Histoires d’évasions de prison

L’heure du crime – Incroyables évasions (RTL)

A la Une de l’heure du crime aujourd’hui, quelques unes des évasions les plus spectaculaires de ces dernières années… des histoires vraies, qui font parfois penser à des scènes de cinéma. Tout le monde se souvient de Papillon s’évadant du bagne de Cayenne, d’Albert Spaggiari, l’auteur du casse de la Société générale de Nice en 1976, qui saute par la fenêtre du bureau d’un juge et atterrit huit mètres plus bas sur le toit d’une voiture garée sous le palais de justice… Bien d’autres « rois de la belle » ont rivalisé d’imagination en utilisant des hélicoptères, des explosifs, des échelles de cordes, et même une benne à ordure ou encore un faux fax, censé avoir été envoyé par un juge, pour demander la libération de trois détenus à un directeur de prison !! Mon invité, l’historien Frank Sénateur, a enquêté dans le monde entier sur ce sujet qui le passionne. Avec lui, nous allons évoquer quelques unes de ces affaires, et parler de la personnalité de ces « rois de la belle », dont certains ont eu un destin tragique, à la hauteur de la légende qu’ils avaient eux-mêmes contribué à écrire…

Invité

  • Franck Sénateur, enseignant en histoire, spécialiste de l’histoire du bagne. Il publie actuellement le livre Incroyables Evasions aux Editions La Manufacture de Livre
  • Jean Vandendries, chroniqueur judiciaire à Nivelles pour le journal belge L’Avenir.

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En prison, l’évasion est le mythe par excellence. Pour la majorité des prisonniers, elle n’en reste pas moins une pure abstraction. Pourtant, certains, en échafaudant des plans dignes d’une opération commando ou en profitant d’une faille offerte par les surveillants, vont réussir l’impossible.

Franck Sénateur présente les plus belles des « belles ». D’Alcatraz à Borgo en Corse, des Baumettes à Sangyip au Tibet, il nous raconte plus de vingt évasions de ces trente dernières années à travers le monde entier et dresse le portrait d’évadés comme Charles Sobhraj, Pierre-Marie Santucci, Antonio Ferrara, Michel Vaujour, Albert Spaggiari ou Jean-Pierre Treiber.


L’Heure du crime – Les plus belles évasions (RTL)

A la Une de l’heure du crime quelques unes des évasions les plus spectaculaires de ces dernières années… des histoires vraies, qui font parfois penser à des scènes de cinéma. Tout le monde se souvient de Papillon s’évadant du bagne de Cayenne, d’Albert Spaggiari, l’auteur du casse de la Société générale de Nice en 1976, qui saute par la fenêtre du bureau d’un juge et atterrit huit mètres plus bas sur le toit d’une voiture garée sous le palais de justice…

Bien d’autres « rois de la belle » ont rivalisé d’imagination en utilisant des hélicoptères, des explosifs, des échelles de cordes, et même une benne à ordure ou encore un faux fax, censé avoir été envoyé par un juge, pour demander la libération de trois détenus à un directeur de prison !!

Mon invité, le romancier Fabrice Colin vient de publier L’atlas du crime parfait. Avec lui, nous allons évoquer quelques unes des évasions les plus spectaculaires de ces dernières années. Et nous découvrirons aussi l’incroyable histoire de toute une famille d’Allemands de l’Est, à l’époque du mur de Berlin, qui sont passés au dessus du rideau de fer, à bord d’une montgolfière artisanale, faite de draps et de serviettes de bains. Après un vol de 28 minutes, il se posaient en Bavière. Enfin libres !

Pascal Payet, roi de l’évasion

Le 12 octobre 2001, Pascal Payet s’évade en hélicoptère de la prison de Luynes, dans les Bouches-du-Rhône. Des complices étaient venus le chercher dans la cour de la prison, avant un procès qui s’annonçait mal pour lui : il risquait en effet d’être condamné à 20 ans pour le braquage d’un fourgon blindé, au cours duquel un convoyeur avait trouvé la mort. Le 14 avril 2003, alors qu’il est toujours en cavale, Pascal Payet revient à Luynes pour aider trois détenus à s’évader à leur tour à l’aide d’un hélicoptère. Cette fois, la cavale ne dure que 23 jours : les quatre hommes sont arrêtés dans un gîte rural du Vaucluse le 9 mai. La dernière évasion de Pascal Payet a lieu le 14 juillet 2007 de la prison de Grasse dans les Alpes-Maritimes, où il était incarcéré depuis son arrestation en mai 2003. Le 21 septembre 2007, il est arrêté aux abords de Barcelone. Il sera condamné à 15 ans de prison en 2008.

A propos du livre « Atlas du crime parfait »

Du talent, du culot et pas une goutte de sang : les génies du crime sont souvent solitaires, et toujours imaginatifs ! Pendant des décennies, George C. Parker a réussi l’exploit de vendre la Statue de la Liberté, le Metropolitan Museum of Art, le Madison Square Garden et le pont de Brooklyn à de riches (et naïfs !) businessmen.

En quelques heures, pour sa part, le monte-en-l’air Vréjan Tomic dérobe cinq chefs-d’oeuvre du Musée d’Art Moderne à Paris. Quelqu’un aurait-il donc laissé la fenêtre ouverte ? Albert Spaggiari enchaîne à un rythme effréné braquages, évasions, ventes d’armes… Une légende à lui tout seul.

Cavales insensées, vols stupéfiants, évasions spectaculaires… Cet Atlas revisite les plus beaux casses du XXe et du XXIe siècle, de la banlieue de Tokyo à Nice, de Bagdad à Oslo. Un voyage mené tambour battant en compagnie des escrocs les plus talentueux du monde !

Invité :

BRICS : un concept truqueur

Et s’il  n’y  avait  que  les  théories frelatées  !  Car  il  y  a  aussi  les concepts  truqueurs,  tel  ce  fabuleux acronyme anglais au destin mondial : BRIC. Que n’a-t-on lu et entendu sur ces  nouveaux  émergents  –  Brésil, Russie,  Inde,  Chine  –  qui  devaient devenir  les  futurs  champions  de l’économie capitaliste ?

Une armada d’éditorialistes et d’universitaires se sont  faits  les  propagandistes enthousiastes  et  sans  recul  critique d’une  parfaite  illusion  politique  et économique.  Tous  ont  gobé l’hameçon  sans  se  préoccuper  du pêcheur et encore moins de la proie.

Le  fait  que  cette  providentielle découverte  émane  du  monde  de  la finance,  en  l’occurrence  de  la banque Goldman Sachs, n’a soulevé aucun  questionnement.  On  peut comprendre  que  les  nouveaux  élus n’aient  pas  rechigné  face  à  un  tel honneur  :  la  première  division  du capitalisme.  L’hubris  commande.

Personne  ne  s’est  avisé  que  la banque,  en  inventant  ce  concept, pouvait poursuivre un objectif moins désintéressé que la science : inciter de  nouveaux  pays  miraculeusement adoubés  dans  la  première  classe mondiale  à  goûter  aux  «  nouveaux produits  financiers  ».  Ce  concept bric-à-brac  marie  pourtant  torchons et  serviettes,  niant  les  facteurs  de différenciation  (histoire,  mœurs, culture,  etc.)  au  profit  d’une  vague homogénéité  issue  d’indices économiques  incertains.

Si  l’on comprend le sens de la  supercherie imaginée  par  la  banque  new-yorkaise, l’aveuglement collectif des universitaires  et  des  éditorialistes l’est moins. Une décennie plus tard, les BRIC ont montré leurs limites, la plupart  révélant  des  facettes majeures  de  leur  développement ignorées  des  «  analystes financiers » : un moteur économique grippé,  la  corruption  et  le  crime organisé.

