Histoire mondiale de la guerre économique

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Histoire mondiale de la guerre économique – Ali LAÏDI (Perrin)

La guerre économique est une vieille histoire. Elle est à l’économie ce que la science de la guerre est à la politique : un affrontement pour capter les ressources.

Dès la préhistoire, les hommes s’affrontent pour conquérir les meilleurs territoires de chasse et de cueillette, tandis que Phéniciens, Egyptiens, Romains et Chinois de l’Antiquité sécurisent leurs routes commerciales pour éliminer la concurrence. Au Moyen Age, les marchands allemands regroupés au sein de la Hanse mènent des guerres, déclenchent des blocus économiques, le tout au nom de la défense de leurs intérêts commerciaux.

Avec les grandes découvertes, les Etats prennent les rênes : Portugais, Espagnols, Hollandais, Anglais et Français se livrent de terribles batailles pour s’emparer des épices des nouveaux mondes.

Lors du premier conflit mondial, détruire le potentiel commercial de l’adversaire est un des buts de guerre affichés, tandis qu’aujourd’hui les multinationales affrontent l’hyperconcurrence avec leurs propres armes, lesquelles n’ont souvent rien à envier à celles des services de renseignements et de sécurité des Etats.

Cette première synthèse sur la guerre économique démontre l’enracinement des conflits de ce type dans l’histoire. On comprend, à sa lecture, pourquoi le mythe libéral du « doux commerce » a toujours nié cette évidence : la politique n’a pas le monopole de la violence. Elle le partage avec l’économie.

Chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), docteur en science politique, Ali Laïdi est l’auteur de nombreux ouvrages de référence dans ce domaine : Les Secrets de la guerre économique ; Les Etats en guerre économique (Prix Turgot IES 2010) ou Aux sources de la guerre économique. Il anime également une chronique à France 24 sur l’intelligence économique.


Qu’est-ce que la guerre économique ? (Stratpol)


Hier, aujourd’hui, demain – Octobre 2016 (France 2)

1″35’45 : Frédéric Taddeï reçoit Ali Laïdi, chercheur a l’Institut des relations internationales et stratégiques

Voir également :  Europe 1 social club – 03/10/16


Puissance et influence dans la guerre économique : le décryptage d’Ali Laidi ( Communication & Influence)

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Géopolitique et guerre économique (CLES)

Jean-François Fiorina s’entretient avec Ali Laïdi – [PDF]

Journaliste, chroniqueur sur l’intelligence économique à France 24, docteur en science politique et chercheur à l’IRIS, Ali Laïdi s’est imposé au fil des ans comme l’un des meilleurs spécialistes français de la guerre économique. Sa toute récente Histoire de la guerre mondiale économique (Perrin, septembre 2016) montre que celle-ci est aussi vieille que l’humanité.

Mais aujourd’hui, curieusement, les Européens se refusent à admettre la cruelle réalité de la guerre économique et ses intimes relations avec la géopolitique.

Pourquoi ? Comment y remédier ? Pour quels enjeux ? A l’heure où la standardisation des produits à l’échelle mondiale entraine celle des comportements et met en péril la diversité des sociétés humaines, Ali Laïdi tire le signal d’alarme.

Quand on parle de guerre économique, on pense d’emblée aux batailles entre grands groupes mondiaux ou aux négociations entre Etats. Mais l’on n’imagine pas qu’elle ait en fait existé de tout temps, comme vous le démontrez. Selon vous, la guerre économique est quasiment consubstantielle aux sociétés humaines…

C’est exact. Je dirai que des guerres préhistoriques à la surveillance économique de masse mise en oeuvre par la NSA, on assiste au développement du même processus. Si les choses ont bien sûr évolué dans la forme, sur le fond les problématiques demeurent identiques. Aussi loin que l’on remonte dans le temps, on s’aperçoit que les sociétés cherchent à préserver ou accroître leur puissance via la maîtrise des richesses.

Dans l’antiquité, les Phéniciens usaient de leur religion pour sceller des accords commerciaux avec leurs affidés, qu’ils avaient auparavant convertis pour imposer leurs codes (leurs normes dirait-on aujourd’hui…) et donc asseoir leur autorité. A l’autre bout du monde, les Chinois protégeaient farouchement le secret de la fabrication de la soie, laquelle était non seulement un enjeu économique mais également un enjeu de puissance, puisqu’elle pouvait être utilisée comme une monnaie au même titre que l’or ou l’argent.

On comprend mieux dans ces conditions que la violation du secret de fabrication de la soie au profit d’un étranger ait été puni de mort ! Ces deux exemples pris parmi une multitude d’autres que je cite dans mon livre, prouvent qu’aussi loin que l’on remonte à travers le temps, le commerce n’a jamais garanti la paix.

