Nouveaux regards sur le djihadisme

Culturesmonde – Nouveaux regards sur le djihadisme (France Culture)

Une série d’émissions réalisée dans le cadre du colloque « Le djihadisme transnational, entre l’Orient et l’Occident », organisé par la FMSH et l’Institut Montaigne.


De Lagos à Dacca : l’Etat Islamique a-t-il réussi sa transnationalisation ? (1/4)

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Si l’avènement de « l’Etat Islamique » remonte à 2006 lors de la création du Conseil consultatif des moudjahidines en Irak qui regroupait alors plusieurs groupes djihadistes, ce n’est que plus tard que le groupe va se faire connaître du reste du monde. D’abord lorsqu’il est devenu l’État islamique en Irak et au Levant, puis surtout, en juin 2014, lorsque Abou Bakr al-Baghdadi se proclame Calife.

Le conflit avec Al-Qaeda qui constituait jusqu’ici le principal groupe djihadiste est alors ouvert, et les succès de Daech en Irak et en Syrie vont lui conférer du crédit dans le monde musulman, poussant de nombreux groupes à lui prêter allégeance : Boko Haram au Nigeria, Ansar Baït al-Maqdis dans le Sinaï égyptien en novembre, ou encore Majilis Choura Chabab al-Islam en Libye. L’organisation avait également officialisé sa présence en Afghanistan, mais aussi du côté de l’Ouzbékistan avec le Mouvement islamique d’Ouzbékistan.

Bref, un peu partout dans le monde, l’influence de Daech a grandi. Proclamant régulièrement de nouvelles provinces (« Wilayat »), sa transnationalisation s’est enclenchée à l’instar de n’importe quelle autre entreprise qui, avec le succès, avale peu à peu ses concurrents jusqu’à devenir une immense multinationale. Le groupe qui avait été qualifié début 2014 par Barack Obama « d’équipe de remplaçants » par rapport à Al-Qaeda a désormais supplanté la maison mère.

Alors : comment s’est faite cette internationalisation ? Par quels mécanismes – politiques, idéologiques, militaires, économiques ? Quel sont les recettes de son extraordinaire pouvoir d’attraction, pas seulement pour des individus qui décident de rejoindre ses rangs, mais aussi et surtout pour des groupes djihadistes déjà constitués ? La multiplication des allégeances de l’Inde au Nigeria se fait-elle par pur opportunisme, par une recherche de médiatisation ou de reconnaissance par exemple, ou y a-t-il effectivement un soutien financier, logistique de la part de l’autoproclamé califat ? Et quelles sont les limites à cette expansion ? Pourra-t-on éviter que la devise de Daech – «il restera et s’étend» (baqiya wa tatamadad) – ne devienne réalité ?

Nous irons du côté du Sahel où les milices islamistes sont en ordre dispersé et où on observe une concurrence des djihads, avec un arc sahélo-saharien comme pris en tenaille entre les deux groupes les plus puissants : l’AQMI & l’OEI. Nous irons aussi au Bangladesh où l’Etat Islamique a semble-t-il désormais des « succursales » et où se multiplient les meurtres de libre-penseurs.

Une émission préparée par Clémence Allezard.

Intervenants :

  • Hosham Dawod : chercheur au CNRS, anthropologue et spécialiste de l’Irak où il dirigeait jusqu’en septembre 2014 la branche irakienne de l’Institut français du Proche-Orient

Entre salafisme quiétiste et action violente : des radicalisations (2/4)

French special Police forces escort a suspect from a residential building in the Meinau suburb of Strasbourg, May 13. 2014. Interior Security (DGSI) services reinforced by special RAID and GIPN intervention forces conducted early morning raids to arrest six alleged djihadists who travelled back from Syria, French Interior minister announced. REUTERS/Vincent Kessler (FRANCE - Tags: CRIME LAW) EDITORS NOTE: FRENCH REQUIRES THAT FACES OF ENFORCEMENT OFFICERS ARE MASKED IN PUBLICATIONS WITHIN FRANCE REUTERS - RTR3OVZF

