Le rapport à la loi des Talibans

Le rapport à la loi des Talibans (Matières à penser – France Culture)

Il ne faut pas commettre à propos des Talibans la même erreur d’analyse que celle qui a longtemps été faite à propos du stalinisme. Ni l’un, ni l’autre ne procèdent d’une abolition de la loi mais bien de son utilisation perverse.

 

Les Talibans (comme l’État islamique d’ailleurs) repose bien sur un « régime de vérité », fut-il impitoyable et sanguinaire, comme le rappelle le chercheur Adam Baczko dans ses travaux.

Intervenants

  • Adam Baczko, chercheur à l’EHESS, spécialiste de l’Afghanistan.


La loi sans l’Etat. Le système judiciaire Taliban en Afghanistan depuis 2001 (Projet de thèse)

À la suite de l’intervention occidentale qui chasse les Taliban du pouvoir en 2001, ceux-ci se réimplantent progressivement en Afghanistan dans les années suivantes. C’est dans cette perspective qu’il convient de comprendre la mise en place, par les Taliban, d’un système judiciaire en pleine guerre civile, alors même qu’ils ne sont qu’un acteur politico-militaire parmi d’autres, sans autre légitimité à faire valoir que leur cause. Dans un contexte de guerre civile, dans lequel les séparations entre sphères privé et public, entre le social et le politique varient à la faveur des actions des uns et des autres, où juger est à la fois une activité adjudicatoire et une arme dans la guerre, comment un mouvement politico-militaire parvient-il à la fois à produire un système judiciaire, à le faire reconnaître comme tel et à en tirer un profit politique ? Comment le juge Taliban, qui est Taliban autant que juge, parvient-il à se faire reconnaître dans sa fonction par la population ?

Les Taliban ont réussi là où l’intervention occidentale et le régime au pouvoir ont échoué, puisqu’ils sont parvenus à construire un système judiciaire relativement objectivé dans un contexte de politisation des conflits privés qui caractérise la guerre civile en Afghanistan. L’administration d’Hamid Karzai et la coalition occidentale ont suivi un mode de fonctionnement décentralisé et néopatrimonial, fondé sur une perception communautariste de l’Afghanistan, espérant ainsi coopter différentes segments tribaux et ethniques. À l’inverse, le mouvement Taliban s’est appuyé sur la référence religieuse comme rationalité politique et sur le clergé sunnite comme institution bureaucratique pour centraliser son système judiciaire et limiter les influences sociales exogènes sur les décisions des juges. L’insurrection parvient ainsi à déborder les conflits individuels et les clivages identitaires, élargissant sa base sociale en même temps qu’elle s’étend sur l’ensemble du territoire.

Adam Baczko

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