Un procureur sur la ville

Cette série de six documentaires, tournés dans six villes, livre un aperçu saisissant du fonctionnement de la justice à travers six parquets et leur procureur. Elle ébauche également une géographie de la criminalité sur le territoire français.

Réalisés sans commentaires, ces documentaires mettent en évidence le pouvoir et le rôle du procureur de la République et de ses substituts dans la machine judiciaire. Ils soulignent l’ampleur de la tâche qui est la leur et les limites des moyens dont ils disposent

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TV : « Un procureur sur la ville » nous embarque dans le quotidien des Sisyphe judiciaires (Le Monde)

Ils ont souvent les yeux cernés et la mine un peu chiffonnée. C’est qu’on leur demande beaucoup, à ces hommes et à ces femmes qui exercent la fonction de procureur de la République. La série de cinq documentaires que Cyril Denvers leur consacre pourrait presque passer pour un film de promotion d’entrée dans la carrière – « En­gagez-vous, rengagez-vous ! » – tant elle montre la variété des missions que doivent assurer les magistrats du parquet.

« Un procureur dans la ville » serait d’ailleurs un titre plus juste à cette série qui les suit dans leurs permanences téléphoniques avec les policiers, en déplacement sur les scènes de crime, face aux ­gardés à vue, en conférences de presse, auprès des détenus, ou lors de réunions de travail avec les élus et les autres acteurs sociaux et ­économiques de la ville et, bien sûr, à l’audience où ils ont en charge de représenter l’accusation. A tout seigneur, tout honneur, c’est à ­Bobigny (Seine-Saint-Denis), le deuxième parquet de France et le département le plus criminogène du pays, que la série s’est ouverte. Une femme au parler franc, ­Fabienne Klein Donati, diri­ge l’équipe d’une cinquantaine de magistrats du parquet, confrontés à la misère et à l’extrême violence, dans un tribunal en « état d’urgence permanent ». Ici plus que partout ailleurs, le service du traitement en temps réel (TTR), celui de la permanence téléphonique du parquet, offre une plongée vertigineuse dans l’univers sombre du département, trafic de stupéfiants, rixes, immigration clandestine, foyers de radicalisation terroriste, qui forment le quotidien de ces Sisyphe judiciaires.

On les retrouve à Nîmes, à Epinal, à Brest, à Nice, sur le front incessant des délits routiers, des excès d’alcool ou de stupéfiants – « Je suis le sixième procureur à vous ­recevoir pour le même délit », sermonne l’un d’eux un prévenu qui bafouille des justifications maladroites –, des violences conjugales ou sexuelles, s’efforçant comme ils peuvent d’incarner l’autorité de la loi sous la lumière blafarde d’un bureau encombré de papiers, dressant entre eux et ceux qui leur font face la langue particulière du code pénal – « Je vous notifie »,« vous êtes déféré » – derrière laquelle les moins expérimentés semblent se retrancher comme à l’abri d’un bouclier ­protecteur face à l’infinie variété des dérèglements des ­comportements humains.

Quand le climat est moins tendu, les voilà encore, éphémères professeurs d’instruction civique – « je fais de l’engueulothérapie », dit l’un d’eux – ou animant, comme le procureur Etienne Manteaux, à Epinal, des « stages de citoyenneté », une alternative à l’incarcération pour des personnes condamnées à de petits délits. La scène est cocasse qui montre le procureur, face à un groupe plus ou moins attentif, expliquer qu’une « fourchette peut devenir une arme par destination » ou la différence entre meurtre et assassinat (le meurtre avec prémédi­tation) en citant l’exemple du mari jaloux – « Vous rentrez chez vous, vous trouvez votre femme au lit avec un homme, que faites-vous ? » On voit le même, lors d’une visite de routine en prison, s’enquérir des conditions de vie des dé­tenues – « Vous êtes sortante quand ? », demande-t-il poliment à une jeune femme dont on n’entend que la voix lui répondre d’un air las : « En 2024 » –, puis, dans la foulée, se tourner vers le directeur du centre pénitentiaire : « Et vos travaux d’étanchéité, c’est fini ? » Mais il y a aussi ce beau moment offert par la justice civile, lorsqu’une procureure et une juge ­accueillent une femme âgée qui demande avec émotion l’adoption de celle, plus jeune, ­assise à ses côtés. Comme une parenthèse de générosité, qui éclaire les visages des magistrats, avant qu’ils ne repartent affronter le fracas.

Un procureur sur la ville, de Cyril Denvers (Fr., 2016, 6 × 50 min)


« Mafia et République » : l’histoire secrète du crime organisé corse

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L’histoire complexe et occultée de la mafia corse, qui a prospéré à partir de la fin des années 1920 avec la complicité de l’État français.

En trois volets, cette série documentaire ausculte les liens scélérats qui ont uni mafieux corses et politiques de tous bords sur trois générations.

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Ces trois épisodes, aussi denses qu’éclairants, auscultent les liens scélérats qui ont uni mafieux corses et politiques de tous bords sur trois générations. Naviguant entre images d’archives et explications d’historiens, de journalistes, de magistrats et de témoins (la fille de Barthélemy Guerini, le confident d’Étienne Léandri, Loïk Le Floch-Prigent…), ils décortiquent les mécanismes obscurs – services rendus contre impunité – qui ont permis à une organisation criminelle méconnue et pourtant toute-puissante de s’exporter sur tous les continents et d’infiltrer les antichambres du pouvoir. D’où le constat de l’historien du droit Jacques de Saint Victor : « Un jour on se réveille et on n’est plus véritablement dans un système démocratique, mais on ne s’en est pas rendu compte. »

  • Réalisation : Christophe Bouquet

Premier volet : Naissance d’un pouvoir invisible (1929-1945)

Au début du XXe siècle, la misère jette de nombreux Corses sur les routes de l’exil. Destination : Marseille, son port et ses activités clandestines. L’un d’eux, Simon Sabiani, s’engage en politique au lendemain de la Première Guerre mondiale.

