Régis Debray – Discussions autour de la guerre

discussions

Terrorisme, guerre, sécurité, mobilisation : avec les derniers attentats djihadistes, ces mots intimidants et mal définis sont revenus dans notre quotidien. Pour savoir quel crédit donner à ce ton martial, il importe de quitter le terrain de l’idéologie, rhétorique ou posture, pour ce que Machiavel appelait la verita effetuale delle cose.

Qu’en est-il du fait guerrier aujourd’hui, et au-delà des strictes questions de défense, des rapports de force dans le monde ? Quel rôle pratique joue la diplomatie française, ou aurait pu jouer l’Union européenne si elle existait, dans ces confrontations stratégiques ? Quelle place donner ou redonner à la violence et au conflit dans une culture qui, la paix aidant, leur a tourné le dos pendant un demi siècle?

Ce sont ces questions dérangeantes mais non intempestives, que j’aimerais soulever devant un micro, en conversant librement avec des personnes d’expérience, militaires, diplomates et stratèges (les intellectuels de profession n’étant pas les mieux armés pour ce faire).

Loué soit France Culture de me donner l’occasion, une fois par semaine, avec ces « discussions du soir », mais audibles à n’importe quelle heure du jour, de sauter le pas, ou du moins de le tenter, chaque fois en bonne compagnie.

France Culture – Les discussions du soir


La guerre et nous

Régis Debray reçoit François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l’IRIS, spécialisé sur la communication, la cyberstratégie et l’intelligence économique, responsable de l’Observatoire Géostratégique de l’Information.

Qu’en est-il du fait guerrier aujourd’hui, et au-delà des strictes questions de défense, des rapports de force dans le monde ? Quel est le rôle des Think tanks ?

Site de François-Bernard Huyghe : http://www.huyghe.fr/


La guerre et la paix

Régis Debray reçoit Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense, spécialiste des questions stratégiques internationales

Qui est l’ennemi ? Comment et pourquoi se fabrique-t-on des ennemis ? Quels sont les mécanismes du chaos ? Quel est le rapport entre affrontement militaire et stratégie politique ? Retour sur le conflit syrien et la diplomatie religieuse en Arabie saoudite.


La culture de guerre en France

Régis Debray reçoit Jean-Claude Guillebaud, journaliste et éditeur, auteur notamment de « Le tourment de la guerre. Pourquoi tant de violence ? » (l’Iconoclaste, 2016)

Nous avons désappris à penser la guerre. L’instrumentalisation de la religion dans les guerres. Le rapport entre vérité et croyance. La disparition su sacré dans nos sociétés ne nous met-elle pas en position de faiblesse par rapport à d’autres religions. Citation de Pierre Claverie, évêque d’Oran assassiné durant les sombres heures de la guerre algérienne des années 1990 : « Le vrai dialogue ne commence qu’à partir du moment où j’accepte l’idée que l’autre est peut-être porteur d’une vérité qui me manque ».


Guerres et religions

Régis Debray reçoit Jean-François Colosimo, éditeur, essayiste, historien des religions, auteur notamment de « Les hommes en trop : la malédiction des chrétiens d’Orient » (Fayard, 2014)

Ce sont les hommes qui font la guerre de Dieu. Quel est lien entre le christianisme et la guerre ? La globalisation économique et la mondialisation créent une individuation neutre. Comment éviter les identités reconstituées ?


Comment influencer le pouvoir politique ?

Régis Debray reçoit Jean-Louis Gergorin, fondateur du Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères, chargé de cours sur « Le nouveau bouleversement stratégique » à Sciences Po

Retour sur le rôle du Centre d’Analyse et prévisions du Quai d’Orsay, cellule de réflexion stratégique du Ministère des affaires étrangères, à la fin des années 1970. L’exemple de la prolifération nucléaire.

Le vision militaire et stratégique ne s’élabore-t-elle pas au détriment des causes anthropologiques ? Quelle différence entre la notion d’intérêt national en France et aux Etats-Unis ? Le conflit syrien, comment expliquer l’impuissance de la diplomatie ?


