France – États-Unis : un commerce équitable ?

France-Etats-Unis : un commerce équitable ?  (France Culture)

De quelles natures sont les relations transatlantiques ? Quels produits, quelles attitudes, quelles images avons-nous échangés, partagés ou déclinés ? Que doit concrètement l’Europe à l’Amérique et que doit l’Amérique à l’Europe ?

Production : Régis Debray / Réalisation : Marie-Laure Ciboulet / Avec la collaboration de Corinne Amar

France-Amérique : un échange de bons procédés : 12 rencontres inattendues

Issus d’une émission diffusée sur France Culture, douze exemples d’échanges culturels entre la France et les Etats-Unis et les métamorphoses qu’ils ont suscités dans chaque pays, du jazz à la voiture et du vin à la bande dessinée. ©Electre 2018


Le vignoble, du terroir au cépage

Bien sûr la viticulture, l’art vinicole, le goût et la science du vin, fait corps avec la culture française, comme le vignoble de Saint-Emilion avec les paysages du Bordelais, ou celui de Saumur avec les bords de Loire. Mais si cette culture du vin fait partie de notre intimité nationale et de notre histoire, nous n’en avons pas l’exclusivité, nous la partageons avec l’Italie, premier producteur et deuxième exportateur de vin dans le monde, et avec l’Espagne.

 

Le vin est porteur de cette croyance de l’absolu, en même temps que d’une interprétation de l’univers dans lequel nous nous trouvons. Périco Legasse

Que faire pour contrer l’américanisation du goût ? Comment tirer son épingle du jeu ?

L’AOP, AOC,l’appellation d’origine contrôlée, d’origine protégée pour la réglementation européenne, c’est une photographie de l’endroit. L’appellation d’origine rappelle qu’il y a des traditions anciennes, la façon d’exploiter un territoire et de mettre en avant le produit… et qu’il y a des lieux, des territoires.


Le temple, de Calvin au néo-évangélisme

La civilisation américaine, qui ricoche un peu partout en France comme ailleurs, a pour appui et fer de lance un protestantisme de fondation, mais revu et transformé en un évangélisme aux facettes multiples. Regis Debray reçoit aujourd’hui Olivier Abel.

Il ne semble pas exister de civilisations qui n’aient pas pour fondement une religion. On peut douter de l’affirmation d’André Malraux selon laquelle nous serions la première civilisation qui ne s’appuierait pas sur une religion historique mais seulement sur un système de machine.

Calvin c’est Descartes au sens où c’est une pensée de la mesure, de la finitude humaine, une pensée dans laquelle Dieu est extérieur au monde, donc le monde est entièrement désensorcelé, il est entièrement mesurable, il est juste une créature sensible et intelligible.

Olivier Abel

Quel est le Jean Calvin qui fonde l’Amérique avec les pères de la Nation américaine?

Calvin, sa pensée c’est une pensée de l’exil, soit on se révolte et on rentre dans la sédition religieuse qui est interdite par l’épître romain de Saint Paul, soit on se laisse brûler vif juste parce que certains prélats estiment qu’on n’est pas conforme à la droite doctrine de l’Église. Aux temps des idées de Luther, cela arrivait fréquemment. La solution de Calvin, qu’il découvre par hasard pour lui-même, mais qu’il va généraliser, c’est l’appel à partir : ne vous révoltez pas, interdiction de se révolter mais ne vous laissez pas non plus être le martyr. Il n’y a aucune religion de la mort chez Calvin.

Olivier Abel


Le Saxo, d’Adolphe Sax à Lester Young

Le saxophone doit son existence et son nom à Adolphe Sax. Ce dernier est Belge et est né en 1814 et mort en 1894. C’est lui qui a inventé sur les bords de la Meuse à Dinant, l’instrument « le plus proche de la voix humaine ». Pénétrez avec Régis Debray dans les arcanes du jazz.

