1940 : et si la France avait continué la guerre ?

Depuis longtemps déjà, les historiens anglo-saxons aiment à pratiquer l’exercice du What If ? Et si la France avait continué la guerre en juin 1940 ? Et si le gouvernement français avait refusé la défaite politique et continué la lutte contre l’Allemagne hitlérienne depuis l’Afrique du Nord ?

Telles sont les questions posées par cet essai où l’histoire rencontre la fiction à travers une œuvre romanesque haletante et poignante. S’il ne s’agit pas d’histoire académique strictosensu, ce livre n’est certainement pas le résultat d’une réflexion fantaisiste. Il constitue en réalité un exercice historique particulièrement stimulant.

Ainsi prend forme une façon entièrement novatrice de relire et d’étudier l’histoire de l’année 1940, dans tous ses aspects : politique, économique, diplomatique et stratégique ; sur terre, dans les mers et dans les airs ; parmi les combattants comme dans les lieux de pouvoir.Une alternative aux journées tragiques de juin à décembre 1940 se dessine alors, le contraste entre le possible et le réel n’ayant qu’un seul but : montrer que la décision de demander un armistice n’était en rien inéluctable. Nullement imposée par une quelconque rationalité militaire ou technique, celle-ci ne prend sens que dans le défaitisme qui a saisi une partie des élites françaises. Voici le récit d’une histoire qui n’a pas été, mais qui aurait pu être.

Et si, la prise du pouvoir par Pétain ayant échoué, la France avait continué la guerre en juin 1940 ? Disposant des moyens de ne pas capituler honteusement, le gouvernement français poursuit la lutte contre l’Allemagne hitlérienne à partir de l’Afrique du Nord et de l’Empire, alors qu’à Paris, l’Occupant pousse ses fantoches, Darnand, Déat, Doriot et Laval. Telle est l’histoire « alternative » que racontait 1940. Et si la France avait continué la guerre…, premier volet de cet essai où l’histoire rencontre la fiction.

Mais ensuite ? En 1941, le centre de gravité du conflit s’est déplacé vers le sud, la guerre en Méditerranée s’intensifie, tandis que Hitler envisage de se lancer à l’assaut de l’URSS.Couvrant tous les aspects du conflit – politique, économie, diplomatie, stratégie et même tactique –, ce deuxième volume livre le récit d’une histoire qui n’a pas été, mais qui aurait pu être, celle des années 1941-1942.

Ce récit haletant se lit comme un véritable roman, mais il constitue aussi un exercice historique original. Une façon entièrement novatrice et fascinante de relire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.


Fantasque Time Line | 1940 – La France continue la guerre

Cette page héberge la traduction française de la Fantasque Time Line (FTL). Comme vous l’aurez compris, il s’agit ici d’une fiction, plus précisément d’une uchronie (histoire alternative). Le terme anglais est FFO (France Fights On – La France continue la guerre). Par opposition, notre réalité historique est appelée OTL (Original Time Line).

Tout a commencé le 30 novembre 2004 sur le Warship Discussion Forum, où deux intervenants se sont interrogés sur la possibilité pour la France de rester dans la guerre le 17 juin 1940, avec la proposition anglaise de « fusion » entre les deux puissances alliées. Jacques Sapir (sous le pseudo de Fantasque) et quelques-uns de ses collègues ont eu l’idée de tester sérieusement le scénario auprès de leurs étudiants militaires et un groupe de travail s’est constitué avec des chercheurs et des enseignants en stratégie, français mais aussi américains, britanniques, italiens, russes … Leurs étudiants se sont intégrés au groupe et « jouent » les scénarios tactiques développés à partir des contraintes stratégiques, politiques et logistiques.

Le point de divergence (point of divergence ou POD en anglais), tout à fait initialement articulé autour de l’éphémère idée (portée historiquement, entre autres, par Jean Monnet) de fusion des nations française et britannique, a ensuite été modifié, pour rendre le scénario plus crédible.  En effet, un certain consensus se dégage aujourd’hui pour estimer qu’au delà du 15 juin, la situation évolue de façon irrémédiable.

Naturellement, la bataille de France est militairement perdue à partir de l’encerclement du GA1 à la fin mai. Mais les choses ne sont pas figées du point de vue politique, d’où un flottement certain jusqu’à la prise de pouvoir par Pétain le 16 juin. Au niveau politique, tout reste donc possible entre le 1er et le 15 juin et c’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la décision de poursuivre le combat à partir des colonies. Du point de vue militaire, les forces françaises n’étaient pas réduites à néant, même si la Métropole était perdue à court terme – encore ce court terme se mesurait-il en semaines et non en jours. L’Armée de Terre conservait des forces importantes (voir l’ouvrage récent de G. Ragache), la Marine nationale restait la quatrième du monde (après les Anglais, les Américains et les Japonais), l’Armée de l’Air conservait des effectifs nombreux et avait déjà commencé à faire passer ses avions les plus modernes en Afrique.