Quelle définition donnez-vous de la guerre économique ? 

A mes yeux, la guerre économique est l’utilisation des moyens déloyaux et illégaux dans la conquête ou la préservation des marchés, en temps de paix comme en temps de guerre. Mais je note qu’il n’existe pas de définition de ce concept d’un point de vue académique, ce qui est révélateur de la frilosité du monde universitaire français sur le sujet ! Or cette guerre économique peut prendre mille visages.

Elle oppose des Etats entre eux, des Etats et des entreprises, voire des Etats et des individus, comme c’est le cas aux Etats-Unis quand les frères Koch entendent empêcher le président américain d’adopter telle ou telle décision. Les ONG sont bien sûr de la partie, avec un poids considérable parfois, comme on le voit avec Greenpeace.

Il ne s’agit pas pour autant de sombrer dans la paranoïa. Bien sûr, la grande majorité des relations économiques se déroule sur un mode loyal. Mais si l’on veut comprendre réellement les forces et les nouvelles lignes de césure géopolitiques qui apparaissent au sein du monde contemporain, il est indispensable d’ouvrir les yeux sur la réalité de cette guerre économique qui fait rage.

Bref, s’ils veulent survivre, les Européens doivent cesser de faire preuve d’angélisme et au contraire, se montrer lucides et pragmatiques. D’autant que pour bien comprendre à quel point nos concurrents ou adversaires sont sans scrupules, nous devons nous souvenir que par le passé, au XIXe siècle par exemple, les Européens ont été des guerriers économiques féroces et eux aussi sans scrupules. Que l’on se remémore par exemple la manière dont les Britanniques ont conduit en Chine la guerre de l’opium pour ouvrir de nouveaux marchés…

Comment voulez-vous que les émergents d’aujourd’hui n’utilisent pas des méthodes dont nous-mêmes avons usé et abusé durant 500 ans !

Comment en êtes-vous arrivé à la guerre économique ?

J’ai d’abord commencé par m’intéresser au terrorisme, dès 1991, avec l’arrêt du processus électoral en Algérie. Je rappelle que la définition du terrorisme, c’est l’utilisation de moyens violents à des fins politiques. Aussi, depuis l’origine, la question me taraudait de savoir pourquoi des jeunes se lançaient ainsi de manière désespérée dans la voie du terrorisme islamique.

Or, en échangeant avec des membres des services de renseignement occidentaux au mitan des années 1990, j’entends parler pour la première fois d’intelligence économique, de défense des entreprises, etc.

Dès lors, en croisant la grille d’analyse de l’intelligence économique avec l’équation terroriste que je n’avais pas résolue, je m’aperçois que le choc des puissances (relevant donc prioritairement de l’aire de la guerre économique) est plus pertinent pour comprendre le monde en évolution que le concept de guerre des civilisations prôné alors par Samuel Huntington – même si aujourd’hui je reste assez pessimiste et crains que les deux ne se conjuguent pour former une redoutable menace.

De fait, la bipolarisation du monde s’étant éteinte avec la fin de l’Union soviétique, on assiste alors à un retour de l’affrontement des puissances, générant des contestations de tout type, depuis les altermondialistes jusqu’au terrorisme islamique. Ces contestations se font d’autant plus fortes qu’en face, l’ultralibéralisme triomphant tend à uniformiser tous les modèles à l’échelle planétaire. La normalisation des produits aboutit en fait à une standardisation des civilisations, des moeurs, des habitudes, des faits culturels…

C’est alors qu’une frange de ce monde musulman, qui n’a rien gagné à la fin de la Guerre froide – ni développement économique, ni démocratisation – donc globalement se trouve exclu de l’émergence du nouveau modèle ultralibéral au niveau mondial, se réfugie dans ce qui lui paraît éternel, immuable, à savoir le Coran et donc la religion. On perçoit là directement le lien qui unit l’affrontement des puissances dans la guerre économique et le terreau qui nourrit le terrorisme. C’est ce constat qui a présidé à la naissance de mon Histoire mondiale de la guerre économique.

Les pays réagissent diversement aux défis posés par la guerre économique. Est-ce dû – entre autres choses – à des approches socioculturelles différentes ?

Sans doute. Regardez comment le Japon a su tirer les enseignements de sa défaite en 1945 et s’adapter très vite à la guerre économique. Les Japonais ont compris qu’ils pouvaient repartir sur de nouvelles bases pour reconstruire leur grandeur et leur puissance, tout en gardant leur détermination et leurs codes culturels.

Entre 1945 et 1990, leur système d’intelligence économique, à la fois puissant et discret, était fondé sur le partage de l’information. Autant dire une culture étrangère à nous autres latins ! Chez les Anglo-saxons, on ne théorise pas certes, mais on met en pratique les leçons tirées des expériences passées.

