Oum Kalthoum, la voix du Caire

Aucune chanteuse n’a été adulée à l’égale d’Oum Kalthoum, aucune voix, si belle soit-elle, n’a incarné comme elle l’âme de tout un peuple, au point d’être sacralisée de son vivant, non seulement en Égypte, mais dans tout le monde arabe. Une évocation vibrante de l’extraordinaire diva, décédée en 1975.

Quand elle disparaît, le 3 février 1975, des millions d’Égyptiens suivent son cortège funèbre, comme ils l’avaient fait quinze mois plus tôt après la mort du président Nasser. Le retentissement, là encore, est planétaire. Aucune chanteuse n’a été adulée à l’égale d’Oum Kalthoum, aucune voix, si belle soit-elle, n’a incarné comme elle l’âme de tout un peuple, au point d’être sacralisée de son vivant, non seulement en Égypte, mais dans tout le monde arabe. « Au-dessus d’elle, il n’y a que le Coran », résumait le journaliste Mustapha Amin, l’un de ses amis.

Née dans les premières années du XXe siècle dans le delta du Nil, fille d’un modeste imam de campagne qui la fait chanter en public dès l’âge de 7 ans, Oum Kalthoum n’est encore qu’une gamine sans éducation, cachée sous des vêtements de garçon qui suscitent la moquerie, quand elle débarque au Caire, où l’amène la renommée grandissante de sa voix hors norme. Vingt ans plus tard, ses concerts retransmis en direct à la radio, dans lesquels elle exalte comme nulle autre l’amour, Dieu et la patrie, figent tout le pays. Après 1952, l’accession de Nasser au pouvoir fait définitivement d’elle non pas la première, mais « la Dame », comme on l’appelle, de la nation, elle qui, en pionnière, a mis la poésie de la langue arabe à portée de tous, à travers des mélodies d’une haute sophistication.

« Tarab »

Il suffit de contempler dans ce film les visages de ses auditeurs, magnifiés par la joie ou le recueillement, pour approcher une part de la magie exercée par Oum Kalthoum : le tarab, émotion poétique et musicale que de lumineux exégètes tentent d’expliciter face à la caméra, de certains des musiciens qui l’ont accompagnée sur scène au trompettiste de jazz Ibrahim Maalouf. Entrelaçant photos et films d’archives, commentaires et témoignages, dont l’une des très rares interviews radiophoniques données par la chanteuse, Xavier Villetard retrace le chemin extraordinaire qu’elle a accompli seule, dans une société dominée par les hommes, et fait résonner puissamment sa voix reconnaissable entre toutes.

Réalisation : Xavier Villetard

ARTE


TV : « Oum Kalthoum, la voix du Caire » (Le Monde)

Sur la base de documents d’archives et d’entretiens, cet intéressant documentaire retrace l’histoire édifiante, maintes fois racontée, sans doute, mais toujours ­passionnante, de cette petite ­paysanne illettrée devenue une icône en Egypte, au Moyen-Orient et dans quasiment tout le monde arabe. Encore aujourd’hui, elle reste une référence et suscite de multiples hommages, plus de quarante ans après sa mort, au Caire, le 4 février 1975.

Surnommée « la Quatrième ­Pyramide », « l’Astre de l’Orient », « la Dame », Oum Kalthoum (on trouvera son nom souvent écrit Kalsoum, également), née aux alentours de 1904 – le réalisateur, Xavier Villetard, retient cette date approximative, qui est le plus souvent évoquée ; d’autres documents parlent de 1898 – à Tmaïe al-Zahayira, un village du delta du Nil, où son père était imam.

« Féminisme arabe »

A 7 ans, déjà, elle exprime un ­petit caractère indocile, refusant d’abord d’accompagner son père et son frère pour chanter avec eux dans des cérémonies religieuses. Elle a fini par accepter… en échange de sucreries à la fleur d’oranger. « J’étais têtue, mais gourmande », dit la voix de la diva, enregistrée lors d’un entretien donné au micro de la radio égyptienne et que l’on retrouve à plusieurs moments au fil du ­récit, confiant plus loin, par exemple : « Plus j’avance en âge et plus j’ai peur du public. Chaque fois que le rideau se lève, je transpire. Voilà pourquoi je tiens un mouchoir à la main. Cette peur, c’est une façon de respecter le ­public. »

Les images montrent ce studio de la radio depuis lequel, tous les premiers jeudis du mois, elle chantait. Ces soirs-là, les rues du Caire se vidaient, on se rassemblait autour des transistors et l’on écoutait religieusement « la Voix ». Des photos défilent, montrant les visages recueillis d’auditeurs envoûtés, fumant la chicha. Le Caire, la capitale de l’Egypte où elle est arrivée en 1923 sous des ­accoutrements de garçon – une volonté de son père qui souhaitait qu’elle cache sa féminité pour s’éviter « des ennuis » – et où elle enregistrera toutes ses chansons de 1934 à 1960. Dans son contrat, elle avait fait inclure une clause exigeant qu’elle soit la mieux payée de toutes les chanteuses de la radio. Oum Kalthoum n’oublie pas de s’investir dans le cinéma et les comédies musicales, qui font du Caire la capitale culturelle du Moyen-Orient.

Dès le début des années 1930, la célébrité l’amène au-delà des frontières de l’Egypte : Bagdad, ­Jérusalem, Beyrouth, Haïfa, en ­Palestine, où elle offre la recette du concert à la fondation contre l’occupation britannique et l’immigration juive. Après la révolution de juillet 1952, quand une ­rumeur circule sur l’interdiction de ses chansons à la radio parce qu’on lui reprochait d’avoir trop chanté pour le roi Farouk et les ­dirigeants de l’ancien régime, le nouveau maître du pays, Gamal Abdel-Nasser, prend sa défense. Elle lui offrira son soutien quand il nationalisera le canal de Suez (1956) ou après la cuisante défaite de la guerre des Six-Jours contre Israël (1967).

Lorsque Nasser meurt d’une crise cardiaque, le 20 novembre 1970, elle annule sa tournée en Union soviétique et rentre en Egypte. Plusieurs millions de personnes suivent le cercueil du ­défunt dans les rues du Caire. ­Plusieurs millions suivront également, après son décès, celui de celle qui incarnait également, « en chantant debout au milieu des hommes, l’émergence d’un féminisme arabe ».

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