En 1929, lors de la campagne pour la mairie de Marseille, il fait appel à deux puissants malfrats, le Corse Paul Carbone et le Sicilien François Spirito, pour assurer son service d’ordre en échange d’emplois municipaux. La première alliance politico-mafieuse de France est scellée.

Cinq ans plus tard, un autre clan corse, celui des frères Guerini, tire son épingle du jeu lors des municipales. Écarté du pouvoir à partir de 1934, Sabiani revient en grâce sous le régime de Vichy. Carbone et Spirito lui emboîtent le pas dans la collaboration, alors que les Guerini rallient la Résistance au côté de Gaston Defferre. À la Libération, Étienne Léandri, gigolo et gestapiste corse, fuit en Italie tandis que les frères Guerini prennent le contrôle de Marseille…


Deuxième volet : Aux services de la France (1945-1975)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, mafieux et politiques luttent main dans la main contre les communistes. En 1947, la grève des dockers marseillais est brisée par l’action simultanée des Guerini, sollicités par la CIA, de la DST (Direction de la surveillance du territoire) dans le Sud-Est, et de Marcel Francisci et Jo Renucci, autres figures de la pègre, membres du service d’ordre gaulliste.

Paris s’appuie par ailleurs sur la diaspora corse pour défendre ses colonies : de nombreux mafieux deviennent agents du SDECE, le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage. Parallèlement, la French Connection déploie sa toile avec la complicité de l’État. Embourbée en Indochine, la France rachète des stocks de pavot en échange du soutien des populations locales et les écoule auprès des trafiquants corses de Saigon. La marchandise, venue également d’Iran, de Turquie ou du Liban, est transformée en héroïne dans les laboratoires français, expédiée vers les États-Unis grâce à aux liens tissés par Étienne Léandri avec la mafia sicilo-américaine, et l’argent est blanchi dans les cercles de jeux.

Mais en 1969, l’élection de Georges Pompidou change la donne. Le président, qui collabore avec Nixon dans sa guerre contre la drogue, place ses hommes au SDECE et purge le SAC (service d’action civique), la police parallèle des gaullistes, également infiltrée par le milieu…


Dernier volet : La République gangrenée (1975-2016)

Affaiblie par la décolonisation, le démantèlement de la French Connection et la mort de ses grands parrains, la pègre corse se relève en devenant l’un des rouages du « système Elf ». Représentée par Robert Feliciaggi et Michel Tomi, qui investissent dans les salles de jeux en Afrique, Jean-Jé Colonna, qui règne sur la Corse-du-Sud, et Richard Casanova, l’un des leaders de la Brise de mer, principal gang de Haute-Corse, la troisième génération de parrains corses noue des liens complexes au sein de la Société d’étude et de développement (SED), qui prendra part, en lien avec Elf, au financement occulte des partis politiques (RPR et PS).

Au cœur de cette mécanique : un intermédiaire, l’incontournable Étienne Léandri, proche de Charles Pasqua. Après avoir fait fortune sur le continent noir, les Corsico-Africains reviennent aux sources. Entré en politique, Feliciaggi ambitionne de transformer l’île de Beauté en paradis des mafieux avec l’aide des nationalistes. Mais le rejet du projet de réforme territoriale au référendum de 2003 et l’escalade de violence qui décime malfrats et nationalistes enterrent son rêve. Seul survivant : Michel Tomi, qui gère tranquillement son empire depuis le Gabon, jusqu’à sa mise en examen en juin 2014…

15 jours à l’Identité Judiciaire

Montrez-moi une scène de crime ! – LSD, La série documentaire (France Culture)

Une série documentaire de Michel Pomarède, réalisée par François Teste

LSD a passé 15 jours d’immersion au sein de l’Identité Judiciaire. 15 jours à suivre une grosse poignée de techniciens et de policiers dans le quotidien de leur travail : faire parler une scène de crime ou de vols pour aider les enquêteurs à mettre un nom sur une empreinte.

15 jours pour débusquer derrière le jargon du métier et les silences des femmes et des hommes passionnés par leur métier. Dans le service, certains sont armés (les policiers) , d’autres non ( les techniciens) . Ils manient avec dextérité l’écouvillon pour les prélèvements le crayon à papier pour dresser un plan ou le zoom de leur appareil photo pour immortaliser les détails d’une arme.

Âme sensible s’abstenir : leur tête à tête avec la mort violente après un règlement de compte ou plus récemment sur des scènes d’attentat renvoie les séries télévisées à de gentilles bluettes…C’est peut-être pour cela qu’ils ont développé un solide sens de l’humour noir.


Episode 1 : Identité judiciaire, la mort, un travail au quotidien

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Alphonse Bertillon qui fut le premier directeur du service de l’identité judiciaire en 1893 repose en paix au Père Lachaise. Il a un buste dans le hall du service au 3 quai de l’horloge, derrière le palais de justice, à un jet de pierre de la place du Châtelet.

Que Bertillon se rassure son 16ème successeur Xavier Espinasse et son service composé de 180 personnes (moitié scientifique, moitié policier) continuent son œuvre. A savoir : figer à l’aide d’un plan, de photos une scène de crime ou de vol avec effraction et procéder à l’aide d’écouvillons et de poudres à la recherche de traces et indices. Certes, ces limiers vêtus parfois de combinaisons blanches et coiffés de charlottes côtoient la mort presque au quotidien mais ils la traitent d’abord avec minutie et ensuite avec de l’humour. Ça aide !

A l’I.J., nous sommes des scientifiques pas des enquêtrices.

