« L’Etat secret », le livre sur la guerre du renseignement

Au fil d’une enquête passionnante dans les coulisses de l’État secret, Jacques Follorou, en s’appuyant sur des entretiens inédits, nous montre comment nos institutions démocratiques ont plié sous le pouvoir d’un exécutif toujours plus puissant.

À la fin du mois de mai 2017, alors qu’Emmanuel Macron succède à François Hollande, un quotidien américain révèle que la France aurait fourni au contre-terrorisme irakien une liste de vingt-sept noms de djihadistes français aux fins d’élimination. Cette affaire faisait écho à une autre, survenue en octobre 2015:
celle de Salim Benghalem, un ressortissant visé, en Syrie, par des frappes ordonnées depuis Paris. En réalité, aucun cadre juridique n’autorisait l’État à cibler ces Français. Il l’a décidé en secret, considérant qu’il était seul à détenir la vérité en matière de sécurité. Sans s’encombrer de contre-pouvoirs, ni de débats.

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Services de renseignement, justice, Parlement… Sous le coup de l’émotion, et pour créer une illusion de protection, l’État a bouleversé l’équilibre de nos institutions. Il n’a cessé d’étendre son pouvoir
au détriment de la démocratie.

Au fil d’une enquête glaçante dans les coulisses de l’État secret, Jacques Follorou raconte comment, en un tour de passe-passe, la démocratie a été mise à mal. Et comment cela n’a eu de cesse de nous affaiblir devant une menace terroriste toujours plus grande.

Jacques Follorou est journaliste d’investigation au Monde. Il est notamment l’auteur de Démocratie sous contrôle : la victoire posthume d’Oussama Ben Laden (CNRS, 2014).

Editions Fayard


« L’Etat secret », le livre sur la guerre du renseignement (Le Monde)

Législation inadaptée, contournement de la légalité, rivalités entre les agences, déficit d’autorité et de contrôle… Dans une enquête publiée chez Fayard, Jacques Follorou, journaliste au « Monde », montre comment les manquements dans la sécurité intérieure en France rendent contre-productive la lutte contre le terrorisme.

Bonne feuilles. [Au nom de la lutte contre le terrorisme, les démocraties ont, depuis les attentats du 11 septembre 2001, singulièrement restreint le champs des libertés. La révolution technique du renseignement, lancée en France en 2007 avec de gros moyens, s’est construite à l’abri du secret-défense : ce vaste système de surveillance, qui déborde aujourd’hui la lutte contre le terrorisme, est devenu le premier pilier de la défense du pays. Dans la clandestinité, voire l’illégalité, pendant près de dix ans.]

Un renseignement illégal

La France a ainsi longtemps vécu dans un profond déni sur le vrai du renseignement intérieur. Jean-Jacques Urvoas, en décembre 2014, alors président de la DPR [la délégation parlementaire au renseignement], écrit ainsi, dans son rapport annuel : « En l’état actuel du droit, les services sont très démunis. Ils peuvent uniquement recourir à des interceptions de sécurité, à des réquisitions de données techniques de connexion ainsi qu’à l’usage restreint de fichiers. Tous les autres moyens exploitables sont frappés d’illégalité. La situation confine ici à l’hypocrisie au regard des missions incombant à ces administrations. Elle induit en outre une mise en danger des fonctionnaires qui œuvrent au service de la nation. »

Alors que Jean-Jacques Urvoas informe le Parlement sur cette béance, les services de renseignement français sont, en effet, pour l’essentiel hors la loi. Combien d’actes d’enquêtes réalisés par les RG [renseignements généraux], la DST [direction de la surveillance du territoire], puis la DCRI [direction centrale du renseignement intérieur] ou encore la DGSI [direction générale de la sécurité intérieure], jusqu’à la loi de 2015, auraient alors pu conduire leurs auteurs devant un juge d’instruction ? « C’est incalculable, puisque c’était le quotidien de ces agents », confirme un ancien directeur adjoint de la DST. La révolution du numérique et de la téléphonie a, de plus, bouleversé les techniques de travail, creusant encore davantage le fossé entre l’état du droit et les pratiques.

Les services hors la loi

Quels étaient ces moyens illégaux ? Pour une opération de surveillance de proches de l’IRA irlandaise venus chercher 100 kilos d’explosifs en France ; pour une planque, à Bayonne, derrière des Basques de l’ETA en route vers des « zulos » (caches) ; pour un dispositif chargé d’enregistrer tous les éléments liés à une rencontre entre des nationalistes corses et des voyous insulaires à Nice ou pour des repérages autour d’une cité populaire et d’une mosquée aux Mureaux, dans les Yvelines, sur des apprentis djihadistes, les outils étaient souvent les mêmes. La géolocalisation, en temps réel, permettait de suivre à la trace ces personnes, grâce aux téléphones et aux bornes-relais des opérateurs, ou grâce à leurs véhicules sous lesquels avaient été placées des « balises » émettrices. Si leurs téléphones étaient inconnus, les IMSI-catchers, des bornes-relais portatives qui interceptent le trafic téléphonique, faisaient l’affaire pour les récupérer. Ces systèmes d’interception de proximité peuvent capter toutes les communications d’une zone comme la gare du Nord, la place de l’Etoile à Paris, ou un aéroport. Enfin, la sonorisation de leurs appartements ou de leurs voitures donnait accès à leurs échanges. Et si les services n’avaient pas le temps de poser ces micros espions ou même des caméras, les « mexicaines », surnom des perquisitions sauvages, y suppléaient utilement.

Pendant des années, ces moyens ont nourri le renseignement français. Le seul souci, c’est qu’un juge pouvait à tout moment condamner leurs utilisateurs pour violation du secret des correspondances ou du domicile, atteinte à la vie privée, vol par effraction ou écoutes illégales. Les agents français vivaient en totale insécurité juridique.