En France, nous n’avons malheureusement pas cette dimension pragmatique. Mais ne battons pas notre coulpe outre mesure. Car nous sommes sans doute le pays d’Europe qui a pris en compte la question de l’intelligence économique au plus tôt dans sa globalité.

A ce titre, nous sommes une référence pour de nombreux pays européens, y compris la Suisse, même s’il est vrai que nous avons structuré l’intelligence économique sur un mode trop intellectuel et que nous n’avons pas su lui donner sa juste place dans l’appareil politique et administratif français.

Alors que dans de nombreux autres pays, cette question est prise très au sérieux. Pour preuve, à la différence de la France, les hauts responsables à l’intelligence économique dans nombre de pays étrangers – Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne, Japon… – sont en connexion directe avec les plus hautes autorités du pays.

A quoi imputez-vous ce désintérêt de nos hautes sphères politiques et administratives pour cette question de guerre économique ? 

En France, tout ce qui est vu comme relevant du conflit est perçu comme sale et ne méritant pas d’être étudié. C’est curieux mais c’est ainsi. On observe malheureusement de la part des élites françaises et européennes un véritable déni de réalité, dont on peut essentiellement attribuer la cause à des blocages d’ordre idéologique et intellectuel.

De plus, en dépit du fait que l’ADN du capitalisme réside en la notion même de compétition, les économistes médiatiques n’abordent jamais la question du conflit. Ils préfèrent parler de croissance, de réduction des déficits, du chômage, des indices, etc. mais jamais de la guerre économique.

Il y a sans doute des causes réelles à ce déni de réalité. Le refus d’aborder la notion de conflit puise sans doute ses racines dans le rejet conscient ou inconscient des deux guerres mondiales qui ont ravagé le continent européen au XXe siècle, ainsi que dans les guerres de décolonisation qui ont fait culpabiliser ce même continent.

Nous autres Européens avons ainsi du mal à repenser la puissance, ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine et d’autres émergents. Nous sommes tout à la fois obsédés par la paix et globalement incapables de repenser la grandeur de l’Europe en termes de puissance. Non contents de rechigner à penser leur sécurité en termes militaires, les Européens se refusent à admettre qu’une guerre économique fait rage à l’échelle mondiale.

Bien sûr, certains grands patrons, confrontés à ces réalités, ont conscience de la gravité de la situation, mais en général ils n’osent pas en parler publiquement. D’abord parce que avouer que l’on est perdant dans un affrontement n’est pas bien vu. Mais surtout, il n’y a aucune réaction des élites universitaires qui voient là un tabou. D’une part parce qu’elles ne connaissent pas la réalité de cette guerre, d’autre part parce qu’elles restent figées dans l’idéal du « doux commerce » hérité du siècle des Lumières.

Or, cette « face noire » de la mondialisation est constituée d’acteurs économiques et politiques qui ne respectent en rien les règles de la concurrence pure et parfaite, qui ont des pratiques déloyales et illégales de manière parfaitement consciente. Y compris en ayant recours aux mafias et aux homicides – voir les morts qui jalonnent les rétrocommissions dans les contrats d’armement… Mais ce constat dramatique, nos élites en occultent l’existence, en dépit du fait que cette guerre économique se fasse chaque jour plus présente depuis la chute du Mur de Berlin.

Passant d’un monde bipolaire à un monde multipolaire, la multiplicité des acteurs et le raccourcissement des distances ont excité les appétits des uns et des autres et multiplié les occasions d’affrontements, d’autant plus facilement que la dérégulation des échanges s’étendait à vitesse grand V sur l’intégralité du globe.

Les affrontements sont pluridirectionnels, ils n’opposent plus seulement le nord au sud, mais aussi les Etats du sud entre eux. La croissance exponentielle et concomitante des technologies numériques à l’échelle planétaire a, là encore, bien évidemment exacerbé ces tensions.

On l’a vu, l’Europe et la France semblent déconnectées des réalités de la guerre économique. Dès lors, comment se positionner au regard des Etats-Unis ?

Il est clair que les Etats-Unis voient aujourd’hui l’Europe – et non la Chine comme on pourrait le croire – comme le principal concurrent. La sophistication technologique de l’Europe fait plus peur aux Etats-Unis que la massification de l’économie chinoise. Ne nous y trompons pas : les Etats-Unis ne veulent pas d’une Europe autonome, susceptible de pouvoir contester leur leadership, prioritairement économique. Ils veulent la garder dans leur giron, bien docile.

