Histoire du petit livre rouge

Histoire du petit livre rouge – Pascale NIVELLE

Best-seller international, le petit livre rouge a été imprimé à plus d’un milliard d’exemplaires. Ce recueil de citations de Mao est rapidement devenu le manifeste de la Révolution culturelle et un objet de culte aussi bien en Chine que pour les maoïstes occidentaux.

Apparu en 1964, les Citations du président Mao Tsé-toung, bréviaire inspiré des discours ou des oeuvres du fondateur de la République populaire, est d’abord conçu comme un outil d’éducation politique pour l’armée, puis devient l’« arme spirituelle » des gardes rouges et le manuel de vie de 700 millions de Chinois. En Europe, il séduit une partie des intellectuels, les « maos » français de Mai 68, qui le rebaptisent « petit livre rouge » et en font le talisman de leur propre « révolution », ignorants les atrocités commises par le régime chinois.

Cinquante ans après le début de la Grande Révolution culturelle prolétarienne et quarante ans après la mort de Mao Zedong, la journaliste Pascale Nivelle raconte l’épopée de cette petite bible en vinyle rouge vif qui a été, de Pékin à Paris, le coeur d’une immense et folle passion collective.


Tout petit par la taille, édité plus de 500 fois et traduit en 52 langues, exporté dans 150 pays et diffusé à deux milliards d’exemplaires… il est difficile de ne pas reconnaître au petit livre rouge son statut de bestseller…

Parce que les totalitarismes ont été les religions du XXe siècle selon l’expression de Raymond Aron, Mao Zedong en avait fait sa « bombe spirituelle ». Tant et si bien que le livre alla jusqu’à talonner de près la Bible elle-même. L’émission « Nos mémoires » de Storiavoce vous propose de partir à la découverte d’un ouvrage qui alla jusqu’à séduire les intellectuels du quartier latin et des capitales européennes. Un ouvrage « talisman » qui était brandit comme le signe d’adhésion et d’appartenance à un régime et à une idéologie, dont la réalité meurtrière et totalitaire échappa à beaucoup.


Pascale Nivelle, la bible écarlate (JDD)

Des campagnes chinoises aux librairies du Quartier latin, la journaliste retrace l’épopée d’un objet devenu culte, symbole de la Révolution culturelle chinoise et des maoïstes du monde entier.

Sa couverture en vinyle rouge est entrée dans l’imaginaire collectif. Best-seller international publié à plus d’un milliard d’exemplaires, traduit en 52 langues et exporté dans près de 150 pays, le Petit Livre rouge incarne, sous ses atours chatoyants, l’une des périodes les plus troubles de l’histoire de la Chine contemporaine. Objet culte et kitsch pour les uns, symbole d’une décennie à passer sous silence pour les autres, il est aujourd’hui encore partout présent même si la jeunesse chinoise ignore tout de son contenu.

Cinquante ans après les débuts de la Grande Révolution culturelle prolétarienne, la journaliste Pascale Nivelle, correspondante à Pékin de Libération entre 2006 et 2009, retrace le parcours de cette bible écarlate qui, des casernes chinoises aux étals des librairies maoïstes du Quartier latin, a su allumer une immense ferveur collective.

Petit par la taille, lavable, conçu pour résister aux intempéries et même aux combats, la modernité de l’objet fait immédiatement fureur dans le dénuement ambiant de la Chine. D’abord pensé comme un outil d’éducation politique censé endiguer l’échec désastreux du Grand Bond en avant et remonter le moral des troupes, le recueil des Citations du président Mao Zedong est en réalité une « bombe spirituelle » qui annonce, dès son lancement officiel en 1966, la Révolution culturelle à venir.

Bientôt, l’opuscule rouge est dans toutes les mains, les aphorismes du Grand Timonier rythment l’existence publique et privée de millions de citadins et paysans. « Faire table rase des vestiges de tous les systèmes d’exploitation ainsi que des idées, de la culture, des mœurs et des coutumes anciennes de toutes les classes exploiteuses », tel est le mot d’ordre que les gardes rouges, ces groupes de lycéens et d’étudiants instrumentalisés par Mao, s’appliquent à faire respecter à la lettre.

