Un procureur sur la ville

Cette série de six documentaires, tournés dans six villes, livre un aperçu saisissant du fonctionnement de la justice à travers six parquets et leur procureur. Elle ébauche également une géographie de la criminalité sur le territoire français.

Réalisés sans commentaires, ces documentaires mettent en évidence le pouvoir et le rôle du procureur de la République et de ses substituts dans la machine judiciaire. Ils soulignent l’ampleur de la tâche qui est la leur et les limites des moyens dont ils disposent

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TV : « Un procureur sur la ville » nous embarque dans le quotidien des Sisyphe judiciaires (Le Monde)

Ils ont souvent les yeux cernés et la mine un peu chiffonnée. C’est qu’on leur demande beaucoup, à ces hommes et à ces femmes qui exercent la fonction de procureur de la République. La série de cinq documentaires que Cyril Denvers leur consacre pourrait presque passer pour un film de promotion d’entrée dans la carrière – « En­gagez-vous, rengagez-vous ! » – tant elle montre la variété des missions que doivent assurer les magistrats du parquet.

« Un procureur dans la ville » serait d’ailleurs un titre plus juste à cette série qui les suit dans leurs permanences téléphoniques avec les policiers, en déplacement sur les scènes de crime, face aux ­gardés à vue, en conférences de presse, auprès des détenus, ou lors de réunions de travail avec les élus et les autres acteurs sociaux et ­économiques de la ville et, bien sûr, à l’audience où ils ont en charge de représenter l’accusation. A tout seigneur, tout honneur, c’est à ­Bobigny (Seine-Saint-Denis), le deuxième parquet de France et le département le plus criminogène du pays, que la série s’est ouverte. Une femme au parler franc, ­Fabienne Klein Donati, diri­ge l’équipe d’une cinquantaine de magistrats du parquet, confrontés à la misère et à l’extrême violence, dans un tribunal en « état d’urgence permanent ». Ici plus que partout ailleurs, le service du traitement en temps réel (TTR), celui de la permanence téléphonique du parquet, offre une plongée vertigineuse dans l’univers sombre du département, trafic de stupéfiants, rixes, immigration clandestine, foyers de radicalisation terroriste, qui forment le quotidien de ces Sisyphe judiciaires.

On les retrouve à Nîmes, à Epinal, à Brest, à Nice, sur le front incessant des délits routiers, des excès d’alcool ou de stupéfiants – « Je suis le sixième procureur à vous ­recevoir pour le même délit », sermonne l’un d’eux un prévenu qui bafouille des justifications maladroites –, des violences conjugales ou sexuelles, s’efforçant comme ils peuvent d’incarner l’autorité de la loi sous la lumière blafarde d’un bureau encombré de papiers, dressant entre eux et ceux qui leur font face la langue particulière du code pénal – « Je vous notifie »,« vous êtes déféré » – derrière laquelle les moins expérimentés semblent se retrancher comme à l’abri d’un bouclier ­protecteur face à l’infinie variété des dérèglements des ­comportements humains.

Quand le climat est moins tendu, les voilà encore, éphémères professeurs d’instruction civique – « je fais de l’engueulothérapie », dit l’un d’eux – ou animant, comme le procureur Etienne Manteaux, à Epinal, des « stages de citoyenneté », une alternative à l’incarcération pour des personnes condamnées à de petits délits. La scène est cocasse qui montre le procureur, face à un groupe plus ou moins attentif, expliquer qu’une « fourchette peut devenir une arme par destination » ou la différence entre meurtre et assassinat (le meurtre avec prémédi­tation) en citant l’exemple du mari jaloux – « Vous rentrez chez vous, vous trouvez votre femme au lit avec un homme, que faites-vous ? » On voit le même, lors d’une visite de routine en prison, s’enquérir des conditions de vie des dé­tenues – « Vous êtes sortante quand ? », demande-t-il poliment à une jeune femme dont on n’entend que la voix lui répondre d’un air las : « En 2024 » –, puis, dans la foulée, se tourner vers le directeur du centre pénitentiaire : « Et vos travaux d’étanchéité, c’est fini ? » Mais il y a aussi ce beau moment offert par la justice civile, lorsqu’une procureure et une juge ­accueillent une femme âgée qui demande avec émotion l’adoption de celle, plus jeune, ­assise à ses côtés. Comme une parenthèse de générosité, qui éclaire les visages des magistrats, avant qu’ils ne repartent affronter le fracas.

Un procureur sur la ville, de Cyril Denvers (Fr., 2016, 6 × 50 min)


Game of Thrones – Bilan de la saison 6

La saison 6 de Game of Thrones s’est achevée le 26 juin dernier sur HBO devant près de 9 millions de téléspectateurs, un record pour la chaîne. Pour autant, la série événementielle est-elle parvenue à répondre aux attentes des fans et à tracer le sillon des romans de George Martin dont elle s’était jusqu’ici largement inspirée ?

Notre réponse à cette question et à beaucoup d’autres, à l’occasion d’un retour détaillé sur les principaux rebondissements, thèmes centraux et révélations apportées par cette nouvelle saison tant attendue.Du sort réservé à Jon Snow à l’identité tenue secrète de ses parents, les interrogations ne manquaient pas pour les fans de Game of Thrones au moment d’aborder la sixième saison de la série adaptée des romans de George Martin. D’autant que le temps était venu de « dépasser » les évènements dépeints par l’auteur américain dans sa saga littéraire, dont il s’attelait (et s’attelle toujours) à finaliser l’écriture du sixième tome, The Winds of Winter.

À l’aide d’extraits sonores issus de la saison 6 (voire de saisons antérieures), je vous propose de revenir sur ses moments-clés en compagnie de Stéphane Rolet, spécialiste des rapports texte-image à la Renaissance et auteur d’un essai intitulé Le Trône de fer, ou Le Pouvoir dans le sang (Presses Universitaires François-Rabelais, collection « Sérial »).

Nous en profitons pour analyser la puissance de la fiction à (ré)activer des personnages longtemps tenus dans l’ombre, mais aussi le jeu d’échos, de réminiscences et d’interférences qu’instaure la série au sein de sa propre mise en scène, la « comédie du pouvoir » et le refus du compromis sexuel auquel elle n’hésite pas à se prêter, ainsi que la place prépondérante qu’elle accorde aux enfants et aux femmes (notamment dans cette saison 6).

Lieu de joutes sadiques et de batailles spectaculaires, Game of Thrones sait aussi manier avec dextérité la prédiction fructueuse et le jeu de piste reposant sur des indices dissimulés dans le fond des plans. Autant d’éléments visuels et narratifs sur lesquels nous revenons en détail dans ce podcast, avant de nous porter sur l’avenir de la série et les premiers souffles glaciaux des vents de l’hiver.

Source : Des séries et des hommes (Libération)

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Attention ! Ce podcast dévoile des éléments cruciaux de l’intrigue de la saison 6 de Game of Thrones. Nous vous recommandons donc d’avoir vu celle-ci intégralement avant de l’écouter.