Architecture et patrimoine carcéral

Ce numéro de la revue Histoire pénitentiaire est consacré au patrimoine et à l’architecture carcérale. Il propose un ensemble de contributions organisé selon trois axes thématiques : la France métropolitaine, la France d’outre-mer et les exemples étrangers.

Source : Criminocorpus

Depuis la parution en 1975 de l’ouvrage Surveiller et Punir de Michel Foucault, l’architecture carcérale et son histoire ont été l’objet d’un investissement important de la part des historiens. La lecture du Panopticon de Jeremy Bentham et sa traduction conceptuelle par le philosophe (le « panoptisme ») a mis en lumière l’incidence de cette utopie architecturale dans la conception des établissements pénitentiaires aux XIXe et XXe siècles en France (mais également en Grande-Bretagne, aux États-Unis, etc.).

Depuis, l’architecture n’a cessé de susciter recherches et contributions. Citons notamment le colloque L’architecture carcérale, des mots et des murs organisé en 2010 à l’École nationale d’administration pénitentiaire, la parution récente de l’ouvrage Prisons. Patrimoine de France d’Étienne Madrange (Lexis Nexis 2013) ou encore la rubrique « Patrimoine carcéral » dirigée par Jean-Claude Vimont sur Criminocorpus.

En outre, les questions posées par la sauvegarde de ce patrimoine entraînent des débats sur l’opportunité de conserver ou non certains établissements pénitentiaires. L’émoi suscité par la fermeture des prisons Saint-Joseph et Saint-Paul à Lyon en est un témoignage. Plus récemment, des chercheurs ont également manifesté leur inquiétude quant au devenir de ce « patrimoine sombre » (Libération, 18.09.2014). Souvent dictées par la nécessité d’adapter un parc vétuste aux règles de droit en matière d’accueil des personnes détenues, ces fermetures posent aussi la question de la pression foncière exercée sur certains établissements, situés au cœur des centres urbains. Les débats sont donc vifs, et nombreux. Néanmoins, divers exemples de reconversion et de valorisation ont démontré tout à la fois l’intérêt porté par le public pour ce patrimoine et sa capacité à se renouveler au sein de la dynamique urbaine. L’ouverture de la maison d’arrêt de la Santé à Paris durant les Journées européennes du patrimoine 2014 a ainsi rencontré un large écho auprès du public. Avant qu’elle ne ferme ses portes pour une opération de réhabilitation/reconstruction, les visiteurs ont pu découvrir un espace de détention et prendre conscience de la réalité de l’incarcération.

Cette expérience qui tend à valoriser et à faire connaître le patrimoine carcéral s’est accompagnée, en 2014, de beaucoup d’autres : citons notamment le projet La disparition des lucioles organisé dans la prison Sainte-Anne à Avignon ou l’ouverture récente du Musée du bagne au sein du camp de la transportation de Saint-Laurent du Maroni. Longtemps laissé dans l’ombre, ce patrimoine est aujourd’hui au centre de nombreuses questions.

L’ensemble des contributions réunies dans ce dossier entendent y apporter chacune un élément de réponse. Ce dossier a bénéficié de l’apport d’historiens, de conservateurs, de directeurs de musées, de spécialistes, de doctorants, etc., qui ont analysé différents types de valorisation patrimoniale à travers des exemples issus d’aires géographiques variées. Néanmoins, le patrimoine carcéral est l’objet d’une actualité riche et de nouvelles réalisations sont toujours conduites à voir le jour : ce dossier n’est donc pas clos et reste ouvert à toute proposition de contribution.

Le concept de patrimoine carcéral a été défendu et promu par notre ami et collègue Jean-Claude Vimont, notamment à travers la constitution d’un blog conçu de manière collaborative par des étudiants en master patrimoine de l’Université de Rouen visible sur Criminocorpus.


La France métropolitaine

Les métamorphoses de Clairvaux

Auteur : Lydie Herbelot, agrégée de Lettres modernes, enseigne dans le secondaire à Troyes. Son intérêt pour la criminalité et ses corollaires l’a amenée à collaborer à un ouvrage publié en 2008 par Dominique Fey, Crimes et châtiments dans l’Aube (Éditions Dominique Guéniot). Tous deux se sont ensuite intéressés aux archives de la prison de Clairvaux et ont exposé en 2013 le résultat de leurs recherches dans un ouvrage intitulé Clairvaux, Vies emmurées au XIXe siècle (TheBookEdition). Ils poursuivent actuellement leurs investigations sur l’histoire de cette maison centrale pendant la Seconde Guerre mondiale.