Le  bricolage  de  pur marketing  financier  a  pourtant fasciné au point de se transformer à la  vitesse  de  l’éclair  en  vérité géopolitique. Comprenons  le  sens  du  tour  de magie  financier  :  le  truc  de marketing  devait  simplement  servir de  brise-glace  afin  d’ouvrir  de nouveaux marchés aux appétits de la haute  finance  :  «  Vous,  les  pays méprisés  et  oubliés,  êtes  désormais éligibles  à  la  modernité (financière) : venez donc goûter les meilleurs fruits de la prospérité des Occidentaux. »

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La banque Goldman Sachs  finira  par  avouer ultérieurement  qu’elle  avait  mis  en circulation  une  simple  marque.  Son économiste  en  chef  John  O’Neill, inventeur  de  l’acronyme  magique, expliquera  qu’il  s’agissait  en  fait d’un  «  simple  accessoire  mental  » (« simple mental prop ») : un effet d’annonce,  une  recette  de  camelot.

On pourra toujours considérer que la banque  américaine  ne  faisait  que proposer à sa clientèle des produits financiers  en  pariant  sur  les « grandes économies émergentes » : elle  se  lançait  en  fait  dans  une prophétie  autoréalisatrice  qui,  une fois  passé  le  temps  de  l’euphorie artificiellement suscitée, ne pourrait que sombrer.

On  reconnaît  l’escroquerie  au caractère évolutif de ce concept : à chaque  démenti  de  la  réalité,  il change  en  effet  de  périmètre.  Afin que  la  supercherie  continue  de fonctionner, la banque a dû continuer son  bricolage.  Car,  rapidement,  le concept  de  BRIC  a  vraiment  eu  du plomb  dans  l’aile,  en  particulier après  la  crise  de  2008,  avec  les difficultés  rencontrées  par  certains de  ces  «  miracles  économiques  ».

Pour  revitaliser  ce  concept  zombie, cet  acronyme  mort-vivant,  Goldman Sachs  propose  alors  d’élargir l’ «  émergence  »  à  11  pays («  N11  »)  :  Bangladesh,  Égypte, Indonésie,  Iran,  Corée,  Mexique, Nigeria,  Pakistan,  Philippines, Turquie  et  Vietnam.  Le  BRIC continue  cependant  sa  petite  vie  et devient BRICS en 2011 avec l’ajout de l’Afrique du Sud (South Africa en anglais). La farce se prolonge après l’épisode  des  «  printemps  arabes  » et  il  faut  encore  revoir  la  copie puisque  nombre  d’émergents  d’hier se  trouvent  eux  aussi  en  difficulté. Le  «  N11  »  devient  ainsi  le « MIST » (Mexico, Indonesia, South Corea,  Turkey)  :  Mexique, Indonésie,  Corée  du  Sud,  Turquie.

L’escroquerie  éclate  enfin  quand l’inventeur,  Jim  O’Neill  avoue  lors d’une  interview  au  Wall  Street Journal en 2013 : « Si je devais le  changer  (BRICS),  je  ne  laisserai plus  que  le  “C”  »,  avant  d’ajouter ironiquement : « Mais cela ne ferait sans  doute  pas  un  excellent acronyme. » La  violence  franduleuse  des acronymes  n’est  pas  une  illusion. Souvenons-nous  de  l’acronyme inventé par la finance anglo-saxonne pour  dénigrer  les  États  surendettés après la crise des subprimes : PIGS («  cochons  »),  pour  Portugal, Irlande, Grèce et Espagne !

Jean-François Gayraud, L’art de la guerre financière

Les problèmes de la définition juridique du terrorisme

Quand parler de « terrorisme » ?

Le 14 juillet, un homme au volant d’un camion fonçait sur la foule à Nice, tuant quatre-vingt-quatre personnes et en blessant des centaines. Le massacre a aussitôt été qualifié d’attentat « terroriste ». Mais, pour lutter efficacement contre ce type d’actes, l’emploi de ce terme a-t-il une utilité quelconque ?

Source : Le Monde diplomatique (août 2016)

Voilà plus de trente ans que la même scène se rejoue. À chaque attentat présenté comme terroriste, les partisans d’un supposé réalisme sortent du bois et nous pressent d’adopter (enfin) des mesures qui, censées répondre à la gravité du péril, exigent la mise entre parenthèses plus ou moins durable de l’État de droit. Parmi les plus rapides, dans la foulée de l’attentat du 14 juillet à Nice, le député Éric Ciotti (Les Républicains). Invité de France Inter le lendemain, il regrettait :

« Certains n’ont pas compris qu’on avait changé de monde et ne mesurent pas l’ampleur de la menace. Face à cette guerre, nous n’utilisons pas les armes de la guerre. »

Ses recommandations : autorisation des procédures de rétention administrative, contrôles d’identité biométriques systématiques aux frontières… Bref, « changer de logiciel », « changer de paradigme » :

« On est en guerre, utilisons les armes de la guerre. »

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Depuis 1986 et l’adoption de la première loi dite « antiterroriste », l’arsenal répressif destiné à répondre au phénomène n’a pourtant cessé de s’étoffer. Au rythme d’une réforme tous les dix ans, puis tous les cinq ans et, désormais, tous les vingt-quatre mois (1). Chaque fois, il est question de défendre la démocratie contre le terrorisme, dont la plus grande victoire serait de nous voir renoncer à nos libertés publiques. Et, chaque fois, on assiste à leur érosion.

À partir de la fin du XIXe siècle, le terme « terroriste » tend le plus souvent à disqualifier certaines formes d’opposition, plus ou moins violentes, aux pouvoirs en place. Il vise moins un comportement donné — et susceptible à ce titre d’une définition juridique rigoureuse — qu’une motivation spécifique, réelle ou supposée, dans la perpétration d’actes pouvant recevoir une qualification pénale. La qualification de terrorisme relève donc davantage du rapport de forces politique que de l’herméneutique juridique.

Aucune convention internationale ne parvient à en proposer une véritable définition. Un flou d’autant plus regrettable que la répression des infractions considérées comme terroristes se traduit par un emballement coercitif à tous les stades du procès pénal. Pourquoi conserver une catégorie juridique aussi peu satisfaisante alors que la réponse pénale doit présenter un caractère exceptionnel et pondéré ?

Risque d’arbitraire

Dans une société démocratique, le législateur ne peut incriminer que les actes « nuisibles à la société (2)  ». Ce principe signifie que la pénalisation ne peut être envisagée qu’à une double condition : le comportement visé porte atteinte à la cohésion sociale ; les autres formes de régulation s’avèrent insuffisantes pour le sanctionner. De ce point de vue, les faits généralement poursuivis sous la qualification de terrorisme portent une atteinte à la cohésion sociale telle que la légitimité de leur incrimination ne souffre aucun doute.

Mais ce principe de nécessité signifie également que l’on ne peut créer d’infraction si les faits visés font déjà l’objet d’une incrimination adéquate. Or la spécificité du terrorisme, tel qu’il est apparu dans notre droit il y a trente ans, est d’être en quelque sorte une infraction dérivée, se greffant sur des crimes et délits de droit commun dès lors qu’ils sont commis « en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur (3)  ». Ainsi, c’est d’abord l’existence de faits, entre autres, d’assassinat, de destruction ou encore de séquestration qui doit être démontrée pour déterminer si l’infraction terroriste a été commise.

Lors de l’adoption de la loi du 9 septembre 1986, le législateur a souligné que ces crimes et délits relevaient d’une catégorie particulière : ils impliquaient une organisation criminelle d’ampleur, appelant une réponse pénale adaptée, notamment d’un point de vue procédural. Il fallait en particulier permettre le regroupement des affaires au siège d’une juridiction unique — en l’occurrence, le tribunal de grande instance (TGI) de Paris — et autoriser la prolongation de la garde à vue au-delà de la quarante-huitième heure dans des dossiers pouvant nécessiter un grand nombre d’investigations urgentes. Mais cette spécificité a disparu depuis que notre droit s’est doté, au terme d’un processus entamé dans les années 1980 et achevé avec la loi du 9 mars 2014, d’un régime d’enquête et d’instruction propre à la délinquance organisée.

Si elles sont loin d’être au-dessus des critiques, ces dispositions permettent de répondre aux particularités des infractions dites terroristes, qu’il s’agisse de la spécialisation des juridictions ou du recours à des modes d’enquête dérogatoires au droit commun (4). Au demeurant, qu’est-ce en pratique qu’un acte de terrorisme — attentat, enlèvement ou atteinte aux biens — sinon un crime ou un délit commis en bande organisée (excluant, a priori, ceux que les médias qualifient de « loups solitaires ») ?

