clivage politique, désormais tangible, oppose les partisans de l’enracinement aux adeptes du mondialisme. Cette Histoire des idées et des valeurs non conformistes du XIXe au XXIe siècle est une introduction aux courants de pensée qui luttent contre l’homogénéisation consumériste, le multiculturalisme et la gouvernance globale au nom de la diversité culturelle, de la souveraineté populaire et du bien commun. Elle dévoile une histoire méconnue, caricaturée et refoulée.

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FIGAROVOX/ENTRETIEN – Alors que l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron a quitté le gouvernement pour dépasser un clivage droite/ gauche qu’il juge obsolète, l’historien des idées Arnaud Imatz analyse cette vieille opposition.

Source : Le Figaro

Arnaud Imatz, historien et politologue, né à Bayonne en 1948, est docteur d’État en sciences politiques, diplômé en droit et sciences économiques. Ancien fonctionnaire international à l’O.C.D.E. puis administrateur d’entreprise, il a notamment publié Par-delà droite et gauche. Auteur de nombreux articles parus en Europe et en Amérique, il a contribué à faire redécouvrir en France l’œuvre de José Ortega y Gasset et de Juan Donoso Cortés. Son livre Droite / Gauche: pour sortir de l’équivoque. Histoire des idées et des valeurs non conformistes du XIXe au XXIe siècle, vient de paraître aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux (août 2016).

Emmanuel Macron a présenté sa démission à François Hollande, qui l’a acceptée. L’ancien ministre de l’économie va se consacrer à son mouvement «En marche» et préparer une éventuelle candidature à la présidentielle. Il entend dépasser le clivage droite/gauche. Est-ce le début de la fin de ce que vous appelez une «mystification antidémocratique»?

À l’évidence Monsieur Macron a des atouts dans son jeu. Il est jeune, intelligent, il apprend vite et il n’est pas dépourvu de charisme et de charme. Il a en outre eu la bonne idée de créer une petite structure, En Marche ce que n’avait pas pu, su, ou voulu faire en son temps Dominique de Villepin.

Mais si un «mouvement» ou -pour être plus exact – une simple association de notables peut jouer un rôle de parti charnière, et in fine obtenir un ou deux portefeuilles ministériels, je ne crois pas qu’elle puisse suffire pour positionner sérieusement un leader comme candidat crédible à la présidentielle de 2017.

Sous la Ve République, seuls les chefs de grands partis, ceux qui en contrôlent les rouages, ont des chances de succès. On voit mal comment dans un parti socialiste aux mains de vieux éléphants un consensus pourrait se dégager spontanément autour de quelqu’un dont le style et les idées ne sont appréciés ni des barons, ni de la majorité des militants.

Mais en politique il ne faut exclure aucune hypothèse. Macron est un politicien, sinon chevronné, du moins déjà expérimenté. Il connaît très bien la magie des mots. Il a dit et laisser dire qu’il souhaitait dépasser le clivage droite/gauche et qu’il n’était pas socialiste (après tout il semble qu’il ne l’ait été, comme membre du Parti socialiste, que de 2006 à 2009… à l’époque où il était encore banquier d’affaires).

Il s’est réclamé récemment de Jeanne d’Arc flattant à peu de frais un certain électorat de droite toujours sensible aux envolées lyriques devant un des symboles de la nation. Le jour de sa démission, il a précisé qu’il n’avait jamais dit qu’il était «ni de droite, ni de gauche», ce qui d’ailleurs ne lui a rien coûté car cette double négation ne veut pas dire grand-chose.

Sans doute eût-il été plus honnête et plus correct d’affirmer devant les français: «je ne suis pas simultanément de droite et de gauche». Cela dit, il s’est aussi déclaré dans le camp des progressistes contre celui des conservateurs. J’imagine sans peine que forcé de nous expliquer ce que sont pour lui les progressistes et les conservateurs, il ne manquerait pas de nous asséner quelques lieux-communs sur les prétendus partisans du progrès, de la raison, de la science, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité face aux immobilistes, aux réactionnaires et aux populistes.

Je dirai que Macron est un énième remake de Tony Blair, Bill Clinton et Gerhard Schröder. N’oublions pas que ces vedettes politiques de l’époque cherchaient à s’approprier, par-delà les clivages de droite et de gauche, la capacité de mobilisation de la «troisième voie».

Le système des primaires est-il un moyen de faire perdurer cette «mystification»?

Oui! bien évidemment. Il y a en fait une double mystification antidémocratique. Il y a d’abord celle de la division droite / gauche, à laquelle je me réfère dans mon livre. C’est celle que José Ortega y Gasset qualifiait de «formes d’hémiplégie morale» dans La révolte des masses déjà en 1929. C’est aussi celle dont Raymond Aron disait qu’elle reposait sur des «concepts équivoques» dans L’opium des intellectuels en 1955 (Je fais d’ailleurs un clin d’œil admiratif à son œuvre dans l’intitulé de mon livre).

Cette dichotomie a été également dénoncée ou critiquée par de nombreuses figures intellectuelles aussi différentes que Simone Weil, Castoriadis, Lasch, Baudrillard ou Gauchet et, elle l’a été plus récemment par une kyrielle d’auteurs. Mais il y a aussi une seconde mystification antidémocratique qui affecte directement les partis politiques. Ce sont les leaders et non les militants qui se disputent le pouvoir. À l’intérieur des partis la démocratie est résiduelle, elle exclut la violence physique mais pas la violence morale, la compétition déloyale, frauduleuse ou restreinte. Il y a bien sûr des partis plus ou moins démocratiques qui parviennent à mitiger et à contrôler les effets de leur oligarchie mais s’ils existaient en France, en ce début du XXIe siècle, je crois que ça se saurait.

L’opposition droite/gauche peut-elle vraiment se résumer à un «mythe incapacitant»? Comme le souligne Denis Tillinac, ces deux courants ne sont-ils pas, malgré tout, irrigués par un imaginaire puissant dans lequel les électeurs se reconnaissent?

Il ne s’agit pas d’essences inaltérables. Je ne crois pas qu’il y ait «des valeurs permanentes de droite» et des «principes immortels de gauche». Il n’y a pas d’opposition intangible entre deux types de tempéraments, de caractères ou de sensibilités. Il n’y a pas de définitions intemporelles de la droite et de la gauche. Denis Tillinac nous parle de deux courants qui seraient «irrigués par un imaginaire puissant». Mais un imaginaire forgé par qui? Par les Hussards noirs de la République et les Congrégations religieuses? Et depuis quand? Depuis 1870, depuis 1900 voire depuis 1930 nous répondent les historiens.

Je n’ignore pas bien sûr le point de vue des traditionalistes. Je sais que pour les traditionalistes être de droite ce n’est pas une attitude politique mais une attitude métaphysique. Je sais qu’ils considèrent que la gauche s’acharne à réduire l’homme à sa mesure sociale et économique. Que pour eux la droite et la gauche sont caractérisées par deux positions métaphysiques opposées: la transcendance et l’immanence. Ils sont les défenseurs d’une droite idéale, sublime, transcendantale ou apothéotique, celle que les partisans de la religion républicaine, d’essence totalitaire, Robespierre et Peillon, vouent perpétuellement aux gémonies.

Pour ma part, en me situant sur les plans politique, sociologique et historique, je constate que les chassés croisés idéologiques ont été multiples et permanents. Je peux citer ici le nationalisme, le patriotisme, le colonialisme, l’impérialisme, le racisme, l’antisémitisme, l’antichristianisme, l’antiparlementarisme, l’anticapitalisme, le centralisme, le régionalisme, l’autonomisme, le séparatisme, l’écologisme, l’américanophilie/américanophobie, l’europhilie/europhobie, la critique du modèle occidental, l’alliance avec le tiers-monde et avec la Russie, et bien d’autres exemples marquants, qui tous échappent à l’obsédant débat droite/gauche.

Il suffit de s’intéresser un minimum à l’histoire des idées pour se rendre compte très vite que les droites et les gauches ont été tour à tour universalistes ou particularistes, mondialistes ou patriotiques, libre-échangistes ou protectionnistes, capitalistes ou anticapitalistes, centralistes ou fédéralistes, individualistes ou organicistes, positivistes, agnostiques et athées ou théistes et chrétiennes.

Un imaginaire puissant dans lequel les électeurs se reconnaissent? Non! je dirais plutôt, avec le marxologue Costanzo Preve, que ce clivage est «une prothèse artificielle».

Selon vous, un nouveau clivage politique oppose désormais le local au mondial, les enracinés aux mondialisés…

J’avoue que la lecture de la philosophe Simone Weil m’a profondément marqué dans ma jeunesse. Elle a su brillamment démontrer que la dyade vecteur du déracinement / soutien de l’enracinement, explique la rencontre durable ou éphémère entre, d’une part, des révolutionnaires, des réformistes et des conservateurs, qui veulent transformer la société de manière que tous ouvriers, agriculteurs, chômeurs et bourgeois puissent y avoir des racines et, d’autre part, des révolutionnaires, des réformistes et des conservateurs qui contribuent à accélérer le processus de désintégration du tissu social.

Elle est incontestablement une «précurseuse». Depuis le tournant du XXIe siècle nous assistons en effet à une véritable lutte sans merci entre deux traditions culturelles occidentales: l’une, est celle de l’humanisme civique ou de la République vertueuse ; l’autre, est celle du droit naturel sécularisé de la liberté strictement négative entendue comme le domaine dans lequel l’homme peut agir sans être gêné par les autres. L’une revendique le bien commun, l’enracinement, la cohérence identitaire, la souveraineté populaire, l’émancipation des peuples et la création d’un monde multipolaire ; l’autre célèbre l’humanisme individualiste, l’hédonisme matérialiste, le «bougisme», le changement perpétuel, l’homogénéisation consumériste et mercantiliste, l’État managérial et la gouvernance mondiale sous la bannière du multiculturalisme et du productivisme néocapitaliste.

Le général De Gaulle savait qu’on ne peut pas défendre réellement le bien commun la liberté et l’intérêt du peuple, sans défendre simultanément la souveraineté, l’identité et l’indépendance politique, économique et culturelle. Passion pour la grandeur de la nation, résistance à l’hégémonie américaine, éloge de l’héritage européen, revendication de l’Europe des nations (l’axe Paris-Berlin-Moscou), préoccupation pour la justice sociale, aspiration à l’unité nationale, démocratie directe, antiparlementarisme, national-populisme, ordo-libéralisme, planification indicative, aide au Tiers-monde, telle est l’essence du meilleur gaullisme.

Où voyez-vous les gaullistes aujourd’hui? Henri Guaino? qui est peut être l’héritier le plus honnête? Mais combien de couleuvres a déjà avalé l’auteur des principaux discours du quinquennat de «Sarko l’Américain»?

La chute du mur de Berlin a-t-elle mis fin à ce clivage?

Souvenez-vous de ce que disait le philosophe Augusto del Noce peu de temps avant la chute du mur de Berlin: «le marxisme est mort à l’Est parce que d’une certaine façon il s’est réalisé à l’Ouest». Il relevait de troublantes similitudes entre le socialisme marxiste et le néo-libéralisme sous sa double forme sociale-libérale et libérale-sociale, et citait comme traits communs: le matérialisme et l’athéisme radical, qui ne se pose même plus le problème de Dieu, la non-appartenance universelle, le déracinement et l’érosion des identités collectives, le primat de la praxis et la mort de la philosophie, la domination de la production, l’économisme, la manipulation universelle de la nature, l’égalitarisme et la réduction de l’homme au rang de moyen.

Pour Del Noce l’Occident avait tout réalisé du marxisme, sauf l’espérance messianique. Il concluait à la fin des années 1990 en disant que ce cycle historique est en voie d’épuisement, que le processus est enfin devenu réversible et qu’il est désormais possible de le combattre efficacement. Je me refuse à croire que la décomposition actuelle nous conduit seulement à la violence nihiliste. Je crois et j’espère qu’elle est le signe avant-coureur du terrible passage qu’il nous faudra traverser avant de sortir de notre dormition.

L’ibadisme : aux marges de l’Islam

Aux marges du califat, pouvoirs et doctrines dissidentes : retour sur le développement de l’ibadisme (Les clés du Moyen-Orient)

L’évolution contemporaine de l’islam dans les territoires du Maghreb et du Moyen-Orient nous a conduit à développer une lecture parfois binaire où l’opposition sunnisme-chiisme tient une place de première importance dans l’explication des conflits en cours. Il faut dire que le sunnisme et le chiisme sont les deux écoles de l’islam ayant le plus profondément influencé la construction des identités religieuses chez les populations du Moyen-Orient moderne et contemporain.