Résumé : On sait qu’en France, un certain nombre de lieux d’enfermement monastique ont vu leurs portes se fermer à la Révolution, et se rouvrir quelques années plus tard pour accueillir de nouveaux types d’occupants, ceux-là beaucoup moins volontaires : Fontevraud, le Mont Saint-Michel, Loos constituent quelques-uns de ces exemples… Clairvaux également. Or, si la réorganisation de ces espaces à des fins carcérales n’a pas manqué de poser question, leur cession par l’administration pénitentiaire a interrogé tout autant, et continue d’ailleurs de le faire. Cet article s’efforce donc d’esquisser les grandes étapes de l’histoire de la maison centrale de Clairvaux qui, née d’une abbaye, est finalement devenue un formidable lieu de mémoire et de culture. Mais la patrimonialisation de ce bâti exceptionnel n’étant pas une mince affaire, il convient ici d’évoquer ses surprenantes – et successives – métamorphoses.

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Par-delà les murs : l’urbanité carcérale dans le Paris du XVIIIe siècle

Auteur : Sophie Abdela est doctorante à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université de Caen-Basse-Normandie. Ses recherches portent sur les prisons parisiennes du XVIIIe siècle. Elle s’intéresse plus particulièrement à la matérialité et à la présence physique des établissements carcéraux ainsi qu’aux relations qui se tissent entre les prisons, la capitale et les citadins.

Résumé : Cet article se penche sur la présence ou les présences des établissements carcéraux au cœur de la ville de Paris au XVIIIe siècle. Il tente d’explorer les liens qui ont pu s’établir entre les habitants de la capitale et les prisons qui tapissaient leur ville. Ainsi, par sa proximité physique et matérielle, par ses relations de véritable voisinage et par les échanges constants entre les geôles et la ville, la prison apparaît comme un objet fondamentalement urbain, inséparable de la Cité.

Musée Carnavalet, 1717

L’ancienne prison de Bourg-en-Bresse (Ain)

Auteur : Étienne Bertrand est historien de l’art et de l’architecture. Fondateur et directeur du cabinet Patrimoine Recherche Avenir, il réalise des études pour la mise en valeur du patrimoine basées sur la recherche historique, en s’appuyant notamment les  fonds d’archives. Dans ce cadre et pour des clients publics ou privés, il présente des études historiques et documentaires notamment préalables à restauration ou réhabilitation, des inventaires de collections (aux normes Musées de France ou Inventaire Général) ou des inventaires de patrimoine (nombreux inventaires de mobiliers de cathédrales notamment). Étienne Bertrand accompagne également des musées dans le cadre de démarches de développement (assistance pour la rédaction de Projets Scientifiques et Culturels, dossiers d’appellation « Musée de France…).

Résumé : L’ancienne prison de Bourg-en-Bresse a été édifiée en 1817 sur l’emplacement du palais des ducs de Savoie qui abritait la prison de la ville depuis 1601. Dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle, les archives témoignent de l’inadaptation du palais des ducs à cet usage et de sa vétusté. Plusieurs projets plus ou moins novateurs sont proposés entre 1800 et 1816. Lors de la réalisation du projet retenu, la démolition de l’ancien palais des ducs de Savoie met au jour des fondations remontant à l’Antiquité. En 2010, l’ancienne prison de Bourg-en-Bresse a fait l’objet d’une étude pour sa reconversion.

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Fontevraud, une histoire pénitentiaire aujourd’hui assumée

Auteur : Julien Bertreux est médiateur du patrimoine à l’Abbaye Royale de Fontevraud (Maine-et-Loire), mission qu’il occupe depuis près d’une dizaine d’années, à la suite d’un cursus en Histoire de l’Art et Archéologie (Universités de Nantes et Rennes 2). Assurant la médiation auprès des publics, il a également en charge les ressources documentaires et iconographiques de l’abbaye qui accompagnent les projets de médiation et d’expositions développés sur site ou en ligne.