Les techniques de siphonage électronique étaient également appréciées. Très en vogue, cet espionnage numérique extrêmement intrusif, connu sous le nom d’universal forensic extraction device (UFED), permet d’extraire le contenu et l’historique de toutes les connexions de téléphones mobiles, de smartphones, de GPS ou de tablettes. Peu de codages résistent à ces armes technologiques se limitant à un petit coffret portatif. L’opération est accomplie en un coup d’œil par des agents aguerris.

La société Elexo est l’un des fournisseurs préférés du renseignement français. Spécialisée depuis plus de quarante ans dans la distribution et l’intégration de produits de haute technologie, elle vend, dit-elle, « aux Etats et aux experts judiciaires des solutions d’investigation numérique ». Lorsque la société a été absorbée, en 2014, par le groupe français Atos, Elexo était une filiale de Bull et figurait parmi ses fleurons au même titre qu’une autre, Amesys, qui a vendu, entre décembre 2006 et 2010, du matériel d’écoute au régime du colonel Kadhafi.

Autres sociétés souvent citées dans les couloirs du renseignement intérieur français pour ce type de prestation : la société israélienne Cellebrite, rachetée en 2007 par le groupe japonais Sun Corporation, ou encore l’entreprise suédoise Micro Systemation. Cette dernière développe des outils d’analyse et d’extraction de données numériques, notamment grâce à son logiciel XRY. Aux yeux de certains, au siège de la DGSI à Levallois (Hauts-de-Seine), ce fournisseur revêt même un atout de taille par rapport aux autres : « Les Suédois de Micro Systemation ne facturent pas la TVA », confesse un chef de groupe.

Experts du contournement

Dans certains cas, le renseignement intérieur pouvait même considérer que la loi était en contradiction avec ses intérêts et choisir de s’en exonérer. Dans une enquête ouverte pour trafic d’influence, Bernard Squarcini [le directeur central du renseignement intérieur de 2008 à 2012] a ainsi admis devant la justice fin septembre 2016 que, au nom de la protection de ses relations avec des services étrangers, son service pouvait mentir dans ses déclarations d’interceptions administratives.

Il citait notamment une opération contre une possible ingérence du Mossad en France, durant laquelle la DCRI avait délibérément masqué dans ses demandes de placement sur écoute le véritable nom de la cible. Dans ce cas précis, la DCRI avait mentionné être « en relation avec les membres SR algériens, suspectés d’avoir divulgué des informations sensibles ». De même, il reconnaissait que la procédure officielle de demande d’écoutes administratives était quasi systématiquement forcée : « L’urgence absolue est devenue une procédure habituelle, c’est 80 % des demandes sinon le délai normal est trop long. »

Interrogé dans la même procédure, un membre de son service, passé par les RG, le major Franck A., déclarait que la confiance de la CNCIS [la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité] était très régulièrement abusée lors des demandes d’écoute. « Il est toujours possible de rédiger une motivation qui permettra d’avoir l’écoute même si elle ne correspond pas à la réalité ; par exemple en indiquant ʺtrafic de stupéfiantsʺ, ça passe toujours. » Il ajoute que, à sa connaissance, le renseignement intérieur disposait même d’un réseau d’écoute parallèle échappant à tout contrôle.

Confronté à ces déclarations en septembre 2016, Patrick Calvar, alors à la tête de la DGSI, a tenté de corriger le tir : « Il est de règle de donner les motifs réels dans une demande d’interception. » Mais, à demi-mot, il reconnaît que d’éventuels dérapages individuels ont pu survenir : « Nous essayons au fur et à mesure de professionnaliser et d’instaurer des processus de fonctionnement qui répondent à la loi mais également à la déontologie. C’est à cette fin qu’a été instaurée une inspection générale de la sécurité intérieure afin de pouvoir justement lutter contre des comportements erratiques. » (…)

La DGSI s’émancipe

La quête d’autonomie de la DGSI n’est pas un vain mot. Elle est constante. Le renseignement intérieur a même recours à des stratagèmes pour contourner la tutelle technique de la DGSE. Dans l’ombre de la stratégie antiterroriste française, loin des déclarations gouvernementales sur l’union sacrée du renseignement français, la DST et ses successeurs – la DCRI puis la DGSI – ont parfois privilégié les liens avec des services étrangers à la coopération avec la DGSE [direction générale de la sécurité extérieure]. En février 2016, le préfet Bernard Squarcini admettait, sans fournir de détails : « C’est regrettable, mais en matière de coopération, les services français coopèrent mieux avec leurs homologues étrangers qu’entre eux. »

« Les cousins » DGSE et DGSI, comme ils s’appellent eux-mêmes, se jalousent depuis longtemps. En 2008, la mutualisation de la plateforme [d’interception des données numériques] a rapproché les deux services, mais la rivalité historique n’a pas cessé. Entre 2008 et 2012, la DGSE a même cassé les codes de transmission des messages cryptés envoyés par les agents de la DCRI en poste à l’étranger, notamment en Afrique, à leur siège, pour espionner les liens du renseignement intérieur avec ces pays étrangers. En retour, pour échapper aux regards de la DGSE, la DCRI a joué la carte de la NSA [l’Agence nationale de la sécurité américaine, chargée du renseignement d’origine électromagnétique] pour obtenir l’historique des communications d’un suspect ayant séjourné à l’étranger. Elle adressait alors sa requête à l’agence américaine qui lui retournait la réponse dans un cadre de coopération judiciaire via le FBI américain. C’est par ce biais que la NSA, à la demande de la DCRI, a livré, en 2012, l’ensemble des données de connexions à l’étranger de Mohamed Merah.