Peut-être nous objectera-t-on que ce qui fonde la singularité du terrorisme réside dans la particulière gravité des faits incriminés. Pourtant, si l’on veut bien prendre quelque distance avec l’effet d’intimidation et de sidération propre à leur mise en scène, cet argument ne résiste guère à l’analyse. Qu’est-ce qui permet de considérer qu’un crime qualifié de terroriste porte davantage atteinte à la cohésion sociale qu’un crime mafieux, qui témoigne d’une hostilité aux fondements de l’État de droit au moins équivalente ? Pour prendre un exemple, peut-on sérieusement affirmer qu’un assassinat commis par fanatisme politique ou religieux est plus « nuisible à la société » qu’un assassinat commis par intérêt, par esprit de clan ou même par pur sadisme ?

On nous opposera alors le caractère massif de certains actes terroristes, tels les attentats de New York en 2001, de Madrid en 2004 ou, plus récemment, de Tunis et de Paris en 2015, de Bruxelles, Istanbul, Bagdad et Nice rien qu’en 2016. C’est oublier qu’il existe pour de tels faits une qualification pénale infiniment plus précise et pertinente : celle de crime contre l’humanité. Le meurtre de dizaines, voire de centaines, de personnes au seul motif de leur appartenance à un État ou à un groupe « ennemi » peut aisément être qualifié d’atteinte volontaire à la vie commise « en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique (5)  ».

En définitive, la seule raison d’être de l’infraction de terrorisme réside dans la prise en compte du mobile réel ou supposé de son auteur — à savoir la volonté de « troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». Une incongruité juridique, dans la mesure où le mobile (6) est traditionnellement indifférent à la constitution de l’infraction : il n’apporte qu’un élément permettant d’apprécier sa gravité relative et, ainsi, de déterminer le choix de la sanction. Intégrer le mobile dans la définition d’une infraction, c’est abandonner sa détermination à une appréciation nécessairement subjective des autorités. Sauf à ce que l’auteur acquiesce sans difficultés aux motivations qu’on lui prête — des revendications officielles peuvent les exposer clairement —, leur caractérisation relève bien davantage de la conjecture que de la démonstration factuelle. En outre, définir la volonté profonde de l’individu suppose de prendre en compte des notions générales et, partant, malléables. Cela est particulièrement vrai s’agissant du terrorisme, dont la qualification suppose de démontrer chez la personne l’intention spécifique de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur — notion subjective s’il en est.

Déterminer à partir de quand des infractions de droit commun usuelles comme les atteintes aux personnes ou, plus encore, les dégradations ou détériorations peuvent être considérées comme de nature à troubler gravement l’ordre public au point d’intimider ou de terroriser relève en dernière analyse du fait du prince. La marge d’appréciation est d’autant plus forte qu’il ne s’agit pas seulement de jauger la gravité relative du trouble à l’ordre public, mais aussi de déterminer si l’auteur des faits manifeste en outre une volonté d’intimidation. Elle peut devenir totalement démesurée dans l’hypothèse où les personnes sont poursuivies du chef d’« association de malfaiteurs terroriste (7) » pour avoir préparé un attentat sans parvenir à le commettre.

En somme, la qualification de terrorisme résulte nécessairement d’un rapport de forces et d’une appréciation politiques, au terme desquels les pouvoirs en place l’appliquent de façon plus ou moins discrétionnaire à tel phénomène délictueux plutôt qu’à tel autre. D’un point de vue strictement juridique, rien ne justifie ainsi que l’appellation soit réservée à des attentats à l’explosif par un mouvement régionaliste plutôt qu’à la destruction méthodique de portiques de contrôle par des chauffeurs routiers, les deux actes pouvant être analysés comme destinés à intimider les pouvoirs publics en troublant l’ordre public. De la même façon, rien n’interdit, en l’état des textes répressifs, de voir l’infraction d’« association de malfaiteurs terroriste » utilisée pour poursuivre tel ou tel mouvement syndical ou politique par un gouvernement qui se révélerait peu soucieux de sa légitimité démocratique.

Légitimer la répression en Égypte

Même dans l’hypothèse où les personnes revendiquent sans ambiguïté une volonté de déstabilisation violente de l’ordre établi, l’arbitraire demeure. Car l’étiquette du terrorisme reste aussi un outil visant à disqualifier comme criminel un mouvement d’opposition politique, que sa violence soit réelle ou non. Les sabotages, destructions et autres exécutions de militaires allemands ou de miliciens commis par les résistants visaient à troubler l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, afin de mettre un terme à l’Occupation. Ils furent, à ce titre, poursuivis comme faits de terrorisme par le régime de Vichy (8). Que cette qualification ne soit aujourd’hui plus retenue — ni même d’ailleurs envisageable — ne tient qu’à la légitimité donnée à ces actions dans une perspective historique.

Il ne s’agit en aucun cas d’établir un lien quelconque entre les actions criminelles perpétrées par l’Organisation de l’État islamique (OEI) et les opérations de la Résistance, mais de souligner à quel point il est problématique d’utiliser, aujourd’hui encore, le même terme pour désigner les activités de groupuscules fanatiques et obscurantistes et l’action d’opposants politiques à des régimes autoritaires — comme cela est pratiqué notamment en Russie ou en Turquie. D’une certaine façon, l’inscription sur les listes des organisations terroristes recensées par les États-Unis ou l’Union européenne dépend du lien entretenu par ces puissances avec le régime combattu. Pour ne prendre qu’un exemple, aucune analyse juridique ne peut expliquer que la répression de ses opposants par le gouvernement égyptien soit tolérée au nom de la lutte antiterroriste quand celle menée en Syrie est condamnée comme criminelle.

Bien sûr, l’accusation de terrorisme n’a plus, en France, pour fonction de criminaliser un mouvement d’opposition politique. Sa caractérisation suppose de démontrer l’existence de véritables infractions auxquelles on confère arbitrairement une gravité particulière et non, comme dans certains États, de simples activités perçues comme séditieuses (9). Ses ressorts relèvent en revanche de cette vieille forme de résistance à la mise en place effective du modèle pénal républicain qui s’observe depuis la réaction bonapartiste : l’excuse de « gravité ».

En d’autres termes, l’importance du trouble à l’ordre social causé par l’infraction et l’émotion qu’il suscite sont mises, sinon en scène, du moins en avant pour justifier l’affaissement plus ou moins important de l’exigence de proportionnalité de la répression et, partant, des garanties du justiciable. En ce sens, la succession de modifications législatives de plus en plus rapide que nous connaissons depuis trente ans relève moins de la volonté d’affiner l’appréhension pénale du phénomène que de monter en épingle le péril terroriste pour justifier un accroissement démesuré des prérogatives des autorités répressives. Cette tendance se traduit par des mesures d’enquêtes particulièrement attentatoires aux libertés sans nécessité de démontrer l’existence d’une organisation criminelle, puisqu’il suffit de relever l’intention supposée de l’individu de « terroriser ». Elle se traduit également par un régime procédural plus coercitif encore, d’un point de vue tant judiciaire (10) qu’administratif (11).

De vulgaires organisations criminelles

Non que la réponse pénale aujourd’hui apportée aux infractions dites terroristes serait foncièrement inefficace, mais que son efficacité relative se construit en dépit des embûches de plus en plus sérieuses dressées sur son chemin par la notion même de terrorisme. D’abord, parce qu’on étend indéfiniment le champ du phénomène terroriste, notamment à des faits ne relevant en rien du crime organisé, tout en prétendant y apporter une même réponse. Ensuite parce que, paradoxalement, cette réponse contribue à un renforcement symbolique de ce qu’elle prétend combattre.