Guerres irrégulières et conflits asymétriques

Régis Debray reçoit Gérard Chaliand, géostratège, spécialiste de l’étude des conflits armés et des relations internationales et stratégiques, auteur notamment de « Pourquoi perd-on la guerre ? : un nouvel art occidental alerte » (O. Jacob)

Les guerres irrégulières, guérillas et terrorismes, ont grandement contribué à transformer le monde de la seconde partie du XXe à nos jours. Depuis le retrait du Vietnam, le bilan militaire de la puissance américaine et de ses alliés occidentaux est sans conteste négatif : conflits coûteux, résultats militaires médiocres, conséquences politiques désastreuses.

L’importance de la connaissance de l’adversaire. Pour gagner une guerre il faut connaître l’histoire et la culture de l’adversaire. La supériorité technologique peut cacher une infériorité stratégique. La fragilité psychologique de l’Occident. La surmédiatisation des actes terroristes. Notre rapport à l a mort, l’obsession de la sécurité.


Guerre et action humanitaire

Régis Debray reçoit Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontières, essayiste

Parmi les thèmes abordés : L’éthique de l’action humanitaire dans la guerre ; quelles limites à l’humanitaire ? Les médias et l’humanitaire ; La notion de neutralité et le droit d’ingérence ; La crise des migrants


Géostratégie et polémologie

Régis Debray reçoit Caroline Galacteros, docteur en Science politique et Colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, directrice du cabinet d’intelligence stratégique «Planeting», auteure notamment de « Manières du monde, manières de guerre » (Nuvis)

Comment lire la société à travers ses façons militaires ? Stratégie et anthropologie en miroir… Supériorité technologique et fragilité stratégique. Il y a une utopie technologique globale (jusqu’au transhumanisme)

Quelle cohérence entre l’instance politique et l’instance militaire ? La nécessité d’une vision stratégique.

Bouger les lignes, le blog de Caroline Galactéros : http://galacteros.over\-blog.com/


Guerre et opérations militaires

Régis Debray reçoit Vincent Desportes, Général de division de l’armée de terre française, ancien directeur de l’Ecole de Guerre, professeur des stratégie associé à Sciences Po Paris

Autour du manque de réflexions sur la guerre, en France la guerre est un objet politique, mais il n’y a pas recherches telles que les War studies aux Etats-Unis.

Contradiction : l’armée française est mobilisée simultanément sur de nombreux théâtres d’intervention alors que les moyens budgétaires qui lui sont alloués ne cessent de diminuer depuis un quart de siècle.

Quel est le rôle des forces armées pour la résolution des conflits ?


Correspondant de guerre

Régis Debray reçoit Renaud Girard, grand reporter international au Figaro, auteur notamment de « Le monde en guerre : 50 clefs pour le comprendre » et de « Retour à Peshawar »

Qu’est-ce que le métier de correspondant de guerre ? Pourquoi choisir le terrain ?

La question de l’influence. Un intellectuel de terrain rend publiques ses analyses pour influencer les décideurs politiques. Relations entre la réflexion stratégique et la décision politique.


Nouveaux conflits internationaux

Régis Debray reçoit Bertrand Badie, professeur des universités à Sciences Po Paris. Sous sa direction: « Nouvelles guerres : comprendre les conflits au XXIe siècle » (La Découverte) et « Qui gouverne le monde?: l’état du monde 2017 » (La Découverte)

Depuis la fin de la guerre froide en 1989, les conflits ont quitté le monde des riches pour celui des pauvres. Comprendre et analyser la violence sociale sous la guerre. Les mutations de l’inter-social l’emportent sur l’inter-étatique

Les divisions ethniques et religieuses alimentent les nouveaux conflits, mais ils s’enracinent surtout dans les conséquences de la mondialisation, qui enrichit les plus riches et appauvrit les plus pauvres.

Par ailleurs, les théories internationales sont le fait des humiliants et non pas des humiliés

Les sociétés guerrières, tragédie d’aujourd’hui : Congo, Somalie, Nigéria, Mali, Syrie, Irak…Ces sociétés pallient au manque de l’Etat, l’exemple le plus tragique étant celui des enfants soldats qui pour survivre rejoignent des milices où ils seront logés, nourris

Importance de la négociation internationale, savoir penser l’altérité. La négociation ne signifie pas forcément la légitimation de l’autre. Exemple de l’accord diplomatique sur le nucléaire iranien de juillet 2015.