Les personnels scientifiques de l’I.J. n’ont pas pour Graal de porter une arme.

Une scène de crime, c’est une scène de vie ou scène de mort ? Les deux. C’est de la vie autour de la mort.

Sur une scène de crime, on trouve 2 sortes de traces : traces visibles et traces latentes.

Avec Xavier Espinasse , le patron de l’Identité Judiciaire mais aussi Thierry, le chef de la section photo-plan ; Perrine, la chef-adjointe de la section traces et indices ainsi que Florence, novice dans la section et aussi Steeve, Frank et André, responsable du Bureau de Commandement Opérationnel.


Episode 2 : Identité judiciaire, opération blue star, à la recherche d’une trace de sang

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Un appartement quelque part dans Paris, des enquêteurs posent des questions au propriétaire qui l’a loué à une femme retrouvée morte l’été dernier ailleurs dans la capitale. A leur côté, deux hommes et une femme de l’identité judiciaire s’affairent : Frank et Julie cherchent des traces de sang sur les couteaux de la cuisine avec un produit miracle le Bluestar… Steeve prend des photos.

Pendant ce temps-là au service, Perrine cherche des empreintes sur des traces sur des sachets ayant contenu des stupéfiants et Thierry inspecte les photos d’un homme déguisé en super-héros retrouvé mort devant un immeuble. La routine.

On était habitué aux cadavres pourris et ce cadavre frais nous gênait car ça nous rapprochait de l’humain peut-être !

La vision du cadavre m’effraie peu mais le contact avec les victimes me gêne. Les sentiments ça m’affaisse !

Après le décès, au bout d’1 mois déjà, la première escouade de mouches vient sur la scène de crime. Elles pénètrent le corps par tous les orifices humides naturels.

Avec Thierry, le chef de la section photo-plan ; Perrine, la chef-adjointe de la section traces et indices ainsi que Frank, Julie, Fabrice et Steeve, Nicolas, le chef de la section des traces technologiques et Catherine, employée comme traceur au FAED ( Fichier automatisé des empreintes digitales).


Episode 3 : 13 novembre 2015, mobilisation générale à l’identité judiciaire

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A partir de 23h ce soir-là et jusque tard dans l’après-midi le jour d’après l’ensemble du service s’est déployé sur les terrasses du 11ème arrondissement, au Stade de France également au Bataclan. Ils ont travaillé sans relâche pour identifier les 130 victimes mais ont aussi recueilli les empreintes permettant d’identifier certains terroristes. 1 an après, ils livrent le récit de cette longue nuit qui s’est terminée pour beaucoup par une grande fatigue et pour certains par des larmes.

Il y avait beaucoup de boulot ce soir-là.

Le job quoi ! Le boulot faut le faire vis-à-vis des victimes. J’ai pas de sentiments à avoir sur le moment.

Quand on parle de silence de mort, c’est exactement ça. L’expression n’a jamais été aussi appropriée cette nuit-là. Et puis, un téléphone se met à sonner et puis un deuxième, et puis un troisième et je crois que 90 téléphones portables se sont mis à sonner.

Traditionnellement, les corps sont repérés avec des cavaliers portant des lettres mais l’alphabet ne contient que 26 lettres !

Bande 2h38 mn : pendant 3 mois et demi, j’ai écouté l’enregistrement de la scène de crime du Bataclan.

Avec Xavier Espinasse, le patron de l’Identité Judiciaire mais aussi Thierry, le chef de la section photo-plan ; Nicolas, le chef de la section des traces technologiques ; Perrine, la chef-adjointe de la section traces et indices ainsi que Julie, Steeve, Fabrice et Max, chef adjoint du groupe de nuit.


Episode 4 : Identité judiciaire, nuit calme pour Max et les hiboux

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Les hiboux, c’est le surnom du groupe de nuit : 7 personnes qui veillent pendant 12 heures de 20h à 8h du matin. Alors qu’en journée le service fonctionne en sections, la nuit, l’équipe est polyvalente .

Photos, plans, kit entomologique, ils savent tout faire. Y compris la cuisine mais ça c’est la spécialité de Max qui veille au grain au bon fonctionnement de cette drôle de famille. Critiques des programmes télé, blagues de potaches et recettes fusent au milieu d’échanges sur les dernières interventions.

La nuit, c’est là, dit-on, que tombent les belles affaires : la mort rôde encore plus que le jour et prend souvent la forme de « HV ». Traduction : Homicide Volontaire. Pas cette nuit-là en tous cas, le crime de sang a fait relâche…

S’il y a un doute sur les circonstances de la mort, il est important de figer les lieux dès le départ !

Signe distinctif : cuistot du groupe de nuit. 20h ! C’est l’heure de manger. Priorité absolue. Quand on a mangé, on peut sortir toute la nuit.

A chacun son mythe. A Paris, c’est Alphonse Bertillon. A Lyon, c’est Edmond Locart.

Des fois, on apprend les affaires sur lesquelles on va être appelé dans la nuit, aux infos à la télé.

Avec Christophe, le chef de groupe de nuit, Nicolas, Romain et Max


Bibliographie :

Les dernières paroles des condamnés à mort

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Réunis pour la première fois, voici les derniers mots de centaines de condamnés à mort exécutés à travers les âges et les continents depuis que la peine capitale existe. Ils ont été prononcés sous des potences, des échafauds, dans la chambre d’exécution, juste avant l’injection létale, l’électrification ou la décapitation. Le condamné est attaché, menotté ou sanglé à une civière.