La DCRI a également noué d’étroites relations bilatérales avec le GCHQ, l’équivalent britannique de la NSA, comme le prouvent les lettres d’information interne du GCHQ, frappée d’un très haut niveau de classification, « Top Secret Strap 1 ». Consacrée aux relations avec les services secrets alliés, l’une d’elles évoque l’existence, visiblement à l’insu de la DGSE, d’une « opération de contre-espionnage » qualifiée de « majeure », associant le GCHQ et la DCRI contre une puissance étrangère. Après la découverte sur le sol français des agissements d’un agent dormant du renseignement militaire de cette puissance, les Britanniques et la DCRI l’ont retourné et pu espionner les communications de cette puissance. La DGSE n’en aurait appris l’existence que bien plus tard.

Chacun pour soi, comme au bon vieux temps

Le 14 janvier 2016, alors que la France sort à peine d’une année 2015 frappée par le terrorisme, le Conseil national du renseignement se réunit à l’Elysée sous la direction du chef de l’Etat. Pour tenter d’améliorer les relations entre services, le président annonce qu’il confie la supervision de la lutte antiterroriste au ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, et par extension à Patrick Calvar, patron de la DGSI. Ce dernier pense alors tenir sa revanche et pouvoir enfin redonner la main à un renseignement intérieur laissé pour compte depuis dix ans.

Mais, dans les faits, la déclaration reste au niveau de l’effet d’annonce. Le président laisse en l’état la dizaine de structures indépendantes chargées de l’antiterrorisme en France et ne touche pas aux tutelles. Il conserve aux autres services un même niveau hiérarchique que celui de la DGSI. « La DGSE et la DRM [direction du renseignement militaire] n’ont aucun lien de subordination vis-à-vis du ministre de l’intérieur », s’empressent de préciser certains participants le soir même de la réunion du 14 janvier. Entre 2015 et début 2016, cette politique du cavalier seul se confirme lors du suivi des suspects par la DGSE et la DGSI. Ces deux services, malgré les alertes de l’autorité de contrôle des interceptions administratives, « branchent » ou « débranchent » des cibles dans le plus grand désordre, sans que l’information circule. Un sujet sensible, puisque l’un des frères Kouachi, impliqué dans l’attaque contre Charlie Hebdo, avait ainsi pu disparaître des radars.

L’élection d’Emmanuel Macron à la tête du pays en 2017, et la création d’un poste de coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, confié à Pierre Bousquet de Florian, ont pu annoncer une meilleure collaboration et la promesse de la fin des guerres d’ego. Mais un autre écueil menace toujours de polluer la lutte antiterroriste : le pré carré des organisations. Par nature, les services défendent avant tout leur propre maison, leur budget, leur personnel et leur doctrine. Le renseignement intérieur ne déroge pas à cette loi. Considérée comme le premier et le dernier rempart face à la violence terroriste sur le territoire national, souffrant de l’ombre d’une DGSE toute-puissante, et devant supporter, plus que quiconque, une pression hors norme, celle du pouvoir politique et de l’opinion, tout concourt à ce que la DGSI continue à jouer sa propre carte et à lutter au sein de l’Etat pour conserver la plus grande autonomie possible. (…)

L’impossible révolution culturelle

La mue du renseignement intérieur a pris beaucoup de retard. La fusion de la DST et d’une partie des RG, en juillet 2008, a donné naissance à la DCRI. Mais la DST, ancrée dans une forte culture du secret et du cloisonnement, a eu du mal à accepter des RG plus ouverts vers l’extérieur et plus transparents à l’interne sur l’information. Les tensions ont longtemps été vives au cours de ce rapprochement. Les RG, plus autonomes, créatifs et moins coûteux, ont marqué une nette volonté d’émancipation vis-à-vis des lourdes règles imposées par la DST. Ces derniers, pour leur part, avaient préempté la sécurité interne de la nouvelle DCRI pour surveiller les méthodes de leurs nouveaux collègues perçues comme moins rigoureuses et dangereuses pour le secret. « Pour le terrorisme, pas besoin de secret-défense », plaide, pour sa part, un ancien chef de groupe DCRI (ex-RG), ajoutant : « Le secret-défense, ça protège surtout des juges. » 

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Les espaces maritimes de la France

Les limites maritimes françaises, vous les connaissez ? (Service public)

France métropolitaine, Antilles, Guyane, Réunion, Kerguelen, Polynésie, Clipperton… Avec une superficie de 10,8 millions de kilomètres carrés, savez-vous que la France est au 2e rang mondial en terme de superficie maritime ? Pour en savoir plus sur ces espaces maritimes parfois lointains, retrouvez le nouveau portail limitesmaritimes.gouv.fr lancé à l’occasion de la journée mondiale de l’océan du 8 juin 2018.

Proposé par le Secrétariat général de la mer et le Service hydrographique et océanographique de la marine, ce portail doit permettre à l’ensemble des usagers de la mer (entreprises, instituts publics, particuliers mais aussi États étrangers) d’obtenir facilement des informations fiables sur les limites précises des espaces maritimes français.

Ainsi, par exemple, il donne accès à une carte interactive et à une cartothèque qui détaillent pour chaque territoire français les limites en particulier :

  • des eaux intérieures ;
  • de la mer territoriale ;
  • de la zone économique exclusive.

Ce portail vous permet de retrouver aussi :

  • les références légales en vigueur (limites maritimes françaises et accords de délimitation avec les États voisins) ;
  • un tableau des superficies maritimes territoire par territoire ;
  • quelques définitions de base pour mieux comprendre en quoi consistent les limites maritimes.

La France possède 47 délimitations maritimes avec 31 pays différents. À ce jour, des accords ont été conclus avec une vingtaine d’entre eux.

Pour en savoir plus


La cartothèque

Retrouvez sur cette page en téléchargement libre et gratuit des cartes de représentation des espaces maritimes sous souveraineté ou juridiction françaises au niveau mondial ainsi que les éléments détaillés par territoire. Ces cartes sont une synthèse des espaces maritimes en vigueur et de leurs limites.