La puissance militaire de la France en questions

Régis Debray reçoit Henri Bentégeat, Général d’armée, ancien chef d’état-major des armées françaises

Pourquoi assiste-t-on à l’effacement de l’institution militaire en France ? Dérive technocratique et économiciste de l’armée, elle est de plus en plus considérée comme une entreprise. Il y a une occultation des valeurs traditionnelles de l’armée


Guerre et cinéma

Régis Debray reçoit Michel Ciment, écrivain, universitaire, critique de cinéma

Quel est notre rapport à la guerre et quelles en sont les représentations visuelles ?

Le conflit fait partie de l’art dramatique et le thème de la guerre est présent dans tout le cinéma et particulièrement dans le cinéma américain. Le film de guerre est un révélateur civilisationnel. La guerre démasque, elle dénude elle est une plongée dans la vérité et aussi une expérience collective. On retrouve deux extrêmes dans la représentation de la guerre au cinéma : la stratégie et le combattant

Les films de guerre tournent essentiellement autour de 4 grandes périodes : la première guerre mondiale ; la deuxième guerre mondiale ; le Viêt Nam ; la guerre nucléaire. Mais aussi la guerre de Sécession, et les westerns…

Films pacifistes des années 1920/30 , critiques du militarisme, films de propagande pendant la deuxième guerre mondiale (lien entre l’establishment et Hollywood, il y avait jusqu’à 2400 projections de films de guerre pour les soldats américains pendant la deuxième guerre mondiale)


L’OTAN et la politique étrangère de la France hier et aujourd’hui

Régis Debray reçoit Gabriel Robin, ambassadeur de France, ancien conseiller diplomatique des présidents Pompidou et Giscard d’Estaing, représentant permanent de la France au Conseil de l’OTAN.

L’histoire et l’évolution du rôle de l’OTAN depuis la chute du mur de Berlin. Avec l’effondrement du communisme, la chute du mur de Berlin et la fin d’un monde bipolaire, l’OTAN avait accompli sa mission. Quel pouvait être alors son avenir, dans un monde sans ennemi, mais dont les menaces étaient devenues à la fois plus diffuses et transnationales ?


Guerre et politique en Afrique

Régis Debray reçoit Amandine Gnanguênon, chercheuse associée à l’université d’Auvergne et directrice du projet « Guerre et Politique »

En marge des Etats, émergent d’autres acteurs politiques aptes à répondre aux besoins des populations en termes de sécurité, de redistribution des biens et de justice. Les guerres, ni intra-étatiques ni inter-interétatiques s’apparentant plutôt à des systèmes de conflits, créent une opportunité pour des prétendants au pouvoir. Que ce soient les milices et les groupes terroristes au Nord Mali ou la secte Boko Haram au Nigeria, ils profitent du désordre pour imposer leurs règles.

Un ordre politique à la fois stable et violent finit par se pérenniser du fait d’un jeu d’échelles entre les espaces local, national et régional où la frontière, internationalement reconnue, tend à s’effacer. L’espace politique, se référant uniquement au cadre étatique, devient de moins en moins créateur de vivre ensemble sur le temps long et les individus trouvent refuge dans des registres communautaristes et régionalistes.

Dans les régions en périphérie des Etats, comme l’illustre le Nord Mali, l’absence des représentants de l’Etat (police, douane, armée) permet à des organisations religieuses ou des mouvements radicaux d’asseoir leur influence. Tout en apportant des réponses à la quête de sens des individus, ils proposent aussi des alternatives aux revendications populaires. En témoigne à l’échelle du continent africain, la création d’écoles coraniques pour compenser un système éducatif à deux vitesses jugé inadapté aux attentes des jeunes.

Ces observations soulèvent enfin certaines interrogations sur l’adéquation entre la nature des guerres et les modes de résolution des conflits des Nations unies, de l’Union africaine ou de la France. Dans un contexte où la guerre et la recomposition des espaces politiques sont intiment liés (Mali, Libye), les interventions étrangères sont à la fois facteurs de stabilité et d’instabilité. Quels que soient leurs objectifs, les acteurs qui prônent la neutralité finissent par devenir partie prenante dans la recomposition des rapports de force locaux.

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