Les paroles que vous allez lire sont reproduites dans leurs termes exacts et Stéphane Bourgoin livre le récit détaillé du dernier jour de ces hommes, du réveil au dernier repas, jusqu’à leur dernier souffle. Figées à l’instant crucial et fatidique, ces voix d’outretombe sont poignantes, étranges, défiantes, parfois humoristiques, mais toujours inoubliables.  Certains prient, livrent des messages d’amour, d’amitié, de remerciements, d’autres demandent pardon, crient leur innocence, lancent une dernière provocation,  vont jusqu’à l’ultime tentative. Quand d’autres démontrent que leur indifférence au monde ou leur haine reste inchangées.

La mort nous attend tous, au bout du chemin, mais seuls les condamnés à la peine capitale en connaissent le jour et l’heure. Bienvenue sur le dernier rivage.

Plus grand spécialiste mondial des tueurs en série, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages traduits dans vingt langues, Stéphane Bourgoin a interviewé à ce jour plus de soixante-dix serial killers.

Editions Ring


L’heure du crime – Les dernières paroles d’un condamné à mort (RTL)

Aujourd’hui à la Une de l’Heure du Crime, l’enquête du criminaliste Stéphane Bourgoin sur les derniers mots des condamnés à mort, en France et dans le monde, depuis l’existence de la peine capitale !

Déradicalisation : un business pas très sérieux

Déradicalisation : un business pas très sérieux (France Inter)

Depuis les attentats de janvier 2015, la « déradicalisation » est devenue un business qui n’attire pas que des professionnels sérieux. Elodie Guéguen a enquêté.

Pour écouter le reportage sur la page de l’émission Secrets d’Info : Le business de la « déradicalisation »

Conférence de presse de Manuel Valls
Conférence de presse de Manuel Valls © Radio France / Thomas Padilla

24 octobre 2016, centre des congrès de la Villette à Paris. Manuel Valls prononce le discours de clôture des rencontres nationales sur la prévention de la radicalisation. Devant un parterre d’élus locaux et de militants associatifs, le Premier ministre promet de débloquer des crédits exceptionnels.

« Plus de 100 millions d’euros, sur trois ans », l’équivalent du budget annuel de l’Elysée. Une manne qui attire logiquement de nombreuses entreprises et associations. Aujourd’hui, près de 80 structures travaillent sur ce nouveau marché.

Il faut dire que depuis les attentats de Paris, la demande en matière de prévention de la radicalisation explose. Collectivités locales, préfectures, Education nationale ou encore grandes entreprises sollicitent des associations afin qu’elles les sensibilisent à cette nouvelle problématique. Ces associations parcourent la France en proposant des formations sur la détection des « signaux faibles », la laïcité ou la propagande djihadiste.

Mais certaines de ces structures se voient confier des missions bien plus sensibles : prendre en charge des jeunes radicalisés. La tâche est confiée à des équipes composées de médiateurs sociaux, d’éducateurs ou de psychologues. Aujourd’hui, 2.200 personnes signalées « radicalisées » sont ainsi suivies par des associations à la demande des pouvoirs publics.

« Ils n’y connaissent rien »

Ces associations sont-elles suffisamment professionnelles ? Ont-elles mis en place des méthodes efficaces ? La sénatrice Esther Benbassa tente de répondre en ce moment à ces questions à travers une mission parlementaire. Cette écologiste a conduit de nombreux entretiens, elle s’est rendue sur le terrain. Et ce qu’elle a vu, nous a-t-elle raconté, l’a tout bonnement effaré :

« Plus on avançait, plus on se rendait compte qu’il y avait des associations qui s’étaient engouffrées dans le créneau parce que ça rapporte de l’argent, et que ces associations faisaient n’importe quoi. Je n’aime pas utiliser les mots d’ « escroc » ou de « charlatan », mais je parlerais de gens totalement incompétents ! Qui ne connaissaient pas le sujet du tout ! Ils auraient pu faire une formation en informatique ou tout à fait autre chose. »

« Pas armés pour accompagner des radicalisés »

Le constat de cette sénatrice est sévère. Mais il ne l’est pas plus que celui d’un ancien salarié d’une structure de « déradicalisation » que nous avons rencontré. Il vient de jeter l’éponge après près d’un an passé dans une association mandatée par les pouvoirs publics :

« Lorsque j’ai rejoint cette structure, je n’avais aucune compétence en lien avec la radicalisation mais juste une modeste connaissance de l’islam. Je m’attendais à ce qu’on soit formé, qu’on ait une culture, une méthode commune. Il n’en a rien été. On confie le cas de ces jeunes radicalisés, de leurs familles, à des gens qui sont souvent de bonne volonté, mais qui ne sont pas du tout armés pour les accompagner ! »

Selon lui, l’amateurisme de certaines structures peut avoir de lourdes conséquences:

« Tant pis si les gamins rechutent, se radicalisent encore plus. L’essentiel c’est de montrer qu’on est présent sur le terrain. Parce que c’est valorisant, de bosser sur la radicalisation. Et puis parce qu’il y a de l’argent à la clé, évidemment. Ces associations le savent : les pouvoirs publics ne leur laisseront pas les cas de radicalisation vraiment lourds. Alors autant en profiter ! »

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A lire ce témoignage, on peut se demander pourquoi certaines de ces associations sont tout de même choisies par des préfectures, des conseils départementaux ou des municipalités. La radicalisation étant un sujet nouveau, beaucoup de dirigeants, d’élus, seraient dans le flou selon la sénatrice Esther Benbassa. Pour elle, il est donc aisé de faire illusion dans un secteur où la demande est forte.

« Tout le monde peut s’engouffrer parce que ce n’est pas difficile, on donne trois cours d’islam et on fait de la palabre ! On fait d’abord de l’effet auprès de la préfecture ou du département, on se fait ensuite quelques interviews et après on devient la personnalité du coin ! Les médias vous tombent dessus et vous devenez des vedettes. Mais ce n’est pas avec du vedettariat qu’on fera du travail. La déradicalisation, ce n’est pas du vedettariat ! »

Esther Benabssa fait référence, en creux, à des femmes qui ont été très médiatisées, comme Sonia Imloul. Cette militante associative est aujourd’hui mise en examen pour détournements de fonds publics.

