Moyen-Orient : la nouvelle guerre de Trente Ans

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La situation qui prévaut au Moyen-Orient présente des similitudes avec la guerre de Trente Ans qui ravagea l’Europe centrale de 1618 à 1648 : un conflit religieux récupéré par la géopolitique européenne.

Nous ne sommes pas dans le cas des guerres de religion du XVIe siècle, car les personnes qui s’affrontent appartiennent déjà par leur naissance à une confession qui fait partie de leur culture. Ce ne sont pas des convertis à une nouvelle religion qui se battent pour la faire triompher. Certains analystes comparent également cette crise avec les guerres balkaniques du long XIXesiècle.

Effectivement la fragmentation sur des bases communautaires du Moyen-Orient, appuyée par les puissances régionales, présente une certaine similitude avec les guerres balkaniques. La région n’a-t-elle pas fait elle aussi partie de l’Empire ottoman ? Nous serions au stade suprême de la fragmentation, comme l’écrit Georges Corm dans son ouvrage de référence : « Le Proche-Orient éclaté : de la balkanisation à la libanisation ».

Mais s’agit-il vraiment d’une prise de conscience nationale à l’échelle des arabes sunnites, des alaouites, des druzes ou des chiites ? Certes, les Kurdes se trouvent effectivement dans cette stratégie nationaliste, mais les autres communautés ? La comparaison avec la guerre de Trente Ans est donc finalement plus pertinente pour comprendre la situation actuelle au Proche-Orient.

La toile de fond de la guerre de Trente Ans est celle d’une querelle religieuse entre calvinistes, luthériens et catholiques. Mais aussi d’une crise économique liée à des problèmes monétaires et au déclin de la Méditerranée au profit des routes atlantiques. Enfin, la constitution en Europe d’États monarchiques de plus en plus centralisés (France, Espagne) et l’apparition de nouvelles sociétés (bourgeoisie marchande) provoquent une crise politique et sociale. Le Moyen-Orient se trouve lui aussi confronté à des bouleversements structuraux de ce type qu’on ne peut comparer à la situation du XVIIe siècle, mais dont les effets déstabilisateurs sont tout aussi puissants.

La mondialisation de l’économie et le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale vers l’Asie-Pacifique déstabilisent les États du Moyen-Orient, qui se retrouvent en position périphérique vis-à-vis des pétromonarchies du Golfe. Les activités de production (agriculture et industrie) y déclinent au profit des activités de service liées à la rente indirecte. Les bureaucraties d’État et les classes moyennes s’affaiblissent au profit des classes supérieures mondialisées.

Les puissances régionales, Iran, Turquie et Arabie saoudite exercent leur influence sur des États fragilisés (Syrie, Liban, Jordanie, Yémen et Irak) qui sont menacés d’éclatement .L’analogie avec la guerre de Trente Ans qui déchira l’Europe centrale est pertinente pour analyser la situation du Moyen-Orient et surtout la guerre civile en Syrie et en Irak, terrains d’affrontements privilégiés des puissances régionales et des outsiders que sont Israël et le Qatar.

Lire la suite de l’article : Fabrice Balanche – « Moyen-Orient : la nouvelle guerre de Trente Ans » (Outre-Terre 2015/3)

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