Michel Pastoureau – Les emblèmes de la France

N’en déplaise à quelques esprits chagrins ou irréductiblement sceptiques, il est loisible de considérer que l’efflorescence des drapeaux tricolores un peu partout après le drame du 13 novembre dernier est d’importance sur la longue durée, tout comme l’est aussi cette Marseillaise qui a jailli spontanément à l’Assemblée Nationale ou au Congrès de Versailles, et aussi parmi la foule place de la République et dans bien d’autres lieux. Je parle de la longue durée et c’est bien sous sa lumière qu’il convient de replacer, pour en prendre mieux la mesure, le phénomène collectif dont il s’agit.

Donc nous allons  parler ce matin des emblèmes que la France et la République se sont choisies pour elles-mêmes au long des âges, du mystère de leurs origines, de leur prégnance dans les esprits et dans les cœurs, des turbulences qu’ont connues leurs usages, de leur efficacité pour unir, comme de leur force symbolique, en sens inverse, pour entretenir des déchirements parmi la Nation.

Nous n’allons pas parler seulement de vexillologie, chacun sait, n’est-ce pas,  que c’est la science des drapeaux, des étendards et des pavillons, pas seulement de vexillologie, pas seulement de couleurs, triomphant seules ou rassemblées, mais aussi de divers animaux, le coq, l’aigle, l’éléphant ou l’abeille, mais aussi de Marianne, mais aussi de bonnet phrygien, mais aussi… vous allez voir…

Et c’est naturellement de Michel Pastoureau que je vais solliciter les lumières, Michel Pastoureau que j’ai toujours bonheur à  accueillir à ce micro, pour tirer profit de sa science, de sa subtilité et de sa sagacité.

Source : France Culture

Programmation sonore :

–          Chanson « Cocorico » (1916) de Bertal, Louis Maubon et Louis Daniderff, chantée par Simone Real en 1955

–          Lecture d’un discours de Lamartine (1848) lu par Michel Vigné dans l’émission « Lieux de Mémoire » sur France Culture, le 8 mai 1997

–          Chanson « Ce que c’est qu’un drapeau » (1909), interprétée par Armand Mestral. Musique de Xavier la Mareille et texte d’Edgar Davart.

–          Discours de De Gaulle en Normandie, le 9 octobre 1944

–          Chanson « 14 juillet » de Jean Villard, interprétée par Renée le Bas en 1943

Bibliographie :

–          Michel Pastoureau, Les Emblèmes de la France, éditions Bonneton, 1998

–          Michel Pastoureau, Bleu. Histoire d’une couleur, Seuil, 2000

–          Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, Gallimard, 1984-1986

–          Bernard Richard, Les Emblèmes de la République, CNRS éd., 2012

–          Maurice Agulhon, Pierre Bonte, Marianne. Les visages de la République, Gallimard, coll. Découvertes, 1992


Michel Pastoureau – Le roi tué par un cochon : une mort infâme aux origines des emblèmes de la France

Le bleu est la couleur de la France. Dans ce rôle ses origines sont anciennes : elles se situent vers le milieu du XIIe siècle, lorsque le roi Louis VII adopte deux attributs de la Vierge, le lis et l’azur, pour en faire les premières armoiries royales. Par ce choix, non seulement il rend hommage à la mère du Christ, patronne du royaume, mais surtout il tente d’effacer le souvenir d’une mort infâme qui, quelque temps plus tôt, a souillé tout ensemble la dynastie capétienne et la monarchie française : celle de son frère aîné Philippe, jeune roi de quinze ans, déjà sacré et associé au trône, tombé de cheval le 13 octobre 1131 à cause d’un misérable cochon de ferme vagabondant dans une rue de Paris.L’ouvrage de Michel Pastoureau raconte cet événement insolite, oublié de tous les livres d’histoire, et étudie dans la longue durée ses multiples conséquences. À bien des égards, cet accident provoqué par un animal impur et méprisé, que les chroniques qualifient de porcus diabolicus, loin d’être anecdotique, apparaît comme un événement fondateur.

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Au coeur de l’histoire – Le roi tué par un cochon (Europe 1)

C’est un événement méconnu que Franck Ferrand a choisi de nous raconter aujourd’hui. A première vue, on pourrait même songer à une anecdote un peu leste : nous sommes à l’époque des premiers Capétiens, et le roi désigné Philippe de France, fils du roi Louis VI le Gros, vient à mourir dans un accident, son cheval ayant buté… contre un cochon ! Dit comme cela, il y aurait de quoi sourire – or, ce que démontre un passionnant ouvrage que Michel Pastoureau consacre à ce décès royal, c’est que ce maudit cochon a joué un rôle historique capital.

Le grand entretien : Michel Pastoureau – Le roi tué par un cochon (RTS)

En 1131, la mort du jeune roi Philippe changea le cours de l’histoire et des couleurs de France. Dans un récit passionnant et rebondissant, Michel Pastoureau évoque un événement infâmant aux conséquences multiples.

Le 23 octobre 1131, dans un faubourg de Paris, un cochon vagabond se jette sous les sabots d’un cheval et fait chuter le jeune roi Philippe, 15 ans, qui décède peu après. Un drame pour les parents, une souillure pour toute la dynastie capétienne qu’il s’agit d’oublier le plus rapidement possible. Car cette mort abjecte – le cochon est une bête impure – apparaît aux yeux des contemporains comme une punition divine ou un message du Diable.

Son frère cadet Louis sera sacré et couronné roi dans les jours qui suivent par le pape en personne. Mais la souillure ne pourra être effacée que par l’adoption progressive de deux emblèmes purificateurs empruntés à la Vierge: la fleur de lys et la couleur bleue qui deviendront les armoiries du roi de France. Le bleu qui aujourd’hui encore symbolise la France, du drapeau aux stades de foot.


 Le coq : drôle d’oiseau pour un emblème (France Culture)

Attribut de certains dieux dans l’Antiquité, tantôt admiré pour son courage, sa virilité, tantôt méprisé pour ses colères ou sa luxure, il est aussi l’un des plus vieux emblèmes de la France. Et pourtant, quel drôle d’animal pour un emblème que ce vulgaire oiseau de basse-cour… Aujourd’hui, Michel Pastoureau nous raconte : le coq.

Références musicales :

  • Jules Wolf, Cocorico, ou l’aigle et le coq
  • Willie Dixon, Little Red Rooster

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