Résumé : Classée patrimoine mondial par l’Unesco, en 2000, pour ses neuf siècles d’histoire et son riche patrimoine, l’abbaye royale de Fontevraud cache pourtant derrière ses murs un passé carcéral méconnu. Vendue comme bien national à la Révolution, elle est finalement reconvertie en maison centrale par Napoléon Ier, en 1804. Dix ans plus tard, elle accueille ses premiers détenus : des hommes, des femmes mais aussi des enfants, au statut pénal divers, droit commun ou politique. Rapidement, l’ancienne cité monastique se transforme en une véritable manufacture industrielle dans laquelle les détenus doivent s’amender par le travail. 1963 marque la fermeture de la centrale angevine. Faute de recul, les restaurations vont progressivement effacer cette page de l’histoire. Aujourd’hui, consciente des enjeux mémoriels, l’abbaye revisite son passé pénitentiaire dans le cadre d’un espace muséographique dédié, valorisé par les outils numériques actuels.

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La maison centrale de Fontevraud, un patrimoine !

Auteurs : Clémentine Mathurin est conservatrice du patrimoine, conservatrice des monuments historiques à la DRAC des Pays de la Loire en charge du département de Maine-et-Loire et notamment de l’abbaye de Fontevraud depuis juillet 2013. Florian Stalder est agrégé d’histoire, conservateur du patrimoine et chercheur à l’Inventaire général au Service du patrimoine de la Région des Pays de la Loire. Publication sur le patrimoine alentour : Fontevraud-l’Abbaye et Montsoreau, un regard sur le Saumurois, coll. Images du patrimoine, n°283, Nantes, Éditions 303, 2013.

Résumé : La fermeture, en 1963, de la Maison centrale de Fontevraud fut suivie de la destruction de la plupart des bâtiments élevés pendant les 150 ans d’occupation du site par l’administration pénitentiaire. L’objectif était alors de retrouver le profil de l’ancienne Abbaye royale. Depuis les années 1980 a peu à peu émergé, malgré ce parti pris, un intérêt pour le passé carcéral de l’abbaye, qui aboutit à une récente patrimonialisation des traces conservées, renforcée par deux démarches conduites par la DRAC des Pays de la Loire et la Région des Pays de la Loire :– l’inscription au titre des monuments historiques des objets de la période pénitentiaire encore conservés sur place. Par son approche d’ensemble, cette procédure confère un statut éminemment patrimonial à cette collection qui permet de restituer le fonctionnement de la prison, la vie quotidienne et le travail des gardiens et des détenus, voire leur intimité ;– la constitution d’un recueil audiovisuel de « mémoires de la Centrale » qui donne la parole à d’anciens surveillants ou détenus, à leurs familles, à des habitants du village et à divers acteurs. Tous éclairent de leur angle de vue ce que furent les dernières décennies de la maison de détention, vue de l’intérieur et de l’extérieur, mais aussi le devenir du site après sa fermeture.

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Musée du château de Mayenne. La valorisation d’un site à l’histoire entremêlée

Auteur : Stéphanie Pruvot est responsable du service des publics et adjointe au directeur du musée du château de Mayenne. Elle coordonne la programmation culturelle et les actions mise en place pour les publics et participe au montage des expositions temporaires et à la recherche sur les collections.

Résumé : Situé stratégiquement et dominant fièrement la rivière, le château de Mayenne a traversé plus de mille ans d’histoire. Un passé mouvementé qui se lit aujourd’hui dans les pierres et l’architecture miraculeusement préservées de ce monument unique, qui fut un bâtiment civil carolingien, un château fort, un lieu de garnison, une prison et un musée. De la découverte des arcades carolingiennes en 1993 à l’ouverture du musée en 2008, cet article retrace l’évolution historique et architecturale complexe du château, ses différentes fonctions successives en développant la période la plus longue et la plus sombre de son histoire, celle qui lui donnera sa physionomie actuelle, la période carcérale.

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L’espace Pierre Cannat dédié à la mémoire pénitentiaire à l’École nationale d’administration pénitentiaire (Enap – Agen)

Auteur : Jack Garçon est chargé d’études documentaires principal, responsable du Centre de ressources sur l’histoire des crimes et des peines (Médiathèque Gabriel Tarde) à l’Enap.

