Bruno Fuligni – Histoire amusée des promesses électorales

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Se baigner dans la Seine, réduire la fracture sociale, combattre la finance : que n’a-t‑on promis aux Français ? Certes, « les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent », selon une cynique maxime qui a gravement discrédité la politique.

Pourtant, imagine-t‑on un candidat qui annoncerait que la situation actuelle le satisfait, que le pays ne va pas si mal et qu’il s’engage à ne rien changer ? Même les plus conservateurs emploient volontiers le langage de la réforme ou de la révolution, s’efforçant de susciter l’adhésion en soulevant de folles espérances.

Mais l’électeur est-il dupe ? Depuis l’institution du suffrage universel en 1848, des milliers de tracts et de professions de foi ont été diffusés par les candidats eux-mêmes.

En les réunissant, Bruno Fuligni nous entraîne, entre utopie et démagogie, à la découverte des rêves et espoirs des Français.


Fuligni : « Ce sont toujours les candidats qui ont les programmes les plus vagues qui sont élus » (Europe 1)

L’historien Bruno Fuligni a étudié un siècle et demi de promesses électorales. Pour 2017, il constate que la campagne se fait davantage sur l’image du candidat que sur ses propositions.

Les promesses électorales peuvent, au choix, donner de l’espoir ou n’engager que ceux qui les écoutent. Bruno Fuligni, historien, haut fonctionnaire et maître de conférences à Sciences Po, publie Histoires amusées des promesses électorales : 1848-2017 (Tallandier). Invité de l’émission C’est arrivé demain, il revient sur tout ce qui a été promis en politique.

« Une littérature politique ». Du plus fou au plus visionnaire (interdire les bases d’atterrissage pour extra-terrestres ou faire de tout le monde des fonctionnaires…), tout a été dit. Pour compiler cette somme de promesses pour son ouvrage, Bruno Fuligni a collectionné pendant des années « tracts et affiches » des candidats, « toute cette littérature politique qui a l’inconvénient d’être très dispersée ». Il s’est aussi beaucoup référé au barodet, un registre dans lequel doivent être conservées les professions de foi des députés.

Des campagnes centrées davantage sur l’image. Dans la campagne 2017, les promesses sont plutôt discrètes au regard des anecdotes drôles et loufoques qui peuplent le livre. On peut citer le revenu universel de Benoît Hamon ou les promesses au kilo de Marine Le Pen, à savoir ses 144 propositions présentées cette semaine. Néanmoins, globalement, les promesses se font plus rares : « les campagnes d’aujourd’hui se font moins à travers l’écrit qu’à travers l’image, qui polarise l’attention sur la personne, indique l’auteur. L’expérience montre aussi, depuis 1848, que ce sont toujours les candidats qui ont les programmes les plus vagues qui sont élus. »

Promettre…des épreuves. Certains ne font pas de promesses directes mais promettent des efforts, voire des épreuves. C’est le cas de François Fillon, qui veut notamment diminuer le nombre de fonctionnaires. « Les promesses ne sont pas toujours idylliques, ajoute Bruno Fuligni, qui note quand même une promesse attirante et récurrente : « Quand on s’adresse à l’électeur, on s’adresse au contribuable. Un grand classique est de promettre des réductions d’impôts, donc une réduction du train de vie de l’Etat. C’est laisser entendre à l’électeur que les efforts seront supportés par d’autres que lui. »

La promesse, illustration d’une attente sous-jacente dans la société. Mais sous le vocable « promesses » pointe le pessimisme, comme si ces promesses n’étaient que belles paroles vouées à ne pas être tenues. Ce n’est pas toujours le cas, rassure l’historien. « La promesse est faite pour séduire un électorat. Elle signifie qu’il y a une aspiration, une attente dans l’opinion. Parfois des idées visionnaires viennent trop tôt. » Le droit de vote des femmes et la création d’une entité européenne ont ainsi été proposés vers 1850 par des personnes alors considérées comme de « doux dingues », avant de gagner les partis de gouvernement.

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