À partir du moment où ce qui permet de retenir la qualification de terrorisme réside dans la volonté réelle ou supposée de l’auteur d’une infraction de droit commun de déstabiliser violemment l’ordre public, elle peut être potentiellement appliquée à un grand nombre de situations. Dans un domaine où l’autorité judiciaire se trouve particulièrement exposée aux pressions politiques ou médiatiques, le glissement d’une procédure de droit commun à une procédure terroriste peut se fonder sur des éléments ténus. Le simple fait pour une personne commettant une infraction comprise dans la liste de l’article 421-1 du code pénal — c’est-à-dire, par exemple, un vol ou encore des violences volontaires — de se revendiquer d’une idéologie considérée comme terroriste, voire même de la philosophie ou de la religion dont est issue cette idéologie, peut suffire à la faire basculer dans le régime d’exception.

Les dernières réformes ont encore aggravé cette tendance. Ainsi, la loi du 13 novembre 2014 a introduit dans notre droit la singulière infraction d’« entreprise terroriste individuelle ». Supposée répondre à l’acte isolé de l’individu préparant seul un attentat, cette incrimination permet en réalité d’embrasser de très nombreux comportements, depuis le simple intérêt pour un fanatisme idéologique jusqu’à la préparation effective d’un assassinat. Là encore, l’extensivité du délit découle moins de la matérialité des actes préparatoires que de l’intention supposée de leur auteur. Il eût en effet été possible de n’incriminer que la préparation d’un attentat à l’explosif pour donner un fondement légal aux poursuites intentées — et ainsi aux mesures de contrainte prises au cours de l’enquête ou de l’information. Mais le législateur a préféré considérer comme terroriste, au même titre qu’un groupe criminel organisé, toute personne qui aura, en plus de rechercher des explosifs, consulté « habituellement un ou plusieurs services de communication au public en ligne (…) provoquant directement à la commission d’actes de terrorisme ou en faisant l’apologie », ou encore « séjourné à l’étranger sur un théâtre d’opérations de groupements terroristes » (12).

Au-delà de son arbitraire, une telle extension risque d’affaiblir l’efficacité de la réponse pénale, dans un contexte où la politique pénale vise prioritairement à poursuivre et à sanctionner les actes au stade de leur préparation. Elle conduit en effet à mobiliser l’attention des magistrats et des services d’enquête sur un nombre toujours plus grand de faits, depuis le projet abouti d’attentat jusqu’à la plus petite déclaration d’intention. Une dynamique qui épuise les moyens humains et logistiques disponibles. Sans compter que, si toute infraction est potentiellement terroriste, rien ne permet plus de distinguer ce qui mérite une attention particulière.

On mesure dès lors tout l’intérêt d’un recentrage de la réponse pénale sur les faits susceptibles d’une qualification juridique plus rigoureuse. En poursuivant les actes aujourd’hui qualifiés de terroristes en tant que crimes ou délits commis en bande organisée, on éviterait tout risque d’extension abusive d’un régime procédural dérogatoire particulièrement répressif à des faits dont la constatation ou l’instruction ne le nécessitent nullement. Les qualifications d’assassinat, de destruction, de trafic d’armes ou encore de séquestration en bande organisée, ainsi que celle d’association de malfaiteurs en vue de leur préparation, permettraient aisément d’appréhender pénalement l’ensemble des actions « terroristes » en mettant en œuvre les mêmes modes d’investigation qu’aujourd’hui. En définitive, seule disparaîtrait la possibilité de prolonger la garde à vue de quarante-huit heures supplémentaires, mesure adoptée en 2006 sans aucune nécessité opérationnelle avérée et presque jamais utilisée depuis.

En ce qui concerne la problématique de la compétence territoriale, rien n’interdirait de maintenir un pôle judiciaire unique pour les infractions dont la complexité ou l’ampleur nationale le justifieraient — si tant est que l’échelon interrégional soit jugé inadapté. S’agissant, enfin, des actes commis par des individus isolés, il serait loisible de conserver l’incrimination de préparation d’un attentat tout en renforçant le contrôle de la circulation des armes. Redéployer ainsi la réponse pénale permettrait non seulement d’éviter la dispersion des forces, mais également de ne plus contribuer au renforcement symbolique du phénomène.

En matière de « terrorisme » peut-être plus qu’en toute autre, il se trouve toujours des voix pour justifier la démesure répressive au nom de son effet supposément dissuasif. Vieille rengaine directement héritée de la philosophie pénale de l’Ancien Régime qui ne résiste pas à l’analyse. Dans certains cas, la « terreur » au nom de laquelle on voudrait légitimer le surcroît de répression découle autant, sinon davantage, de la réaction aux actes incriminés que des actes en eux-mêmes. Souvent, c’est avant tout parce qu’une infraction est qualifiée de terroriste que, par le truchement de la caisse de résonance politico-médiatique qui accompagne généralement cet estampillage, elle en devient source d’intimidation, voire de terreur. Cela est particulièrement vrai, par exemple, dans le cas où l’auteur de l’acte est poursuivi du chef d’association de malfaiteurs. À partir du moment où le projet d’attentat n’a, par hypothèse, pu avoir lieu, la dramatisation plus ou moins orchestrée de ses conséquences putatives crée l’effet terroriste.

Des actes aussi effroyables que le massacre de Nice ne peuvent que nous bouleverser profondément et durablement. Mais, même dans l’hypothèse où l’acte recèle en lui-même un potentiel d’intimidation des pouvoirs publics, le qualifier de « terroriste » ne contribue qu’à renforcer son pouvoir symbolique. D’abord, cela a mécaniquement pour effet de mettre sur le même plan la répression en France d’actes qui, même d’une gravité exceptionnelle, n’en demeurent pas moins délictueux et la répression d’opposants politiques pratiquée dans d’autres États sous couvert de la même qualification.

Cette convergence pose d’autant plus problème qu’elle n’intervient pas seulement sur un plan sémantique, mais également sur le plan opérationnel. Le développement d’une coopération pénale menée au nom de la lutte antiterroriste s’accompagne d’un relâchement des exigences ordinairement manifestées à l’égard des autres États en termes de préservation des libertés publiques.

Les arrêts rendus en la matière par la Cour européenne des droits de l’homme en témoignent. Ils mettent en évidence la propension des autorités, dès lors qu’il est question de « terrorisme », à ne plus prendre en considération le risque de traitements inhumains, voire de torture, que courent les personnes mises en cause dans certains États « partenaires » (13). Cela alimente la rhétorique des groupes criminels qui dénoncent la complicité des puissances occidentales avec des gouvernements corrompus et autoritaires pour appeler, en Europe comme dans les pays concernés, à rejoindre leurs rangs.

Enfin, il faut souligner que la seule qualification de « terrorisme » s’avère, en tant que telle, de nature à renforcer le prestige symbolique de ces groupes et… leur capacité de recrutement. En d’autres termes, qualifier un acte de terroriste contribue, au moins autant que les revendications de ses auteurs, à transformer ces derniers en hérauts d’une philosophie, d’une religion, d’une doctrine politique ou, pis encore, d’une civilisation.

Or comment ne pas comprendre qu’en érigeant en combat politique, voire en guerre de civilisations, la répression d’organisations délictueuses dont les ressorts idéologiques ne sont ni uniques, ni même hégémoniques, on renforce leur pouvoir d’influence politique ? C’est le cas pour l’OEI, dont la logique d’action relève tout autant du fanatisme religieux que de l’emprise mafieuse. Du même coup, on contribue à rehausser la cause dont ces groupes se réclament. Une telle légitimation nourrit leur pouvoir de séduction vis-à-vis d’une jeunesse en déshérence. Pour espérer le désamorcer, le plus simple est encore de leur refuser l’onction terroriste pour ne les regarder que comme de vulgaires organisations criminelles — autrement dit, de cesser de leur donner, fût-ce indirectement, crédit de leur prétention à représenter autre chose que leur appétit de pouvoir ou leur pulsion de mort.

Loin d’être un mal nécessaire, l’arbitraire inhérent à l’incrimination de terrorisme constitue ainsi un obstacle à l’efficacité de la répression. Son abandon ne chagrinerait que ceux qui en usent (et en abusent) à d’autres fins que la défense du droit à la sûreté du citoyen.

Vincent Sizaire – Magistrat, maître de conférences associé à l’université Paris-Ouest-Nanterre-la Défense, auteur de Sortir de l’imposture sécuritaire, La Dispute, Paris, 2016.