Par ailleurs, les armées allemandes se heurtaient à des difficultés logistiques qui ne pouvaient aller qu’en s’aggravant. Bien entendu, nombreux sont ceux qui préféreraient (et nous avec !) une hypothèse étudiée par Jacques Belle dans son tome 1 (« Il fallait rester en Belgique le 15 mai 1940 »), à savoir la rupture du corridor des panzers par les Alliés et le rétablissement de la liaison avec le GA1. Mais les conséquences sont telles qu’on s’éloigne radicalement de la 2e GM telle qu’on la connaît. Or, pour une simulation de cette ampleur, il faut un référentiel auquel se raccrocher. Un « match nul » en Belgique et dans le nord de la France aurait eu des conséquences qu’il est très difficile d’estimer (quid de l’attitude de Mussolini, de Staline, de Franco ? Hitler est-il renversé par ses généraux ? l’économie allemande s’enraye-t-elle ?).

Et n’oublions pas que, si nos armées réussissent à se « rattraper » en mai, on se retrouve dans une situation politico-militaire relativement classique. L’Armée n’a pas failli, le pouvoir politique ne faillira pas plus. Ce que nous souhaitions étudier, c’étaient les conséquences d’une décision purement politique, qui ne dépendaient pas d’un « miracle » militaire mais d’un choix moral. Il était probablement plus faisable de prendre les « bonnes » décisions en juin que de réussir à arrêter militairement les Allemands en mai.

Nous avons donc fixé un premier point de divergence mineur au 6 juin, avec la mort de la maîtresse de Reynaud (Président du Conseil) et la mise hors-jeu de Villelume (directeur de cabinet du PdC), qui avaient une grande influence sur Reynaud lui-même, ce qui a beaucoup joué dans sa résignation devant l’échec militaire, puis dans sa démission.

Le point majeur est ensuite, le 10 juin, le remplacement de Weygand (principal soutien de Pétain) à l’instigation de De Gaulle, et la décision du repli en Afrique du Nord (ou Grand Déménagement). De Gaulle avait historiquement souhaité le départ de Weygand (qui a passé une bonne partie de son temps à faire le siège du gouvernement pour obtenir un armistice politique) et le repli en Afrique du Nord était envisagé par beaucoup, Reynaud compris. Le clou est enfoncé le 12/13 juin avec l’arrestation de Pétain qui n’est finalement qu’un point final (mais nécessaire) au bouleversement politique.

On voit donc qu’il y a un enchaînement de circonstances, ce qui semble raisonnable au regard du cataclysme que fut la sortie de la France du conflit (du point de vue des Etats-Unis notamment).

Jacques Sapir, coordinateur du groupe, explique la méthode de fonctionnement :

« La simulation se fait à partir d’un réseau d’ordinateurs, utilisant des logiciels de simulation opérationnelle, recalibrés autour des performances des matériels de la période 1940/41 et en tenant compte des rythmes d’attrition de l’époque. Certaines batailles sont jouées en semi-aveugle avec présentation tactique sur écrans séparés des données telles qu’elles seraient vues par chaque commandant.

Il y a donc, en résumé :
une équipe de réflexion et de production scénarios (et de vérification de leur crédibilité matérielle et politique),
une équipe de jeu (dont la première équipe est l’arbitre) qui présente deux fois par semaine au debriefing ses résultats et les leçons tirées (il y a quand même un objectif pédagogique dans tout cela …),
Une équipe documentaire qui nous alimente en sources d’archives.
Certains d’entre nous appartiennent aux trois équipes et assurent une bonne connexion.Par ailleurs, certains intervenants (dont beaucoup sont des militaires en activité ou en retraite) nous écrivent pour nous faire des suggestions, des commentaires et des critiques qui ont été à plusieurs reprises présentés au groupe de travail et discutés dans les debriefings . »

Depuis son lancement, la FTL a fait du chemin. Elle dispose de son propre site, dont Loïc Mahé est le webmestre, et d’un rédac-chef, Frank Stora (Casus Frankie), qui, après avoir assuré la traduction en français de chapitres rédigés en anglais et leur « mise en couleurs » littéraire (ajout de personnages fictifs, descriptions de type journalistique, narration au style direct, etc.), s’efforce de coordonner le travail d’une douzaine de rédacteurs ayant chacun un ou plusieurs domaines d’élection. En effet, de nombreux contributeurs font travailler leur imagination sous forme de récits, de cartes, d’illustrations, … !

Après la sortie du tome 1 en mai 2010, le second livre a suivi en avril 2012. Tous deux ont été réédités en édition de poche (Texto). Les premiers chapitres du tome 1940 ont été adaptés en bande dessinée par Jean-Pierre Pécau (Editions du Soleil), deux albums sont parus et un troisième est en préparation.


Libre Journal des historiens du 24 février 2017 : “Si l’armistice de 1940 n’avait pas été signé…” (Radio Courtoisie)

Francis Choisel, assisté de Nathalie, recevait Frank Stora, journaliste, spécialiste des jeux de simulation et Jacques Sapir, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, écrivain.

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