Les espaces maritimes sous souveraineté ou juridiction des États côtiers sont régis par le droit international notamment le droit de la mer qui regroupe l’ensemble des règles relatives à la définition et à l’usage des espaces maritimes. Ce droit de la mer repose sur la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), signée le 10 décembre 1982 à Montego Bay (Jamaïque) et ratifiée par la France le 11 avril 1996. Cette convention définit  les différents espaces maritimes susceptibles d’être revendiqués par les États côtiers ainsi que les droits et obligations des États sur l’ensemble des espaces maritimes.

Les espaces maritimes de la France, d’une surface totale d’environ 10,7 millions de km², représentent le deuxième espace maritime mondial derrière celui des États-Unis. L’outre-mer génère 97% de ces espaces. La France est ainsi un État côtier riverain de presque tous les océans.

Le Traité de Washington du 1er décembre 1959 ayant gelé toutes les revendications sur le continent Antarctique, les Etats possessionnés, comme la France, ne peuvent pas exercer de souveraineté ou de juridiction sur les eaux au-delà du territoire de l’Antarctique qu’ils revendiquent. Les demandes d’extension du plateau continental sont également suspendues. En conséquence, les espaces maritimes relatifs à la Terre Adélie ne sont pas pris en compte dans les espaces maritimes actuellement en vigueur pour la France.

La CNUDM précise les différentes catégories d’espaces sur lesquels les États peuvent exercer leur souveraineté ou leur juridiction.

Espaces de souveraineté :

  • Eaux intérieures
  • Mer territoriale

Espaces sous juridiction :

  • Zone contiguë
  • Zone économique exclusive (ZEE)
  • Plateau continental

Lorsque les côtes de deux États se font face ou sont adjacentes de telle sorte que leurs espaces maritimes (mer territoriale ou ZEE) se chevauchent, ces États doivent procéder à leur délimitation par voie d’accord intergouvernemental. A titre d’exemple, la France a procédé à la délimitation de la mer territoriale avec celle du Royaume-Uni dans le Pas-de-Calais car le détroit a une largeur inférieure à 24 milles marins. Les deux États ont procédé à une délimitation de leurs ZEE respectives dans la Manche car celle-ci est d’une largeur inférieure à 400 milles marins.

La CNUDM précise la méthode de délimitation pour la mer territoriale : application de la méthode de l’équidistance, sauf existence de titres historiques ou de circonstances spéciales. En revanche pour la délimitation du plateau continental ou de la ZEE, elle se borne à préciser qu’elle doit aboutir à une solution équitable.

En raison de l’étendue de ses espaces maritimes, notamment outre-mer, la France partage des délimitations maritimes avec 31 États. Des accords de délimitation maritimes ont été conclus avec 21 d’entre eux, étant entendu qu’un même État peut avoir des espaces riverains de la France en plusieurs endroits du globe. C’est par exemple le cas de l’Australie, dans le Pacifique et dans les mers australes, ou encore du Royaume-Uni, dans la Manche, la Mer du Nord, l’Atlantique, aux Antilles et dans le Pacifique.

Au-delà de la zone économique exclusive, les eaux relèvent du régime de la haute mer tel que défini dans la partie VII de la CNUDM. Il s’agit d’un espace international de liberté qui ne peut en aucun cas être revendiqué par un État. Les États peuvent étendre leur plateau continental au-delà de 200 milles marins si la Commission des Limites du Plateau Continental (CLPC) émet une recommandation reconnaissant la présence de critères autorisant cette extension. Toutefois les eaux surplombant ce plateau continental étendu relèvent du régime de la haute mer.

Au-delà des limites des juridictions nationales se trouve le domaine de la « Zone » qui comprend les fonds marins et leur sous-sol qui sont considérés comme appartenant au patrimoine commun de l’humanité. Aucun État ni aucune personne physique ou morale ne peut s’approprier une partie quelconque de la Zone ou de ses ressources qui sont gérées par l’Autorité internationale des Fonds Marins qui est basée à Kingston en Jamaïque.

La presse à la barre du tribunal

“La presse à la barre du tribunal” (Canal Académie)

Communication de Maître Basile Ader, avocat, devant l’Académie des sciences morales et politiques

Vice-bâtonnier du barreau de Paris et spécialiste du droit des médias, Maître Ader a notamment souligné une singularité française en la matière : alors que la presse est moins florissante en France qu’à l’étranger, les procès de presse y sont près de dix fois plus nombreux. Il voit dans ce paradoxe un trait culturel, qui fait du procès de presse une institution nationale. Il offre en effet un cadre de débats sans équivalent, dans lequel la procédure accusatoire garantit aux différentes parties un traitement transparent, à armes égales. Il est aussi une agora, véritable caisse de résonance de tous les sujets qui occupent l’opinion publique, des plus graves aux plus légers. Il est, enfin, un lieu d’apprentissage de la déontologie journalistique. Autant de traits qui conduisent l’orateur à préserver les équilibres de la loi de 1881 permettant, aujourd’hui encore, de garantir des “procès équitables […] parce que pénaux ».

Politique du secret : regards sur « Le Bureau des légendes »

Diffusée pour la première fois en 2015, la série Le Bureau des légendes, créée par Éric Rochant et produite par The Oligarchs Productions, raconte la vie d’espions français infiltrés, de ceux qui les dirigent et de ceux qui tentent de les démasquer. Plébiscitée par les audiences, louée par la critique pour sa qualité, elle marque aussi une rupture dans la longue histoire de l’espionnage à l’écran et dans la littérature.