Loin des oppositions sanglantes entre milices chiites et groupes salafistes radicaux comme actuellement en Syrie et en Irak, il existe pourtant une troisième école de l’islam longtemps restée en marge des projets de recherche scientifique, pour ne pas dire ignorée. Il s’agit du ḫāriğisme et de son unique branche existante actuellement, l’ibadisme.

Baptiste Enki

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Paradoxalement, cette école juridique remonte aux tous débuts de l’islam, bien avant que l’on se mette à parler de sunnisme et de chiisme. Longtemps marginalisée, réprimée, le ḫāriğisme n’a pas connu l’essor politique qui fut celui du chiisme ismaélien, dont l’idéologie constitua la base du califat fatimide du Caire. Pourtant, des groupes de fidèles ḫāriğites ont bâti des pouvoirs qui furent à l’origine de la création ou du développement important de pôles urbains, l’exemple le plus connu et le plus communément cité étant celui de la cité de Tahart, en Algérie actuelle, qui fut la capitale de l’imamat rustumide entre 767 et 909.

Ces espaces des marges et ces groupes politiques dissidents sont, depuis quelques années, de nouveau au cœur de programmes de recherches importants et font l’objet de nouveaux travaux universitaires, tant en histoire médiévale qu’en histoire contemporaine. En témoigne le projet Maghribadite (CIHAM-UMR 5648, IUF, ANR, Fondation Max van Berchem), coordonné par Cyrille Aillet, chercheur au CIHAM-UMR 5648, maître de conférences en histoire médiévale à l’université Lumière Lyon-II et spécialiste national de ces communautés ibadites. Citons également la thèse récente d’Augustin Jomier : Un réformisme islamique dans l’Algérie coloniale : oulémas ibadites et société du Mzab (c. 1880-c. 1970), soutenue à l’Université du Maine. Les études sur l’ibadisme sont donc en plein essor, permettant de renouveler l’historiographie orientaliste, qui fut le fait de chercheurs ayant permis la connaissance et ayant proposé des traductions de textes issus de ces espaces des marges et décrivant précisément les modalités du fonctionnement politique des communautés ibadites. Nous pensons notamment à la traduction précieuse des Akhbar al-a’imma al-rustumiyyin, texte fameux d’ibn al-Saghir, traduit par A. de Motylinsky.

Ḫāriğisme et ibadisme : aux origines de la dissidence

Sortir de la cité impie –  Le ḫāriğisme fut, dès l’origine du groupe, une dissidence, un schisme entre la umma – la communauté islamique originelle – et un ensemble de rebelles. En témoigne le mot même, ḫāriğisme, formé sur la racine trilittère du verbe arabe ḫ-r-ğ, qui signifie sortir. L’origine de cette séparation est à chercher du côté des confrontations politiques qui eurent lieu lors de l’assassinat du troisième calife rašīdūn, ‘Uṯmān (644-656), bien que la sortie des opposants prît rapidement une tournure religieuse. Revenir sur ces épisodes est en effet fondamental pour comprendre ensuite la nature de l’opposition entre pouvoir central et ḫāriğisme et pour saisir quelle fut la base idéologique qui précéda l’élaboration doctrinale du mouvement.

En 656 (1), après une longue période de tensions internes à la communauté islamique, le calife ‘Uṯmān est assassiné dans sa maison, à Médine. C’est à l’issue de cette crise autour de la personne du calife, qu’Hisham Djaït décrit comme une période de catharsis collective (2), qu’émerge une crise plus grande encore, autour de la succession politique à la tête de la communauté. Les habitants de Médine choisissent de prêter allégeance à ‘Alī dans l’urgence, traduisant bien l’inquiétude générale quant à un possible éclatement de la communauté. Mais cette allégeance ne satisfait pas l’ensemble des membres de la umma et notamment les soutiens de ‘Uṯmān, rassemblés autour du cousin de ce dernier, Mu‘āwiya, alors en poste comme gouverneur à Damas. Mu‘āwiya accuse notamment ‘Alī de soutenir et d’avoir récupéré dans ses rangs les assassins de son cousin. Il réclame donc justice et vengeance, prend la tête de la contestation aux côtés de ‘Aïcha, la fille d’Abū Bakr al-Ṣiddīq, le premier calife rašīdūn, préfigurant ainsi la lutte à venir pour le pouvoir et le titre de calife.

La confrontation intervient à Ṣiffīn, sur les rives de l’Euphrate, en juillet 657. Face au risque imminent de scission définitive au sein de la communauté, les combattants des deux camps sont réticents à engager un combat qui ne peut et ne doit mener qu’à une destruction totale d’une des deux armées. Jouant sur ce risque, Mu‘āwiya ordonne alors de brandir des Corans au bout des lances afin de réclamer un arbitrage humain. L’épisode est particulièrement célèbre car il sauve les armées de Mu‘āwiya en passe d’être défaites et répand la discorde chez les partisans de ‘Ali.
En effet, ‘Ali tergiverse et finit par accepter l’arbitrage humain, ce que refuse un groupe de combattants parmi son armée. Ce sont les qurra’, les premiers hommes à avoir appris le texte coranique par cœur. Ces derniers considèrent impossible de sceller le sort d’une bataille par l’arbitrage humain : la ḥukma illā lillāh ; il n’y a pas d’arbitrage en dehors de celui de Dieu. Ces premiers dissidents décident donc de quitter (ḫarāğa) le groupe des partisans de ‘Ali et de s’installer à Ḥarūrā’, dans un processus d’éloignement volontaire (i’tizāl), comparé à la « sortie de la cité impie » du Prophète lors de son émigration (hiğra) à Yathrib.

Les ḫāriğites sont désormais considérés comme hors de la communauté et constituent une nouvelle menace pour ‘Ali. D’autant que ces derniers développent une doctrine religieuse jusqu’auboutiste, sur laquelle nous reviendrons dans notre dernière partie. Installés désormais à Nahrawān, non loin de l’actuelle Bagdad, les groupes rebelles développent une identité fondée sur l’épisode de Ṣiffīn. ‘Ali, quant à lui, est dépassé et son autorité désormais porte uniquement sur des brides de territoires de l’actuel Irak. Il enclenche pourtant, en 659, une terrible répression contre les ḫāriğites et anéantis leurs implantations à Nahrawān. Il ne parvient cependant pas à détruire l’idéologie, désormais portée par un culte des martyrs que la bataille de Nahrawān n’a fait que renforcer. En 661, c’est un ḫāriğite qui lui assène les coups de poignard qui lui seront fatals.

L’ibadisme et le développement croissant d’une branche du ḫāriğisme –  Il est impossible de revenir en détail sur l’intégralité de l’histoire médiévale du ḫāriğisme tout comme il est impossible de détailler précisément les schismes survenus au sein de cette troisième branche de l’islam. Pour un résumé synthétique, nous renvoyons à l’article de Simon Fauret, « Le khâridjisme, l’autre branche de l’islam » (3).

Nous avons choisi de nous attarder plus spécifiquement sur la question de l’ibadisme, car de tous les mouvements politiques issus du ḫāriğisme, ce fut celui qui connut les réussites politiques les plus marquantes.

En accord avec la tradition relayée par Abū Miḫnaf au milieu du VIIIe siècle, l’ibadisme apparu en 684 et constitua en fait un schisme au sein de la communauté ḫāriğite. ‘Abd Allāh ibn Ibāḍ était alors en conflit avec la doctrine de la secte eu égard à l’attitude que devaient avoir les ḫāriğites vis-à-vis des autres croyants (ahl al-tawḥid). Pourtant, dans son article sur le groupe, « al-ibāḍiyya » (4) dans l’Encyclopédie de l’islam, T. Lewicki estime que la fondation de l’ibadisme est plus ancienne et aussi plus complexe. Selon lui, l’ibadisme est à rapprocher d’une autre secte ḫāriğite modérée, le groupe al-sufriyya, créé au milieu du VIIe siècle dans la ville irakienne de Baṣra par Abū Bilāl Mirdās b. Udayya al-Tamīmī. Dans son Kitāb al-Siyar, al-Šammāḫī cite cet éminent savant comme étant l’un des précurseurs des Ibādiyya. Cette hypothèse semble plausible dans la mesure où plusieurs futurs savants ibadites connus gravitèrent dans l’entourage d’ibn Udayya al-Tamīmī, ce dernier prêchant un discours très proche de celui qui sera le discours ibadite lors du développement du groupe.

C’est consécutivement à la mort d’al-Tamīmī, en 680, suite à une révolte que ‘Abd Allāh b. Ibāḍ devint le leader des ḫāriğites modérés et acta une séparation plus nette d’avec les ḫāriğites extrémistes.

Le chef de file du nouveau groupe est peu connu mais les sources nous livrent néanmoins quelques informations sur sa titulature : imām ahl al-taḥqīq, imām al-Muslimīn ou encore imām al-qawm (5). Installé à Baṣra, le gouvernement ibadite prend le nom de ǧamā‘at al-muslimīm (6).

À l’accession au pouvoir d’ibn Ibāḍ, les ibadites entrent dans une phase de secret (kitmān), de clandestinité qui ne facilite pas notre connaissance de l’évolution de la secte. C’est ensuite Abū al-Ša‘ṯā’ Ğābir b. Zayd al-Azdī qui devient le principal docteur de la secte ibadite et succède à ibn Ibāḍ. Ce personnage est mieux connu : origine de Oman, ce fut, semble-t-il, un personnage de première importance pour les débuts de l’ibadisme. Il est à l’origine d’un recueil de traditions nommé Dīwān, qui traduit sa maitrise de la science des traditions et qui figurait même, au IXe siècle, dans la bibliothèque des califes abbassides de Bagdad. Il enseigna également puisque de nombreux traditionnistes furent ses élèves.

Comme le rappelle T. Lewicki, il poursuivit l’œuvre de son prédécesseur notamment dans son effort de rupture avec l’extrémisme ḫāriğite sufrite. En alimentant les polémiques relatives au dogme ḫāriğite, il fut l’un des principaux artisans de la fixation de la doctrine ibadite.

Son activité politique est elle aussi passionnante. Alors que le ḫāriğisme était considéré comme un islam dissident, Ğābir b. Zayd al-Azdī parvint à entretenir des relations cordiales avec les califes omeyyades, ce qui limita la marginalisation et l’isolement des ibadites. Dans les récits d’al-Šammāḫī, le chef de la secte est même présenté comme proche du redoutable gouverneur d’Irak, al-Ḥağğāğ, bien connu pour ses faits d’armes au service des califes de Damas.

L’ibadisme est donc une fondation religieuse singulière dérivée d’une branche extrémiste des débuts de l’islam. Si, pour des raisons évidentes de clarté, nous avons présenté le mouvement comme évoluant uni à partir de sa séparation d’avec les sufrites, C. Aillet nous rappelle pourtant que l’ibadisme est à l’origine d’une nébuleuse de mouvements actifs aux premiers siècles de l’islam, dérivant du tronc commun de la muḥakkima (le groupe ayant refusé l’arbitrage) (7). À l’origine du premier schisme au sein de la communauté musulmane initiale, le ḫāriğisme et donc l’ibadisme ont souvent souffert de l’image renvoyée par l’historiographie sunnite des siècles abbassides, ayant fait du mouvement un ensemble monolithique et ne retenant guère autre chose que son aspiration incessante à la sécession (ḫurūǧ). Les savants au service des califes de Bagdad n’ont cessé d’assimiler les pratiques socio-politiques de ces mouvements déviants aux principes de la ğāhilīyya (8), permettant ainsi de renforcer le dogme sunnite et de fournir un contre-modèle politique au califat, présenté comme l’unique régime politique islamique viable et comme l’incarnation du modèle politique de l’islam des origines par excellence.

Notes :

(1) Tous les éléments qui suivent et qui font l’objet d’une narration historique sont issus de la tradition islamique sunnite et ont été transmis par les chroniqueurs des VIIIe et IXe siècles. Ils constituent le canon historique actuel, adopté par les historiens, sans que l’intégralité de ces faits puissent être avérés scientifiquement.

(2) H. Djaït, La Grande Discorde, p.185.

(3) Paru sur Les Clés du Moyen-Orient, le 10 juin 2015 [http://www.lesclesdumoyenorient.com/Le-kharidjisme-l-autre-branche-de.html].

(4) T. Lewicki, « al-ibāḍiyya », EI².

(5) Voir T. Lewicki, « al-ibāḍiyya », EI².

(6) Voir, V. Prévost, Les Ibadites, de Djerba à Oman, chapitre 1.

(7) C. Aillet, « L’ibadisme, une minorité au cœur de l’islam », p.2.

(8) Est ainsi nommé la période antéislamique, présenté encore de nos jours par les islamistes comme la période de l’ignorance et de l’anarchie. Le mot dérive de la racine trilittère arabe ğ-h-l, dont le sens est justement ignorance.