« Comment veut-on guérir le mal si l’on ne sonde pas les plaies ? » disait Victor Hugo à l’Assemblée Nationale en juillet 1849 face à l’urgence de la question sociale. Depuis le 11 septembre 2001, la recherche sur le terrorisme islamiste s’est largement développée des deux côtés de l’Atlantique et mobilise des experts de toutes les disciplines pour tenter de découvrir les racines de la radicalisation violente. Hormis Manuel Valls qui considérait en mars dernier qu’« expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser », la plupart des responsables politiques s’accordent aujourd’hui sur la nécessité de comprendre le processus qui mène de jeunes Danois, Français, Allemands ou Belges à des actions violentes au nom d’Allah.

C’est tout l’objet du débat entre les deux grands experts de l’islam en France, Gilles Kepel et Olivier Roy. Le premier considère que le passage à l’acte terroriste découle d’une interprétation radicale de l’islam relayée notamment par les mosquées salafistes. Le second évoque plutôt l’islamisation de la radicalité, c’est-à-dire un processus dans lequel la radicalité est première par rapport à la religion.

Alors que le procès de sept Strasbourgeois partis en Syrie avec Foued Mohamed-Aggad, l’un des kamikazes du Bataclan, a débuté hier à Paris, comment comprendre cet attrait pour le djihad ? De quoi faut-il partir : d’une révolte générationnelle qui prend corps sur le terreau d’une crise sociale et économique ? Ou d’une crise de l’Islam, de l’hégémonie du discours salafiste qui dessinerait les contours du nouveau visage du terrorisme ? Quelle place la religion et les textes sacrés y tiennent-ils ? Et quelle part pour l’environnement socio-économique ? A quel moment s’opère le basculement ? Qu’est-ce qui pousse les jeunes européens – selon Europol, ils seraient entre 5000 et 7000 – à rejoindre les rangs de l’Etat islamique ? Et pourquoi les programmes de dé-radicalisation, qui s’appuient sur un contre-discours idéologique, peinent-ils à faire leurs preuves ?

Une émission préparée par Tiphaine de Rocquigny

Intervenants :

  • Rik Coolsaet : professeur de relations internationales à l’université de Gand
  • Géraldine Casutt : doctorante en sociologie des religions à l’Université de Fribourg (Suisse) et à l’EHESS (Paris)

De la clandestinité à la guerre sans fin : les stratégies du djihad (3/4)

Smoke rises from clashes near Falluja, Iraq, May 31, 2016. REUTERS/Thaier Al-Sudani - RTX2EXJ4

Depuis son apparition sur la scène médiatique internationale, le groupe Etat Islamique a déjà subi bien des évolutions, son terrain d’action aussi. Mossoul, Tikrit, Sinjar : en prenant ces villes lors d’offensives éclair début 2014, il a d’abord donné l’impression d’une expansion fulgurante, avec une vitesse et une aisance apparente qui pouvait presque rappeler celle des grandes conquêtes musulmanes du VIe siècle. On a vu les jihadistes foncer en 4×4, abattre les murs de sable de la frontière Sykes-Picot, planter des drapeaux sur tous les postes-frontières, s’établir à Raqqa en bordure du territoire kurde, avant de tenter une percée vers la frontière Turque au Nord. Dans le même temps, ses moyens augmentaient de manière spectaculaire, souvent mis en scène : des chars, des avions sur une base militaire, et même un missile Scud promené dans Raqqa.

Mais depuis ces grandes victoires, les choses ont bien changées. Cette semaine l’armée irakienne a lancé sa grande offensive sur Falloujah, cette ville à moins de 100 km à l’Ouest de Bagdad et tenue par l’Etat Islamique depuis janvier 2014. Plus au Nord, plus de 5000 peshmergas marchent désormais vers Mossoul, la « capitale irakienne de l’Etat Islamique » aux mains du califat depuis 2014. Il faut dire qu’entre-temps la coalition internationale mène des frappes aériennes.