Cet ouvrage s’emploie à analyser Le Bureau des légendes et s’attache  à montrer comment la série renouvelle le regard porté sur les agents du renseignement. On les croyait bouffons ou barbouzes, on les découvre fonctionnaires ou militaires accomplissant leurs tâches en professionnels. On les pensait froids et cyniques, on les surprend tiraillés entre les exigences d’un métier de vocation absolue et les affres des sentiments. On pensait cet univers impénétrable et l’on découvre que la DGSE scrute cette série non sans satisfaction. Loin, en somme, des stéréotypes, qui nous ont longtemps fait croire que les vrais espions et les séries d’espionnage ne pouvaient être qu’anglo-saxons.

Ce volume clôt la série d’ouvrages consacrés aux séries TV, initiée aux Presses universitaires de France en 2012 sous la direction de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer.

Yves Trotignon, consultant au sein d’un cabinet d’intelligence stratégique, est un ancien cadre de la DGSE et un ancien diplomate. Spécialiste du jihadisme et du contre-terrorisme, il enseigne notamment à Sciences Po Paris.


 

Comment est produit « Le bureau des légendes », série à succès d’espionnage diffusée sur Canal + ? On en parle avec Eric Rochant son showrunner. Peut-on la qualifier de réaliste ? Réponse avec Yves Trotignon, ancien cadre de la DSGE et auteur de « Politique du secret. Regard sur le Bureau des légendes » (PUF, 2018)


Quand un ancien espion regarde le « Bureau des Légendes » (Vice)

Depuis maintenant trois saisons, la série de Canal Plus Le Bureau des Légendes (BdL) est encensée pour le regard juste, crédible et supposément réaliste qu’elle pose sur le renseignement français. Mais qu’en pensent ceux qui œuvrent du côté du boulevard Mortier, le siège de la DGSE ?

Yves Trotignon, ancien cadre de la « Boîte » et grand connaisseur des films d’espionnage, publie ce mercredi 6 juin Politique du secret. Regards sur le Bureau des Légendes (éditions PUF), afin de « montrer ce qu’un ancien du service pense de la série ». Du coup, on a passé un coup de fil à ce grand spécialiste du djihadisme et du contre-terrorisme et enseignant à Sciences Po, pour mieux décrypter les aventures de Malotru et consorts.

VICE : Est-ce que la série nous apprend de nouvelles choses sur le renseignement français ?

Yves Trotignon : Non, la série n’a pas cette vocation. En revanche, elle formalise des choses qui n’étaient pas vues à la télé française, notamment le fait que vous pouvez à la fois coopérer avec un service allié, tout en lui faisant des vacheries – ou que vous pouvez parler aux gens que vous détestez. Puis le BdL a le mérite de montrer des choses qui relèvent de la logique pure du renseignement et qui n’étaient pas montrées dans la fiction française. Pour observer ces mécanismes, il fallait aller voir du côté des romans de John LeCarré, des films de Michael Mann, ou de certains Hitchcock.

Le BdL semble être une des premières œuvres de fiction françaises qui montre la vie des espions de manière crédible.

C’est effectivement une nouveauté en France. Il y a des séries qui avaient déjà montré la banalité, si j’ose dire, et l’humanité des policiers – dans Engrenages par exemple – mais personne ne s’était jamais intéressé à l’espionnage de cette façon-là, dans le cadre d’une série TV. Cela s’explique sans doute par l’amour que porte Rochant [le showrunner du BdL] au cinéma américain des années 1970, ce qu’on appelle le Nouvel Hollywood : un cinéma politiquement conscient du monde, qui n’est pas un cinéma de divertissement, ni de dénonciation brutale, mais un cinéma qui montre les choses et qui essaye d’être assez réaliste. Attention, le Bureau des Légendes n’est pas non plus une série documentaire, mais elle a l’immense mérite de montrer ce qu’est le renseignement humain : les sources, le mensonge, les doutes, la solitude…

En regardant le BdL, vous ressentez une certaine nostalgie ?

Aucune. En revanche, c’est amusant de reconnaître certains décors, ou de se dire « Tiens, ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe ». Contrairement, à ce qu’on voit dans la série, les portes de bureaux sont ouvertes et il n’y a pas de noms sur les portes de bureaux. Mais des armoires beigeasses, il y a en a ! Par exemple, la cellule de crise de la série avec les murs bleus, cela a été mon bureau.

Vous expliquez dans votre livre que vous avez été surpris de la justesse du vocabulaire utilisée dans le BdL. Il y a vraiment des gens qui parlent comme le personnage de Marie-Jeanne, capable de missives telles que « Il n’y a pas de hasards, il n’y a que des enculeries » ?

C’est marrant parce que je n’avais jamais entendu « enculeries » dans les couloirs de la DGSE. En revanche, il y a plein de formules et de raisonnements qui sont propres au service. Ce qui m’a beaucoup amusé et plu dans la série, c’est que l’on retrouve une façon de penser. On sent bien que les acteurs ont été en contact avec des gens qui connaissent cela. Il y a une façon de penser, de parler, de se comporter qui est très juste.

Comment définir cette façon d’être ?

Pas sèche, mais éventuellement un petit peu dure. Ce sont des gens attentifs, mais un peu cyniques, avec de la distance par rapport aux choses. Dans la série, personne ne rigole jamais. Mais en réalité, les gens rigolent, s’amusent, ils sont humains. On peut avoir un collègue qui est drôle, on peut faire une blague à son chef. Bon, si c’est la guerre on n’a pas le temps de faire des blagues.

Quels sont les aspects moins crédibles de la série ?

Il y a des choses qui relèvent de l’organisation du service. Par exemple, dans la série, le directeur du renseignement est un militaire, ce qui n’arrive jamais, et le directeur des opérations qui est censé être un militaire, est un civil dans la série. Après, il y a des incohérences en matière de fonctionnement. Dans la saison 3, le directeur général se déplace lui-même pour libérer Malotru [Mathieu Kassowitz], ce qui n’arriverait jamais. Puis, il y a des questions techniques. À la fin de la saison 2, quand Malotru fait exploser une bombe directionnelle en jouant aux échecs avec un émir djihadiste, il en ressort indemne. Quand un truc qui tue le type en face de vous explose, vous avez quelques séquelles, vous finissez au moins sourd.