Résumé : Le Centre de ressources sur l’histoire des crimes et des peines (Agen-France) assure la conservation et la valorisation de toutes les ressources françaises ou étrangères liées à l’histoire de l’exécution des peines. La fermeture progressive puis définitive du Musée national des prisons à Fontainebleau en juillet 2013 a conduit, en accord avec la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP), au transfert à l’École nationale d’administration pénitentiaire (Enap) de près de 800 objets de toutes tailles et origines. Simultanément, une réflexion démarrée en 2012 a débouché sur un projet de création d’un espace pédagogique dédié à la mémoire pénitentiaire qui a vu le jour en octobre 2014. Axé principalement sur les métiers, les pratiques professionnelles et la réalité carcérale, ce lieu d’exposition, baptisé depuis Pierre Cannat, est devenu un espace du temps présent dont le but est de briser certains clichés, stéréotypes ou caricatures que les élèves peuvent, en particulier, avoir en tête en arrivant en formation à l’Enap. À travers cinq thèmes (personnel, vie en détention, travail pénal, sécurité, architecture anthropométrie), il s’agit de s’approprier, à travers des objets du quotidien, des effets et des documents originaux, les changements et de découvrir des aspects de la vie carcérale du passé méconnus ou ignorés.

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La France d’Outre-mer

Saint-Laurent-du-Maroni, De la préservation d’une mémoire à sa mise en valeur

Auteurs : Marie Bourdeau et Michel Pierre sont les commissaires de l’exposition permanente du Centre de l’interprétation de l’architecture et du patrimoine de Saint-Laurent-du-Maroni.

Résumé : Le camp de la transportation à Saint-Laurent-du-Maroni demeure le témoignage architectural le plus important de l’histoire des bagnes coloniaux. Cette longue mémoire est aujourd’hui restituée par un Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (CIAP). Le siècle d’histoire des bagnes de Guyane y est présenté, expliqué, commenté dans une exposition permanente. Ce parcours est prolongé par un récit d’aujourd’hui qui conte et raconte la population actuelle de Saint-Laurent avec la richesse de ses origines et l’infinie variété de ses cultures. Ce travail de mémoire s’insère dans un ensemble d’initiatives touchant tout aussi bien au spectacle vivant qu’aux expositions temporaires, au théâtre qu’à la musique, à la préservation d’archives qu’aux créations contemporaines.

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L’histoire du patrimoine lié au bagne en Nouvelle-Calédonie, du non-dit à l’affirmation identitaire

Auteur : Blandine Petit-Quencez est chargée des musées et du patrimoine à la direction de la culture de la province Sud de Nouvelle-Calédonie depuis 2011. À ce titre, elle a piloté la rénovation de l’exposition permanente du centre d’interprétation du patrimoine militaire et pénitentiaire du Fort de Téremba avec l’association Marguerite, elle pilote également le projet du musée du bagne en partenariat avec l’association Témoignage d’un passé et a développé divers projets de valorisation du patrimoine pénitentiaire de l’île : itinéraire du bagne, opération culturelle « Si le bagne m’était conté », etc. Par ailleurs, elle a collaboré à l’ouverture du musée de la Seconde Guerre mondiale en Nouvelle-Calédonie en 2013 et à la réouverture du musée de la mine de Thio en 2015.

Cet article a été écrit avec la collaboration de Louis-José Barbançon, Yves Mermoud, Emmanuelle Eriale et Manuel Cormier.

Résumé : Dès les années 1910, alors que la Nouvelle-Calédonie est peu à peu désaffectée de son rôle de colonie pénitentiaire, population et décideurs de l’île cherchent à effacer et à oublier ce passé difficile. Il faut attendre les années 1970 pour voir les premières actions de valorisation de cette période historique, centrées principalement autour de la déportation. Puis au cours des décennies de 1980 à 2005, la montée des revendications identitaires des communautés calédoniennes favorise l’émergence d’associations et de projets autour de la sauvegarde du patrimoine du bagne. Enfin à partir de 2006, un nouvel élan est donné avec l’implication forte des institutions publiques pour conserver, restaurer et valoriser le patrimoine pénitentiaire.

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Exemples étrangers

Le patrimoine carcéral de la Suisse : son émergence et ses formes

Auteur : Daniel Fink a dirigé la section Criminalité et droit pénal à l’Office fédéral de la statistique de 1996 à 2010. Auparavant, il a été délégué du Comité international de la Croix-Rouge. Depuis 2011, il est chargé de cours à l’Université de Lausanne en statistique de la criminalité et, depuis 2014, également à l’Université de Lucerne en statistique de la criminalité et politique criminelle.