C’est le début des grandes purges qui feront dans tout le pays entre un et trois millions de morts. Les enseignants sont lynchés par leurs élèves, les classes bourgeoises et les intellectuels persécutés. Les monuments sont saccagés, les spectacles interdits, les livres qui ne citent pas le nom du président Mao brûlés. Aux chants et défilés joyeux ont succédé la haine et le fanatisme. Si les étrangers en poste en Chine sont témoins des exactions, rares sont les intellectuels occidentaux à dénoncer la folie maoïste.

À la fin des années 1960, la « maomania » bat même son plein à Paris, alimentée par les récits des personnalités invitées par le régime communiste et revenues de leur séjour des étoiles rouges plein les yeux. André Malraux, François Mitterrand, le couple Sartre et Beauvoir, Michel Leiris, Paul Ricœur, Alberto Moravia : aucun ne se montre lucide quant à la véritable nature de la « revocul », comme on la nomme dans les cercles prochinois. Aveuglés par le soleil Mao, « ils refont le monde, façon lutte des classes ».

Remontant le fil rouge de cette « maolâtrie », Pascale Nivelle tente de comprendre comment l’intelligentsia française a pu succomber à la fièvre maoïste et adhérer à un idéal aussi extrême que celui de la Révolution culturelle, allant jusqu’à prescrire d' »appliquer la pensée de Mao Zedong quand bien même on ne la comprend pas ».

Le parallèle constant établi entre la France et la Chine met en lumière l’incompréhension fondamentale des intellectuels français, qui, aveuglés par la théorie, n’ont su distinguer derrière le mouvement de masse la querelle de palais entre hauts mandarins, dénoncée dès 1971 par le sinologue et écrivain belge Simon Leys dans l’ouvrage à charge Les Habits neufs du président Mao et sur un très polémique plateau d’Apostrophes en 1983. Au-delà du tragique exemple chinois, cette Histoire du Petit Livre rouge avertit sur le danger de toute pensée politique extrême et démontre avec quelle facilité l’embrigadement idéologique peut survenir dans une société fragilisée.


« Petit Livre rouge » : le meilleur coup éditorial de l’histoire (Le Point)

Le bréviaire de la Révolution culturelle a séduit 700 millions de Chinois, mais aussi les intellos de Normale Sup. Pourquoi ? Histoire d’un endoctrinement.

C’est un petit livre dont la couverture rouge et austère ne paie pas de mine. Ce pourrait être l’antique édition du Guide Michelin de la Suisse, par exemple, ou du Panama. Sauf que, depuis sa publication en 1964, il a été imprimé à plus d’un milliard d’exemplaires, presque autant que la Bible qui additionne pourtant les millénaires, et avec une histoire largement plus sanglante : le Petit Livre rouge est un fantasme d’éditeur, mais aussi un cauchemar pour les millions de victimes de la Révolution culturelle qu’il a servi à justifier. Quarante ans après la mort de Mao, Pascale Nivelle, journaliste au Monde et ancienne correspondante de Libération en Chine, en raconte l’histoire dans un livre au titre d’une simplicité toute maoïste : Histoire du Petit Livre rouge. Elle le fait avec verve et humour, certes, mais on rit jaune.

Évidemment, on ne peut le nier : Mao était tout sauf idiot, et certaines de ses réflexions ne manquent pas de bon sens. Ainsi, « la bouse de vache est plus utile que les dogmes : on peut en faire de l’engrais » : c’est pertinent, surtout dans un pays rural où, dans les années soixante, les paysans crèvent de faim. Et aujourd’hui, c’est même à conseiller aux fanatiques religieux de tout poil qui veulent nous imposer leurs certitudes. Mais le président Mao a dit aussi : « La révolution n’est pas un dîner de gala ; la révolution est un drame passionnel », ce qu’il va se mettre en tête de prouver, bien avant même le début officiel de la Révolution culturelle, en 1966. C’est là que le Petit Livre rouge entre en jeu.

