Jihad : les nouvelles lignes de fronts

Culturesmonde – Djihad: Les nouvelles lignes de fronts (France Culture)

Talibans : l’éternel retour

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Malgré les déclarations de Barack Obama, les terroristes d’Afghanistan continuent de semer la mort. Quant à la « coopération internationale », évoquée par Ashraf Ghani en juillet dernier, elle n’est toujours pas en capacité d’organiser des discussions permettant de ramener la paix.

Ces derniers mois, les attentats se sont multipliés en Afghanistan et Pakistan: Vendredi dernier, un kamikaze a déclenché une charge explosive devant une mosquée dans une zone du nord-ouest du Pakistan, tuant 36 personnes. En Afghanistan, à Kaboul, ce sont plus de 40 personnes qui sont mortes dans une série d’attentats dans la nuit du 5 au 6 septembre.

Fin juillet, un attentat revendiqué par Daech fauchait 80 personnes dans la capitale à l’occasion d’une manifestation pacifique de la minorité afghane, l’un des attentats les plus meurtriers depuis la chute du régime taliban en 2001.

Outre les attentats, les djihadistes parviennent également à conquérir des territoires: autour de Tarin Kot, chef-lieu de la province d’Uruzgan, au sud, mais aussi dans le Helmand, autour de Lashkar Gah. Au printemps dernier, les insurgés avaient lancé une opération contre Kunduz, cette ville qu’ils avaient déjà conquise temporairement en septembre 2015 avant de la perdre suite à la contre-offensive de l’armée afghane soutenue par les forces spéciales de l’OTAN et les frappes aériennes.

Depuis le départ de l’essentiel des forces occidentales, les forces afghanes peinent à contenir les assauts des talibans dont le retour semble de plus en plus inéluctable; d’autant que les autorités doivent également faire face à l’essor de Daech.

Face au spectre d’un retour des talibans, Ashraf Ghani, le président, avait déjà tenté un rapprochement avec son frère ennemi, le Pakistan, sans parvenir à mettre en place un processus de négociation susceptible de ramener la paix. Côté Pakistanais, le Premier Ministre Nawaz Sharif a mis en place un plan d’action national affichant l’ambition d’éradiquer les groupes religieux violents impliqués dans le pays. Mais pour quel résultat ? Et Islamabad a-t-il réellement le désir – mais aussi les moyens militaires et politiques – de mener cette guerre contre les talibans ?

Par ailleurs, qui sont les talibans ? S’agit-il d’un mouvement parfaitement uni et cohérent ? Ou, au contraire, est-il composé de courants diverses, avec des agendas divergents ? Et comment l’essor de l’Etat Islamique a-t-il bouleversé ces équilibres ? Peut-on encore croire en la paix ? d’ailleurs où en sont les négociations ?

Une émission préparée par Samuel Bernard

Intervenants

  • Georges Lefeuvre : anthropologue spécialiste de l’Afghanistan et du Pakistan, ancien diplomate, consultant directeur de « Af-Pak Reserach »
  • Jérémie Codron : historien, politologue, enseignant à l’INALCO de Paris, spécialiste du Bangladesh

Boko Haram : l’hydre à deux têtes

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Depuis le début de l’insurrection lancée en 2009, le groupe djihadiste a fait plus de 30.000 morts, des milliers de personnes enlevées, sans parler des centaines de milliers de réfugiés certains chiffres évoquent plus de 2,5 millions de déplacés sur l’ensemble de la région du lac Tchad – près de 200.000 personnes juste pour la région de l’extrême Nord du Cameroun où se sont rassemblées des populations redoutant les exactions de la secte islamiste, qui a officiellement rallié le groupe de l’Etat Islamique en mai 2015.

Ajoutons à ce drame les quelques 6.7 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire extrême en raison de l’insécurité latente ; on perçoit la catastrophe humanitaire face à laquelle les Etats de la région se trouvent le Nigeria en tête et qu’ils ont bien du mal à juguler. Pourtant, depuis quelques mois, la coopération militaire régionale semble marquer des points, parvenant à repousser les djihadistes dans la forêt de Sambisa au Nord-Est du pays.

Pour autant : peut-on croire en l’éradication de Boko Haram ? Et d’ailleurs, quels sont les facteurs qui ont permis son émergence ? De quoi sont faits les discours de ses deux leaders historiques – son fondateur Mohammed Yusuf et son successeur Abubakar Shekau? Et pourquoi, l’été dernier, un nouvel homme a été propulsé à la tête du groupe sur ordre de Daech ? Que révèle cette nomination des dissensions internes à l’organisation?

Une émission préparée par Clémence Allezard.

Intervenants

  • Yvan Guichaoua : spécialiste du Sahel et des questions de sécurité, chercher et maître de conférences à la Brussels School of International Studies
  • Elodie Apard : directrice scientifique à l’Institut français en Afrique (IFRA) à Ibadan

Libye : la fourmilière djihadiste

Carte Libye

Après deux semaines d’accalmie, les combats ont repris dimanche à Syrte, en Libye : les forces gouvernementales essayent toujours de reprendre cette place forte aux derniers djihadistes de l’EI, désormais retranchés dans deux petits quartiers de la ville.