Les Etats-Unis ont compris que leur vocation impériale n’était plus de mise, l’empire se révélant trop lourd à porter. Ils ne cherchent pas non plus l’hégémonie. Ils veulent le leadership et entendent le conserver, surtout face à l’Europe, laquelle, unie, pourrait les menacer.

La guerre économique contemporaine se livre donc avant tout dans un rapport nord-nord. L’actuelle négociation sur le TAFTA/TTIP – traité de libre-échange transatlantique – en est la preuve éclatante. Si l’on y regarde de près, ce traité de nouvelle génération porte surtout sur la question des normes. Or, qui impose ses normes impose son leadership.

Quelle est pour vous la menace majeure que véhicule cette guerre économique mondiale ?

Au-delà des aspects strictement techniques et économiques, je crois qu’il faut prendre un peu de hauteur pour saisir la nature des vrais enjeux.

Soyons lucides : si nous ne parvenons pas à maîtriser l’explosion tous azimuts à travers le monde de cet ultralibéralisme qui impose de fait une standardisation non seulement des produits mais aussi des esprits et des comportements, alors le risque n’est pas négligeable que nous nous acheminions insidieusement vers un totalitarisme à l’échelle planétaire.

Or, je crois aux vertus de la diversité. Il me semble nécessaire pour le bon équilibre des sociétés humaines que des modèles différents puissent coexister. Même si l’un domine, sa puissance ne doit pas le conduire à étouffer les autres. Comme je le dis souvent, la force tranquille, c’est d’abord la force qui respecte les autres.

En ce sens, j’espère que ce livre sur l’Histoire mondiale de la guerre économique conduira à une prise de conscience de nos contemporains. Car ne nous y trompons pas, la guerre économique qui fait rage sur notre globe génère des turbulences qui, à terme, peuvent menacer l’existence même des sociétés humaines.

En réalité, la guerre économique n’est pas une guerre pour l’économie. Elle est un conflit politique mené sur le terrain économique. Pour parler crûment, l’objectif d’une guerre économique est en réalité toujours politique et vise la conquête ou la préservation de la puissance. On voit donc bien le lien qui unit guerre économique et géopolitique.

En conclusion, quels conseils donneriez-vous tant à des chefs d’entreprise qu’à des étudiants, pour les sensibiliser à la guerre économique et les convaincre que la géopolitique leur sera utile dans leurs activités professionnelles ? 

En préambule, je dirais qu’il y a un problème majeur d’adaptation de nos élites à relever les défis contemporains. Durant leur formation, on répète aux élèves qu’ils sont les meilleurs. Mais si c’est le cas, ils ne le sont qu’à l’intérieur du système français.

Or la compétition aujourd’hui est bel et bien mondiale. Et leurs concurrents utilisent des techniques et obéissent à des logiques qui n’ont rien à voir avec ce qui est enseigné dans un système français, lequel apparaît figé et dépassé à bien des égards.

Nos élites doivent au contraire prendre conscience qu’elles sont dans une configuration du faible au fort, et que ce sont elles les faibles ! C’est la condition sine qua non pour trouver les stratégies de contournement dont nous avons besoin pour nous remettre dans la course.

Nous avons des atouts mais manquons de réalisme. Il a donc une mue à opérer. Pour répondre à votre question, il n’est pas possible aujourd’hui d’exercer une activité professionnelle à l’échelon international, dans quelque domaine que ce soit, sans avoir un solide bagage de culture générale et a fortiori, de géopolitique.

Il ne suffit pas de fabriquer les produits les plus performants ou les plus séduisants. Encore faut-il prendre en considération le contexte dans lequel ils vont être vendus ou fabriqués, tenir compte de l’ensemble des paramètres sociaux et culturels qui peuvent considérablement évoluer d’un lieu à un autre.

Il faut en outre bien comprendre que notre monde – que cela nous plaise ou non – est fait de concurrence, d’affrontements, de différences qui font aussi sa richesse et sa diversité. Oui, le monde est pluriel et ne ressemble pas forcément à celui au sein duquel nous avons été élevés. Oui, nous devons ouvrir les yeux sur les réalités du monde, sortir de notre perception ethno-centrée des choses. Oui, les entrepreneurs doivent réapprendre à faire de la géopolitique, d’abord pour rester connectés avec les réalités du monde, s’adapter si nécessaire et aussi savoir anticiper le cas échéant.

Ce qui signifie également réapprendre à penser sur le temps long et sur un mode stratégique. Ce sont là des impératifs, non seulement pour remporter les défis d’aujourd’hui et de demain, mais aussi simplement pour survivre.

A propos de Ali Laïdi

Ali Laïdi est né en 1966 à Nanterre. Diplômé en 1989 de l’Ecole supérieure du journalisme de Paris, il suit ensuite une formation spécialisée de JRI – journaliste reporter d’images – au CFPJ – Centre de formation des professionnels du journalisme.

