Julien Freund : « C’est l’ennemi qui vous désigne »

Pierre-André Taguieff dans son ouvrage sur Julien Freund [Julien Freund: Au cœur du politique] rapporte un dialogue entre Jean Hippolyte et Julien Freund lors de la soutenance de thèse en 1965 de ce dernier. Hippolyte dit :

Sur la question de la catégorie de l’ami-ennemi, si vous avez vraiment raison, il ne me reste plus qu’à aller cultiver mon jardin.

Freund répliqua :

Écoutez, Monsieur Hippolyte, vous avez dit […] que vous aviez commis une erreur à propos de Kelsen. Je crois que vous êtes en train de commettre une autre erreur, car vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi, comme tous les pacifistes.

Du moment que nous ne voulons pas d’ennemis, nous n’en aurons pas, raisonnez-vous. Or c’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitiés. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes.

Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin.

freund-politique

Hippolyte répondit :

Dans ce cas, il ne me reste plus qu’à me suicider.

P.-A. Taguieff cite ensuite le commentaire critique fait par Raymond Aron à propos de Jean Hippolyte et rapporté par Julien Freund :

Votre position est dramatique et typique de nombreux professeurs. Vous préférez vous anéantir plutôt que de reconnaître que la politique réelle obéit à des règles qui ne correspondent pas à vos normes idéales.

Wikipedia

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