Ses recherches de type historique portent sur la connaissance statistique du crime, de la justice et de la prison en Suisse. Ses publications concernent aussi l’histoire des prisons, du droit pénal et la criminologie. Son dernier ouvrage, publié en langue allemande, porte sur l’histoire du droit pénal, les manières de sanctionner et la prison en Suisse (Strafrecht, Freiheitsentzug, Gefängnis, Berne, 2015). Ses deux prochains livres, publiés en partie en allemand, en partie en français, sont intitulés : Le compte du crime, Études d’histoire des statistiques de la criminalité et du droit pénal en Suisse, Berne 2016 et Évaluations, politique criminelle et réformes du droit pénal, Berne, 2016.

Daniel Fink est membre du comité du Groupe suisse de criminologie et président de la section Statistique publique de la Société suisse de statistique.

Résumé : Selon l’inventaire des établissements de privation de liberté réalisé par l’auteur de cet article et publié par l’Office fédéral de la statistique en 2007, on peut estimer à environ 400 les lieux de détention créés entre le moment de l’instauration de la République helvétique de 1799 et aujourd’hui, une centaine étant en 2015 encore en fonction. Nombre de ces prisons furent aménagées dans des châteaux, des forteresses, des couvents, des portes de guet et des tours d’enceinte des villes, des greniers et des hôpitaux. À partir de 1806 furent construits les premières prisons préventives et les premiers établissements d’exécution des peines. Si un petit nombre de ces établissements a été détruit pour raison de cohérence du tissu urbain, une majorité ont été conservés et transformés en lieux d’exposition, en musées, en centres culturels, en bibliothèques ou en hôtels, en sauvegardant, voire en protégeant, quoique très inégalement, les traces de leur existence comme prison.Mon propos est de décrire et d’analyser le paysage carcéral suisse sur le plan tant du nombre et du cycle de vie des lieux de détention que du type de bâtiments utilisés, la partie principale de la contribution étant consacrée à l’histoire de la conservation des lieux de détention et à leur reconversion pour de multiples usages. Cette histoire commence au début du XXe siècle, sans vision patrimoniale du carcéral, mais en conduisant à la sauvegarde de la majorité des anciennes prisons suisses.

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Histoire comparative des prisons de Champ-Dollon et du Bois-Mermet

Auteur : Christophe Vuilleumier est historien. Il est président de la Société d’Histoire de la Suisse Romande. Il a publié notamment :

La Suisse face à la guerre de 1914-1918, Actes du colloque de Penthes, 10-12 septembre 2014 « La Suisse face à la guerre de 1914-1918 », Société d’Histoire de la Suisse Romande – Slatkine – Fondation pour l’histoire des Suisses de l’étranger, Genève, 2015.

La Suisse face à l’espionnage, 1914 – 1918, Genève, Slatkine, 2015.

Ombres et lumières du Bois-Mermet, Histoire d’une prison lausannoise (1905-2015), Gollion, Infolio, 2014.

La prison de Champ-Dollon, 1977-2007, 30 ans d’histoire, IES, Genève, 2007.

Résumé : L’observation des deux établissements de détention préventive helvétiques, soit la prison du Bois-Mermet dans le canton de Vaud, et la prison de Champ-Dollon dans le canton de Genève, permet de mettre en lumière des principes similaires qui ont prévalu à la construction de ces institutions malgré leurs septante ans d’écart, mais également de très nettes divergences et des problèmes spécifiques. La surpopulation, chronique dans les deux exemples retenus, fait se poser à présent la question d’une élaboration architecturale carcérale devant respecter un plan financier raisonnablement admissible par le milieu politique. Un problème d’autant plus grand que les statuts de détention se sont multipliés au cours du dernier siècle nécessitant des mesures et des encadrements distincts.

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Le Pénitencier, centre d’expositions des Musées cantonaux du Valais à Sion (Suisse) : du bâtiment par défaut au bâtiment assumé

Auteur : Patrick Elsig est historien des monuments et directeur du Musée d’histoire du Valais.

Résumé : L’ancien complexe pénitentiaire situé dans la vieille ville de Sion accueille en alternance les expositions temporaires des trois Musées cantonaux du Valais (art, histoire et nature) depuis l’année 2000. Les deux bâtiments carcéraux – l’un de la fin du XVIIIe siècle, l’autre du début du XXe siècle – ont logé des détenus de 1803 à 1998. Enclos dans une enceinte unique, ils composent le centre d’expositions appelé Le Pénitencier.L’article résume l’histoire et l’architecture de ces bâtiments, avant d’évoquer les circonstances et les enjeux de leur réaffectation comme centre d’expositions des Musées cantonaux du Valais. Il conclut sur les options souhaitées d’une rénovation complète à venir.

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