En 2014, elle avait créé une « maison de la prévention de la radicalisation » en Seine-Saint-Denis, près de Paris. Sonia Imloul était alors présentée comme une pionnière. Elle enchaînait les interviews sur les plateaux télé et dans les journaux. Elle mettait en avant une équipe de grands professionnels qui suivait une trentaine de personnes.Pourtant, l’envers du décor était bien différent selon Julien Revial. Le jeune homme s’est retrouvé, un peu malgré lui, le « numéro 2 » de cette structure :

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Julien Revial © Radio France / Elodie Guéguen

« Quand je voyais certains articles de presse, je me demandais vraiment si c’était la structure dans laquelle je travaillais ! On parlait de juristes, de « victimologues-criminologues », de gens avec des compétences très solides, alors que, dans la réalité, il y avait Sonia (Imloul), moi qui n’avait aucune compétence sur ce sujet et la personne chargée du pôle psychologie qui était stagiaire. »

L’association de Sonia Imloul était subventionnée par le comité interministériel de prévention de la délinquance et de la déradicalisation (CIPDR) et par la préfecture de police de Paris. Julien Revial en veut aujourd’hui à ceux qui ont soutenu financièrement le projet de ne pas avoir relevé que les chiffres avancés par l’association dans la presse étaient fantaisistes :

Pour moi, il y a eu une manipulation de l’opinion.

« Les institutions voyaient bien tout cela. Elles savaient que ces données étaient amplifiées, qu’on ne suivait pas autant de familles mais jamais il n’y a eu de reproche fait dans ce sens, parce que ça permettait de montrer que le système était bien ficelé, que l’Etat prenait à bras-le-corps ces sujets-là et qu’il soutenait des projets sérieux, solides, qui allaient permettre de juguler ce phénomène de radicalisation religieuse qui préoccupait grandement l’opinion publique. »

Soupçons de détournement de fonds

Le jeune homme dit avoir compris dès le premier jour que son association allait servir de faire-valoir à des pouvoirs publics qui entendaient montrer qu’ils agissaient face au risque jihadiste.

« Il y a eu plus de journalistes que de familles qui sont venus dans la structure. Cette donnée à de quoi interpeller ! Il y avait des journalistes qui étaient là dès le premier jour où on prenait possession de nos locaux. Là j’ai compris que ce que nous allions faire était de promouvoir l’action de l’Etat. Avec le recul, je me dis que nous avons été un laboratoire médiatique. »

Amer, Julien Revial vient de tirer un livre de son expérience (Cellule de déradicalisation, chronique d’une désillusion, éd. Michalon). Son ancienne « patronne » qui dirigeait la maison de prévention de la radicalisation a été dénoncée à la justice par le préfet de police de Paris. Soupçonnée de détournements de fonds publics, elle sera jugée au mois de mars. Sonia Imloul n’a pas souhaité répondre à nos questions avant la tenue de son procès.

Résultats contestés

Une autre femme incarne la « déradicalisation à la française » : Dounia Bouzar. Figure incontournable dans les médias, elle vient de jouer son propre rôle dans Le ciel attendra, un film racontant la radicalisation d’adolescentes tentées par le djihad. Pendant plus de deux ans cette ancienne éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) a été la « madame désembrigadement » du gouvernement.

Pour Dounia Bouzar, les mécanismes d’adhésion à l’idéologie de Daech relèvent de l’emprise sectaire. Si cette théorie ne fait pas l’unanimité, elle lui a permis pendant deux ans de remporter l’essentiel des marchés publics passés par l’Etat – près d’un million d’euros – . Et de « sauver », dit-elle, un millier de jeunes des griffes de Daech.

Ces résultats, impressionnants, laissent pourtant certains parlementaires sceptiques. Comme la sénatrice UDI Nathalie Goulet, qui a mené une mission parlementaire sur les réseaux jihadistes et qui a réclamé un audit sur la gestion des fonds attribués à la prévention de la radicalisation :

« A partir du moment où on a demandé des évaluations et à partir du moment où on ne les a pas eues, le doute s’est instauré, forcément. Je mets en doute l’ensemble résultats, et pas seulement ceux de Dounia Bouzar. En France, on a un vrai problème pour l’évaluation des programmes, mais, là, c’est extrêmement grave parce qu’on a quand même des jeunes qui sont des bombes ambulantes dans nos rues ! »

Dounia Bouzar se défend. Durant les deux années passées à travailler pour le gouvernement, son association n’a pas cessé de faire l’objet de contrôle. L’ancienne éducatrice affirme avoir été totalement transparente sur ses méthodes comme sur ses résultats. Et elle maintient ce chiffre de mille jeunes « sauvés » de l’islamisme radical. Dounia Bouzar dit ne pas comprendre ces critiques, il était tout à fait normal, pour elle, de décrocher marché public relatif à la mise en place d’ « équipes mobiles d’intervention » auprès des préfectures :

« L’appel d’offres était de 600.000 euros. Nous étions les seuls à postuler. J’ai arrêté ma vie professionnelle pendant un an pour essayer de sauver ces mille gamins. Nous avons été jusque dans les DOM-TOM déradicaliser. 600.000 euros, je le dis clairement, ce n’était rien ! Et j’aimerais bien voir un seul sénateur avoir le dixième du dixième du rythme qu’on a subi, avec le stress et Daech qui nous courait après ! »

Chacun pour soi

Dounia Bouzar indique ne plus vouloir percevoir de subventions publiques aujourd’hui, Elle compte ouvrir une école de déradicalisation sur le web, qui fonctionnera, espère-t-elle, grâce à des fonds privés.