Malgré ces inexactitudes, les gens de la DGSE apprécient-ils cette série ?

Oui, bien sûr. Parce que l’on parle enfin d’eux. Ce manque était durement ressenti. C’est quand même une forme de reconnaissance par la société de voir une série, du moins une œuvre, qui parle de vous en bien. Si le BdL avait été une série pour dire qu’à la DGSE, ils travaillent comme des manches, elle n’aurait pas été très populaire et n’aurait pas eu le soutien du service et du ministère des Armées. Et puis, vous avez enfin une série qui montre que les espions sont comme les autres : ils bossent, ils font des erreurs, ils ont des amants, des maîtresses, ils vont à la cantine, ils prennent le métro. Cela manquait à tel point que les gens comme moi, et ceux qui m’ont succédé, devaient aller chercher ailleurs des références culturelles pour expliquer ce que l’on faisait comme métier. Pendant très longtemps, mon film référence était Les Hommes du président, puisque l’analyse du renseignement c’est un peu comme le journalisme d’investigation. Mais depuis 2012, ma référence est Zero Dark Thirty.

Pourquoi ce film ?

Zero Dark Thirty montre ce qu’on appelle le « cycle du renseignement », qui se décline en plusieurs temps. Schématiquement, au début, vous avez quelqu’un qui pose une question (un président, un ministre…). Après, tout le monde commence à bosser, donc à chercher du renseignement, ce qu’on appelle « l’activation des capteurs » (via une source, des services alliés, des écoutes téléphoniques). Ensuite, on en recueille si le système fonctionne. Enfin, le renseignement est analysé. Une fois que l’analyste a fait son travail, il transmet cela à l’autorité, ce qu’on appelle une « diffusion du renseignement ». L’analyse arrive dans les mains des gens qui ont posé la question et décident de s’arrêter là ou de relancer le cycle. Zero Dark Thirty est passionnant parce qu’il montre ce cycle du renseignement dans sa totalité, y compris ce qui ne marche pas.

Le showrunner de la série, Éric Rochant, est aussi à l’origine d’un film culte sur le renseignement, Les Patriotes, qui est montré aux nouvelles recrues de la DGSE. Était-ce déjà le cas à votre époque ?

À mon époque, on regardait déjà ce film et cela continue aujourd’hui. Ils montraient aussi Le Transfuge et Dossier 51, qui étaient considérés comme des films très réalistes. L’idée est de dire que vous n’irez pas sur le terrain tout de suite. Il faut d’abord vous former, vous aguerrir. Ces œuvres de fiction servent à vous mettre des images dans la tête, pour vous dire « Tiens cela se passe plutôt comme ça ». Les films sont commentés, on ne vous dit pas que la réalité est comme cela, ils servent à illustrer un cours. Un instructeur est là pour vous détailler différentes étapes montrées dans les films comme l’identification des besoins, l’identification de la cible, l’approche de la cible, la tentative de recrutement, le recrutement, la gestion de la source et j’en passe.

Vous êtes enseignant à Sciences Po, est-ce que vous avez ressenti un « effet Bureau des Légendes » ?

Il y a quelques années quand on allait parler aux étudiants, ils fantasmaient, vous parlaient avec crainte comme si vous alliez les étrangler avec un fil de pêche caché dans votre montre. La référence cinématographique qui venait tout de suite c’était James Bond, ce qui me mettait en colère, et me met toujours en colère d’ailleurs. Depuis que la série est sortie, le vocabulaire autour de James Bond est devenu totalement ringard. La série a une influence en matière de représentation du renseignement. Mais il faut aussi casser les mythes, parce que la série elle-même recrée un mythe. Avant il fallait expliquer que le métier n’était pas de boire des Martini sur un toit d’hôtel à Hong Kong. Maintenant, il faut dire que ce que l’on voit à l’écran, les étudiants ne le feront sans doute jamais, que les locaux ne sont pas comme ça, que cette mission ne peut pas se passer comme ça…

Cela pourrait créer une déception pour certaines recrues ?

Oui, ceci dit il y a toujours eu une certaine proportion de gens qui arrivaient dans les services et étaient déçus. C’est un métier dans lequel on peut projeter beaucoup de fantasmes. Mais au bout du compte, c’est une administration : il y a des horaires, des règles, on pose ses congés, on va manger à la cantine, il faut changer de nom sur Facebook, les portables sont éteints dans les bureaux… Votre vie change. Et il est possible de ne pas le supporter. Et puis la maison n’est pas connue pour sa souplesse, ce n’est pas une start-up, il n’y a pas de baby-foot comme chez Google. En gros, depuis la sortie de la série – qui s’adresse donc à un public plutôt jeune – les gens des services sont obligés de dire aux recrues : « Attention les gars, ça va être super, mais ça ne va pas se passer comme dans le BdL ».


Un ex-agent de la DGSE se penche sur la série « Le Bureau des légendes » (Le Monde)

A l’aide du regard d’Yves Trotignon, ancien agent de la DGSE, le lecteur prend la mesure du travail de Romain qu’Eric Rochant et son équipe ont fourni pour rompre avec ce qui s’est fait jusqu’à maintenant en France dans le domaine des fictions sur l’espionnage.

Initialement annoncé pour le 18 avril, ce livre a failli ne pas voir le jour. La publication du dernier ouvrage d’Yves Trotignon, ancien agent de la DGSE, a été repoussée au 6 juin en raison d’un litige avec la société audiovisuelle The Oligarchs Productions (TOP) qui produit la série française à succès Le Bureau des légendes (BDL), diffusée sur Canal+ depuis 2015.