2ème partie

Développements géographiques et contestations du pouvoir central

Malgré son isolement vis-à-vis des pouvoirs centraux, l’ibadisme et les communautés ḫāriğites sont toutefois parvenus, au moins jusqu’au XIe siècle, à fonder des régimes politiques gravitant souvent autour d’une ville ou d’un espace géographique donné. Nous prendrons deux exemples, sûrement les plus célèbres : la fondation d’un imamat ibadite à Oman et l’installation d’un pouvoir ḫāriğite à Tahart, en Algérie actuelle.

L’ibadisme s’enracinent tôt au sud de la péninsule arabique, dans l’actuel sultanat d’Oman (1). On sait que les habitants de cet espace furent de fervents admirateurs de Abū Bilāl dès le VIIe siècle et se convertirent au VIIIe siècle mais subirent la répression d’al-Ḥağğāğ. C’est dans sa lutte contre le ḫāriğisme extrémiste implanté à Baṣra qu’al-Ḥağğāğ va paradoxalement et inconsciemment encourager l’ibadisme à Oman : le chef militaire exile en effet systématiquement les leaders de la secte installés en Irak dans les périphéries du pouvoir omeyyade, à savoir à Oman. L’arrivée de prédicateurs renforce l’implantation de la doctrine parmi les populations et donne à leur foi un caractère incontestablement ibadite.

Malgré la répression, l’ibadisme ne fut jamais complètement éliminé de l’actuel Oman puisqu’en 750, al-Ğulandā b. Mas‘ūd est élu premier imam de l’imamat ibadite de Oman. Malgré la reconquête abbasside deux ans plus tard et une période de clandestinité d’une quarantaine d’année, les ibadites de la région maintiennent les structures politiques établies. En effet, à partir du VIIIe siècle s’engage en Oman une prédication et un véritable dynamisme du ḫāriğisme ibadite, probablement sous l’influence de ḥamalat al-‘ilm (les porteurs de science) missionnés par Abū ‘Ubayda.

Après la déroute face aux armées abbassides, de nouveau via des porteurs de science désormais missionnés par le successeur d’Abū ‘Ubayda, al-Rabī‘ b. Ḥabīb, les communautés ibadites parvinrent à se relever. En 793, Muḥammad b. ‘Affān est proclamé nouvel imam de Oman, témoignant d’un dynamisme nouveau de l’ibadisme en Oman. Ainsi, sous son successeur, al-Wāriṯ b. Ka‘b al-Ḫarūsī (r.795-808), les docteurs ibadites de Baṣra, tenant compte du développement d’un imamat ḫāriğite en Oman décidèrent de déplacer le centre spirituel de l’ibadisme dans les marges de l’empire abbasside.

En 893, Oman est reconquis par les armées de Bagdad et passe donc sous le contrôle des califes abbassides. Pourtant, cette dépendance supposée vis-à-vis du califat d’Orient ne fut que factice et superficielle. L’imamat continua d’exister malgré la supposée domination abbasside. T. Lewicki (2) estime qu’à Oman, les ibadites furent répartis géographiquement d’une manière très précise. Selon les sources omanaises, les communautés se trouvaient majoritairement dans les districts d’al-Bātina et dans la périphérie de Rusāq.

En Afrique du Nord, l’ibadisme connu également plusieurs épisodes de réussites notables et les communautés implantées en Ifrīqīyya jouèrent même un rôle de premier plan pour l’ibadisme. Au début VIIIe siècle, Kairouan, ville de l’actuelle Tunisie accueille deux missionnaires orientaux, nommés Salāma b. Sa‘īd et ‘Ikrima. Ils portent tous deux un message fondé sur la religion et les injustices dont seraient victimes les Berbères vis-à-vis des Arabes. Ils estiment qu’un bon gouvernement doit porter au pouvoir le meilleur parmi la communauté des croyants concernée. Nous retrouvons là l’un des points phares du discours politique ḫāriğite et ibadite ; nous y reviendrons. Le message semble rencontrer un succès certain puisque les sources attestent de la formation d’un groupement ibadite important moins d’une vingtaine d’années après leur passage. Sous le commandement de deux chefs ibadites, ‘Abd al-Ğabbār b. Qays al-Murādī et al-Ḥāriṯ b. Talid al-Ḥaḍramī, s’appuyant sur la tribu des Hawwāra, la région de la Tripolitaine actuelle tombe sous la domination ibadite.

Peu après l’arrivée des Abbassides au pouvoir, le pouvoir ibadite de Tripolitaine s’écroula mais, à l’image de l’imamat ḫāriğite de Oman, la population demeura fidèle aux idées ibadites. Les sources citent d’ailleurs bon nombre de personnages originaires de la région qui firent un voyage à Baṣra ou en Oman pour développer leur connaissance de la doctrine ibadite. Cette circulation Occident-Orient / Orient-Occident est à voir comme au fondement du dynamisme du ḫāriğisme au Maghreb, puisque ces personnages, une fois instruits, revenaient prêcher et enseigner le dogme aux populations maghrébines. Parmi eux, trois personnes attirent l’attention : Abū Dāwūd al-Qibillī, originaire du sud de la Tunisie, Ismā‘īl b. Darrār al-Ġadāmisī et ‘Āsim al-Sadrātī. Avec un Persan du nom de ‘Abd al-Raḥmān b. Rustum, ils furent porteurs de science pour Abū ‘Ubayda. Ce dernier les chargea alors de former un imamat en Tripolitaine, une mission remplie par les missionnaires, qui fondent, en 757, un pouvoir ḫāriğite. En 758, Kairouan fut choisie comme capitale. En 761, une armée abbasside mit fin à l’expérience politique ibadite en Tripolitaine en prenant possession de Kairouan et en écrasant les troupes ḫāriğites à Tāwarġā.

‘Abd al-Raḥmān b. Rustum prit la fuite et s’installa au Maghreb central, à Tahart en Algérie actuelle. Les sources ne sont pas nombreuses concernant son règne, mais toutefois, il semble avoir eu une certaine aura sur les territoires sous sa coupe, puisque plusieurs tribus berbères se rallièrent bientôt à son imamat ; par elles, les Lawāta et les Nafzāwa. Sous les deux successeurs d’ibn Rustum, ‘Abd al-Wahhāb b. ‘Abd al-Raḥmān et al-Aflaḥ b. ‘Abd al-Wahhāb, l’ibadisme maghrébin atteint son apogée et dominait, selon la chronique d’ibn al-Ṣaġīr, l’espace compris entre Tlemcen et Tripoli.

À partir de 839, le territoire contrôlé par les Rustumides fut tronqué par l’avancée d’une autre puissance voisine : la dynastie aġlabide. Bientôt, ces derniers prirent l’ascendant et écrasèrent les tribus soutenant les Rustumides et assurant leur domination en Tunisie du sud. Le rapport de force s’inversa.

L’imamat de Tahart fut ensuite considérablement affaibli par des schismes politiques sur lesquels nous ne pouvons nous attarder. En 896, l’armée aġlabide cassa définitivement l’influence ibadite en Tripolitaine, lorsqu’à la bataille de Mānū, elle écrasa la tribu berbère des Nafūsa qui était alors le principal soutien des Rustumides. En déliquescence, l’imamat de Tahart chuta en 909 face à l’armée d’Abū ‘Abd Allāh al-Ši‘ī, qui allait fonder quelques années plus tard le royaume fatimide.

Avec la chute de l’imamat ibadite à Tahart, l’ibadisme se morcèle en plusieurs entités connectées, en particulier dans la région actuelle du Djérid, et ce entre le Xe et le XIe siècle. Au XIe siècle, Abū ‘Abd Allāh Muḥammad ibn Bakr fonde l’institution de la ḥalqa, une assemblée de savants (oulémas ou ‘azzāba) destinée à prendre en charge la vie morale, religieuse et juridique des communautés ibadites (3).

La chute de l’imamat de Tahart modifie également les structures politiques de l’ibadisme maghrébin. Quatre stades sont établis pour définir la nature de l’imamat :

Ẓuhūr : la gloire de la manifestation, se traduisant par la création et l’existence avérée de l’État. L’imam proclamé publiquement est dit imam al-bay‘a et est élu par un conseil de cheikhs.

Difā‘, la crise, obligeant les communautés de l’État à adopter une position défensive. L’imam est élu secrètement et ne possède que des pouvoirs militaires.

Širā’, l’état de sacrifice, décrété dès lors que 40 fidèles sont prêts à conduire une révolte.

Kitmān, l’état de clandestinité lorsque les communautés font face à un pouvoir adverse trop coercitif pour que ces groupes de fidèles puissent élire un imam. Dans ce cas, un homme influent et consensuel est choisi par tous pour aider les savants, les cheikhs dans leur tâche de promotion du bien et d’interdiction du mal. V. Prévost (4) estime que cet état est proche de la fameuse dissimulation (taqīya).

Ce morcellement des communautés entraine, le plus souvent, l’abandon de l’élection d’un imam, désormais jugé inutile étant donné l’absence d’État.

Les États ibadites ont donc réussi à composer avec les populations locales pour bâtir des entités politiques assez développées pour avoir influencé durablement l’histoire des territoires. Toutefois, comme les deux exemples que nous avons donnés l’illustrent, ces communautés se sont implantées dans des espaces en marge des pouvoirs principaux dominants, que ce soit en Orient ou en Occident.

En Orient, Oman fut toujours un territoire que les pouvoirs musulmans eurent des difficultés à contrôler dans la durée. Nous l’avons vu, malgré les incursions et les victoires épisodiques abbassides, l’imamat ibadite se maintint et ne fut subordonné aux califes bagdadiens que superficiellement. Au Maghreb, la configuration est somme toute la même. Avec l’extension de l’empire islamique, les souverains orientaux perdirent la mainmise sur ces territoires lointains qui se rapprochèrent des pouvoirs émergeants en Espagne notamment. Mais la composante berbère, particulièrement instable, rendit le contrôle total de ces territoires par les nouveaux maîtres de l’Occident islamique impossible.

Doctrine et symbolique du pouvoir

Idéologie de la rupture proto-ḫāriğite et construction d’une doctrine ibadite – Comme le rappelle Hisham Djaït, la nature même du mouvement ḫāriğite repose sur son intransigeance (5). L’historien voit dans sa protestation contre l’arbitrage humain proposé par Mu‘āwiya et accepté par ‘Alī un mouvement imprégné de religion luttant contre une sécularisation du pouvoir, ce dernier ne devant appartenir qu’à Dieu : la ḥukma illā lillāh.

Alors que, lors de ce qui fut la première opposition entre deux grandes armées musulmanes, ‘Alī opte pour un discours de leader politique espérant préserver l’intégrité de la communauté, les ḫāriğites n’espèrent une solution que divine et lui objectent des arguments religieux intenables. Cette idéologie de la rupture se traduit ensuite par la mise en place d’actions ultra-violentes menées au nom du takfir contre les infidèles et par des assassinats (isti‘rāḍ).

Alors que le discours du proto-ḫāriğisme et certaines sectes du mouvement se caractérisent justement par cette violence extrémiste religieuse, l’ibadisme se caractérise justement par la rupture vis-à-vis de cette violence inconditionnée destinée à frapper tous les musulmans n’entrant pas dans le cadre du discours ḫāriğite. En effet, les sufrites et les ibadites refusèrent la thèse azraqite selon laquelle les musulmans non-ḫāriğite ne sont autre que des mécréants polythéistes. Refuser cette affirmation revient ainsi à nier la nécessité du meurtre religieux (isti‘rāḍ).

Nous l’avons vu plus haut, la rupture est assez rapide, ce qui entraine la construction d’une idéologie et d’un discours ibadites propres au mouvement. Tout comme les sunnites, les ibadites établissent comme source de la religion le texte coranique et le texte de la sunna du prophète. Ils revendiquent en revanche un corpus de ḥadīṯ qui leur est propre, qui serait le fait d’al-Rabī‘ b. Ḥabīb et qui comprendrait 1 005 ḥadīṯ. L’exégèse du texte coranique est également différente de celle des sunnites et l’ouvrage de référence est le Tafsīr kitāb Allāh al-‘azīz, daté de la seconde moitié du IXe siècle.

La doctrine ibadite est également fondée sur l’injonction suivante : al-amr bi-l-ma’rūf wa-l-nahy ‘an al-munkar, à savoir ordonner le bien et interdire le mal. V. Prévost rappelle que cette formule qui semble être du sens commun révèle la nécessité d’une implication de tous les membres de la communauté dans la vie et les affaires publiques. Ainsi, les savants se doivent d’agir par la langue, les dirigeants par la main et le peuple par le cœur (6).