(1) Après la loi du 9 septembre 1986, qui a introduit la catégorie dans notre ordre juridique, la matière a été réformée par les lois du 22 juillet 1996, du 15 novembre 2001, du 23 janvier 2006, du 21 décembre 2012, du 13 novembre 2014 et du 24 juillet 2015.

(2) Article V de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.

(3) Article 421 du code pénal.

(4) Les articles 706-75 à 706-95 du code de procédure pénale permettent ainsi le recours aux interceptions de communications en dehors de l’instruction préparatoire, à une garde à vue pouvant durer quatre jours, à la sonorisation de lieux privés ou publics et à la surveillance informatique.

(5) Article 212-1 du code pénal.

(6) En droit pénal, on distingue l’intention, qui est la conscience du sujet de commettre un acte répréhensible, et le mobile, qui désigne la raison pour laquelle il le commet (vengeance, idéologie…).

(7) Article 421-2-1 du code pénal.

(8) Association française pour l’histoire de la justice, La Justice des années sombres. 1940-1944, La Documentation française, Paris, 1996.

(9) S’agissant de l’affaire dite de « Tarnac », la poursuite se fonde bien sur la commission de délits précis (en l’espèce des actes de dégradation en réunion). En revanche, leur qualification d’infractions terroristes s’est avérée largement abusive et a d’ailleurs été écartée par la cour d’appel de Paris dans son arrêt du 28 juin 2016.

(10) Avec le jugement par une cour d’assises sans jurés, la possibilité de prolonger la garde à vue jusqu’à six jours, de ne pas mentionner l’identité des officiers de police judiciaire intervenant en procédure, et une prescription de l’action publique portée à trente ans en matière criminelle et vingt ans en matière délictuelle.

(11) Les personnes condamnées pour terrorisme peuvent en effet être soumises à une surveillance administrative limitant leur liberté d’aller et venir.

(12) Article 421-2-6 du code pénal.

(13) Cour européenne des droits de l’homme, « Affaire Saadi c. Italie », Strasbourg, 28 février 2008.

Bertolt Brecht – La Solution

Le peuple, a par sa faute
Perdu la confiance du gouvernement
Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts
Qu’il peut la regagner.
Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un autre ?

Bertolt BrechtLa Solution (Die Lösung)

Leipzig, um den 17. Juni 1953


Die Lösung (La Solution) est un célèbre poème de Bertolt Brecht à propos de l’insurrection de juin 1953 en Allemagne de l’Est. Il fut publié pour la première fois en 1959 dans le journal d’Allemagne de l’Ouest Die Welt.

Source : Wikipédia

Régis Debray – Réalités religieuses

Régis Debray – Réalités religieuses (Allons aux faits – France Culture)

Les religions ? Elles sont censées nous raconter des blagues : elles recouvrent de rudes vérités. Et si l’opium du peuple n’était pas là où l’on pensait ? Et si il y avait, dans ce qui s’appelle histoire des vérités-mirages, et dans ce qui s’appelle religion, un mentir-vrai ?


Que faut-il entendre par croyance ? (1/5)

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La République, par bonheur, respecte toutes les croyances, mais la croyance elle-même, tenue par une faiblesse, n’est guère prise au sérieux par nos savants. Comme si nous n’étions pas tous en dette avec cette faculté capitale, sans laquelle nous n’aurions ni avenir ni société ni entreprise. Savoir et croyance ne se font pas concurrence : rendons à chacun son dû.


Que faut-il entendre par sacré ? (2/5)

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Rien n’est sacré en soi, mais on ne connaît pas de société, fut-elle officiellement athée, qui n’ait en son sein un point de sacralité, légitimant le sacrifice et interdisant le sacrilège. Le sacralisé ou l’intouchable se distingue du profane ou de l’anodin par des traits invariants, reconnaissables à l’œil nu.


Que faut-il entendre par religion ? (3/5)

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Le mot est un latinisme, dont s’est emparé le mouvement chrétien pour se définir lui-même. Son extension abusive à l’ensemble des cultes existants nous vaut de graves malentendus. On ne peut sortir de ces malentendus qu’en se tournant non vers les doctrines ou les énoncés mais vers les pratiques et les rituels où le spirituel n’est nullement indispensable.


Que faut-il entendre par Dieu ? (4/5)

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Le Dieu unique est un tard venu dans l’histoire des religions, beaucoup d’entre elles, encore aujourd’hui, s’en passent aisément. On a beau le dire mort, il continue d’exercer en de nombreux points du globe. L’ignorer serait prendre le risque d’ignorer l’être humain, son inventeur, dont il exprime et sublime les ambivalences.


Que faut-il entendre par laïcité ? (5/5)

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Il y a loin du simple esprit de tolérance à la stricte architecture juridique qu’est la laïcité, originalité française. Celle-ci n’est pas destinée à nettoyer la société de toute empreinte religieuse mais à préserver l’espace public de l’emprise des religions. L’effacement de la séparation entre public et privé, lié à l’évanescence de l’État, la met aujourd’hui sérieusement en danger.

Adrien Candiard – Comprendre l’Islam

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Depuis des années, nous sommes abreuvés d’informations et d’opinions sur l’islam. L’actualité tragique du monde comme les mutations profondes de la société française, tout ne cesse de pointer vers cette religion à laquelle journaux, sites Internet et émissions de télévision consacrent tant de décryptages. Pourtant, le paradoxe est là : plus on l’explique, moins on le comprend. Pourquoi peut-on dire sur l’islam tant de choses contradictoires ? Et pour connaître son ‘vrai visage’, comment s’y prendre ? Suffit-il de lire le Coran ? Peut-on enfin savoir si cette religion, avec son milliard de croyants, en veut vraiment à notre mode de vie et à la paix dans le monde ? Dans ce livre lumineux, qui éclaire sans prétendre tout résoudre, Adrien Candiard explique pourquoi, en ce qui concerne l’islam, rien n’est simple. Une lecture dont on sort heureux d’avoir, enfin, compris quelque chose.


Le temps de le dire – L’islam que l’on a du mal à comprendre (RCF)

Il y a en France une envie réelle de comprendre l’islam, pour Adrien Candiard. Le dominicain islamologue défend l’image d’une religion complexe aux visages multiples. Par Stéphanie Gallet.

« Plus on parle de l’islam – et Dieu sait qu’on en parle énormément dans le monde médiatique français depuis quelques années – moins on a le sentiment de comprendre quelque chose à cette religion qui est très complexe, très diverse« , constate Adrien Candiard.

Le dominicain spécialiste du dialogue islamo-chrétien est très sollicité pour venir parler de l’islam dans les paroisses de France. Il observe qu’il y a chez les non musulmans une véritable envie de comprendre ce qu’est l’islam. « Comme tous les islamologues, quand je suis en France, je suis constamment interrogé. »

Le chercheur qui réalise actuellement une thèse sur Ibn Taymiyya, un théologien musulman du XIVè siècle, publie un livre pour répondre à toutes ces interrogations et donner des pistes à ceux qui veulent comprendre l’islam. Le texte qu’il publie en 2016 chez Flammarion reprend celui d’une conférence qu’il avait lui-même posté sur Facebook – Comprendre l’islam (ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien).

Pourquoi a-t-on cette impression que plus on creuse la question de l’islam en France plus la réalité nous échappe? Avec la montée du radicalisme musulman, est-ce la culture française et son mode de vie qui sont en jeu? « Faut-il en avoir peur? » demande-t-on souvent à l’islamologue. Une « fausse » question qui revient aussi: « Est-il possible de vivre entre chrétiens et musulmans? » – « fausse question » car pour le dominicain, il ne s’agit pas de savoir si c’est possible « mais comment c’est possible! » Adrien Candiard défend l’idée d’un nécessaire dialogue universitaire.