C’est ainsi qu’il suit sa voie tant dans la presse audiovisuelle qu’écrite. Côté TV, il intervient sur Canal +, la 5, l’agence internationale de TV, France 2, M6, TF1, France 3… et se fait positivement remarquer grâce à deux documentaires, l’un consacré à la compétition dans les marques de cola, l’autre à la chute du Mur de Berlin vu par les espions de l’époque.

Côté presse écrite, il signe depuis 1989 dans une vaste palette de vecteurs, L’Etudiant, L’Express, Ca M’intéresse, France-Soir, VSD, Paris-Match, Web Magazine, Management, New Bizz, Le Figaro, Le Monde, Politique internationale, National Geographic, Le Nouvel Obs, L’Expansion, Zurban…

Aujourd’hui, Ali Laïdi est surtout connu pour ses chroniques à France 24, où il dirige et présente le Journal de l’Intelligence économique (voir ses tribunes sur : http://www.france24.com/fr/auteur/ali-laidi).

Parallèlement à ses activités journalistiques, Ali Laïdi a toujours mené des activités de recherche et d’enseignement.

De 2001 à 2015, on le trouve comme chargé d’enseignement à l’IEP de Paris et à l’école de journalisme de Sciences Po Paris, conférencier à l’INSA Lyon, à l’IHESI et l’IHEDN, avec toujours pour fil d’Ariane le thème de la guerre économique.

En 2009, il soutient à l’université de Paris-II une thèse en science politique consacrée au thème La guerre économique dans les relations internationales. La France à la recherche d’une doctrine d’intelligence économique, thèse saluée par les félicitations à l’unanimité du jury.

Cette spécialisation lui fait intégrer l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) où il poursuit ses recherches et ses interventions.

Outre son Histoire mondiale de la guerre économique qu’il vient de publier chez Perrin, Ali Laïdi a beaucoup écrit sur le thème du renseignement, du terrorisme et bien sûr de la guerre économique : Aux sources de la guerre économique (Armand Colin, 2012), Les Etats en guerre économique (Seuil, 2010, Prix Turgot IES), Retour de flamme : comment la mondialisation a accouché du terrorisme (Calmann-Lévy, 2006), Les secrets de la guerre économique (Seuil, 2004), Le Jihad en Europe (Seuil, 2002), Guerre secrète contre Al-Quaïda (collectif, Ellipses, 2003).

Les mêmes thèmes ont été abordés dans des revues spécialisées. Les articles les plus récents sont La machine de guerre économique américaine (Cahiers de la sécurité et de la justice, n°34/2016), L’Atlas des mondialisations 2010 (HS Le Monde/La Vie), L’Intelligence économique russe sous Poutine (Etudes internationales, décembre 2009), France/USA la guerre économique (Politique internationale, n°102, hiver 2004)…


LA CHRONIQUE D’ÉRIC ZEMMOUR – À faire lire d’urgence aux Bisounours !

Dans son dernier ouvrage, le journaliste Ali Laïdi propose une plongée passionnante dans une histoire mondiale de la guerre économique. Pour nous montrer sa brûlante actualité.

Lorsque Michel Debré parlait de guerre économique à la fin des années 1970, il ne suscitait qu’indifférence ou sarcasmes. On se gaussait de « Michou la colère » et de son patriotisme ringard qui ne comprenait rien aux vertus pacifiques du « doux commerce » cher à notre grand Montesquieu.

Près d’un demi-siècle plus tard, rien n’a changé. Ou presque. La guerre économique n’est plus un gros mot, mais ne reste qu’un mot. Un sujet de colloque, de rapport parlementaire, de mission administrative. Pendant que les Français en parlent, les autres, Américains, Chinois, Russes, Japonais, Allemands ou même Brésiliens, la font. Les Français restent corsetés par une « Europe, bâtie sur la paix, (qui) refuse d’envisager que les marchés puissent parfois se transformer en champs de bataille » ; et par des théoriciens libéraux qui excluent la violence de l’économie pour mieux en chasser l’État. Les Français n’ont pourtant pas toujours été aussi pusillanimes, et les Européens n’ont pas toujours été « les Bisounours de la compétition économique ».

C’est ce que nous découvrons dans cette « histoire mondiale de la guerre économique ». Notre auteur, Ali Laïdi, n’est pas historien professionnel, mais journaliste et chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques. Il n’a pas l’envergure intellectuelle ni l’élégance stylistique du grand historien du capitalisme Fernand Braudel ; il n’en a d’ailleurs pas la prétention. Parfois, on peut trouver ses synthèses un peu besogneuses, et quelques inexactitudes choquent le lecteur attentif (Aristide Briand n’a jamais été président de la République !). Mais tout cela n’est que vétilles eu égard à la richesse et à l’intérêt de son travail.