À noter également que I. Goldziher a révélé la grande proximité des thèses ibadites et mu‘tazilites. S’il semble très probable que des éléments mu‘tazilites soient venus intégrer les théories ibadites, le manque de sources nous empêche de considérer plus clairement le processus historique qui a conduit à de tels rapprochements.

Symbolique du pouvoir chez les ibadites –  Malgré l’érection du mouvement ibadite en contre-modèle par l’historiographie califale moyen-orientale, la fondation et le développement des imamats ibadites, lorsque l’on possède assez de sources pour les documenter, sont d’un immense intérêt.
En édifiant un régime politique alternatif fondé sur le consensus de la communauté lors de l’élection de l’imam et en réutilisant une symbolique de la pauvreté, de la simplicité et de l’ascétisme souvent proche de celle des premiers califes de l’islam, les ibadites furent à l’origine de curieux mouvements politiques.
Cette construction d’un imaginaire du bon gouvernement a été étudiée dans le cas de l’imamat rustumide de Tahart par Cyrille Aillet. Nous nous appuyons donc ici sur deux de ses articles (7).

Ainsi, dans les récits ibadites qui sont faits de la fondation de la cité de Tahart, en Algérie actuelle, l’imam s’éclipse derrière la communauté, seule à décider de l’emplacement de la future capitale de l’imamat. « De concert, ils décidèrent de bâtir une ville qui serve de siège à leur émirat. Ils prirent alors la décision de construire Tāhart au pied du Ǧabal Kazūl, qui surmonte les hauts plateaux de Mindās. Ils en fixèrent l’emplacement sur les rives de l’oued Mīna, à proximité duquel, plus au sud, se trouvent des sources (8) ». L’utilisation du ils renforce la collégialité de la décision et propose un récit de fondation où le chef de la communauté est associé à la geste de la communauté, tout aussi, voire plus importante que celle du chef.

L’imam est également l’homme élu, loin des ambitieux hommes de pouvoir, il est systématiquement présenté comme dépourvu d’ambitions et n’acceptant le titre d’imam que pour assurer à la communauté son existence, selon les règles de la secte. Ainsi, al-Rustum refuse, dans un premier temps, la charge que lui confie ses Compagnons. Une fois investi, ce dernier ne règne que par l’accord consensuel de la communauté rassemblée et son autorité doit surplomber les intérêts individuels de tout un chacun.

Vivant dans la simplicité, il privilégie un mode de vie ascétique, s’assurant, toujours selon les sources, de ne pas créer un gouffre, une distance irréversible entre lui, chef de la communauté, et ses sujets. La création d’une telle distance serait alors similaire à celle entre un roi (mulk) et ses sujets, la figure du roi étant particulièrement dépréciative en islam, souvent assimilée à la figure du tyran.

Proposant un modèle alternatif au régime politique du califat, les sources ibadites présentent le couple imam-cadi (homme de pouvoir et de justice) comme la source de l’harmonie, ces deux hommes étant supposés régner via le consensus et rendre la justice dans un parfait désintérêt des conflits d’intérêts et faire preuve d’une impartialité totale.

Conclusion

Survivance du ḫāriğisme extrémiste des tous débuts de l’islam, l’ibadisme a connu, jusqu’au XIe siècle, au moins au Maghreb, des réussites lorsque des groupements de fidèles sont parvenus à s’implanter dans des territoires et à y mettre en pratique des expériences politiques fondées sur la doctrine de l’imamat ibadite.
On a vu que les espaces où les ḫāriğites ibadites connurent les plus grandes réussites étaient les espaces des marges, loin des pouvoirs centraux : dans le Maghreb central, un territoire que les Abbassides de Bagdad renoncèrent assez vite à administrer et dont la composante rendit le contrôle particulièrement complexe ; à Oman, loin des grands pôles urbains du Šām, dans une région montagneuse d’exil pour les docteurs ibadites sous les Omeyyades.

Peu connu en raison de cette opposition classique chiite-sunnite qui domine les débats sur l’islam politique et contemporain, l’ibadisme a marqué l’histoire de la religion et de la civilisation islamique reprenant à son compte des idéaux qui furent ceux des sunnites lorsqu’ils mettaient en valeur la grande piété de ‘Umar et des idéaux de collégialité, plaçant la communauté au centre de tout, rappelant parfois la doctrine chiite zaydite.

Notes :

(1) Sur la question, voir la thèse d’Isam Ali Ahmed al-Rawas, Early Islamic Oman (ca – 622/280-893) : a political history, Durham University.

(2) T. Lewicki, « al-ibāḍiyya », EI².

(3) C. Aillet, « L’ibadisme, une minorité au cœur de l’islam », p.10.

(4) V. Prévost, Les Ibadites, de Djerba à Oman.

(5) H. Djaït, La Grande Discorde, p.340.

(6) V. Prévost, Les Ibadites, de Djerba à Oman, p.45.

(7) C. Aillet, « L’imagine du bon gouvernement et le façonnement d’une mémoire communautaire dans l’ibadisme maghrébin médiéval », in Apprendre, produire, se conduire : le modèle au Moyen Âge, XLVe Congrès de la SHMESP, Publications de la Sorbonne, Paris, 2015, pp.333-345 ; « Tâhart et les origines de l’imamat rustumide. Matrice orientale et ancrage local », Annales islamologiques, 45, 2011, pp.47-79.

(8) Ibn Ḫaldūn, Ta’rīḫ Ibn Ḫaldūn, éd. VI, p. 159-160, cité dans C. Aillet, « Tâhart et les origines de l’imamat rustumide », p.64.

Bibliographie et suggestions de lectures :

AILLET (C.), « Tâhart et les origines de l’imamat rustumide : matrice orientale et ancrage local », in A. Nef et M. Tillier (dir.), Le polycentrisme dans l’Islam médiéval. Les dynamiques régionales de l’innovation, dossier spécial des Annales islamologiques, 45, 2011, pp.47-78.
— « L’ibâḍisme, une minorité au cœur de l’islam », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 132, 2012, mis en ligne le 08 avril 2013, http://remmm.revues.org/7752 (dernière consultation 07 novembre 2015).
— « L’image du bon gouvernement et le façonnement d’une mémoire communautaire dans l’ibadisme maghrébin médiéval », Apprendre, produire, se conduire. Le modèle au Moyen Âge, XLVe Congrès de la SHMESP, Nancy-Metz, 2014, Publications de la Sorbonne, Paris, 2015.
BIANQUIS (T.), DELUMEAU (J.), GUICHARD (P.), LEPELLEY (C.), TILLIER (M.) (dir.), Les débuts du monde musulmans, VIIème-Xe siècle, Presses Universitaires de France, Paris, 2012.
CRONE (P.), « Ninth-Century Muslim Anarchists », Past and Present, 167, 2000 pp.3-28.
DJAÏT (H.), La Grande discorde. Religion et politique dans l’islam des origines, Gallimard, Paris, 1989.
GAISER (A.), Muslims, scholars, soldiers, Oxford University Press, Oxford 2010.
KORIBAA (N.), Les Kharidjites : démocrates de l’islam, Publisud, Paris, 1991.
LEWICKI (T.), « Al-ibāḍiyya », Encyclopaedia of Islam, Second Edition, p. bearman, t. bianquis, c.-e. bosworth, e. van donzel, w.-p. heinrichs (éd.), Brill Online, 2015, http://referenceworks.brillonline.com/entries/encyclopedie-de-l-islam/al-ibadiyya-COM_0307
MADELUNG (W.), The succession to Muhammad. A study of the early Caliphate, Cambridge University Press, Cambridge, 1997.
PRÉVOST (V.), Les Ibadites, de Djerba à Oman, la troisième voie de l’Islam, Brepols, Turnhout, 2010.

« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des effets dont ils chérissent les causes »

Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je? quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance.

Jacques Bénigne Bossuet – « Histoire des variations des églises protestantes », dans Œuvres complètes de Bossuet vol XIV [cf la controverse sur la version exacte de cette citation]

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Pablo Escobar, trafiquant de cocaïne

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Il commandita un attentat contre un avion de ligne, fit assassiner, outre ses concurrents, des hommes d’État, des policiers ou des journalistes qui tentaient de dénoncer ses exactions. Dans la Colombie des années 1970 et 1980, Pablo Escobar s’est imposé comme un trafiquant hors normes, non seulement un baron de la cocaïne à la tête de l’un des plus puissants réseaux du pays, mais aussi un combattant sans scrupules, à l’origine de la mort ou de la disparition de milliers de personnes.

Vingt ans après sa mort, cette figure emblématique de l’Amérique latine est pourtant toujours l’objet d’un véritable culte : nombreux sont ceux qui célèbrent en lui le bandit philanthrope en lutte contre l’oligarchie, le rebelle dressé contre l’État ou encore le patriote dénonçant les ingérences américaines. En réalité, en bâtissant son empire sur la violence et la corruption, le « Patron » a largement contribué à la ruine du pays, qui peine aujourd’hui encore à se relever de ces années noires.

Pour la première fois, un historien français retrace la vie mouvementée de Pablo Escobar, révélant toute la complexité de cette page d’histoire latino-américaine.

Thierry NOËL – Docteur en histoire, avec une thèse sur l’armée bolivienne (1952-1985), Thierry Noël a passé plus de quinze ans en Bolivie notamment en enseignant l’histoire-géographie au lycée franco-bolivien de La Paz.

Editions Vendemiaire


Conférence de Thierry Noël : « La lutte contre le narcotrafic à travers le cas Pablo Escobar » (Cercle Aristote)

 

Revue de presse (55)

France

Marc Trévidic : « Plein d’actions sont menées pendant que l’on prépare quelque chose de plus gros » (France TV)

Trois mineurs de 15 ans ont été arrêtés en région parisienne en une semaine, tous sont soupçonnés d’avoir voulu commettre un attentat. Tous étaient inscrits sur l’une des chaînes Internet du djihadiste et propagandiste de Daech, le Français Rachid Kassim, qui téléguiderait des attentats en France, depuis la Syrie. Sur France Inter, l’ancien juge antiterroriste, Marc Trévidic, a estimé que « plein d’actions sont menées pendant que l’on prépare quelque chose de plus gros. »

Attentat avorté contre Notre-Dame de Paris : les connexions du commando des 3 filles

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L’administration pénitentiaire craint des attentats dans les prisons (Sud Radio)

Les prisons, prochaine cible des terroristes ? C’est ce que craint l’administration pénitentiaire, qui a envoyé une note aux surveillants et directeurs de prison évoquant un risque d’attaques terroristes imminentes dans les établissements pénitentiaires.

L’agression de surveillants par un détenu radicalisé à la maison d’arrêt du Val d’Oise, à Osny, montre que les gardiens de prison sont devenus une cible privilégiée pour les détenus radicalisés.A la prison d’Aiton, en Savoie, les détenus fichés S sont aussi accusés d’être à l’origine des troubles qui agitent la prison. Une émeute sans aucune revendication a éclaté la semaine dernière. Fin aout, des détenus s’étaient retranchés et barricadés avec des armes artisanales au sein de la salle de sport. Des projets d’assassinat visent également les gardiens, qui menacent désormais de bloquer l’établissement.

Allemagne : arrestation de trois Syriens en lien avec les attentats de Paris (Franceinfo)

Trois porteurs de papiers syriens ont été arrêtés, mardi 13 septembre, en Allemagne. Selon le ministre allemand de l’Intérieur, « l’état actuel des investigations de la police criminelle fédérale indique des liens avec les assaillants de Paris de novembre 2015 ». Thomas de Maizière, a précisé que les trois suspects, arrivés l’an dernier dans le pays lors de l’afflux de demandeurs d’asile, avaient obtenu leurs papiers d’identité auprès de la « même organisation de passeurs que les assaillants de Paris ».

Ces trois réfugiés sont soupçonnés d’appartenir au groupe Etat islamique (EI), selon le parquet fédéral allemand. Mahir Al-H., 27 ans, Mohamed A., 26 ans, et Ibrahim M., 18 ans, ont été interpellés dans le Schleswig-Holstein (nord du pays) et leurs appartements font l’objet de perquisitions. 

Ouverture d’un « centre de déradicalisation » à Beaumont-en-Véron (FranceTV)

Le premier centre de déradicalisation sur le territoire français va ouvrir ses portes dans l’enceinte d’un château à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire). Le modèle de ce centre, c’est l’internat : des bâtiments spacieux entourés de grilles. A l’intérieur, chaque pensionnaire est logé dans une chambre individuelle.