Au Caire, en Egypte, frère Adrien Candiard travaille à l’IDEO (Institut dominicain d’études orientales), un institut qui regorge de documents précieux sur l’islam classique. On y trouve des textes originaux, de théologie, de philosophie ou de littérature de l’islam datant du premier millénaire musulman. Cet institut, fondé il y a un peu plus de 60 ans, permet à des chercheurs explicitement chrétiens puisqu’ils sont dominicains de travailler sur le patrimoine musulman, avec des musumans. « La mémoire entre chrétiens et musulmans est difficile, blessée par des événements compliqués« , explique l’islamologue. « Travailler de manière académique, selon des procédures universitaires, va permettre de créer les conditions d’une culture commune et à terme d’une rencontre. »

« Je vois tout à fait pourquoi beaucoup de nos compatriotes musulmans se sentent mal à l’aise. Il y a quelque chose de très douloureux pour beaucoup à se sentir montrés du doigt. Mais la violence qui se déploie, peut-on dire qu’elle n’a rien à voir avec l’islam? L’islam n’explique pas tout mais les terroristes agissent au nom de l’islam: ce qui est à prendre en compte aussi pour les musulmans. »

Malgré le grand nombre de musulmans dans la société française, l’islam nous est largement étranger. Les interrogations sont très nombreuses mais les sources ne sont pas facilement accessibles pour permettre de comprendre cette religion. Les discours contradictoires que l’on entend dans les médias ne nous y aident pas. De plus, l’étude de l’islam comme religion n’est pas prioritaire en France, elle est surtout affaire de médiévistes ou de politologues. Or, pour comprendre l’islam, il faut d’abord admettre que c’est une religion compliquée et que l’on ne peut pas « la résumer à partir d’une parge Wikipédia« , nous dit le dominicain, qui se trouve lui-même souvent confronté à des personnes ayant « des idées très arrêtées sur l’islam« . Selon lui, « on parle énormément de l’islam en France, mais pas toujours de manière utile pour arriver à s’en saisir« .

« Tous les textes appellent interprétation, les textes sacrés en particulier. Penser qu’un musulman en Europe au XXIè siècle peut lire directement un texte écrit en Arabie au VIIè siècle, c’est avoir des présupposés d’interprétation extrêmement lourds. Ces textes n’appellent pas à la non-violence, loin de là. On peut y trouver des éléments qui pemettent de vivre un islam pacifique mais on peut aussi y trouver des éléments qui appellent à la violence. Il est nécessaire de reconnaître cela. »


Religions du monde – Frère Adrien Candiard : «Comprendre l’islam» (RFI)

Frère Adrien Candiard : un dominicain décrypte la pensée salafiste.

C’est en s’immergeant dans la pensée du théologien du 14ème siècle, Ibn Taymiyya, la grande référence religieuse des salafistes, que le jeune intellectuel dominicain, ancien normalien et élève de Sciences-Po qui a rejoint l’IDEO (Institut dominicain d’études orientales) du Caire en 2012, entend déconstruire un discours radical et, à terme, faire découvrir aux jeunes les ressources spirituelles de l’islam. Pour Adrien Candiard, l’islam pose des défis intellectuels qu’il faut relever.

Il vient de publier chez Flammarion : « Comprendre l’islam/ou plutôt pourquoi on n’y comprend rien ».


Adrien Candiard : «On ne peut exonérer l’islam de la crise qu’il vit aujourd’hui» (Le Figaro)

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Revue de presse (51)

France

Rachid Kassim, le djihadiste qui a inspiré les assassins du père Hamel (L’Express)

L’enquête sur les réseaux virtuels et labyrinthiques d’Adel Kermiche et d’Abdel Malik Petitjean révèle bien des surprises. Les deux auteurs de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray du 26 juillet, qui habitaient à 700 kilomètres l’un de l’autre, ne se sont pas seulement rencontrés sur la messagerie chiffrée Telegram. Ils semblent aussi y avoir été pilotés depuis la zone irako-syrienne par un membre du groupe Etat islamique (EI).

D’après nos informations, grâce à l’exploitation de matériel informatique, les enquêteurs ont découvert des conversations Telegram entre les deux terroristes de 19 ans et le djihadiste Rachid Kassim. Surtout, selon nos informations, le combattant de Roanne est l’auteur de l’étrange enregistrement audio diffusé une semaine après la tuerie de l’église sur le Telegram de Kermiche. Il y félicite chaleureusement ses « frères » pour l’opération. Kassim est donc le nouvel administrateur de la chaîne du terroriste normand, ce qui suggère que ce dernier lui a transmis ses accès avant de mourir sous les balles des policiers.  

C’est après le carnage de la promenade des Anglais, fin juillet, que Kassim apparaît pour la première fois dans une vidéo de propagande de l’EI. Visage découvert, vêtu d’un treillis militaire, il glorifie l’action du tueur de Nice, profère des menaces à l’encontre de la France et décapite, en pleine rue, un otage de sang froid.

L’argent de la mafia du CO2 a financé les cartels de la cocaïne d’Amérique du Sud (Mediapart)

Des flux financiers, identifiés grâce à des documents officiels et des témoignages, permettent de lier l’affaire du CO2, la plus grande escroquerie que la France ait jamais connue, à la cocaïne colombienne et au cartel de Sinaloa, dont le baron est le célèbre trafiquant de drogue “El Chapo”. Révélations.


Union Européenne

La Grèce demande réparation à l’Allemagne pour l’occupation nazie (Agences)

Le premier ministre grec a réitéré une demande formulée auprès de l’Allemagne il y a plus d’un an. Alexis Tsipras s’est dit déterminé à faire «tout le nécessaire» pour obtenir de l’Allemagne le paiement de réparations pour l’occupation nazie.

La Grèce «fera tout le nécessaire au niveau diplomatique, et si nécessaire légal», a ajouté le premier ministre, invoquant le rapport remis fin juillet au Parlement par une commission parlementaire constituée en 2015 pour faire le point sur la question. Le rapport chiffre à 269,5 milliards d’euros le montant des réparations dues à la Grèce pour l’occupation nazie, sur la base d’un calcul établi en 2014 par la Comptabilité nationale grecque. Le gouvernement grec avait pour sa part fait état mi-2015 d’une somme de 278,7 milliards d’euros. Cette somme, qui permettrait au pays d’éponger le plus gros de sa dette publique s’élevant à près de 320 milliards d’euros, inclut le remboursement pour quelque 10 milliards d’euros du prêt obligatoire imposé à la Grèce par l’occupant nazi.

Mais l’Allemagne refuse de rouvrir ce dossier. Le gouvernement rétorque qu’en acceptant le Traité de Moscou qui entérine la réunification des deux Allemagne, la Grèce a également accepté de tirer un trait sur cette dette. L’accord de Londres de 1953 repoussait en effet le règlement des réparations de guerre à la signature d’un accord de paix. Ce dernier ne fut finalement signé qu’en 1990 après la réunification, et il exonéra l’Allemagne de certaines réparations, notamment celles qu’elle aurait dû payer à la Grèce.


Monde – Géopolitique

Al-Qaeda a-t-il vraiment perdu sa branche syrienne ? (Kurultay)

Lors d’une allocution prononcée le 28 juillet 2016 et amplement diffusée le jour même, Abu Muhammad al-Joulani, émir de Jabhat al-Nusra, franchise syrienne d’al-Qaeda, a annoncé la fin de toute activité de son organisation sous ce nom, et la création d’une autre entité nommée Jabhat Fath al-Sham, « affiliée à aucune entité extérieure ». Certains commentateurs ont bien voulu y voir une «rupture de liens», une concession faite à la «modération », et même un coup dur voire le début de la fin pour al Qaeda. Plus d’un a considéré que le but de la manœuvre était d’éviter d’éventuels bombardements conduits par un partenariat américano-russe. Il est toutefois fort à craindre que cette interprétation ne résiste pas à un examen circonstancié des faits.

Contrairement à l’EI, Jabhat al-Nusra n’administre pas seul, préférant s’imbriquer dans des organisations multi-groupes qui lui permettent d’influencer les autres entités tout en rendant plus difficiles des frappes occidentales sélectives. Il en résulte qu’aujourd’hui, Jabhat al-Nusra ne tient aucun territoire seul mais est présent un peu partout dans les secteurs de Syrie sous influence rebelle, bien au-delà de la province d’Idlib où il constitue la clef de voûte d’une administration islamique conforme à ses vues.