La sénatrice Esther Benbassa est encore plus critique que sa collègue Nathalie Goulet. Plus que le manque de transparence, elle reproche aux associations leur incapacité à travailler ensemble :

« On ne peut pas donner de l’argent à des associations, chacune faisant à sa tête… Il faut qu’on sache ce qui se fait ! En Allemagne ou au Danemark, il existe des plateformes, les associations travaillent en réseau. Nous, en France, on n’est pas capable de faire cela. C’est chacun pour soi et Dieu pour tous ! »

La sociologue Ouisa Kies qui pilote des programmes de prévention de la radicalisation en prison partage ce constat. Selon elle, de nombreuses associations refusent de travailler en collaboration afin de ne pas avoir à « partager le gâteau ».

« Je crois qu’il faut obliger tous ces professionnels à faire des échanges de pratiques. Aujourd’hui il y a un « business » et donc, les gens ne veulent pas travailler ensemble. C’est le rôle des pouvoirs publics d’obliger ces personnes à se réunir. Il s’agit d’argent public et je crois que ça devrait être une condition d’obtention de subventions. »

CV approximatifs

Lors de notre enquête, nous avons aussi découvert que certaines associations qui se sont lancées dans la prévention de la radicalisation allaient jusqu’à mettre en avant des soutiens qu’elles n’avaient pas obtenus. C’est le cas d’Unismed, une structure basée à Nice qui vient de remporter un appel d’offre national pour prendre en charge des personnes radicalisées. Sur ses brochures, ses documents officiels et sur son site internet, Unismed se targue d’avoir le soutien d’ONG prestigieuses comme France terre d’asile.

Capture d'écran en octobre 2016 du site internet d'Unismed qui présente France Terre d'Asile comme un soutien
Capture d’écran en octobre 2016 du site internet d’Unismed qui présente France Terre d’Asile comme un soutien

Lorsque nous sommes allés voir le président de cette dernière, Pierre Henry, avec les publicités d’Unismed en main, il est tombé de sa chaise :

« Je découvre ceci. Je vais être très clair, je connais le directeur d’Unismed que j’ai croisé à deux ou trois reprises mais à aucun moment il ne nous a demandé l’utilisation du logo de France terre d’asile. Franchement, je suis surpris par les documents que vous me présentez et je vais demander à Unismed de retirer les références à France terre d’asile. Il n’y a pas à se servir de notre image dès lors qu’il n’y aucun accord de partenariat. »

Depuis notre intervention, Unismed a retiré de son site internet le logo de France Terre d’asile et adressé un mail d’excuse à Pierre Henry.

Pas d’enquête de police

Autre fausse note que nous avons relevée : sur le CV que nous avons eu entre les mains, le directeur d’Unismed mentionne une « thèse en prépration au laboratoire universitaire Urmis sur les méthodes de désengagement des processus de radicalisation ».

Contacté, le laboratoire nous soutient que si des échanges ont pu avoir lieu avec le directeur de l’association, il n’y a jamais eu de thèse en préparation chez eux. Le directeur d’Unismed n’a pas directement répondu à nos questions, c’est le tout nouveau président de son association, Jean-Marc Borello qui s’en est chargé.

« Je crois que le directeur n’est pas très doué sur le plan administratif et peu importe. Tout ça, ce sont des activités annexes. Ce qui est important, c’est qu’il a une véritable expérience de la médiation culturelle, qu’il a créé la structure, il a effectivement des missions depuis de nombreuses années, y compris – et là nous avons vérifié – pour des autorités préfectorales qui nous disent qu’elles sont parfaitement satisfaites de ses prestations. Qu’il ait un peu exagéré un certain nombre de ses missions, je vais dire que c’est un péché véniel. »

L’association Unismed vient de remporter – avec l’association Sauvegarde – la succession de Dounia Bouzar pour la mise en place d’équipes mobiles d’intervention auprès de jeunes radicalisés.

Muriel Domenach, secrétaire générale de comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, nous assure que des contrôles scrupuleux ont été menés sur les associations choisies :

Muriel Domenach lors des rencontres nationales contre la radicalisation, 2016
Muriel Domenach lors des rencontres nationales contre la radicalisation, 2016 © Radio France / Elodie Guéguen

« On s’est évidemment appuyé sur le travail de terrain de ces structures, là où elles étaient référentes auprès des préfectures. La convention fait aussi l’objet d’un suivi, nous avons un comité de pilotage qui se réunit pour veiller à l’évaluation de notre coopération avec ces associations. »

Si des contrôles existent, les pouvoirs publics ne vont pas jusqu’à vérifier les détails d’un CV avant de confier un marché à une association qui intervient auprès de personnes radicalisées.

« Si nous menions des enquêtes de police sur ces militants associatifs, vous n’imaginez pas le scandale ! », lance un cadre du ministère de l’Intérieur.

Sur le secteur de la « déradicalisation », des associations émergent presque quotidiennement, attirées par des initiatives de plus en plus nombreuses. A Sarcelles par exemple, en banlieue parisienne, le député-maire lance un programme de centre de prévention de la radicalisation. Le budget annuel de la structure, selon des documents que nous avons consultés, pourrait dépasser les 466.000 euros par an.Professionnaliser

Consciente de la convoitise suscitée par ces nouveaux projets, la sénatrice centriste Nathalie Goulet estime qu’il faudrait profiter de cet effet d’aubaine pour professionnaliser le secteur de la déradicalisation et faire le tri entre les bons et les mauvais professionnels :

« Il faut mettre un peu d’ordre dans cette armée mexicaine. Ce n’est pas parce que votre fille ou votre fils s’est radicalisé que vous pouvez ouvrir demain matin une association pour prévenir de la radicalisation, ce n’est pas vrai ! Je m’interroge sur la nécessité de professionnaliser ce secteur.