Tous les pensionnaires sont volontaires et ils ont des obligations : se lever à 6h45, porter un uniforme et se soumettre à un emploi du temps strict. Une journée type ressemblera à ça : après le réveil, des activités collectives pour réapprendre à vivre tous ensemble, puis des activités citoyennes, et un retour à la formation générale si besoin. Leur journée commence dans des salles de cours. Au programme, histoire, découverte des religions et échange sur les valeurs de la République. Ils pourront aussi pratiquer des activités annexes (poterie, vélo, slam…).

Libération

Six mois après l’annonce de l’ouverture de centres de déradicalisation – officiellement, centres de prévention, d’insertion et de citoyenneté – dans toutes les régions françaises, le pionnier, implanté sur le domaine de Pontourny, à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire), était présenté aux médias ce mardi.

Certains points demeurent flous. Pas la peine, par exemple, de demander combien tout cela coûte, «on risquerait de vous donner un chiffre erroné», affirme Muriel Domenach, la directrice du CIPDR, qui, jusqu’à fin août, était consule générale à Istanbul.

Pendant la visite, on constate que le traitement préconisé par les pouvoirs publics pour endiguer la radicalisation relève plus du séjour en internat que du service militaire. Les quelques parties du centre livrées à l’œil des caméras portent les traces du passé récent des lieux : jusqu’à l’an dernier, Pontourny était un centre d’éducation pour les mineurs étrangers isolés.

Pontourny n’est «pas une prison». C’est un «établissement médico-social», où interviendront des psychologues, des enseignants ou chercheurs de l’Education nationale, et des éducateurs. Outre les prestataires extérieurs, le centre compte une trentaine de salariés, pour 25 pensionnaires, au maximum. Un seuil de remplissage qui sera atteint début 2017.

«On ne va pas accueillir ici des terroristes, a rappelé le préfet Le Franc en préambule. Aucun ne sera sous main de justice, ni n’aura été condamné pour des faits de violence ou de terrorisme.» Il ne s’agit pas de «candidatures spontanées», concède-t-il tout de même, mais «c’est le travail des préfectures de susciter ce volontariat» chez ces hommes et ces femmes de 18 à 30 ans.

Des profils «perdus», avec des «problèmes personnels importants, en rupture avec leur famille, en échec scolaire ou sans emploi, sans repères, et qui se sont égarés sur les réseaux internet», précise le préfet, convaincu qu’«on peut les récupérer». En leur apprenant «le vivre ensemble dans la société artificielle qu’est cet établissement», précise Pierre Pibarot, le directeur du GIP «Réinsertion et citoyenneté».

Le plan Cazeneuve de relocalisation des migrants de Calais

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Le fusil d’assaut allemand HK416 tiendrait la corde pour remplacer le FAMAS (Zone militaire)

La rumeur est persistante depuis cet été et, à en croire l’édition de ce 12 septembre du quotidien économique Les Échos, elle serait en passe d’être confirmée. Ainsi, le fusil d’assaut HK416 de la firme allemande Heckler & Koch aurait été choisi par la Direction générale de l’armement (DGA) pour remplacer le FAMAS, dans le cadre de l’appel d’offres portant sur l’arme individuelle du future (AIF).

Les cinq industriels ayant remis des offres (Heckler&Koch, FN Herstal, Beretta, Sig Sauer et HS Produkt) ont été récemment avertis de ce choix par François Cojan, le chef du service des achats à la DGA, affirme en effet le journal, qui précise que la décision a été prise à l’issue d’une ultime campagne d’essais réalisée cet été.

Le choix du HK416 n’est pas très surprenant dans la mesure où ce fusil d’assaut est déjà utilisé par les militaires français, en particulier ceux des forces spéciales et de l’armée de l’Air, cette dernière l’ayant déjà sélectionné en 2009 pour remplacer le FAMAS.

Accord du gouvernement britannique pour le projet de centrale nucléaire d’Hinkley Point

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Union Européenne

Un duo franco-allemand pour négocier le Brexit (Les Echos)

L’équipe qui négociera la sortie du Royaume-Uni du club européen est désormais fin prête. La Commission européenne a désigné mercredi l’Allemande Sabine Weyand, directrice adjointe au Commerce et spécialiste des questions commerciales, pour épauler l’ancien commissaire Français Michel Barnier choisi par Bruxelles au mois de juillet.

L’ambassadeur britannique en France, Sir Julian King désigné commissaire britannique de l’UE (Euractiv)

Julian King a été désigné pour être le nouveau responsable de la sécurité au sein de la Commission par Jean-Claude Juncker, après que Jonathan Hill a démissionné au lendemain de la décision des Britanniques de quitter l’UE. Le Parlement décidera par vote, le 15 septembre, s’il soutient la nomination de Julian King, reçu en audience trois jours plus tôt par les eurodéputés.

Le porte-feuille de l’Union de la sécurité a été créé par le président de la Commission en réaction aux attaques terroristes en France et en Belgique. Le poste de Jonathan Hill aux services financiers a été remis à Valdis Dombrovskis, l’ancien Premier ministre letton, qui doit à présent se charger de la régulation de la City de Londres.

« Je ne suis pas ici pour remettre en question ou représenter la position du gouvernement britannique, mais je pense que la Première ministre [Theresa] May a été parfaitement claire sur la nécessité de respecter les résultats du référendum », a-t-il souligné.

L’actuel ambassadeur britannique en France s’est exprimé en français au début de son audience. Il a rappelé à ses auditeurs que « quand le Royaume-Uni sortira, mon travail ici prendra fin ».

L’eurodéputé britannique et eurosceptique, Gerard Batten, a demandé comment Julian King servirait deux maîtres à la fois, d’autant plus que les commissaires doivent prêter serment de loyauté envers l’UE.

Traité transatlantique : les négociations continueront malgré les critiques de la France (AFP-Reuters)

Un quinzième cycle de négociation entre l’Union européenne et les Etats-Unis à propos du traité de libre-échange transatlantique (appelé TTIP ou Tafta) aura lieu, comme prévu, aux Etats-Unis lors de la première semaine d’octobre. Les déclarations de la France, qui a dit qu’elle demanderait la fin des négociations en raison de leur déséquilibre, n’ont pas fait varier le calendrier.Avant cette réunion, une rencontre entre les ministres européens chargés du commerce, le 23 septembre à Bratislava, sera la prochaine étape de la négociation de plus en plus compliquée du Tafta.La France, par son secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Matthias Fekl, demandera officiellement « la fin des négociations » et dira que « le mandat de négociation (…) n’a plus le soutien politique de la France ». Paris reconnaît cependant le droit de l’UE de poursuivre les négociations, ce qui confirme que la délégation française savait que son refus de discuter était avant tout symbolique.

La commissaire européenne au commerce, Cécilia Malmström, et Michael Froman, représentant américain pour le commerce, espèrent que les « équipes feront le maximum de progrès possible ». Ils pourront compter sur quelques signes encourageants, comme le soutien public affiché par douze pays européens à la poursuite des négociations (l’Italie, l’Espagne, le Portugal, le Danemark, la Finlande, la Suède, la Grande-Bretagne, l’Irlande, la République tchèque, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie). Ils écrivent dans une lettre : « Nous avons hâte de continuer les négociations avec les USA et de travailler étroitement avec la Commission européenne dans les prochains mois. Nous réitérons notre engagement et notre soutien donné à la Commission dans les négociations. »

La Commission européenne liste les bons et les mauvais élèves de l’UE (Euractiv)

Dans un document interne consulté par EurActiv, la Commission liste les opposants à son plan de « réunification de l’Europe » après le Brexit.

Juncker l’a dit dans son discours annuel : « les douze prochains mois seront cruciaux pour construire une Europe meilleure ». Pour ce faire, l’exécutif européen a préparé un graphique évaluant le niveau de soutien de certains de ses projets.

Le graphique, obtenu par EurActiv, inclut les projets déjà présentés, comme l’agence de garde-frontières et garde-côtes pour protéger les frontières extérieures ou le régime d’assurance des dépôts européens, qui fait partie de l’union bancaire, mais aussi d’autres idées qui ne seront pas officialisées avant plusieurs mois, comme l’octroi d’une dimension fiscale à l’Union économique et monétaire, ou d’autres programmes souvent considérés comme trop fédéralistes, comme une circonscription à l’échelle continentale pour les élections européennes, une idée soutenue uniquement par l’Italie et la Belgique.

Dans le cadre de son initiative pour une meilleure intégration, Jean-Claude Juncker a notamment proposé de renforcer le plan d’investissement, de réformer le secteur des télécommunications et de dynamiser l’Union des marchés de capitaux.

La Commission est cependant très consciente des obstacles auxquels se heurteront les propositions censées protéger l’Europe de crises futures, comme un fonds de soutien aux pays en récession grave ou un système de défense européen.

L’initiative franco-allemande en matière de défense européenne se précise (Zone militaire)

À l’occasion du dernier 14-Juillet, le président Hollande a annoncé que la France et l’Allemagne allaient lancer une initiative en faveur de la défense européenne. Les propositions franco-allemandes seront présentées à l’occasion du pochain sommet européen de Bratislava, le 16 septembre, et serviront de « base de réflexion sur une relance » de la défense européenne ».

D’après le quotidien allemand Sueddeutsche Zeitung, il y aurait, parmi les mesures qui seront avancées, la création d’un grand quartier général européen (rendu possible après le Brexit dans la mesure où Londres n’en a jamais voulu), la mise en place d’un centre commun en matière d’observation par satellite et la mutualisation de capacités logistiques et de moyens dans le domaine de la médecine militaire. En outre, les États membres devraient pouvoir avancer sur certains dossiers sans qu’il y ait nécessairement un accord des 27.

Au ministère français de la Défense, l’on estime que l’on pourrait s’appuyer sur l’Eurocorps pour lancer plus rapidement des opérations dans le cadre européen. Cet état-major basé à Strasbourg est déjà en effet susceptible d’être engagé dans des interventions faites au profit de l’UE et de l’Otan, en mobilisant des forces mises à sa disposition par la France, l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg et l’Espagne.

Enfin, l’initiative franco-allemande pourrait aussi mettre à contribution l’UE pour financer davantage les efforts de recherche dans le domaine militaire afin de renforcer l’industrie européenne de l’armement.


Monde – Géopolitique

Une frégate française a mené une opération d’influence au large de la Libye (Zone militaire)

Les forces françaises sont plutôt timides quand il s’agit de mener des opérations psychologiques (PSYOPS), que l’on appelle désormais « opération militaire d’influence » (OMI). Selon la Doctrine interarmées des opérations militaires d’influence [.pdf], les OMI « regroupent l’ensemble des activités dont l’objet est d’obtenir un effet sur les comportements d’individus, de groupes ou d’organisations (info-cibles) afin de contribuer à l’atteinte des objectifs politiques et militaires. »

À en croire l’hebdomadaire « Le Marin », la Marine nationale s’y est aussi essayée en juin dernier, au large de Syrte, ville libyenne alors occupée par les jihadistes de l’État islamique (EI). Ainsi, pendant seulement deux semaines, la frégate légère furtive « Courbet » aurait émis sur une fréquence de la bande FM des émissions de radio mêlant musique et messages en arabe afin de dégrader l’image de l’EI auprès de la population locale et d’inciter cette dernière à se rallier au gouvernement d’union nationale, officiellement soutenu par Paris.

Libye : les forces du général Haftar s’empare de terminaux pétroliers dans l’est du pays (RFI)

Les forces des autorités basées dans l’est de la Libye ont annoncé ce lundi matin avoir pris un troisième terminal pétrolier à une milice loyale au gouvernement d’union nationale reconnu par la communauté internationale. Elles avaient déjà pris dimanche les terminaux d’al-Sedra et de Ras Lanouf, les plus importants du pays, situés dans le Croissant pétrolier à l’Est.

Ces terminaux pétroliers à l’Est étaient sous le contrôle d’Ibrahim Jadhran et sa milice et sa milice nommée « Gardes des terminaux pétroliers ». Ibrahim Jadhran avait combattu le groupe Etat islamique et empêché l’organisation jihadiste de mettre la main sur les champs pétroliers.

Entre les forces de l’armée libyenne de l’Est et les membres de cette milice (GIP), il n y a pas eu vraiment de bataille, ni hier ni aujourd’hui ce qui laisse entendre qu’il y a eu une sorte d’accord entre Haftar et la tribu al-Maghariba. Ibrahim Jadhran appartient en effet à la tribu al-Maghariba, qui habite le croissant pétrolier, mais le chef de cette tribu ne l’a pas reconnu et à appeler les jeunes membres de sa milice à rendre leurs armes et ne pas combattre les forces de l’Est. Ibrahim Jadhran est accusé de corruption et de s’enrichir sur le compte du peuple libyen en touchant des millions. Sa villa à Tobrouk, ainsi que les villas de ses frères ont été investies par des membres de l’armée.