Il a révolutionné en Europe, non seulement les fanfares de musiques militaires mais la musique classique, Rossini, Berlioz et Bizet en ont tiré le plus grand profit. La « grosse pipe de métal » comme l’appelait Cocteau est arrivée par la suite à La Nouvelle-Orléans, la patrie des Spirituals et des blues. Puis elle est remontée à Chicago et New York, et Charlie Parker, Coltrane et Sonny Rollins lui ont donné ses lettres de noblesse, à côté de la trompette et de la clarinette. Le saxo est revenu en Europe après la Première Guerre mondiale où il a notamment, via le phonographe, sauvé Jean-Paul Sartre du plus noir désespoir. Ce sont « les sons blancs et acidulés d’un saxophone » à la fin de La Nausée qui lavent Roquentin, son double, du péché d’exister… lorsqu’il écoute une mélodie impérissable « Some of these days you’ll miss me, honey ».

D’où vient ce mot « jazz » ? Comment ne pas l’utiliser à tort et à travers ?

Le mot est récusé par tous les grands musiciens, depuis Amstrong jusqu’à Archie Shepp […] parce que les musiciens afro-américains avaient le sentiment très précis que ce mot avait été, non pas inventé, mais en tout cas popularisé par les studios de cinéma d’une part et par l’industrie de la musique blanche.

Francis Marmande


Le Deuxième sexe, de Simone de Beauvoir à Kate Millett

Il n’y a pas de meilleur indice du degré ou de la nature d’une civilisation, dans quelque pays que ce soit, que la place dévolue à la femme et la nature des relations entre les sexes – que ce soit dans la famille ou en dehors.

Ce marqueur anthropologique embrasse les deux sens du mot « civilisation » : au singulier, c’est le polissage des mœurs, et au pluriel c’est la couleur locale de chaque pays. En tout cas, dans le notre et en Europe, un mal civilisé, un mal qui émerge de la barbarie se doit d’être polissé, courtois, respectueux envers les dames, et depuis le XVIIe siècle, la galanterie est un attribut, un signe distinctif de la civilité française. Un trait d’Ancien Régime, certes liés à beaucoup d’autres – à la cour, au marivaudage – mais un trait qui a survécu à l’égalisation des conditions, et reste aux yeux des étrangers un label de civilisation… un label de « francité ».

Comment le livre de Simone De Beauvoir, Le Deuxième Sexe, a-t-il été reçu aux États-Unis et dans quel contexte ? Où en était le féminisme auparavant ?

Le Deuxième Sexe, à sa parution aux États-Unis a été véritablement très très bien reçu par les femmes. D’ailleurs Kate Millett, qui est une des grandes féministes américaines, a dit : ‘it was a revelation’. C’était une révélation.

Françoise Gaillard


La pizza, de Naples à Pizza Hut

Les civilisations qui marchent bien ont une caractéristique : elles intègrent les traits de cultures étrangères, elles les ingurgitent, elles les adoptent, mais elles les décloisonnent et les recyclent tous azimuts. Réflexions sur la pizza comme marqueur social et culturel.

Le marché et le commerce ont toujours été des agents de civilisations. En ce sens, Pizza Hut, entreprise florissante, s’il en est, fait partie intégrante d’une mondialisation à l’américaine. Et la métamorphose, en un demi-siècle, de la pizza napolitaine à un met réservé aux plus pauvres, dans le plat le plus international qui soit, témoigne de cette aptitude des grandes civilisations à faire feu de tout bois et de toute farine. L’offre nutritive est une composante du « soft power ».

La pizza est-elle transclasse ou bien est-elle un marqueur social ?


Les californismes, du franglais au globish

En ce qui concerne les enseignes, les pubs ou encore les mots que nous utilisons chaque jour… il y a de loin un pôle dominant qui fascine et façonne notre langage, notre manière de parler : l’anglo-américain sous le nom de « globish » irrigue à présent les cerveaux du globe entier.

Et le français s’en ressent un peu plus que les autres, dans la mesure où notre langue, avait atteint, certains disent depuis le XIIIe siècle au moment des croisades, une certaine universalité vantée par Rivarol et Voltaire. Et peut-être que cette prétention ou cette assurance l’ont fait un peu s’endormir sur ses lauriers. En tout cas, quand on évoque les questions de langues, on ne caresse pas l’épiderme d’une civilisation, on touche à ce qu’elle a de plus intime.