Ces dernières années ont vu surgir des tas de nouvelles professions. Il y a vraiment des nouveaux métiers et je ne vois pas pourquoi celui-là n’en serait pas un. »

Avant de professionnaliser le secteur, encore faudrait-il définir une philosophie générale, une doctrine globale. Le sujet, nouveau et sensible, fait l’objet de querelles idéologiques redoutables. Certains professionnels expliquent par exemple qu’il faut avant tout combattre l’islam politique et, donc, refuser de travailler avec l’union des organisations islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans. Les autres estiment au contraire qu’il faut, pour être efficace, inclure l’UOIF dans la prévention de la radicalisation.

Querelles idéologiques

Ces visions antagonistes, on les retrouve aussi à travers la bataille d’idées qui fait rage entre le politologue Gilles Kepel et le chercheur Olivier Roy. Le premier considère que la radicalisation est directement liée à l’islam. Le second pense que la radicalité se cristallise autour de l’islam comme elle pourrait le faire autour d’autre chose.

Un désaccord qui a des conséquences bien concrètes, sur le terrain, selon Bernard Godard, un ancien chargé de mission au bureau des cultes du ministère de l’Intérieur.

« Récemment, lors d’une bataille pour un budget lié à une grande enquête sur la radicalisation en France, j’ai vu s’affronter une équipe Roy et une équipe Kepel ! En fait, il y a des écuries… »

Si on n’arrive déjà pas à se mettre d’accord sur l’origine de la radicalisation, il sera difficile de se mettre d’accord sur le remède à prescrire. Aujourd’hui aucune théorie scientifique ne s’impose.

Pour le magistrat Jean Maillard, vice-président du tribunal de grande instance de Créteil et représentant du syndicat FO Magistrats, les pouvoirs publics ont voulu aller trop vite, l’action a précédé la réflexion.

« Comme on ne sait pas ce qu’est la radicalisation, on sait encore moins ce qu’est la déradicalisation. Donc on est dans l’invention d’un concept dans lequel on cherche à mettre en place des dispositifs avant d’avoir défini ce sur quoi on allait agir. Et quiconque se présente aujourd’hui comme expert en radicalité ou « déradicalisateur en chef » peut se voir attribuer des crédits qui ne vont ni à la police ni à la justice. »

« Contre-lavage de cerveau »

Jean de Maillard n’en fait pas un mystère, il ne croit pas un instant en ces initiatives de « déradicalisation ».

« Comme on a vu émerger un phénomène dont on ne comprend ni d’où il vient ni sur quoi il repose, on a transposé dans le domaine de la lutte contre le terrorisme les vieilles ficelles que l’on avait élaborées dans le traitement de la délinquance ordinaire, et dans lequel on dit qu’un délinquant est une personne inadaptée, désinsérée.

Plutôt que de remettre en cause notre grille d’analyse des dysfonctionnements de notre société, on préfère avoir une réponse aux petits pieds, la plus facile possible en disant : ‘Ces gens-là, c’est un peu comme des gens qui sont dans une secte, et on va essayer, après qu’ils aient reçus un lavage de cerveau, de faire un contre-lavage de cerveau. »

Du côté des pouvoirs publics, on reconnaît que les expériences sont balbutiantes. « On avance en marchant », répète-t-on à l’envi. « Nous n’avons pas encore de recul, c’est une évidence. » Certains ministres reconnaissent aussi s’être engagés dans la mauvaise voie et préfèrent ne plus parler de « déradicalisation », préférant désormais employer l’expression « désengagement de la violence ».

« Je n’utilise pas le terme de déradicalisation, a indiqué le garde des Sceaux lors d’une conférence de presse le 25 octobre. Je ne crois pas qu’on puisse inventer un vaccin contre cette tentation. »

Preuve qu’on avance à tâtons, Jean-Jacques Urvoas a amorcé un virage à 180 degrés en annonçant la fin du dispositif de regroupement des détenus radicalisés dans des unités dédiées. Du temps a été perdu avec ces expérimentations hétéroclites, a reconnu le ministre.

Pablo Escobar, trafiquant de cocaïne

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Il commandita un attentat contre un avion de ligne, fit assassiner, outre ses concurrents, des hommes d’État, des policiers ou des journalistes qui tentaient de dénoncer ses exactions. Dans la Colombie des années 1970 et 1980, Pablo Escobar s’est imposé comme un trafiquant hors normes, non seulement un baron de la cocaïne à la tête de l’un des plus puissants réseaux du pays, mais aussi un combattant sans scrupules, à l’origine de la mort ou de la disparition de milliers de personnes.

Vingt ans après sa mort, cette figure emblématique de l’Amérique latine est pourtant toujours l’objet d’un véritable culte : nombreux sont ceux qui célèbrent en lui le bandit philanthrope en lutte contre l’oligarchie, le rebelle dressé contre l’État ou encore le patriote dénonçant les ingérences américaines. En réalité, en bâtissant son empire sur la violence et la corruption, le « Patron » a largement contribué à la ruine du pays, qui peine aujourd’hui encore à se relever de ces années noires.

Pour la première fois, un historien français retrace la vie mouvementée de Pablo Escobar, révélant toute la complexité de cette page d’histoire latino-américaine.

Thierry NOËL – Docteur en histoire, avec une thèse sur l’armée bolivienne (1952-1985), Thierry Noël a passé plus de quinze ans en Bolivie notamment en enseignant l’histoire-géographie au lycée franco-bolivien de La Paz.