Jeune Afrique :

Les forces du gouvernement non reconnu de Libye se sont emparées mardi du dernier des quatre terminaux du Croissant pétrolier. Le gouvernement d’union (GNA) soutenu par l’ONU perd ainsi le contrôle de ces installations cruciales pour l’économie du pays.

Le Croissant pétrolier s’étend le long d’une baie en forme de croissant entre les localités de Marsa el-Brega et Ben Jawad, dans le nord-est du pays et regroupe les principaux ports pétroliers. Outre Ras Lanouf et al-Sedra, il comprend le terminal de Zueitina, fermé et celui de Marsa el-Brega qui fonctionne sporadiquement. Ces sites étaient sécurisés par les Gardes des installations pétrolières, une milice de l’Est qui avait prêté allégeance cet été au gouvernement d’union nationale reconnu par l’ONU.

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Libye: le général Khalifa Haftar reçu à Ndjamena (Tchad) par le président Déby (RFI)

Le général Khalifa Haftar accompagné d’une délégation importante a été accueilli par de hauts gradés tchadiens. Il a ensuite été invité à déjeuner avant d’être conduit aux plus hautes autorités.

Au menu des discussions, la situation sécuritaire dans le Sud libyen, mais surtout la présence annoncée des rebelles tchadiens sur la frontière nord du Tchad. L’affaire est devenue sérieuse, à tel point que le chef de l’Etat, Idriss Déby, a décidé de la suivre en personne personnellement, a indiqué à RFI une source sécuritaire.

Libye : le général Haftar met en échec le plan de l’ONU et de l’UE (L’Afrique réelle)

Le 11 septembre 2016, après une offensive aussi soudaine qu’inattendue, l’ANL (Armée nationale libyenne) basée en Cyrénaïque et commandée par le général Haftar, l’ennemi des Frères musulmans de Misrata et des islamistes de Tripoli, a pris le contrôle du « croissant pétrolier » libyen et des ports terminaux de Sidra et de Ras Lanouf. Cette victoire met à mal le plan de l’ONU soutenu par l’UE, qui était de refaire l’unité de la Libye à travers le gouvernement El Sarraj appuyé sur les Frères musulmans de Misrata et sur les islamistes de Tripoli.

Comme de leur côté, les milices de Misrata ont pris Syrte à Daech, il n’y a donc plus de tampon entre les forces du général Haftar et celles de Misrata. Dans ces conditions, la guerre Misrata-Haftar est-elle inévitable ?

Royaume-Uni : des parlementaires mettent en cause la décision de Londres d’intervenir en Libye (AFP-Reuters)

L’intervention militaire britannique en Libye en 2011 était fondée sur des « postulats erronés », accusent des parlementaires du Royaume-Uni dans un rapport publié mercredi 14 septembre. La commission des affaires étrangères de Westminster a relevé plusieurs erreurs dans le processus décisionnel qui a amené Londres à intervenir militairement dans le pays aux côtés de la France, officiellement pour protéger les civils réprimés par Mouammar Kadhafi.

« [Le gouvernement britannique] n’a pas pu vérifier la menace réelle que le régime de Kadhafi faisait peser sur les civils ; il a pris au pied de la lettre, de manière sélective, certains éléments de la rhétorique de Mouammar Kadhafi ; et il a échoué à identifier les factions islamistes radicales au sein de la rébellion. »

La stratégie du Royaume-Uni dans ce dossier « fut fondée (…) sur une analyse partielle des preuves », insistent ces parlementaires. L’exécutif aurait pu privilégier d’autres options qui auraient mené à de meilleurs résultats, résume le président de la commission, Crispin Blunt.

« Un engagement politique aurait pu permettre de protéger la population, de changer et de réformer le régime à un coût moindre pour le Royaume-Uni et la Libye. Le Royaume-Uni n’aurait rien perdu en suivant ces pistes, au lieu de se focaliser exclusivement sur le changement de régime par des moyens militaires. »

L’ancien premier ministre conservateur en poste lors de cette affaire, David Cameron, est directement mis en cause dans le rapport. Il aurait aussi dû savoir que les islamistes radicaux allaient chercher à profiter de la rébellion, estiment les parlementaires. Selon eux, il n’existe d’ailleurs pas d’indication que la nature de l’insurrection ait été correctement analysée par Londres.

M. Cameron est donc « le responsable final de l’échec à développer une stratégie cohérente en Libye », jugent les députés. L’ancien locataire du 10 Downing Street n’a pas voulu témoigner devant la commission, évoquant « un emploi du temps chargé ».

Accord russo-américain sur la Syrie : pourquoi le plus dur reste à venir

L’accord du 10 septembre est avant tout de nature technique et possède un caractère local dans la mesure où il porte exclusivement sur la ville d’Alep et son voisinage. Russes et Américains se sont entendus sur un quadrillage du territoire en question en «zones d’exclusion aérienne» locales strictement interdites aux appareils de l’armée de l’air syrienne.

Car une des différences majeures par rapport à l’accord du 27 février, c’est que le texte est inclusif, le régime syrien – mais aussi la Turquie et l’Iran (et le Hezbollah) – l’ayant reconnu. L’acceptation par Damas constituait l’une des conditions sine qua none de la cessation des hostilités, Washington pressant de longue date Moscou d’obtenir le clouage au sol de l’aviation syrienne.

A ce titre, la neutralisation à Alep de Abu Omar Sarakeb, le commandant du Jabhat Fateh al-Sham (ex- al-Nosra) par une frappe aérienne le 8 septembre a probablement contribué à «fluidifier» les négociations. Assez curieusement, aucun des protagonistes – ni les Russes, ni les Américains – n’a revendiqué la paternité de l’opération.

Ce silence a fortement contrasté avec la cacophonie de la semaine précédente, au cours de laquelle un haut responsable de l’Etat islamique, Abu Mohammed al-Adnani, a été tué lors d’une frappe dont Washington et Moscou ont revendiqué chacun le succès.

La Syrie affirme avoir abattu deux appareils israéliens; Tsahal dément (Zone militaire)

L’aviation israélienne a, selon Tsahal, de nouveau effectué des frappes en territoire syrien, après la chute d’un obus sur le plateau du Golan. L’état-major syrien a par la suite confirmé ce raid. Mais pas seulement. « Les forces aériennes de l’ennemi israélien a mené à à 01H00 locales (22H00 GMT) une agression » contre une position de l’armée syrienne à Qouneitra », non loin de la ligne de démarcation avec Israël, a-t-il affirmé. Et de prétendre que la défense aérienne [syrienne] a riposté en abattant un avion militaire dans le sud-ouest de la province et un drone de reconnaissance à l’ouest de Saassaa [province de Damas]« .

Des commandos américains déployés en appui de l’armée turque dans le nord de la Syrie (Zone militaire)

« Des forces spéciales américaines accompagnent les forces turques et celles de l’opposition syrienne modérée dans leurs efforts pour déloger l’EI d’une zone au sud de la frontière turco-syrienne près de Jarabulus et d’Al-Raï », a en effet indiqué le capitaine de vaisseau Jeff Davis. Et de préciser que ce déploiement a été effectué à la demande de la Turquie, alliée des États-Unis au sein de l’Otan.

Pour résumer, les forces spéciales américains appuient donc l’armée turque ainsi que les adversaires de cette dernière, c’est à dire les milices kurdes syriennes.

Le chef de la propagande de l’EI tué par un raid de la coalition (Zone militaire)

Wa’il Adil Hasan Salman al-Fayad a été tué par une frappe aérienne de la coalition dirigée par les États-Unis, le 7 septembre, dans la région de Raqqa, en Syrie.

Selon Peter Cook, un porte-parole du Pentagone, al-Fayad était un proche d’Abou Mohammed al-Adnani, le chef des opérations extérieures de l’EI, également tué lors d’un raid mené le 30 août par un drone MQ-1 Predator à al-Bab, dans la province d’Alep. Il était aussi un membre important de la « shura », l’instance dirigeante de l’organisation jihadiste.

La Turquie arrête une Franco-Kurde soupçonnée d’avoir voulu commettre un attentat (France 24)

Dans un reportage diffusé par France 2 en janvier 2015, elle apparaissait à l’écran, le visage poupon, treillis militaire et arme à la main. Ebru Firat, 25 ans, étudiante toulousaine en médecine, a tout plaqué il y deux ans pour aller combattre l’organisation État islamique, aux côtés des forces kurdes, dans un village repris aux jihadistes près de Raqqa, en Syrie.

La police turque a arrêté la jeune femme à l’aéroport Ataturk d’Istanbul après un vol en provenance de Diyarbakir, a-t-on appris jeudi 15 septembre par l’agence pro-gouvernementale Anadolu.

Selon cette agence de presse, la police avait reçu des informations affirmant qu’Ebru Firat s’apprêtait à commettre un attentat-suicide dans la capitale économique de la Turquie. La police antiterroriste turque poursuivait son interrogatoire jeudi dans ses locaux.

Washington financera la défense israélienne à hauteur de 38 milliards de dollars sur 10 ans (Zone militaire)

Les États-Unis devraient augmenter de 8 milliards de dollars sur 10 ans le montant de l’aide militaire qu’ils octroient à Israël au titre de leur coopération en matière de défense, en vertu d’un nouvel accord militaire négocié âprement depuis plusieurs mois et devant entrer en vigueur en 2018.

Actuellement, et selon un précédent accord conclu en 2007, Washington verse, tous les ans, environ 3 milliards de dollars. Cette aide sera sera donc portée à 3,8 milliards par an (soit 38 milliards sur 10 ans), ce qui représente une augmentation de 25%.

Elle est très inférieure à ce qu’espérait M. Netanyahu, qui réclamait pas moins de 45 milliards de dollars sur 10 ans.cette aide américaine prendra en compte les investissements de la défense antimissile israélienne, qui, jusqu’à présent, bénéficiait de fonds spécifiques votés chaque année par le Congrès. En juin, ce dernier lui a ainsi alloué plus de 600 millions de dollars, ce qui a donné lieu à un bras de fer avec l’administration Obama. Enfin, la disposition permettant à Israël d’investir 26,3 % de l’aide américaine pour soutenir sa propre industrie de l’armement ne sera pas reconduite. En clair, l’enveloppe donnée par Washington ne devrait servir qu’à acquérir du matériel américain.

L’État islamique revendique son premier attentat au Kenya (Zone militaire)

Attaque commise le 11 septembre par trois femmes vêtues d’un hijab contre un commissariat de police à Monbasa au Kenya. Ces dernières ont poignardé un policier, puis mis le feu au bâtiment avant d’être abattues. Le bilan aurait pu être élevé car il a été retrouve sur le cadavre de l’une d’entre-elles un gilet d’explosifs qu’elle n’avait pu le temps de déclencher.

Le Kenya a connu plusieurs attentats de grande ampleur ces dernières années (ambassade des États-Unis à Nairobi, centre commecial Westgate, université de Garissa), commis par al-Qaïda et ses affidés, c’est à dire, dans la région, les milices Shebabs implantées en Somalie. Sauf que l’attaque du commissariat de Monbasa a été revendiquée par l’EI. Une première dans cette partie de l’Afrique où le groupe jihadiste a de la peine à s’enraciner. Il est compliqué pour l’EI de s’implanter au Kenya, et plus généralement en Afrique de l’Est, en raison de l’hostilité des milices Shebab. Ainsi, sa branche somalienne ne compterait, au plus, qu’une centaine de combattants, principalement issus du clan Majerteen, originaire de la région semi-autonome du Puntland. Isolé, ce groupe lié à l’EI est dirigé par Abdulqadir (ou Abdiqadir) Mumin, un ancien des Shebabs.

Le président philippin ne veut plus de conseillers militaires américains pour lutter contre les jihadistes d’Abu Sayyaf (Zone militaire)

Jusqu’à présent, les Philippines comptaient sur les États-Unis pour avoir un soutien dans leurs disputes territoriales avec Pékin en mer de Chine méridionale Second Thomas Shoal, récif de Scarborough, etc…) ainsi que pour former et conseiller leurs forces armées face, notamment, au groupe jihadiste Abu Sayyaf, autrefois allié à al-Qaïda et désormais affilié à l’État islamique (EI).

Plus tôt cette année, les Philippines ont conclu d’autres accords militaires, dont un avec le Japon, en mars, et un autre avec la France. Dans le même temps, en avril, 275 militaires américains, avec des moyens aériens, dont des avions d’attaque A-10 Thunderbolt II, ont été déployés sur la base de Clark, afin de répondre à une sollicitation de Manille au sujet des manoeuvres chinoises en mer de Chine méridionale. D’ailleurs, l’US Navy et la marine des philippines ont effectué des patrouilles conjointes dans la région au printemps.