L’idée d’un « Jabhat al-Nusra light » non inféodé à al-Qaeda n’est pas à proprement parler une nouveauté. Episodiquement, des rumeurs furent propagées par certains relais, non officiels mais habituels et réputés fiables, de Jabhat al-Nusra sur les réseaux sociaux. Elles laissaient envisager une possible « rupture de liens » – en arabe, fakk al-irtibat. La notion consiste en la rupture du serment d’allégeance, la baya, qui en l’occurrence liait Abu Muhammad al-Joulani à Ayman al-Zawahiri, émir d’al Qaeda.

On note une linéarité exemplaire, depuis le discours de mai d’Ayman al-Zawahiri jusqu’à celui d’Abu Muhammad al-Joulani le 28 juillet, en passant par celui d’Ahmad Hassan Abu al-Khayr quelques instants plus tôt.

Dans la continuité des deux allocutions évoquées ci-avant, la rupture du lien, fakk al-irtibat, avec al Qaeda n’y a pas été abordée. L’allégeance d’Abu Muhammad al-Joulani à Ayman al-Zawahiri ne figure tout simplement pas parmi les sujets traités. Et au terme de ce discours, il est tout à fait clair, sans aucune équivoque, que cette baya demeure. Ceux qui ont intitulé leurs analyses breakingties ou «rupture des liens» ont lu la formule au hasard des réseaux sociaux, et ne l’ont en aucun cas tirée des propos des officiels, où elle n’est même pas implicitement présente, sauf dans le discours d’Ayman al-Zawahiri qui n’en a parlé que pour en évoquer les lourds dangers.

Le Front pour le Secours du Peuple du Sham – Jabhatal-Nuṣrahli-Ahliash-Sham – est donc devenu le Front pour la Conquête du Sham – JabhatFath al-Sham. Ce processus a été jalonné par trois prises de parole successives, fondamentales, que nous avons commentées ci-avant. Ces trois discours sont les pièces maîtresses d’un même édifice. Ils se suivent chronologiquement et politiquement selon une pente descendante hiérarchiquement : l’émir d’al-Qaeda, puis son Naïb, et enfin l’émir de Jabhat al-Nusra. Tous trois conformes à une même charte philosophique et sémantique, ces discours fixent les mêmes buts fondamentaux, à la fois religieux et politiques, les deux notions n’étant pas séparables selon les prémisses de l’agenda jihadiste : l’unité des moudjahidines pour le succès du jihad en vue de l’établissement d’une gouvernance fondée sur la charia. Ils s’inscrivent dans la même finalité : l’instauration du califat selon la méthodologie prophétique. A aucun moment il n’est question de la rupture de liens dont tant de titres de presse se sont faits l’écho, reflétant en cela plutôt l’activité des réseaux sociaux que les propos habilement ciselés des leaders d’al-Qaeda et de Jabhat al-Nusra. L’allégeance d’Abu Muhammad al-Joulani à Ayman al-Zawahiri est toujours en vigueur. Les mouvements jihadistes sont incroyablement aptes à muter pour s’adapter aux circonstances. En voici une nouvelle démonstration.

L’aviation syrienne a bombardé des positions kurdes (Zone militaire)

Jusqu’en avril dernier, les forces gouvernementales syriennes et leurs alliés avaient évité de s’en prendre aux milices liées au Parti de l’union démocratique kurde (PYD), ce dernier se tenant à distance du conflit entre le régime de Bachar el-Assad et la rébellion, tout en cherchant à obtenir davantage d’autonomie pour les régions qu’il contrôle et en luttant contre les jihadistes de l’État islamique (EI ou Daesh) avec l’appui de la coalition dirigée par les États-Unis. Seulement, en avril, donc, de violents combats éclatèrent entre les Forces de défense nationale (FDN), une milice pro-régime, et les Assayeh, c’est à dire les forces de sécurité kurdes. Les affrontements, qui firent quand même une quarantaine de tués, ne durèrent pas : un accord de cessez-le-feu fut en effet rapidement trouvé entre les belligérants.

Toutefois, les tensions entre les deux camps n’ont visiblement pas diminué depuis. Et, pour la première fois depuis mars 2011, l’aviation syrienne a bombardé, le 18 août, des positions tenues par les Assayeh dans la ville d’Hassaké, dont un tiers est contrôlé par les forces du régime.

D’après une source de sécurité syrienne, citée par l’AFP, ces frappes aériennes seraient aussi un avertissement adressé aux Kurdes. « Il ne faut pas qu’ils prennent leurs rêves d’autonomie pour une réalité » et ces « bombardements sont un message pour qu’ils cessent de faire ce genre de revendications qui touchent à la souveraineté nationale », a-t-elle expliqué.

En mars, le PYD avait en effet annoncé la création d’une « région fédérale » (la Rojava) dans le nord de la Syrie, ce qui fut évidemment dénoncé non seulement par Damas, mais aussi par Ankara.

Des avions de la coalition anti-EI pour protéger les Kurdes contre les frappes syriennes (Zone militaire)

Alors que de nouveaux raids ont été menés par l’aviation syrienne contre les Kurdes le lendemain, le Pentagone a fait savoir, le 19 août, que la coalition anti-EI (État islamique ou Daesh) était intervenue directement – et pour la première fois – contre le régime syrien en dépêchant dans la région d’Hassaké des avions de combat pour protéger les forces spéciales qui conseillent les combattants kurdes pour lutter contre les jihadistes.

Révélations sur l’EMNI, la branche de l’Etat islamique chargée de planifier les attentats à l’étranger (NY Times via Les-crises)

Une interview réalisée en prison avec un allemand qui a rejoint l’État islamique révèle les travaux d’une unité dont les lieutenants ont été habilités à planifier des attentats à travers le monde.

Les attentats de l’État islamique le 13 novembre à Paris ont attiré l’attention du monde entier sur le réseau de terrorisme externe du groupe, qui a commencé à envoyer des combattants à l’extérieur il y a deux ans. Le récit de M. Sarfo, ainsi que celui des autres recrues qui ont été capturées, vient désormais dévoiler encore davantage les systèmes mis en place par le groupe pour exporter la violence au-delà de ses frontières.

Ce qu’ils décrivent est un service secret aux niveaux multiples sous le commandement général d’Abu Mohammed al-Adnani, chef de la propagande, porte-parole et agent le plus haut gradé de l’État islamique. Selon M. Sarfo, sous les ordres d’al-Adnani se situe un niveau de lieutenants qui ont été habilités à planifier des attentats dans différentes régions du monde, incluant un « service secret pour les affaires européennes », un « service secret pour les affaires asiatiques » et un « service secret pour les affaires arabes ».

Des bombardiers russes ont été engagés en Syrie depuis une base en Iran (Zone militaire)

« Le 16 août, des bombardiers à long rayon d’action Тu-22М3 et des bombardiers tactiques Su-34, ont décollé, armés, de l’aérodrome Hamedan en Iran. Ils ont frappé des cibles des groupes terroristes État islamique [EI ou Daesh] et Front al-Nosra [ou Jabhat Fatah al-Sham] dans les régions d’Alep, Deir Ezzor et Idleb », a en effet annoncé le ministère russe de la Défense.

Ce dernier a précisé que ces raids ont « anéanti » cinq dépôts d’armes et de munitions, des camps d’entraînement situés dans les régions de Seraqib, d’al-Bab, d’Alep et de Deir Ezzor ainsi que 3 centres de « coordination ».

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Les États-Unis auraient commencé à déplacer leurs armes nucléaires de Turquie vers la Roumanie (Euractiv)

Selon deux sources, les États-Unis ont commencé à déplacer des armes nucléaires de Turquie vers la Roumanie, en raison du refroidissement des relations entre Washington et Ankara.

Le transfert des armes nucléaires stationnées en Turquie entamé par les États-Unis représente un défi, autant sur le plan technique que sur le plan politique, a expliqué une source à EurActiv. « Déplacer plus de 20 bombes atomiques, ce n’est pas facile », assure cette personne, sous le couvert de l’anonymat.