« L’obéissance à la pensée de Mao doit être sans réserve » : le directeur du bureau de documentation du Quotidien de Tianjin le sait, et cela l’empêche de dormir. Nous sommes en 1961. Le Parti communiste l’exige : il faut éduquer les lecteurs, c’est-à-dire les masses, et, pour cela, accompagner chaque article d’un aphorisme du Grand Timonier, alors président du Parti. « Lire une phrase du président Mao chaque jour, c’est comme rencontrer le président en personne », selon la propagande.

Mais il faut la trouver, la phrase. L’unique source, ce sont les Œuvres complètes du président Mao Tsé-Toung, soit la compilation en plusieurs volumes de tous ses discours depuis 1920. Pas pratique, dangereux (une erreur de transcription, et c’est la fin d’une carrière). Futé, le directeur s’est mis à bricoler une espèce de « bible », avec quelques dizaines de phrases fortes. Tang Pinzhu, directeur de la rédaction du Journal de l’Armée populaire de libération, tombe dessus et décide de l’enrichir. « Dans son quotidien, rappelle Pascale Nivelle, les aphorismes du président Mao, c’était à la une et en gros caractères qu’il fallait les imprimer. » Angoisse puissance 10. Le journal de l’armée, publié à plusieurs millions d’exemplaires, est directement sous la responsabilité de Lin Biao, chouchou de Mao et surtout de sa terrible épouse, Jiang Qing. Une erreur de transcription…, et c’est la fin tout court. Tang fait une copie de l’anthologie et charge une employée modèle de l’augmenter. Le résultat ravit Mao. Le livre est lancé.

Le 5 janvier 1964 sort un premier recueil officiel des Citations du président Mao, avec 200 aphorismes. Quelques mois plus tard, la suivante contient 433 « pensées ». Et en août 1965, le livre passe à 427 citations. Il est rouge, quand les précédentes versions étaient blanches. Aux anges, Mao n’hésite pas à comparer ses pensées à celles de Confucius, le grand philosophe de l’antiquité chinoise (alors considéré comme réactionnaire et donc interdit). Le livre est diffusé massivement à des millions d’exemplaires dans toutes les provinces. Sept cents millions de Chinois doivent lire les Citations du président Mao. On apprend à lire avec, on les répète en boucle. « Lorsque les grandes masses se saisiront de la pensée de Mao Tsé-Toung, ce sera une source de force et une bombe spirituelle d’un pouvoir infini », assure Lin Biao, fayot en chef. L’allusion est claire : on est en pleine guerre froide. La guerre atomique menace. Le petit livre fait boum.

En 1966, Mao lance la Révolution culturelle. Jusqu’en 1971 et la mort (assassinat ?) de Lin Biao, devenu indésirable, les Citations du président Mao vont servir de caution morale et politique à des gamins fanatisés qui humilient et tuent jusqu’à leurs parents, détruisant sur leur passage le patrimoine culturel chinois.

Pour la plupart, ces hordes chinoises sont composées de lycéens. En Europe, ceux qui brandissent le Petit Livre rouge – c’est son nom germanopratin, titre inconnu en Chine – sont des intellectuels, et pas n’importe lesquels, l’élite de la nation, dont beaucoup issus de l’École normale. Philippe Sollers, Julia Kristeva, Roland Castro, Henri Weber, Serge July, etc. Autant de convertis. « Les instructions de Mao doivent être suivies, même si on ne les comprend pas » : devant une telle profondeur, les docteurs en philo et les spécialistes de la sémiotique en oublient le « connais-toi toi-même » de Socrate et La Critique de la raison pure de Kant. On rêve de changer le monde. Mao n’a-t-il pas dit : « Le pouvoir est au bout du fusil » ? La Gauche prolétarienne est en ordre de bataille. La France de De Gaulle et de Pompidou n’a qu’à bien se tenir. Dès 1967, quand on est dans le vent, le Petit Livre rouge, pratique avec son format poche, est aussi indispensable que le paquet de Gitanes. Dans un régime capitaliste dévoré par la consommation, c’était écrit (note de l’auteur de l’article : Mao n’a rien dit sur le sujet).