M. Dutertre a adopté une autre approche avec les groupes rebelles armés philippins, comme le Front Moro islamique de libération (MILF), lequel revendique l’indépendance des régions méridionales de l’archipel peuplées majoritairement de musulmans. C’est ainsi que, en août, il a proposé à ce dernier des pourparlers. Mais il est allé encore plus loin en évoquant de possibles discussions avec Abu Sayyaf, implanté à Mindanao. M. Dutertre a ordonné aux 200 conseillers militaires déployés à Mindanao depuis 2002 auprès des forces philippines pour lutter contre Abu Sayyaf de faire leur paquetage. Et cela, au motif que l’alignement de Manille sur l’Occident est « la cause de l’insurrection musulmane persistante dans le sud ». Et le président philippin d’insister : « Les (musulmans) deviendront encore plus agités. S’ils voient un Américain, ils le tueront. »

Ukraine : les rebelles séparatistes proposent une trêve (Euronews)

Les séparatistes en Ukraine annoncent un cessez-le-feu, unilatéral. Le chef autoproclamé de la république populaire de Donetsk attend la réponse de l’armée ukrainienne. Il s’agirait, si elle est acceptée, de la quatrième trêve depuis le début de l’année.

Mais la précédente trêve, mise en place le 1er septembre, n’est guère respectée. Pour preuve, l’‘armée ukrainienne vient de perdre trois soldats dans l’Es Les ministres des Affaires étrangères allemands et français iront à Kiev pour relancer le cessez-le-feu, voire un plan de paix durable. Ce conflit a fait plus de 9.500 morts depuis avril 2014.

De Merah au Bataclan : l’ombre de Fabien Clain

De Merah au Bataclan : l’ombre de Fabien Clain – Enquête d’Elodie Guéguen (France Inter)

france-inter-web

Extrait article Revue Sang Froid, Automne 2016, n°3 ► – Une enquête réalisée en partenariat avec France Inter et l’émission Secrets d’info

Au lendemain du 13 novembre 2015, la France, sidérée, découvre la voix de Fabien Clain dans un message audio revendiquant les massacres de Paris pour le compte de l’organisation Etat islamique. Fabien Clain est une vieille connaissance des services antiterroristes français. S’il est devenu la « voix française » de Daech, il est surtout le mentor de toute une génération de jihadistes francophones. Comment cet ancien catholique d’origine réunionnaise s’y est-il pris pour faire basculer tant de jeunes dans le terrorisme ? Nous avons enquêté.

La lettre de Fabien Clain à Mohammed MerahEn 2009, Fabien Clain est incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis. La justice le soupçonne d’avoir contribué à envoyer des jihadistes en Irak. Dans sa cellule, Clain écrit beaucoup. Le 18 septembre, le vaguemestre intercepte un courrier que le détenu– numéro d’écrou 374 580 – adresse à sa femme. A l’intérieur de l’enveloppe il y a deux feuillets. Le surveillant comprend immédiatement que le courrier n’est pas, en réalité, destiné à l’épouse de Clain. Sur le premier feuillet, il est inscrit ces quelques mots :

Extrait de la lettre de Fabien Clain adressée à Mohammed Merah, 2009

Extrait de la lettre de Fabien Clain adressée à Mohammed Merah, 2009 © Radio France /Cette lettre que nous nous sommes procurée n’aurait pas été transmise aux juges qui ont été chargés, trois ans plus tard, d’enquêter sur les tueries de Merah. Mais le courrier avait été jugé suffisamment tendancieux par l’administration pénitentiaire à l’époque pour être signalé aux services de renseignement.

La lettre à Merah, écrite en français et en arabe, est bourrée de références religieuses. « C’est vraiment une grâce d’Allah de nous avoir guidé à la vérité », écrit par exemple Clain au jeune Merah ». Ou encore : « Réjouis-toi de savoir que ton seigneur a préparé un paradis immense pour ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres. »

►►► Lire la lettre de Fabien Clain en entier en cliquant ici.

Extrait de la lettre écrite par Fabien Clain pour Mohammed Merah

Extrait de la lettre écrite par Fabien Clain pour Mohammed Merah © Radio France /Fabien Clain a-t-il été un guide spirituel, un modèle voire un mentor pour le tueur des militaires et des enfants juifs de Toulouse et Montauban ? Certaines parties civiles en sont convaincues depuis longtemps. L’avocate Samia Maktouf avait demandé aux juges qui enquêtaient sur l’affaire Merah de procéder à l’audition de Fabien Clain, mais cela lui a été refusé.

On m’a répondu que Clain n’était pas une priorité. Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’il est bien plus qu’une priorité !

En 2013 pourtant, une enquête de France 3 présente déjà Clain et Merah comme faisant partie d’un même réseau jihadiste. Fabien Clain s’insurge et décide d’attaquer en justice France Télévisions pour diffamation. Dans le même temps, et pour la première fois, il accorde une interview à un journaliste. L’entretien est mené par Vincent Vantighem du quotidien 20 Minutes.

« Lorsqu’il m’a contacté, Fabien Clain dispensait des cours d’arabe à des enfants, se souvient le reporter. Il m’a raconté avoir été pris à partie par ses élèves dès le lendemain de la diffusion du reportage. Il se sentait injustement pointé du doigt. Il affirmait qu’il était totalement étranger à l’affaire Merah, qu’il avait découvert les tueries à la télévision, alors qu’il se trouvait encore en prison ».

Fabien Clain martelait :

Je n’ai rien à voir avec Mohammed Merah, je veux retrouver mon honneur et une vie tranquille !

Si l’histoire n’était pas si tragique, on pourrait la juger teintée d’ironie car l’affaire de « diffamation » devait être examinée par la XVIIème chambre du tribunal correctionnel de Paris en… novembre dernier. « C’est une situation totalement ubuesque », estime Vincent Vantighem :

Le jour où il voulait laver son honneur et se défendre d’être un terroriste, Fabien Clain apparaît comme étant la personne qui revendique les derniers attentats qui ont ensanglanté la France !

Un ancien fervent catholique

A première vue, rien ne prédisposait Fabien Clain à devenir un personnage important de Daech. Ses parents sont réunionnais. Fabien naît en métropole en 1978. Jean-Michel, dont il sera extrêmement proche, arrive dans la famille deux ans plus tard. Les enfants Clain grandissent à Alençon, dans le si tranquille département de l’Orne. Ils sont élevés dans la religion catholique.

Les Clain sont de fervents chrétiens. La mère, Marie Rosanne, dispense des cours de catéchisme. Les enfants vont à la messe le dimanche et il n’est pas rare de les voir se promener dans les rues d’Alençon arborant de grandes croix autour du cou. Fabien Clain est un garçon curieux passionné par les religions.

A l’âge de 18 ans, il décide de tourner le dos au catholicisme et de se convertir à l’islam. « Je me suis aperçu que les musulmans s’approchaient plus des écritures de la Bible que les chrétiens eux-mêmes », expliquera-t-il plus tard lors d’un interrogatoire.

Tarek* (son prénom a été modifié) est sans doute celui qui connaît le mieux l’histoire de la soudaine conversion de Clain. Cet homme a été l’un des meilleurs amis de celui qui est aujourd’hui la voix française de Daech. Une amitié qui n’est pas sans conséquence puisque, depuis les attentats de novembre, Tarek est assigné à résidence et doit pointer trois fois par jour au commissariat de Toulouse. Il se souvient d’un épisode bien précis de l’adolescence de Clain : « Fabien avait lu dans l’Ancien testament que la femme devait se couvrir la tête. Il est donc allé questionner un prêtre sur le sujet. Celui-ci lui a expliqué qu’il fallait vivre avec son temps, qu’on était obligé d’adapter les écrits bibliques à notre époque. Fabien ne comprenait pas. »

Il disait : « La Bible est la même aujourd’hui qu’hier ! Pourquoi devrait-on changer la parole de Dieu ? » Quand il a lu le Coran, il s’est aperçu que rien n’avait bougé depuis 1400 ans. C’est pour cette raison, m’a-t-il raconté, qu’il s’est converti à l’islam.

Le pouvoir de convaincre

Le jeune Fabien est exalté lorsqu’il parle de sa nouvelle religion. Si exalté qu’il parvient à convaincre la plupart de ses proches de se convertir à leur tour. Sa future femme, Mylène, rencontrée sur les bancs de l’école primaire, son frère Jean-Michel, sa demi-sœur, Amélie. Mais aussi sa mère, la prof de catéchisme. Tarek évoque une anecdote quasi-mystique, alors que la mère de Fabien Clain avait de gros problèmes de santé et ne pouvait plus se lever.

Un matin, à la mosquée, Fabien entend un hadith – une parole rapportée du Prophète – sur la guérison. Il est allé voir sa mère, il a posé ses mains sur ses genoux en récitant des sourates du Coran. Sa mère s’est mise à pleurer, puis elle s’est levée. Fabien pleurait aussi. Sa mère était guérie. Ensuite, elle s’est convertie.

Les Clain changent de prénoms après leur conversion. Fabien se fait désormais appeler « Omar », et son cadet « Abdelwali ». Les deux frères abandonnent le groupe de rap qu’ils formaient. A la maison, la musique désormais est bannie. Omar et Abdelwali se lancent dans l’écriture d’anasheed, ces chants a capella repris aujourd’hui dans beaucoup de vidéo de propagande de Daech.

Fabien Clain épouse religieusement Mylène, une jeune Normande, ancienne catholique elle aussi, qu’il connaît depuis l’école primaire. A la fin des années 90, toute la famille quitte Alençon pour s’installer à Toulouse. « Pourquoi Toulouse ? » demandera plus tard le juge antiterroriste Marc Trévidic à Fabien Clain. Réponse de l’intéressé : « Parce qu’à Alençon, nos femmes avaient des difficultés avec le port du voile ».A Toulouse, les Clain se font pourtant vite repérer par les services de police. « Ils ne passaient pas inaperçus au début des années 2000, se souvient Christophe Rouget, ancien commandant de police dans la Ville rose, porte-parole du syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI).

Les hommes portaient la djellaba, les femmes étaient couvertes du voile intégral, on les surnommait « le clan des Belphégor. »

Le syndicaliste a notamment été marqué par l’attitude des femmes de la famille à l’égard des policiers. « Elles avaient une attitude très prosélyte face à la police. Elles nous disaient que sur le plan de la religion, elles étaient dans le vrai. Elles avaient un discours très fanatisé qu’elles ont conservé, je crois, comme leurs maris, jusqu’à aujourd’hui. »C’est à ce moment-là que Tarek rencontre Fabien. Il lui propose de venir avec lui vendre sur les marchés des objets islamiques – vêtements, livres de théologie, etc. -. Les marchés deviennent un lieu propice au prosélytisme. « Je prêche la parole divine tous les jours. A toutes les personnes que je croise », confiera Clain quelques années plus tard à la justice. « Il avait la tchatche », se souvient l’un de ses amis parisiens.

Il adorait discuter avec tout le monde, même ceux qui ne pensaient pas comme lui. Il était très porté sur le débat interreligieux.

Tarek ne dit pas autre chose : « Il passait son temps à demander aux athées : « Est-ce que tu es un athée convaincu ? », il entamait alors le débat, et comme il avait étudié toutes les religions, il maîtrisait ces sujets à merveille ». Tarek poursuit :

Il pouvait « retourner » n’importe qui ! Lorsqu’il est arrivé à Toulouse, je savais que déjà 80 personnes s’étaient converties à l’islam grâce à lui !

Sabri Essid, le beau-frère de Mohamed Merah, ne cachera pas non plus son admiration pour Clain lors d’un interrogatoire :

Fabien peut convaincre un mécréant que Dieu existe en seulement quelques minutes de discussion.

Incitation au jihad

Clain est un colosse, une force de la nature. Il pèse jusqu’à 160 kilos. Mais ce n’est pas ce qui le rend charismatique. Paradoxalement, c’est parce qu’il est extrêmement doux explique Jean-Manuel Escarnot, correspondant du journal Libération à Toulouse, qu’il séduit autant.

« Ce n’est pas quelqu’un d’agressif, il ne force pas les gens, il sait mettre en valeur ceux avec qui il parle, il s’intéresse à eux, il est toujours disponible pour leur rendre service. En plus, il parle arabe couramment, c’est un théologien, il connaît la médecine prophétique. Fabien Clain, c’est le savant en bas de l’immeuble ! Et puis, à la différence de l’imam de la mosquée qui soit ne parle pas le français, soit est trop vieux, soit est un peu « chiant », Omar Clain a 22 ans, il comprend parfaitement tout ce qui se passe et son discours passe très bien auprès des gamins ! »

Et ce discours trouve encore plus de résonance à l’automne 2005 quand, à Toulouse comme dans beaucoup de villes de France, des quartiers entiers s’embrasent. Dans leurs habits de grands-frères, les Clain vont à la rencontre des jeunes responsables de ce qu’on a appelé « les émeutes urbaines ». Le journaliste Jean-Manuel Escarnot se souvient :

Ils leur distribuaient des tracts en arabe et en français et leur expliquaient qu’il ne fallait pas « foutre le bordel » ou brûler les voitures, que ce n’était pas comme ça qu’ils obtiendraient des choses, qu’il fallait plutôt revenir à la religion.

