Georges Corm – La fabrique de jihadistes

Invité du festival Arte Mare, à Bastia, Georges Corm était dans les studios de France 3 Corse Via Stella dans le cadre de l’émission hebdomadaire Cuntrastu.

Ministre des Finances du gouvernement libanais de 1998 à 2000, il est désormais consultant auprès d’organismes internationaux, de la Banque mondiale en particulier, et historien, auteur de nombreux ouvrages sur le Moyen Orient parmi lesquels : Géopolitique du conflit libanais et Le Proche-Orient éclaté (Ed Gallimard) .

Georges Corm est issu d’une famille de grands lettrés et d’artistes du Mont Liban. Son arrière-grand-père a été précepteur des enfants de l’Emir Bechir Chehab II. Il a lui même accompli ses études en France, notamment à l’Institut d’études politiques de Paris. Il enseigne à l’université Saint-Joseph de Beyrouth.

L’économiste et juriste Libanais a une approche extrêmement intéressante de la situation au Proche-Orient, son discours tranche toujours avec le politiquement correct. Son analyse des événements, sa vision du monde se distinguent très nettement de tout ce que l’on entend sur ces questions.

« On devrait aussi regarder du côté du Pakistan, souligne Georges Corm, il existe une fabrique à deux branches de ce qu’on appelle à tort les Djihadistes car en réalité, c’est un mot noble. Le Pakistan, l’Arabie Saoudite ont été depuis la première guerre en Afghanistan, une usine à fabriquer des combattants islamistes. Et une fois la guerre en Afghanistan terminée, on les a amenés en Bosnie, en Tchétchénie, dans le Caucase, aux Philippines… Moi, j’appelle ça une arme de destruction massive, et ce sont les deux alliés principaux des États-Unis, le Pakistan et l’Arabie Saoudite, qui sont aux commandes de ces groupes».

Outre ces deux événements « fondateurs », que sont Suez et l’invasion de l’Afghanistan, Georges Corm cite la création de l’Etat d’Israël en 1948, « un très grand scandale au regard de tous les principes du droit international, et du droit humanitaire d’une population déplacée par la force ». L’économiste dénonce les pratiques israéliennes contre le peuple palestinien mais aussi contre le Liban « martyrisé durant quarante ans ».

Et quelle attitude faut-il opposer aux grands dictateurs? Après Saddam Hussein, Kadhafi, quid de Bachar el- Assad ? Georges Corm rappelle que ces dictateurs ont été soutenus, « et à bout de bras », par les grandes démocraties occidentales.

«Moi,ce qui m’embête beaucoup, dit-il, c’est l’indignation collective. A un moment donné, tel dictateur devient un ami intime d’un chef d’Etat, on le voit au défilé du 14 Juillet sur les Champs Elysées, tel autre est reçu à la Maison Blanche. Quand Saddam Hussein faisait la guerre à l’Iran, c’était un héros ! ».

Tensions, rapprochements, intérêts croisés, manœuvres en coulisses, le commun des mortels a bien du mal à y voir clair…

« Le problème est de savoir quelle est l’importance des facteurs externes et des facteurs internes. Toute mon analyse, toute mon œuvre, est d’essayer de les démêler en démontrant que l’interne et l’externe se servent l’un de l’autre dans des politiques destructrices et déstabilisatrices de tout l’ensemble méditerranéen ».

Les facteurs externes prévalent-ils ?

« Nous sommes encore en train de nous débattre dans les problèmes laissés par cette très mauvaise gestion de la fin de l’Empire Ottoman qui a causé le génocide arménien, les déplacements forcés de populations, des drames intenses ».

A travers ses nombreux ouvrages qui font référence, Georges Corm, apporte sa contribution à une meilleure compréhension des relations complexes entre l’Orient et l’Occident depuis des décennies.

Il revient notamment sur ce qui a fait le ferment des printemps arabes

« Des révoltes avant tout socio-économiques : des millions de gens de tous âges, de tout niveau social, ont déferlé dans les rues, d’Oman jusqu’à la Mauritanie, car les conditions économiques et sociales étaient devenues insupportables. Pour 80% des manifestants, les motivations premières étaient la dignité sociale et l’emploi ».

Mais les printemps se sont transformés en hivers... « C’était prévisible. La contre réaction s’est mise en place tout de suite ».Georges Corm se montre sévère avec les sociétés arabes, n’hésitant pas à parler de déchéance, «chaque fois qu’on peut avoir un progrès on le détruit de nos propres mains. Nous devons sortir de la culture de la discorde. On ne peut pas avoir de démocratie sans une économie productive. La démocratie est la fin d’un processus dans lequel on a industrialisé, on s’est approprié les sciences et les techniques. Ce n’est pas un début ».

Source : Corse matin

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