Que nous dit-il ? Que la guerre économique est de tous temps et de toutes contrées. Que le « doux commerce » est une fable. Que pour Lévi-Strauss, au contraire, toute relation économique génère un danger de guerre. Que « la guerre économique n’est pas une guerre pour l’économie, mais un conflit politique mené sur le terrain économique ». Qu’elle est parfois un substitut à la guerre, mais le plus souvent son complément.

« La guerre économique est l’utilisation de violences, de contraintes et de moyens déloyaux, ou illégaux, pour protéger ou conquérir un marché, gagner ou préserver une position dominante qui permet de contrôler abusivement un marché. La guerre économique s’exerce en temps de guerre comme en temps de paix. Elle est pratiquée par les États, les entreprises, les associations et même les individus. »

Notre auteur nous balade dans le temps et dans l’espace, au cours d’un voyage passionnant. On voit les Italiens profiter des croisades pour évincer les marchands arabes de la route de la soie ; Vasco de Gama découvrir le cap de Bonne-Espérance ; les Anglais voler le secret du thé aux Chinois avant de les contraindre à coups de canons à consommer de l’opium ; l’Amsterdam du XVIIe siècle « en économie urbaine survoltée » (Braudel) ; Napoléon allégeant le blocus continental au moment où les Anglais sont au bord de la famine ; Bismarck : « Nous avons fait le Sedan militaire ; il nous reste à faire le Sedan commercial » ; la guerre au XXe siècle donnant la victoire non au meilleur stratège, mais à celui qui produit le plus ; le pétrole « maître du monde », obsession diplomatique et origine secrète des conflits armés.

À la fin de cette course haletante, nous sommes revenus à la case départ. Les plus grosses entreprises mondiales sont plus riches et plus puissantes que des États, qu’elles vassalisent, comme aux temps moyenâgeux où la ligue hanséatique dominait sans partage. La guerre économique est devenue technologique et médiatique, mais « les armes moins létales de la guerre économique ne font pas de nous des hommes moins violents que nos ancêtres. Elles perfectionnent nos techniques, pas nos âmes. »

Les leçons tirées de cette histoire-là sont éternelles. On ouvre toujours les marchés à coups de canons. La liberté sert le plus fort ; le protectionnisme protège le plus faible ; c’est « l’impérialisme du libre-échange ». Le droit est une arme qu’on utilise selon ses intérêts : au XVIIe siècle, le grand juriste hollandais Hugo Grotius plaide pour la liberté des mers lorsque les Portugais règnent sur le commerce transatlantique ; le même expliquera ensuite aux Anglais que la route des épices est réservée aux Hollandais qui y ont investi beaucoup d’argent et d’hommes dans leurs comptoirs.

Aujourd’hui, la justice américaine est le bras armé de l’impérialisme US qui punit la concurrence et protège les intérêts américains. L’Oncle Sam ne fait qu’imiter en plus grand ses prédécesseurs hollandais et anglais. Le commerce et la guerre furent les deux mamelles de l’immense réussite économique britannique. « Internet n’est pas sorti du garage d’un jeune geek, mais du centre de recherches du Pentagone. »

Les Français arrivent toujours en retard. C’est l’État (Colbert !) qui crée la Compagnie française des Indes, alors que l’initiative était revenue aux marchands pour la création des compagnies hollandaise et anglaises. C’est encore l’État qui prend en mains la guerre économique pendant la guerre de 1914-1918. L’État met la force armée au service du combat économique ; sa gestion des hommes est souvent trop bureaucratique et trop rigide ; mais sans l’État, rien ne se passe. Les Français ne jouent jamais aussi collectifs que les Allemands. Dès septembre 1914, les Allemands élaborent un plan de vassalisation économique de la France qui passe par une union douanière.

Il faut se méfier des alliés qui vous aident économiquement : l’Europe n’avait pas besoin de l’argent du plan Marshall, qui a servi à mettre l’Europe de l’Ouest sous tutelle américaine. Le commerce international a toujours partie liée avec la criminalité organisée. La banque HSBC est issue des trafiquants d’opium en Chine. C’est ce capitalisme criminel et mafieux anglo-saxon que nous avons donné en modèle aux Chinois. Les Russes ont recyclé leurs agents du KGB dans l’espionnage industriel. Les Américains ont fait de même avec les agents de la CIA.

Dans l’expression « guerre économique », c’est le mot « guerre » qui est le plus important.