À Paris, à Saint-Germain, en 1967, on le porte élégamment avec la casquette à visière verte. Godard fasciné en tire un film, La Chinoise, qui ne plaira d’ailleurs pas aux maos. Pourquoi ? Lisez le livre de Mme Nivelle, mais la bande-annonce permet de se faire une petite idée.

« Le fondement de la théorie, c’est la pratique », a dit le président Mao. Et là, cela devient compliqué. Telle Ariane tirant son fil, Pascale Nivelle nous guide dans le magma des guerres de factions, à Pékin, Shanghaï, Paris ou Bruxelles. C’est parfois très drôle, souvent tragique (surtout en Chine), finalement assez pathétique. Évidemment, certains finissent par se rendre compte que le roi est nu. Du côté de la Cité interdite, cette prise de conscience est dangereuse, mais, en Europe, cela permet de faire un best-seller et de parler à la télé. Aujourd’hui, les maos d’hier sont à la retraite et le Petit Livre rouge est devenu un objet de brocante que les Chinois vendent à prix d’or aux touristes. Restent le culte de Mao, le grand homme, et, partout dans le monde, les chimères sanglantes.


« Histoire du petit livre rouge » – 3 questions à Pascale Nivelle (Iris)

Pascale Nivelle, journaliste, ancienne correspondante de Libération à Pékin (2006-2009), écrit aujourd’hui dans M, le magazine du Monde et Elle. Elle répond à mes questions à l’occasion de la parution de l’ouvrage : « Histoire du petit livre rouge », aux éditions Tallandier.

Vous expliquez que Le petit livre rouge a pour origine l’angoisse d’une bureaucratie. Pouvez-vous développer ?

Les origines du « petit livre rouge » datent du début des années 1960, lorsque les dirigeants des journaux de Chine ont l’obligation de diffuser à longueur de colonnes la pensée de Mao Zedong, ou Mao Tsé-Toung comme on disait à l’époque. C’est un véritable casse-tête. L’œuvre du Grand Timonier, composée de ses discours, ses entretiens avec différentes personnalités, ses écrits et poèmes depuis une quarantaine d’années, est rassemblée dans quatre tomes épais : « Les Œuvres choisies » du président Mao. En tirer chaque jour des aphorismes ou des extraits compréhensibles pour les masses chinoises, sans s’attirer les foudres du Parti communiste (PCC), est un exploit. C’est pourquoi les gratte-papiers des journaux chinois ont eu l’idée de compiler des formules ou des textes courts, pour en faire des « catalogues ». En 1962, un employé du journal de l’Armée de Libération, en visite chez ses confrères de Tianjin, une ville proche de Pékin, tombe sur un lexique de ce genre. Les « pensées » du président sont classées par thèmes. Elles sont claires et précises. Le visiteur enthousiaste repart avec le « catalogue », qu’il confie à une collègue, avec la mission d’en faire un vrai livre. Elle s’en acquitte vaillamment, et, trois ans plus tard, avec la bénédiction de Mao qui a suivi l’affaire de près, la version quasi définitive du petit livre rouge est prête. Trente-trois chapitres et trois-cents pages : il tient dans la poche et dans la main, et, avec sa couverture en plastique rouge, résiste à toutes les intempéries. Chaque soldat en est équipé et doit l’apprendre par cœur.

On est à la veille de la Grande Révolution culturelle prolétarienne lancée par Mao pour retrouver le pouvoir. Depuis 1959, destitué de son titre de président de la République, il est contesté à l’intérieur du PCC à cause du Grand Bond en avant, sa calamiteuse révolution industrielle soldée par une immense famine. Avec sa femme Jiang Qing, une ancienne actrice de Shanghai, et son ministre des armées Lin Biao, il fomente sa Révolution culturelle, prétexte à des purges massives. Son arme de propagande est l’opuscule rouge, nommé en Chine Les Hautes Instructions ou les Citations du Président Mao Tsé Toung. Il va d’abord fanatiser la jeunesse : les fameux gardes rouges vont en faire leur bible, leur manuel de guerre civile. Mao l’appelait sa « bombe spirituelle ».