Selon un rapport récent du Simson Center, quelque 50 armes nucléaires tactiques américaines ont été stationnées sur la base aérienne d’Incirlik, en Turquie, depuis la fin de la guerre froide. Pendant la tentative de coup d’État, en juillet, la base a été privée d’électricité, et le gouvernement turc a interdit aux appareils américains d’atterrir ou de décoller du territoire. Le commandant de la base a finalement été arrêté et accusé d’être impliqué dans la tentative de putsch. Il est impossible de dire si les États-Unis auraient pu garder le contrôle des armes nucléaires en cas de conflit civil prolongé, selon le rapport.

Une autre source a indiqué à EurActiv que les relations entre la Turquie et les États-Unis s’étaient tellement détériorées après le 15 juillet que Washington ne faisait plus assez confiance à Ankara pour laisser ces bombes sur le territoire national. Les armes américaines doivent donc être transférées vers la base aérienne de Deveselu, en Roumanie, a expliqué cette source. Cette base proche de la ville de Caracal abrite également depuis peu le bouclier antimissile américain, ce qui a provoqué la colère de Moscou.

La Roumanie dément avoir reçu des bombes nucléaires américaines en provenance de Turquie (Zone militaire)

La Roumanie a fermement dementi les informations d’Euractiv. Et Traian Basescu, l’ancien président de ce pays, a fait valoir qu’on « ne déplaçait pas des ogives nucléaires comme des sacs de pommes de terre ». Et d’expliquer qu’une « telle démarche implique un processus de négociation entre le propriétaire des armes nucléaires et le pays hôte, ce qui peut prendre des années ».

Turquie : les purges continuent (AFP)

Selon des médias turcs, la police financière a lancé plusieurs opérations dans la région d’Istanbul depuis ce jeudi matin. Le parquet d’Istanbul a aussi ordonné la saisie des biens de 187 hommes d’affaires soupçonnés d’avoir soutenu le coup d’État. Ceux-ci ont été accusés de « participation à un réseau terroriste » et de « financement d’activités pro-Gülen », a précisé l’agence Dogan, en référence au prédicateur accusé par Ankara d’être le cerveau du coup d’État manqué du 15 juillet.

Mardi, une opération similaire avait visé des entreprises réputées être proches du prédicateur musulman qui vit en exil volontaire aux États-Unis depuis 1999. Près de 100 personnes ont été placées en détention préventive.

Mercredi soir, le Premier ministre turc Binali Yildirim a déclaré que dans le cadre de la purge massive lancée dans la fonction publique contre les sympathisants de Gülen, ennemi désigné du président Recep Tayyip Erdogan, 40 029 personnes avaient été placées en détention, dont 20 335 inculpées et incarcérées. Plus de 5 000 fonctionnaires ont été limogés et près de 80 000 autres suspendus, a-t-il dit, lors d’un entretien à la chaîne publique TRT.

AFP :

Le parquet turc a lancé des mandats d’arrêt à l’encontre de 146 universitaires, principalement des villes d’Istanbul et de Konya (centre), pour liens supposés avec Fethullah Gülen, accusé d’être le cerveau du putsch avorté en Turquie, ont rapporté aujourd’hui les médias locaux.

Turquie : 38.000 libérations de détenus pour désengorger les prisons (RFI)

Alors que les purges continuent, Ankara annonce la libération de 38 000 prisonniers condamnés avant le 1er juillet, une opération pour apparemment désengorger les prisons turques. Mercredi, le ministre de la Justice a annoncé la libération prochaine de 38 000 prisonniers de droit commun pour désengorger les prisons, puisque 23 000 personnes ont été placées en détention préventive depuis le début des purges contre les partisans de l’imam Fethullah Gülen.

Avant même le putsch, les prisons turques étaient remplies à 105% de leur capacité. Maintenant la situation est telle que des installations provisoires sont installées dans les cours des prisons pour accueillir les nouveaux venus.

Guantanamo : quinze détenus transférés aux Emirats arabes unis (AFP)

C’est le transfert de prisonniers le plus important de l’administration Obama : quinze détenus de la prison militaire de Guantanamo ont été envoyés aux Emirats arabes unis (EAU), a annoncé le Pentagone, lundi 15 août. Selon un responsable du département d’Etat, ce transfert concerne douze Yéménites et trois Afghans. Washington avait des difficultés à trouver un pays tiers acceptant d’accueillir les premiers, qui ne peuvent pas être pris en charge dans leur pays à cause de la guerre civile en cours depuis 2015.

Après avoir été transférés, les anciens détenus de Guantanamo sont en général remis en liberté sous conditions de dispositifs de surveillance et de suivi de programmes de réinsertion. Ces derniers temps, les libérations se sont accélérées, le locataire de la Maison Blanche souhaitant tenir sa promesse, même avec sept ans de retard. Avec le départ de ces quinze détenus, il reste désormais 61 prisonniers, contre 242 quand le président démocrate est arrivé au pouvoir.

Etats-Unis. Quinze détenus de #Guantanamo transférés aux Emirats

USA : vers la fin des prisons privées pour les détenus fédéraux (AFP)

Le ministère américain de la Justice a annoncé aujourd’hui qu’il allait réduire et à terme mettre fin à l’utilisation de prisons privées pour les détenus fédéraux, en raison des problèmes constatés dans ces établissements. Cette mesure ne concerne pas l’immense majorité des plus de 2 millions de prisonniers aux Etats-Unis, qui sont écroués dans des pénitenciers publics ou privés sous le contrôle des Etats et non des prisons gérées par l’administration fédérale.  Elle intervient une semaine après la publication d’un rapport officiel très critique qui avait conclu que les prisons privées étaient le théâtre de davantage de carences de sécurité et de violences, et offraient moins de chances de réinsertion.

En 2013, quelque 30.000 détenus fédéraux se trouvaient dans des prisons privées, sur un total de 220.000 personnes. En 2015, le nombre avait chuté à 22.600 détenus sur un total de 190.000. L’objectif fixé est de descendre encore, à 14.200 d’ici le 1er mai 2017, a indiqué Mme Yates.

« DC Leaks » dévoile plus de 2 500 documents appartenant à la fondation Open Society du milliardaire George Soros (RFI)

« DC Leaks » a révélé plus de 2 500 documents appartenant à la fondation Open Society de George Soros. Le milliardaire américain dispose d’un puissant réseau philanthropique dans une trentaine de pays du monde entier. Sa fondation finance de nombreuses ONG, toujours avec un arrière-fond de politique. Depuis le mois de juin, des informations confidentielles piratées à la fondation Open Society sont donc diffusées sur internet.

L’objectif des pirates informatiques est de dévoiler « la stratégie de cette fondation pour influencer le monde ». Ce sont donc des milliers de fichiers de stratégie interne qui ont été rendus publics, bien que la fondation n’ait jamais caché sa vision politique du monde.

DC Leaks : « We present you the workplans, strategies, priorities and other activities of Soros. These documents shed light on one of the most influential network operating worldwide. »

Des outils d’espionnage de l’unité d’élite de la NSA publiés par des pirates (Le Monde)

Le 13 août, The Shadow Brokers, un groupe de pirates inconnu jusqu’alors, a publié sur Internet une série d’outils et de programmes d’espionnage informatique qu’il prétend avoir dérobé au groupe Equation, une référence transparente à la National Security Agency (NSA), responsable aux Etats-Unis de l’espionnage numérique.

Vendredi 19 août, le site The Intercept a balayé les dernières incertitudes : des mentions des outils publiés par The Shadow Brokers figurent dans les documents de la NSA qu’Edward Snowden avait détournés en 2013, et dont le site détient une copie.

Ces données semblent relativement anciennes : des dates présentes à l’intérieur des documents publiés indiquent que ces fichiers auraient été subtilisés à la NSA autour de l’été et de l’automne 2013. Si cette date n’a pas été falsifiée, pourquoi les pirates ne décident qu’aujourd’hui de publier ces informations explosives ? Dans cette nébuleuse affaire, faute de certitude, on ne peut avancer que des hypothèses. Pour plusieurs observateurs, les pirates ont voulu envoyer un message.