Quatre mois après le début de l’offensive, cet ancien bastion kadhafiste (la ville natale du colonel Mouammar Kadhafi), situé à 450 km à l’est de Tripoli, continue de résister dans de violents combats de rue…

La bataille contre les djihadistes s’est également jouée cet été à Benghazi, en Cyrénaïque : cette fois ce sont les forces du général Haftar, le chef militaire du Parlement de Tobrouk, à l’est, qui ont repris la quasi-totalité de la ville aux différentes factions « terroristes » (c’est sous ce terme générique que l’ancien général de 73 ans désigne la plupart de ses adversaires). Une façon pour lui d’apparaître comme le champion de l’anti-terrorisme, le sauveur aux yeux de la communauté internationale. Cet allié du régime égyptien espère en effet jouer un rôle central dans les futures négociations de paix en Libye, alors que le gouvernement d’union nationale de Faiez Sarraj, soutenu par l’ONU, semble avoir perdu sa légitimité.

Alors, qui tirera les bénéfices de ces multiples victoires militaires sur les groupes djihadistes ? De quoi – et par qui – sera fait le futur de la Libye ? Et que va-t-il advenir de ces centaines de combattants libyens, marocains, tunisiens qui ont rejoint les rangs de l’Etat islamique en Libye ? Le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian a parlé d’un « risque d’éparpillement » des djihadistes en Tunisie et en Egypte. Comment la coopération régionale peut-elle permettre de faire face à cette menace ?

Une émission préparée par Tiphaine de Rocquigny.

Intervenants

  • Selma Belaala : chercheuse à l’université de Warwick au Royaume-Uni
  • Mohammed Tozi : Politologue, professeur d’Université et écrivain marocain

Al Qaïda : le retour

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Grâce à la « stratégie de décapitation » des Etats-Unis, Al Qaïda a vu un certain nombre de ses responsables disparaître. Après la mort de son chef charismatique et cofondateur, Oussama Ben Laden, tué en 2011 au Pakistan par un commando de la CIA à Abbottabad, d’autres sont tombés sous les bombes de drones américains. L’année suivante par exemple, toujours au Pakistan, le numéro deux, Abou Yahia Al-Libi, était tué en juin 2012 dans le Nord-Waziristan, la zone tribale frontalière de l’Afghanistan. Plus récemment, en début d’année, c’est Jalal Belaïdi, le responsable d’Al Qaïda au Yémen qui perdait la vie dans une frappe américaine, son prédécesseur, Nasser Al-Wahishi , avait péri dans un bombardement l’année précédente.

Au-delà de ces pertes du côté d’Al Qaïda, c’est surtout l’émergence d’une nouvelle entité djihadiste mondiale, ancienne « franchise » qui s’est émancipée, éclipsant la « maison-mère ». En effet, l’avènement de Daech et la création d’un proto-état par l’autoproclamé calife Abou Bakr Al-Baghdadi à cheval sur l’Irak et la Syrie lui a permis d’attirer dans ses rangs de nouveaux combattants.

Al Qaïda « ringardisé » par l’arrivée de Daech ? « La base » imaginée par Ben Laden et son maitre, le cheikh Abdullah Yusuf Azzam – dit « l’imam du djihad », le père du mouvement djihadiste mondial – serait-elle entrain de trembler sous le poids de Daech ? Pas si sûr lorsque l’on regarde les choses de près: en réalité, Al Qaïda n’a jamais vraiment disparu ! Et peut-être même que, finalement, son avenir serait peut-être plus assuré que celui de l’EI. En effet, avec une branche réputée la plus redoutable au Yémen et des ramifications très actives au Maghreb – et même en Syrie où il n’aurait pas complètement disparu – mais aussi avec une certaine influence chez les shebabs de Somalie ou encore les talibans d’Afghanistan.

Le phénix renaît-il de ses cendres ? Avait-t-il jamais disparu ? Que nous disent les projets religieux et politiques respectifs de Daech et d’AQ quant à leur capacité à se maintenir dans le temps ? Si la mort de Ben Laden et l’apparition de Daech avaient acté du déclin d’AQ ; sur le terrain il semble pourtant bien résister, voire même, progresser et s’étendre sans même que l’on s’en rende compte !

Une émission préparée par Clémence Allezard.

Intervenants

  • Adam Baczko : chercheur à l’EHESS, ses recherches portent sur l’exercice de la justice dans les mouvements armés, notamment en Syrie et en Afghanistan.
  • François Burgat : politologue, directeur de recherches au CNRS (Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman / IREMAM – Aix en Provence)
  • Laurent Bonnefoy : Politologue et arabisant spécialiste des mouvements salafistes de la péninsule arabique. Chargé de recherche au CNRS, au CERI et au centre français d’archéologie et de sciences sociales de Sanaa (CEFAS).
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