Quoi qu’il en soit, Daech aurait perdu plus de 30% de son territoire et des milliers de ses combattants auraient perdu la vie (20.000 hommes environ). Ce retournement est-il le signe que la stratégie occidentale est enfin payante – une stratégie que certains avaient remise en cause et dont on disait qu’elle ne pourrait faire l’économie d’un envoi de troupes au sol ? La solution a-t-elle été trouvée pour répondre à la stratégie militaire de l’Etat Islamique ? Et d’ailleurs, quelle est-elle exactement ? Comment a-t-elle évoluée dans le temps ? Quels points de convergence ou de divergence par rapport à Al-Qaeda ?

Une émission préparée par Xavier Martinet

Intervenants :

  • Joseph Henrotin : politologue, chargé de recherches au Centre d’Analyse et de Prévision des Risques Internationaux (CAPRI – Paris), chargé de cours à l’Ecole Supérieure de Guerre de Yaoundé

Dans la bibliothèque des djihadistes (4/4)

Pour clore cette semaine sur le djihadisme, nous nous penchons sur les différentes idéologies du djihad. Quels en sont les penseurs et les courants fondateurs ? Et quelle influence ont-ils aujourd’hui ?

Radical Muslim cleric Abu Qatada listens to Islamist scholar Sheik Abu Mohammad al Maqdisi during a celebration after his release from a prison near Amman

En 2006, l’Académie militaire de West Point créée la surprise en estimant que l’idéologue islamiste le plus influent n’est ni Oussama Ben Laden, ni Al-Zawahiri, devenu chef d’Al-Qaida après la mort du numéro 1, mais Abu Muhammed Al-Maqdissi, un Jordanien d’origine palestinienne quasiment inconnu du grand public. Cet intellectuel sunnite a pourtant eu une grande influence sur les fondements théoriques de l’Etat Islamique puisque il aurait été le compagnon de route d’Al-Zarkaoui, le chef de file de la branche irakienne d’Al-Qaida qui deviendra ensuite l’Etat Islamique. Parmi les textes retrouvés chez Amedy Coulibaly et Chérif Kouachi, les auteurs des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, le nom d’Al-Maqdissi revient d’ailleurs de façon systématique, tout comme sur le site francophone dédiée au djihad, Ansar-Al-Haqq (« les partisans de la vérité »).

Après les attentats du 13 novembre, on s’était intéressés ici à cet ouvrage d’Abu Bakr Naji, L’Administration de la sauvagerie, véritable mode d’emploi du « djihadisme », qui a largement inspiré Daech. Mais si l’idéologie salafiste, on l’a vu mardi, recouvre des réalités très disparates (le salafisme quiétiste, le salafisme réformiste, et le salafisme révolutionnaire violent ) ; il en est de même de « l’idéologie djihadiste », aujourd’hui dominée par des penseurs comme Abou Moussab Al-Souri, Abu Muhammed Al-Maqdissi ou encore Abou Qatada al-Falastini.

Une nouvelle génération d’intellectuels qui s’accordent sur la guerre à mener contre les mécréants et les apostats mais pas sur les moyens employés ni sur la hiérarchie des ennemis. Quelles sont aujourd’hui les différences entre les théoriciens islamistes, près de trente ans après la mort d’Abdallah Azzam, considéré comme le père du djihad global moderne ? Que nous disent les textes des évolutions idéologiques et stratégiques de l’Etat islamique ou d’Al-Qaida ? En quoi illustrent-ils la rupture entre les deux principales organisations djihadistes ?

Intervenants :

  • Stéphane Lacroix : politologue spécialiste d’Islam politique, chercheur au CERI et professeur à Sciences Po.
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