Editions Vendemiaire


Conférence de Thierry Noël : « La lutte contre le narcotrafic à travers le cas Pablo Escobar » (Cercle Aristote)

 

Histoires d’évasions de prison

L’heure du crime – Incroyables évasions (RTL)

A la Une de l’heure du crime aujourd’hui, quelques unes des évasions les plus spectaculaires de ces dernières années… des histoires vraies, qui font parfois penser à des scènes de cinéma. Tout le monde se souvient de Papillon s’évadant du bagne de Cayenne, d’Albert Spaggiari, l’auteur du casse de la Société générale de Nice en 1976, qui saute par la fenêtre du bureau d’un juge et atterrit huit mètres plus bas sur le toit d’une voiture garée sous le palais de justice… Bien d’autres « rois de la belle » ont rivalisé d’imagination en utilisant des hélicoptères, des explosifs, des échelles de cordes, et même une benne à ordure ou encore un faux fax, censé avoir été envoyé par un juge, pour demander la libération de trois détenus à un directeur de prison !! Mon invité, l’historien Frank Sénateur, a enquêté dans le monde entier sur ce sujet qui le passionne. Avec lui, nous allons évoquer quelques unes de ces affaires, et parler de la personnalité de ces « rois de la belle », dont certains ont eu un destin tragique, à la hauteur de la légende qu’ils avaient eux-mêmes contribué à écrire…

Invité

  • Franck Sénateur, enseignant en histoire, spécialiste de l’histoire du bagne. Il publie actuellement le livre Incroyables Evasions aux Editions La Manufacture de Livre
  • Jean Vandendries, chroniqueur judiciaire à Nivelles pour le journal belge L’Avenir.

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En prison, l’évasion est le mythe par excellence. Pour la majorité des prisonniers, elle n’en reste pas moins une pure abstraction. Pourtant, certains, en échafaudant des plans dignes d’une opération commando ou en profitant d’une faille offerte par les surveillants, vont réussir l’impossible.

Franck Sénateur présente les plus belles des « belles ». D’Alcatraz à Borgo en Corse, des Baumettes à Sangyip au Tibet, il nous raconte plus de vingt évasions de ces trente dernières années à travers le monde entier et dresse le portrait d’évadés comme Charles Sobhraj, Pierre-Marie Santucci, Antonio Ferrara, Michel Vaujour, Albert Spaggiari ou Jean-Pierre Treiber.


L’Heure du crime – Les plus belles évasions (RTL)

A la Une de l’heure du crime quelques unes des évasions les plus spectaculaires de ces dernières années… des histoires vraies, qui font parfois penser à des scènes de cinéma. Tout le monde se souvient de Papillon s’évadant du bagne de Cayenne, d’Albert Spaggiari, l’auteur du casse de la Société générale de Nice en 1976, qui saute par la fenêtre du bureau d’un juge et atterrit huit mètres plus bas sur le toit d’une voiture garée sous le palais de justice…

Bien d’autres « rois de la belle » ont rivalisé d’imagination en utilisant des hélicoptères, des explosifs, des échelles de cordes, et même une benne à ordure ou encore un faux fax, censé avoir été envoyé par un juge, pour demander la libération de trois détenus à un directeur de prison !!

Mon invité, le romancier Fabrice Colin vient de publier L’atlas du crime parfait. Avec lui, nous allons évoquer quelques unes des évasions les plus spectaculaires de ces dernières années. Et nous découvrirons aussi l’incroyable histoire de toute une famille d’Allemands de l’Est, à l’époque du mur de Berlin, qui sont passés au dessus du rideau de fer, à bord d’une montgolfière artisanale, faite de draps et de serviettes de bains. Après un vol de 28 minutes, il se posaient en Bavière. Enfin libres !

Pascal Payet, roi de l’évasion

Le 12 octobre 2001, Pascal Payet s’évade en hélicoptère de la prison de Luynes, dans les Bouches-du-Rhône. Des complices étaient venus le chercher dans la cour de la prison, avant un procès qui s’annonçait mal pour lui : il risquait en effet d’être condamné à 20 ans pour le braquage d’un fourgon blindé, au cours duquel un convoyeur avait trouvé la mort. Le 14 avril 2003, alors qu’il est toujours en cavale, Pascal Payet revient à Luynes pour aider trois détenus à s’évader à leur tour à l’aide d’un hélicoptère. Cette fois, la cavale ne dure que 23 jours : les quatre hommes sont arrêtés dans un gîte rural du Vaucluse le 9 mai. La dernière évasion de Pascal Payet a lieu le 14 juillet 2007 de la prison de Grasse dans les Alpes-Maritimes, où il était incarcéré depuis son arrestation en mai 2003. Le 21 septembre 2007, il est arrêté aux abords de Barcelone. Il sera condamné à 15 ans de prison en 2008.

A propos du livre « Atlas du crime parfait »

Du talent, du culot et pas une goutte de sang : les génies du crime sont souvent solitaires, et toujours imaginatifs ! Pendant des décennies, George C. Parker a réussi l’exploit de vendre la Statue de la Liberté, le Metropolitan Museum of Art, le Madison Square Garden et le pont de Brooklyn à de riches (et naïfs !) businessmen.

En quelques heures, pour sa part, le monte-en-l’air Vréjan Tomic dérobe cinq chefs-d’oeuvre du Musée d’Art Moderne à Paris. Quelqu’un aurait-il donc laissé la fenêtre ouverte ? Albert Spaggiari enchaîne à un rythme effréné braquages, évasions, ventes d’armes… Une légende à lui tout seul.

Cavales insensées, vols stupéfiants, évasions spectaculaires… Cet Atlas revisite les plus beaux casses du XXe et du XXIe siècle, de la banlieue de Tokyo à Nice, de Bagdad à Oslo. Un voyage mené tambour battant en compagnie des escrocs les plus talentueux du monde !

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