Les Clain entraînent alors des jeunes dans des appartements ou des locaux associatifs du Mirail. Les propos qui s’y tiennent sont à la fois mystiques et politiques.

« Ils disaient aux jeunes : « Les Américains et les Israéliens sont des « kouffars », des mécréants, regardez-ce qu’ils font à nos frères en Palestine, en Afghanistan, en Bosnie ! Quand allez-vous comprendre que cela vous concerne et qu’il faut réagir ? », rapporte le journaliste.

Les propos tenus ne sont donc plus simplement citoyens et pacifistes. Chaque discours est une incitation au jihad. Les nouvelles « recrues » des frères Clain regardent en boucle des vidéos de propagande d’Oussama Ben Laden. Certains décident de franchir le pas et d’aller combattre l’ « ennemi » américain en Irak. Le petit groupe organise alors des week-ends de « remise en forme » avec boxe et footing au programme.

« Tous les membres suivaient un entraînement sportif intensif, ils étaient coachés par un champion de boxe » écrit dans son rapport un agent des services de renseignement. Plus tard, devant le juge, le Fabien Clain expliquera que, s’il s’est un temps mis au sport, c’était pour perdre du poids. Et d’ajouter, sûr de lui : « Je me vois mal en treillis partir dans la forêt faire des entraînements militaires, déjà que je n’ai pas fait mon service… ».

Première filière terroriste

A la même époque, le réseau passe aussi beaucoup de temps dans un petit village de l’Ariège : Artigat. C’est dans cette commune reculée que s’est installé Olivier Corel, dit « l’émir blanc », un réfugié politique syrien qui organise à son domicile des prêches salafistes. Toute la famille Merah a ses habitudes chez Corel. Fabien Clain s’y installera même pour plusieurs mois avec sa femme et ses enfants.

Selon les services de renseignement qui surveille les membres de la filière dite « d’Artigat » de près, le groupe a besoin d’argent pour partir en Irak. Certains de ses membres se livrent alors à divers délits : trafic de faux documents, trafic de stupéfiants, trafic d’armes et cambriolages. Pour ne pas se faire repérer, les Toulousains passent par la Belgique pour rejoindre la Syrie puis passer en Irak. Certains ne rentreront jamais vivant du jihad. D’autres, comme Sabri Essid, le beau-frère de Mohammed Merah, seront arrêtés sur zone les armes à la main.En 2007, la filière d’Artigat est démantelée. Fabien Clain est arrêté. Il nie toute participation à un réseau terroriste. Mais certains membres du réseau le chargent devant les limiers de l’antiterrorisme. Un des témoins sur Procès Verbal dira par exemple :

Il (Fabien Clain) parlait de cette fille belge qui est allée se faire exploser en Irak. Il était content, il trouvait bien que des Européens aillent mourir en martyrs.

Fabien Clain est déclaré coupable d’association de malfaiteurs en lien avec un projet terroriste et condamné à cinq ans de prison ferme. Certes, l’homme n’a jamais participé aux combats. Mais, pour le tribunal, il n’en n’est pas moins dangereux.

Les magistrats l’écrivent en ces termes dans leur jugement :

« Fabien Clain a eu une activité positive en insinuant dans les esprits des croyants qu’il conseillait les bienfaits du jihad, en les conditionnant par l’apport de ses connaissances sur le sujet, en profitant de son aura, de ses facultés relationnelles et de ses facultés à convaincre. Il s’est employé à mettre en place les bases, les conditions permettant aux candidats jihadistes de basculer dans l’opérationnel et la terreur le moment venu. »

Les juges insistent bien sur le fait que seule une peine de prison ferme peut être prononcée. Voici un extrait du jugement des magistrats :

Extrait arrêt de la cour d'appel de Paris confirmant la condamnation de Fabien Clain dans le dossier Artigat (2010)

Extrait arrêt de la cour d’appel de Paris confirmant la condamnation de Fabien Clain dans le dossier Artigat (2010) © Radio France /

Pourtant en prison, la surveillance se relâche. Clain termine sa peine au centre de détention de Mont-de-Marsan, dans les Landes, où il bénéficie d’un « régime de confiance ». Les surveillants pénitentiaires que nous avons contactés se rappellent qu’ils n’avaient reçu aucune consigne particulière concernant Fabien Clain. Il était en contact en permanence avec les autres détenus de la prison. Fabrice Cologni du syndicat FO pénitentiaire se souvient :

Pourtant, on voyait bien qu’il « recrutait » ! Les autres détenus changeaient à son contact, se laissaient pousser la barbe et demandaient des repas halal, du jour au lendemain !

Derrière les barreaux, Fabien Clain continue à jouer les prédicateurs en organisant, par exemple, des prières collectives dans sa cellule. Le Toulousain sera remis en liberté après moins de trois ans passés derrière les barreaux.Pendant quinze ans, Clain a tissé sa toile en se constituant des réseaux d’amis un peu partout. En France, mais aussi à l’étranger. Dès 2003, Fabien Clain est fiché par la Sûreté de l’Etat belge.

Extrait de la note de sûreté de l'Etat Belge, 2007

Extrait de la note de sûreté de l’Etat Belge, 2007 © Radio France /

En 2004, il s’installe avec femme et enfants à Bruxelles. Il y restera moins d’un an. Une durée suffisante pour se créer se constituer un carnet d’adresses important, en fréquentant notamment les mosquées d’Anderlecht et les centres islamiques – le centre La Plume, par exemple – de Molenbeek. Clain se justifiera ainsi devant les policiers français :

Selon moi, il y avait beaucoup de choses à apprendre en Belgique pour un musulman.

Les frères Clain n’auront cessé d’entretenir des contacts avec les principales figures du salafisme belge. Avec notamment Farouk Ben Abbes, qu’ils ont beaucoup côtoyé lors de leurs multiples séjours dans les universités coraniques du Caire dans les années 2000. Plus tard, voici ce que dira le Belge Ben Abbes à la justice française :

Lorsque je vivais en Egypte, j’étais assez seul. En fait, je ne fréquentais personne à part les Clain.

Farouk Ben Abbes sera expulsé d’Egypte en 2009, les autorités le soupçonnant d’être impliqué dans l’attentat à la bombe qui a visé des lycéens français dans un souk de la capitale et dans lequel, Cécile Vannier, 17 ans, a été tuée. Toujours selon des renseignements égyptiens, Ben Abbes projetait une attaque à Paris… Le Bataclan figurait parmi les cibles diront les Egyptiens. Ben Abbes a toujours nié et, les magistrats n’ont pas trouvé de preuve et l’enquête ouverte en France sur ce possible projet d’attaque s’est soldée par un non-lieu. Aujourd’hui, certains avocats parties civiles dans le dossier du 13 novembre demandent la réouverture de cette enquête.

La « bande des garagistes »

Si elle s’était un peu relâchée en prison, la surveillance de Fabien Clain par le renseignement français reprend en septembre 2012. Clain est frappé par une interdiction de séjourner dans la région de Toulouse. Il retourne alors en Normandie, à Alençon, la ville dans laquelle il a grandi. Il reprend son commerce sur les marchés et se lance dans une nouvelle activité : la roqya. Médecine prophétique pour les uns, sorcellerie pour les autres, la roqya est l’invocation des versets du Coran pour guérir une personne qui serait possédée par le djinn, un esprit malin, une force occulte. Son ancien ami Tarek se souvient :

Fabien s’est mis à pratiquer l’exorcisme parce qu’il a croisé beaucoup de gens qui se disaient atteints par le « monde invisible ». Il voulait aider ces musulmans possédés, ceux qui sont dans les hôpitaux psychiatriques par exemple. Souvent, il ne demandait rien en échange, il faisait cela gratuitement.

Entre deux séances de roqya, Clain prêche pour sa nouvelle bande d’amis qui gravite autour de garages automobile de la région parisienne. Le groupe de copains se réunit souvent dans un local de Saint-Brice-sous-Forêt, petite commune du Val-d’Oise. On y croise Adrien Guihal, l’homme qui depuis la Syrie a revendiqué en juin dernier les attentats de Magnanville, l’assassinat d’un couple de policiers dans les Yvelines. Il y a là aussi Macreme Abrougui, un ancien fêtard radicalisé ou encore Thomas Mayet, un jeune rouquin plutôt introverti, ex « catho tradi » converti à l’islam au contact de Clain.

La mère de Thomas raconte, encore abasourdie :

J’ai eu du mal à y croire. Il faut savoir que mon fils était plutôt raciste, il était même proche des milieux d’extrême-droite. Et du jour au lendemain, en mai 2014, il m’annonce qu’il a rencontré des gens extraordinaires et qu’il se convertit. J’ai pensé que c’était le caprice du moment, j’étais loin de m’imaginer que les gens qu’il fréquentait étaient si dangereux !

Le 13 février 2015, cinq membres de la « bande des garagistes » se retrouvent à la mosquée de Stains. Derniers détails à régler, derniers préparatifs. Dans quelques heures, ils partiront pour un long voyage avec Fabien Clain. Direction la Syrie. Jean-Michel, le frère cadet, lui, a déjà rejoint la terre du Shâm avec femme et enfants. Fabien entend bien reformer leur duo de chanteurs d’anasheed. Avant le grand départ, il se rend dans un magasin hifi de Toulouse, souscrit deux crédits Sofinco et embarque pour 3500 euros de matériel d’enregistrement. Du matériel de pro dont les frères se servent aujourd’hui pour propager les messages de Daech.

Fabien Clain n’emmène pas que ses amis garagistes en Syrie. Il y entraîne sa femme, ses enfants mais aussi sa mère. Gravement malade, celle-ci décédera au terme d’un très long voyage sur les routes d’Europe et de Turquie. C’est à cette période qu’on apprend qu’un projet d’attentat visant des églises a été déjoué en région parisienne. Une jeune professeur de fitness, Aurélie Chatelain a été tuée. Un suspect, Sid Ahmed Ghlam, a été arrêté. Cet étudiant algérien aurait été téléguidé depuis l’étranger, et aidé, dans son funeste projet, par la « bande des garagistes ». L’avocate Samia Maktouf réagit.

Il n’y a pas une seule affaire terroriste que la France ait connue sans que l’ombre de Fabien Clain ne soit présente ! C’est grave et cela nous amène à nous poser de sérieuses questions ! Il y a eu des failles, des dysfonctionnements dans la surveillance.

La mère de Thomas Mayet, elle, envisage de déposer plainte contre Clain et contre l’Etat français.

J’ai vu des photos de mon fils prises par les services de renseignement. Ça signifie que mon fils était surveillé, avec ces gens, et qu’ils ont quand même tous réussi à partir, c’est insensé ! Qu’est-ce qu’on a pensé ? On a pensé qu’un Fabien Clain serait moins dangereux en Syrie qu’en France ? On a pensé que le petit Thomas servirait de chair à canon là-bas ? C’est comme ça qu’on protège les enfants de la France ? Mon fils n’aurait jamais dû pouvoir partir ! C’est insupportable pour moi.

Thomas Mayet ne donne plus de nouvelles à sa famille, mais, une fois en Syrie, il aurait rapidement quitté l’organisation Daech pour rejoindre un groupe de rebelles anti-Assad. Selon des documents auxquels nous avons eu accès, les frères Clain ont été localisés il y a quelques mois au nord de la Syrie. Ils continuent à servir la « branche média » de Daech.

Fiche Interpol de Fabien Clain

Fiche Interpol de Fabien Clain

Blessé lors de combats, Sabri Essid, le beau-frère de Mohammed Merah, devenu l’un des bourreaux français de l’EI, serait parti vivre auprès des Clain. Dans un récent rapport sur les « anciens d’Artigat », un agent du renseignement écrit :

En fait, les Toulousains semblent aujourd’hui vivre tous ensemble, regroupés. Ils faciliteraient le passage des jihadistes à la frontière turque et ne participeraient pas directement aux combats. (…) Les Toulousains engagés au sein de l’EI ont en moyenne 33 ans, alors que l’âge moyen du combattant français est de 27 ans.

En Syrie, les frères Clain et les membres de la filière « historique » de Toulouse feraient figure de vétérans du jihad.

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