Alex Berger, président de TOP, producteur exécutif de BDL et associé à Eric Rochant, créateur, coauteur et coréalisateur de BDL, a attaqué le 6 avril la société Humensis, propriétaire des Presses universitaires de France (PUF), éditrices de l’ouvrage d’Yves Trotignon, pour avoir utilisé le titre de l’œuvre et l’affiche de la saison 1 sur des plates-formes de promotion en ligne. « Les PUF ont utilisé notre marque, la photo de la série et l’image de Mathieu Kassovitz sans nous demander la moindre autorisation », prévient Alex Berger, qui ajoute que « personne à TOP n’a lu le livre, mais en tant que producteur j’ai l’obligation de défendre les ayants droit, et c’est ce que j’ai fait. »

Sa société de production a réclamé une compensation à hauteur de 19 000 euros. Or, l’affaire, traduite le 11 avril devant le tribunal de grande instance (TGI) de Paris, s’est achevée en faveur de la maison Humensis, et surtout d’Yves Trotignon qui pourra faire la promotion de son ouvrage à paraître dans quelques jours.

Dans son ordonnance de référé, le TGI a débouté la société de production et l’a condamnée à verser une indemnité de 3 000 euros à Humensis. « On n’a jamais voulu interdire la sortie du livre », précise Alex Berger, qui n’a pas fait appel. « Les 3 000 euros ont servi à recomposer la couverture du livre. »


Beryl 614, ancien agent de la DGSE, avait bien l’intention de traiter de la série d’Eric Rochant, le Bureau des Légendes, sur Talks with a Spy. Une chaîne sur le renseignement et l’espionnage ne pouvait en effet pas passer à côté d’une telle série ! C’est désormais chose faite avec ce 14e épisode.

Soixante-huitards de droite

Mai 68 restera à jamais marqué par la victoire culturelle et idéologique de l’extrême gauche et par l’aspiration libertaire de la jeunesse. Pourtant, il y eut une autre jeunesse, nostalgique d’une France de l’ordre et tout aussi critique sur son époque.

Ainsi, parmi les manifestants de 68, d’autres jeunes ont tenté, eux aussi, de faire leur révolution et d’imposer violemment leur vision du monde. Ce documentaire raconte l’histoire de cette autre révolte contre le pouvoir gaulliste.

À partir des témoignages d’acteurs de ce mouvement, connus et inconnus, tels que Patrick Buisson, Patrice Gélinet, Bernard Lugan, Gérard Longuet, Alain Madelin ou encore Alain Robert, retour sur un Mai 68 oublié, celui des baby boomers, adeptes d’une droite réactionnaire.

Documentaire de Bertrand Delais

France TV – Voir sur Rutube

Bruno Fuligni – Tour du monde à travers la France inconnue

Envie de faire le tour du globe sans passer la moindre frontière ? C’est possible ! Discrètement mais sûrement, notre bonne vieille métropole cache, à travers ses peuplades méconnues, un étonnant monde miniature. Des Huns en Champagne, des Écossais dans le Berry, des Acadiens dans le Poitou, des Bédouins en Touraine, des Mexicains au cœur des Alpes, ou encore des vahinés sur la côte basque… Un voyage paradoxal : le tour du monde des grandes civilisations sans quitter l’Hexagone.


Un livre, Une voix – Le tour du monde sans quitter la France (Radio Notre Dame)

Bruno Fuligni est l’invité d’Un livre, une voix pour son « Tour du monde à travers la France inconnue » (Editions du Trésor). Il propose une balade réjouissante et iconoclaste dans les villages de France annoncé comme fondés par des peuples lointain.

« Le projet c’est tout simplement un voyage », raconte l’auteur. A bord d’une vieille Peugeot « pourrie, lamentable », qui ne survivra pas au voyage, il fera une tour de France par les petites routes. Les villages et les lieux sont assez reculés mais ont tous un point commun. « Ils ont été fondés ou passe pour avoir été fondés par des peuples lointain », explique Bruno Fuligni. D’où le tour du monde sans quitter l’hexagone. Au programme : les Huns, les hongrois, les saxons ou vikings… Pour l’auteur ça a été un voyage en deux étapes. La première est dans les livres afin de vérifier l’histoire des villages et l’apport étranger. Demander directement aux habitants ? Ce n’est pas une bonne technique car il y a parfois une réécriture du passé pour faire plus français, surtout au XIXe siècle. La deuxième étape est de se rendre sur place.

Les carthaginois en Ardèche

Il existe en Ardèche un lieu-dit : « le Liby ». Conclusion logique d’érudit locaux : il y a eu des libyens qui étaient venus s’établir là. « Ils ont fait des fouilles et malheureusement ils ont trouvé des crânes. Donc ils ont expliqué que ces crânes n’étaient pas du tout des crânes qu’on était habitué à trouver en Gaule. C’était forcément une peuplade qui venait d’assez loin. Ce sont des carthaginois qui se sont installés là », retrace Bruno Fuligni. Tout un article est disponible dans le Bulletins et Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris de 1873 Cette thèse du XIXe siècle s’est avérée fausse avec le développement de la science historique et archéologique. Le livre fourmille de plein d’histoire de ce type. Un cas intéressant est celui des enclaves étrangère en territoire français, comme celle de l’abbaye d’Hautecombe.


Drôle de Tour du Monde (RTL)

Envie de faire le tour du monde sans quitter l’Hexagone ? La France cache, à travers ses peuplades méconnues, un étonnant monde miniature. Des Huns en Champagne, des Écossais dans le Berry, des Acadiens dans le Poitou, des Bédouins en Touraine, des Mexicains au cœur des Alpes, ou encore des vahinés sur la côte basque…

L’historien Bruno Fuligni nous emmène faire le tour du monde sans quitter l’Hexagone !