Le petit livre rouge a-t-il été le livre le plus vendu au monde ?

Après l’armée et les gardes rouges, chaque Chinois a été équipé du « petit livre », ce qui représente plusieurs centaines de millions d’exemplaires… Puis Mao a voulu exporter sa Révolution culturelle dans le monde entier. Le « petit livre rouge », en différentes éditions, a été traduit en cinquante-deux langues dont l’espéranto, et été exporté dans cent-cinquante pays, sur tous les continents. On peut dire qu’après la Bible des chrétiens, c’est le plus grand best-seller de tous les temps, tiré à deux milliards d’exemplaires selon les chercheurs occidentaux, et cinq milliards selon l’agence officielle Chine Nouvelle !

On peut parler d’un record, surtout au regard de la brièveté de la vie de cet ouvrage : en 1979, trois ans après la mort de Mao, quand son rival du début des années 60, Deng Xiaoping, est arrivé au pouvoir, le « petit livre rouge » fut interdit par une directive du PCC. Ce « poison » a permis la « distorsion de la pensée de Mao » et a causé un « grand tort », en permettant à la Bande des quatre d’exercer « une influence pernicieuse » … Cent millions d’exemplaires ont été détruits. Mais on continue d’en voir beaucoup aujourd’hui en Chine. Entre les exemplaires historiques, dont le prix atteint plusieurs milliers d’euros chez les antiquaires, et les innombrables copies destinées aux touristes, le « petit livre » de Mao est omniprésent. Tout comme son auteur, embaumé dans son mausolée place Tian’anmen et emblème des billets de banque chinois.

Comment expliquer l’engouement, proche de l’hystérie, de tout un groupe d’intellectuels français, en faveur de Mao Tsé-Toung ?

Cela reste un mystère, que les intéressés ont désormais eux-mêmes du mal à expliquer. L’édition française du « petit livre rouge » est arrivée en décembre 1966, par le canal de l’ambassade de Chine à Paris, et a fait un tabac. Dans La Chinoise, Jean-Luc Godard a très bien filmé le fanatisme des étudiants français, pour beaucoup issus de la bourgeoisie, autour cet ouvrage. Pendant quelques années, les maos hexagonaux en ont fait leur bréviaire, leur pensée unique, leur manuel de vie, comme en Chine. Dans tout le quartier latin, à commencer par l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm d’où est parti le mouvement maoïste, on s’est mis à brandir et réciter le « petit livre rouge ». Quand on sait qu’il a été conçu pour des militaires chinois illettrés, cela ne manque pas de sel…

En France, et dans beaucoup d’autres pays, certains ont imité « la campagne des jeunes instruits envoyés à la campagne » en Chine. Si les jeunes Chinois n’avaient d’autre choix, les étudiants maoïstes français, eux, étaient des embrigadés volontaires. Ils se sont enrôlés dans les fermes et les usines, pour exporter la révolution de Mao. Quarante ou cinquante ans après, on peine à comprendre cet aveuglement, compte tenu des atrocités de la Révolution culturelle en Chine. Il faut préciser qu’elles n’étaient pas connues par les intellectuels maoïstes. Beauvoir, Althusser, Barthes, Sollers, Glucksmann, et bien d’autres, ont été fascinés par Mao, qui les invitait généreusement à visiter son paradis de la Révolution. Et tous sont tombés dans le panneau de la propagande. Tous, sauf un : Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, qui a dénoncé la Révolution culturelle dans un livre paru en 1971 : Les Habits neufs du Président Mao. Mis au ban de l’intelligentsia européenne, il dû attendre plus de dix ans avant d’être écouté et reconnu.

Cet engouement aveugle, qui a des racines dans la déception provoquée à gauche par le rapport Khrouchtchev en 1956, reste cependant un grand mystère. Contrairement à la Chine, où il est une relique respectée, plus personne ou presque ne défend le « petit livre rouge » en France. Repentis, silencieux ou carrément passés sur l’autre rive de leurs convictions de jeunesse, les anciens maos ont rangé les Citations du Président Mao Tsé-Toung tout au fond de leurs bibliothèques, quand ils ne l’ont pas jeté.

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