Ali Laïdi: « L’intelligence économique traîne une image floue, qui la dessert » (L’Express)

Les négociations du traité Tafta, instaurant le libre-échange entre les Etats-Unis et l’Europe, sont au point mort. Ali Laïdi, chercheur à l’Iris et auteur d’une Histoire mondiale de la guerre économique (Perrin) lève le voile sur la brutalité d’une compétition devenue globale depuis la chute du bloc de l’Est.

Qu’appelle-t-on « guerre économique« ? En quoi diffère-t-elle d’un conflit armé?

La guerre prend une tournure économique dès le néolithique, car l’homme commence alors à constituer des stocks de nourriture, convoités par d’autres groupes. Mais ce concept n’est théorisé que bien plus tard, après 1945. La particularité de la guerre économique, c’est l’utilisation de moyens déloyaux ou illégaux dans le but de s’approprier des marchés ou de préserver des parts de marché. Elle peut survenir en temps de paix comme en temps de conflit armé. L’information y joue un rôle prépondérant.

L’un des auteurs de référence sur le sujet se nomme Harold Wilensky. Dans les années 1960, il a établi que la croissance des Etats reposait notamment sur la capacité des acteurs publics ou privés à recueillir l’information et à l’analyser pour préserver un avantage concurrentiel. La chute du mur de Berlin fut ensuite un moment charnière. Dès son arrivée au pouvoir, en 1993, Bill Clinton a clairement exprimé que la compétition économique mondiale avait remplacé la guerre froide.

Qui en sont les protagonistes?

Dans ce genre d’affrontement, les salariés se transforment en bataillons de soldats. Les entreprises remplacent les armées. Les multinationales projettent leurs forces à l’étranger; on ne parle plus de puissance de feu, mais de puissance financière.

Et quelles sont leurs techniques?

L’imagination des protagonistes est sans limites. La méthode la plus courante consiste à recourir à des stagiaires téléguidés, qui vont scrupuleusement photocopier tous les documents leur tombant sous la main, à destination de celui qui les a placés là. On peut aussi assister à des meurtres, comme on l’a vu dans le cas de contrats internationaux d’armement.

Entre ces deux extrêmes, on trouve, par exemple, la création d’une fausse entreprise, qui va en appâter une autre en lui faisant miroiter de juteuses commandes. La première va réclamer un maximum d’informations à la seconde, prétendument pour s’assurer de sa capacité à répondre à ses attentes: moyens de production, projets de recherche et développement, etc. Une fois bien renseignée, elle s’évanouit dans la nature. Quelque temps plus tard, la société lésée voit débarquer sur son marché un produit semblable au sien, de préférence moins cher et un peu plus innovant…

La contrefaçon représente-t-elle une arme?

Elle est vieille comme le monde. Louis XI déjà se plaignait que les velours, satins et damas venus d’Italie affaiblissaient le commerce français et a encouragé la création d’un atelier de tissage à Lyon, devenant en quelque sorte le premier défenseur de la « marque France »! Plus récemment, on a vu des sociétés diffuser sciemment de très mauvaises copies de vêtements aux logos réputés afin de ruiner l’image de leurs concurrents.

Plutôt que de se laisser piétiner, quelques industriels ont organisé eux-mêmes leur propre contrefaçon. Ils ont réuni des fins de série et se sont débrouillés pour inonder le marché grâce à des réseaux parallèles. Au moins ces produits présentaient-ils une qualité minimale… Tout en assurant des rentrées d’argent qui ne figuraient pas forcément dans la comptabilité!

Les salariés français vous semblent-ils suffisamment sensibilisés aux questions de confidentialité?

Les évolutions sont trop lentes. Comment bien partager l’information en interne, donner les bons réflexes de prudence? Ces cogitations ne peuvent pas rester cantonnées au niveau de la direction générale ou du M. Sécurité de l’entreprise. Les syndicats devraient y être associés. Ils suscitent encore souvent la méfiance, mais ceux que je rencontre sur ce sujet sont matures. Et puis, les salariés sont aussi à considérer comme des apporteurs d’information. Entre 1945 et 1990, le Japon a réussi à créer cette culture. Avec des techniques simples, les sociétés du pays du Soleil-Levant ont pillé quantité de données stratégiques pour leurs concurrents.

La France est-elle équipée pour attaquer et se défendre?

L’Europe a tardé à s’adapter au nouveau contexte géo-économique post-guerre froide. Mais notre pays a été le premier à se pencher sur la question. En 1994, un rapport rédigé par Henri Martre, ancien PDG de l’Aérospatiale, ancêtre d’Airbus, a marqué la naissance de l’intelligence économique en France. Il fustigeait notamment l’absence de coordination entre public et privé dans la conquête des marchés extérieurs et a séduit les élites de l’époque.