Au coeur de l’histoire – Des Français insolites (Europe 1)

Le tour du monde à l’intérieur des frontières de la France : tel est le défi que s’est lancé Bruno Fuligni, invité cet après-midi de Franck Ferrand. Ensemble, ils évoqueront notamment les Ecossais dans le Berry, les vahinés sur la côte basque…

Pour commencer l’émission, Franck Ferrand nous parle d’une population française qui a disparu: les Cagots. Ces sortes d’intouchables du Sud-Ouest du pays. Et Lorena Martin nous emmènera voir le musée des Cagots à Arreau.


Jonathan Siksou reçoit Bruno Fuligni sur RCJ, pour son livre « Tour du monde à travers la France inconnue » aux éditions Trésor.

« Les repatriés » : au Sénégal, quand la diaspora revient

Au Sénégal, quand la diaspora revient (Interception – France Inter)

L’Afrique n’est pas qu’un continent que l’on veut quitter à tout prix à bord d’une embarcation de fortune. C’est aussi une terre où l’on revient s’installer et travailler. Une terre où tout est possible. Interception s’intéresse cette semaine à ceux que l’on appelle « les repatriés » africains.

« Repatriés » africains, ce néologisme désigne la diaspora africaine qui a choisi de revenir dans son pays d’origine.

Il y a avait les « expats », il y a désormais les « repats »

Et dans ce domaine, les Sénégalais sont en pointe. Il y a plus de 300 000 Sénégalais installés en France. Tous ne veulent pas revenir au Sénégal, bien sûr, mais des milliers ont déjà sauté le pas. Ce sont souvent les plus diplômés, mais pas seulement.

Ces « repats » sont attirés par leur pays d’origine, qui offre stabilité politique, forte croissance (aux alentours de 7% d’après la Banque Mondiale) et grands projets d’infrastructures (nouvel aéroport international à Dakar, villes nouvelles qui sortent de terre comme Diamniadio).

Il y a les profils hautement qualifiés comme Abdoulaye Ba. Il est resté quinze ans en France, il y a décroché de multiples diplômes (doctorat en droit, DESS droit des affaires, 3e cycle en diplomatie stratégique) et il a décidé il y a dix ans de revenir s’installer au Sénégal. Grâce notamment à une subvention de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), il a ouvert un cabinet de consulting à Dakar, « Aba Consulting ».« Tout se passe en Afrique », dit Abdoulaye Ba. « Tout est à faire, tout est à construire. Les matières premières sont ici, les gens sont de plus en plus qualifiés ». Il appelle de ses vœux un « sursaut patriotique » pour que la jeunesse africaine reste chez elle. « L’eldorado c’est l’Afrique, ce n’est plus l’Europe ». Il cite John Fitzgerald Kennedy : « ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ».

Il y a aussi Soad Diouf, jeune femme de 32 ans, qui a fait ses études à Rouen (en génie des systèmes industriels) et qui a décidé de revenir il y a dix-huit mois « par devoir moral ». « Il vaut mieux rentrer et développer notre pays en étant sur place, plutôt que d’envoyer de l’aide » dit-elle. « Un pays ne s’est jamais développé avec de l’aide ». Soad Diouf a ouvert un cabinet d’audit énergétique à Dakar, pour « que les entreprises consomment de l’énergie de manière responsable ». « Un métier d’avenir » dit-elle.

Moubarak Wade a décidé de rentrer pour d’autres raisons. Installé à Nice pendant neuf ans, il a mal vécu la séparation familiale. Sa fille, née à Dakar, lui manquait. Il en avait assez des « conversations sur skype », « de voir les familles dans les parcs et moi être tout seul ». Il parle aussi des « fins de mois difficiles », lui qui pour financer ses études, travaillait de nuit dans un hôtel. Et puis il y a eu son agression le 1er mai 2005. « Un groupe d’extrême-droite m’a tabassé et volé mon sac. C’était très violent » raconte-t-il. Tout ça mis bout à bout, l’a poussé à revenir au Sénégal en 2012. Grâce à l’OFII, il a reçu une subvention de 8 000 euros et a ouvert une agence de communication à Dakar, le groupe « Trust » qui emploie aujourd’hui cinq salariés.

Et puis il y a des retours plus discrets, les retours des séniors

Direction Ourossogui, 15 000 habitants, à huit heures de route au nord-est de Dakar, près de la frontière mauritanienne. Ourossogui se situe dans la province de Matam, une terre enclavée, agricole, peu peuplé, un paysage de savane couleur ocre. Pendant longtemps, la jeunesse de Matam a émigré vers l’Europe. C’est moins le cas aujourd’hui, car l’agriculture s’y est développée.

Elhadj Dia, 70 ans dont 40 ans passé en France, a choisi de revenir à Ourossogui, sa ville natale. En France, il était pâtissier à la Brasserie Mollard, près de la gare Saint-Lazare, une institution parisienne. Sa retraite, il la passera au Sénégal car il a « le mal du pays ». « C’est le seul endroit où je connais tous les arbres, les rivières, les maisons ». Un retour viscéral, « vers ses racines », dit-il.

Le retour des immigrés est un phénomène qui prend de l’ampleur au Sénégal mais qui reste par essence difficile à quantifier. Selon Papa Sakho, responsable du département de géographie à l’Université Anté Diop de Dakar, « au bout de dix ans, un quart des migrants reviennent au Sénégal ».

Au Sénégal, quand la diaspora revient, c’est un reportage de Géraldine Hallot et Stéphane Beaufils. 

La caravane de l'emploi à Paris. Quand des patrons sénégalais viennent promouvoir l'idée du retour
La caravane de l’emploi à Paris. Quand des patrons sénégalais viennent promouvoir l’idée du retour © Radio France / Géraldine Hallot

Au Sénégal, quand la diaspora revient