City of London Corporation

Première place financière mondiale, la City de Londres est protégée par un certain nombre de dispositions juridiques, qui sont le fruit d’un héritage archaïque remontant… à plusieurs siècles !

Elles permettent à ses structures de détenir une extraordinaire autonomie sur laquelle les pouvoirs politiques britanniques n’ont jamais été en mesure de peser. En appuyant la levée du secret bancaire dans un certain nombre de pays européens, le gouvernement de David Cameron cherche en réalité à neutraliser des concurrents jusqu’ici gênants. Il renforce ainsi la prééminence internationale de la City mais favorise aussi les trois paradis fiscaux britanniques insulaires : Jersey, Guernesey et l’île de Man…

Vincent Piolet est docteur en science politique et enseignant à Sciences Po Lille

Source : France Culture


La City de Londres organisée en 3 cercles concentriques : les dépendances de la Couronne (Jersey, Guernesey et l’île de Man), les quatorze territoires britanniques d’outre-mer (les îles Caïmans, les Bermudes, Gibraltar…) et des États entretenant des relations étroites avec l’ancien colonisateur : Hong Kong, Singapour, Dubaï…). Ces centres offshore combinent le secret bancaire et la non-imposition.

La capitale britannique est constituée de deux villes. La première est un vaste centre urbain de plusieurs millions d’habitants dirigé par un maire disposant de peu de pouvoirs. La deuxième est un espace de 3,16 km², appelé « City of London Corporation » ou « Square Mile », subdivisé en 25 quartiers appelés « wards » dont seuls quatre sont réellement habités, tandis que les autres regroupent les bureaux. Dirigée par un Lord-maire, véritable ambassadeur de tous les services financiers, la City est dotée d’un gouvernement (le « Guildhall »). Outre les 9.000 résidents de la City à voter, les représentants d’entreprises (23.000 personnes) ont aussi le droit de vote. Ainsi, Goldman Sachs, la banque Narodny de Moscou ou encore la Bank of China participent à la vie « démocratique » de la City. Ajoutons que des citoyens d’honneur anglais et étrangers appartiennent à ce corps électoral très particulier. Nous pouvons relever les noms de George Bush, Jr. et de Vladimir Poutine.

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La City est un véritable État dans l’État disposant d’un pouvoir total sans avoir de compte à rendre au Parlement de Westminster. Cette politique est rendue possible entre autres grâce au rôle du remembrancer (« remémoreur »), véritable lobbyiste et non-élu, qui est un relais entre la City de Londres et le Parlement anglais. Il est chargé de vérifier que les représentants du gouvernement ainsi que les différents ministères n’élaborent pas de mesures pouvant contrer la toute-puissance et l’indépendance de la City. Il est vrai que celle-ci concentre des intérêts jalousement gardés. Sur ce petit territoire, on trouve près de 550 banques, la moitié des assureurs de la planète — plus que ceux de New York, Paris et Francfort réunis — un volume d’affaires journalier cinq fois supérieur au PNB anglais, la moitié des entrées en bourse dans le monde et près de 80 % des hedge funds (fonds spéculatifs) européens. Comme l’a résumé joliment le député anglais Tony Benn, la City « est une île offshore amarrée sur la Tamise ».

Sachant que la quasi-totalité des investissements internationaux se fait via les centres offshore, en profitant au passage d’avantages fiscaux et de contraintes juridiques bien allégées, les multinationales s’en donnent à cœur joie. Pareille à une araignée au milieu de sa toile, la City de Londres régente tous ces flux financiers. La dérégulation des marchés qui s’est accélérée à partir des années 1980 a conduit à des volumes financiers colossaux transitant dans les paradis fiscaux. Selon l’économiste John Christensen, ils sont évalués à plus de 20.000 milliards de dollars.

Source : Boulevard Voltaire

 


Terra Eco – Dossier – « La City, capitale des capitaux » (novembre 2014)

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Lire le dossier (PDF)


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Dans le cadre de la dénonciation de l’hypocrisie consistant à se limiter aux îles exotiques et aux paradis suisses et luxembourgeois dans la lutte contre l’évasion fiscale, le chapitre consacré à des activités de la City de Londres est particulièrement bien documenté. L’auteur décrit la place de Londres comme l’élément central d’un réseau issu de son empire où les anciennes dépendances, paradis fiscaux attirent les capitaux et les acheminent jusqu’aux banques londoniennes. Il considère même que cette toile est un filtre pour blanchir l’argent permettant à la City de participer à des opérations douteuses, mais suffisamment éloignées pour cacher son implication. La législation britannique ne suit pas l’approche du secret bancaire suisse mais permet une utilisation immodérée des trusts et autres sociétés offshore qui peuvent être administratrices de sociétés et dissimuler leurs propriétaires. L’auteur détaille en particulier la législation sur le « domicile fiscal » qui permet à de résidents d’être « non-domiciliés », et ainsi très prisée par des armateurs grecs, oligarques russes, magnats indiens de l’acier… Pour compléter le tableau londonien, l’organe privé qui gère la place financière, la City of London Corporation apparaît comme un État dans l’État, disposant de privilèges maintenus depuis le XIe siècle.

Source : La vie des idées


La marche de l’histoire – La City de Londres (France Inter)

Il est loin le temps où les bourses spécialisées – la laine, le thé etc… caractérisaient encore le quotidien de la City. Au lendemain de la Seconde Guerre, elle avait comme tâche prioritaire le financement de la reconstruction et de l’économie de la zone sterling. Aujourd’hui, son arrière-pays, c’est le monde entier, en tout cas le monde non américain, dont elle accélère et assouplit les types de transactions financières les plus acrobatiques grâce à l’agilité de ses employés aux multiples talents.

Demeure donc constamment chez elle le souci d’attirer les capitaux en abaissant le plus possible les taxes. Depuis la fin des années 50, pendant un demi-siècle, les réglementations qu’elle présentait comme des corsets ont progressivement glissé. Jusqu’au choc de la crise de 2008 qui a montré combien les banques s’étaient surexposées. Une série de scandales a suivi : la City, lieu de l’argent rapide, a soudain été présentée comme capitale de l’argent sale. Et maintenant, c’est un possible Brexit qui l’irrite.

L’inscription de la City dans une cité globale de 8 millions et demi d’habitants doit aussi être reconsidérée. Elle a créé de nouvelles zones d’affaires, elle jette vers le haut ses gratte-ciels. Sa responsabilité est grande dans l’augmentation vertigineuse des prix de l’immobilier, trois fois supérieurs à ceux de Paris. L’infirmière puis le médecin, l’instituteur puis le professeur ont les plus grandes difficultés à se loger dans les quartiers sur lesquels ses employés ont jeté leur dévolu. Mais voici que ceux-ci sont moins nombreux depuis la crise, encore 300.000 environ, et un éventuel Brexit pourrait en faire repartir d’autres vers le continent où il faudrait relocaliser certaines activités liées au marché financier européen.

Pour la City, est venu le temps des trous d’air.

Invité : Marie-Claude Esposito, professeur émérite de civilisation britannique à l’université de Paris 3

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