Mais nous avons réagi de façon plus intellectuelle que pragmatique. Et si l’on a mis en place des outils administratifs, on n’a jamais vraiment su qui devait prendre en charge ce dossier. Il s’est baladé de Bercy à Matignon en effectuant quelques détours par l’Elysée. Dans les pays anglo-saxons, ces questions sont tranchées au plus haut niveau de l’Etat.

On parle d’intelligence économique… En quoi est-ce différent de l’espionnage?

Ce terme a été choisi car la majeure partie du travail consiste à rechercher des données librement accessibles, qu’on dit « blanches » et qui représentent entre 80 et 90% de l’information disponible. La guerre économique stricto sensu va porter sur les 10 à 20% restants, susceptibles de faire la différence pour un chef d’entreprise. On parle d’information « grise » quand elle est obtenue de manière déloyale, par tromperie ou manipulation. Elle est dite « noire » lorsqu’on bascule dans l’illégalité la plus totale pour l’obtenir.

Nos lois sont-elles adaptées aux défis actuels?

L’intelligence économique traîne une image encore floue, qui la dessert. La preuve en est fournie par les échecs successifs de la loi sur le secret des affaires. En 2012, elle est votée en première session à l’Assemblée nationale, puis bloquée au Sénat. Rebelote en 2015: elle est retirée au dernier moment du projet de loi Macron à cause de la levée de boucliers de certaines ONG et de nombreux journalistes qui y voyaient une atteinte au droit d’informer.

Peut-on encore conserver un secret dans l’économie?

Sans doute pas aussi longtemps que celui de la fabrication de la soie, gardé par les Chinois pendant quatre mille ans, mais tout de même. Prenez l’affaire de la Direction des constructions navales systèmes et services [DCNS], par exemple. Le 26 août, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire sur la fuite de 22400 documents confidentiels appartenant au constructeur de nos sous-marins, un marché où la concurrence est féroce.

L’avertissement est à prendre au sérieux, mais, parmi ces dossiers, aucun n’a été jugé d’une importance critique par DCNS. Le salut pour nos entreprises passe par un processus de recherche et développement constant. Pour conserver ses parts de marché, il faut toujours avoir une innovation d’avance…

Le TTIP [Transatlantic Trade and Investment Partnership], ou Tafta, lancé par Barack Obama et les dirigeants de l’Union européenne, est-il un instrument de paix économique ou, au contraire, le théâtre d’une nouvelle guerre?

Replaçons ces négociations dans leur contexte. La stratégie américaine consiste à prendre la Chine en étau, d’abord en resserrant les liens commerciaux avec l’Asie grâce à un traité de partenariat trans pacifique, puis en s’entendant avec les pays d’Europe grâce au TTIP. Il s’agit de traités de nouvelle génération, d’où les questions tarifaires sont évacuées.

En effet, 97% des produits ne sont plus soumis à une quelconque barrière de ce type. Le véritable enjeu est celui des normes. Les Etats-Unis ne visent pas à instaurer un empire, trop coûteux à maintenir. Ils visent le leadership économique en maîtrisant les normes. C’est pourquoi les premières vagues de critiques contre le TTIP portaient sur le risque de voir arriver chez nous des poulets lavés au chlore, des boeufs nourris aux hormones ou des OGM.

La France a-t-elle raison de demander l’arrêt des négociations?

En tant que chercheur, je n’ai pas à me prononcer là-dessus. Ce que l’on voit, c’est que, malgré 14 rounds de négociation, l’UE et les Etats-Unis n’ont trouvé d’accord sur aucun des 27 chapitres du projet de traité. J’ai été surpris de l’état d’esprit des Européens, qui partaient perdants sur tous les marchés, excepté peut-être celui de l’automobile.

C’est comme s’ils s’étaient sentis dès le départ incapables de résister à la pression américaine. Il y a eu également trop d’opacité. Longtemps, on n’a pas eu accès au mandat de négociation de la Commission. Elle avance des études prédisant des points de croissance et de l’emploi quand d’autres, indépendantes, affirment le conftraire… Et les vrais textes de concertation restent secrets.

Le traité verra-t-il le jour?

Même s’il est conclu, il devra ensuite être ratifié par le Parlement européen et les 28 Etats de l’UE. Côté américain, Barack Obama ne sera plus là. Nul ne sait ce qu’aura en tête son successeur. Bref, nous en sommes encore loin. Si le TTIP échoue, ce sera sans doute une bonne occasion de se pencher sur le sort des PME et PMI européennes. Comment les transformer en entreprises de taille intermédiaire et les aider à partir à la conquête des marchés? C’est la condition pour leur éviter de se faire balayer par les multinationales, d’où qu’elles viennent.

Propos recueillis par Matthieu Scherrer

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