Faut-il s’inquiéter pour l’avenir de la langue ?

Oui et non, cela dépend du péril. Quel est le vrai péril en la demeure ? Les linguistes québécois et les spécialistes linguistes de cette belle province ont l’habitude de distinguer le statut d’une langue et son corps. Le statut c’est son emploi, sa représentation, sa fonction sociale. Et son corps, c’est telle qu’elle est, les mots, le lexique, les anglicismes. Ce sont deux questions différentes.

Ce n’est pas parce qu’une langue a 10%, 20%, 30%, 90% d’emprunts, qu’elle va basculer, qu’elle va disparaître.

Bernard Cerquiglini


Le polar, de Chandler à Manchette

Il y a, en matière de roman policier, un lien inaugural entre l’Amérique et la France… il date de 1841. Souvenons-nous c’est un Américain, Edgar Poe qui a établi les règles du genre. Son détective est un Français, Dupin, et la rue « Morgue » où s’est commis le double crime est une rue de Paris.

Cela dit, c’est tout de même dans l’Amérique urbaine de la prohibition et d’Al Capone dans l’entre-deux-guerres que le style appelé là-bas « hard boy », le « dur à cuire » a pris ses marques et nous a communiqué ses marques avec Dashiell Hammett, James M. Cain, Horace McCoy et tous les classiques du genre que nous vénérons en France.

Comment est née chez Gallimard la Série noire en 1945 ?

Il y avait un passé, même plusieurs passés. Pour être précis, il faut remonter vingt ans en arrière parce que ça commence en 1925. Gaston Gallimard est alors, seul maître à bord de sa maison, de cette maison qui a d’ailleurs été créée par un grand amateur de polar, André Gide. […] Mais il essaie de diversifier le catalogue de sa maison, de constituer un catalogue avec cette idée, retour d’Amérique, de constituer une maison d’édition – c’est assez surprenant quand on entend ça – très commerciale. Ça c’est vraiment son projet.

Le moment extrêmement important, le « turning point » à l’américaine, est l’apparition du « Faucon maltais » de Dashiell Hammett en 1930. Ce qui est considéré comme le roman modèle de ce nouvel art du roman policier.


La BD, du comic strip à Schuiten

C’est un Suisse francophone, Töpffer (1799-1846) qui a eu le premier l’idée de raconter une histoire à travers une succession de vignettes – idée saluée par Goethe. Aujourd’hui Régis Debray analyse la bande-dessinée avec Benoit Peteers.

L’Amérique fut et reste assurément la patrie d’adoption des nouveaux imaginaires. C’est là que sont nés les premiers comics à grandes circulations. C’était un médium de masse qui convenait autant aux patrons de presse, via le supplément dominical des quotidiens, qu’à un pays voué au culte de l’enfant roi, via entre autres les studios de Walt Disney.

Comment sommes-nous passés de la très européenne littérature en estampe du XIXe siècle aux comics très américain du XXe siècle ?

Il y a d’abord eu une fable, celle de la naissance de la bande-dessinée, aux Etats-Unis vers 1895 avec le « Yellow Kid » de Outcault. C’est une fable étrange parce qu’on faisait naître la bande-dessinée avec le cinéma.

Tout d’un coup, pour mettre en scène le phonographe d’Edison – croisement des médias – Outcault utilise la bulle.

Benoit Peteers


La Bagnole, de la Cadillac à la R12

Entre la Beauce et le Middle-Ouest il y a plus qu’une différence kilométrique, il y a une différence de qualité, de sensibilité, dans la manière de prendre en charge le monde extérieur. Cette manière dépend beaucoup des véhicules utilisés.

L’espace européen abrite des lieux de séjours, il est domestiqué, travaillé, quadrillé, sculpté, creusé, alors que l’espace américain est déplacement, excitation, dynamisme. Ce n’est pas pour rien si la route est son blason. Il y a même un vertige spatial aux Etats-Unis. La domestication de ce vertige donne aux moyens de transport un rôle emblématique, qu’il s’agisse de la Road Movie jusqu’à la fusée spatiale.

La soif de mobilité fait corps avec « l’American way of life » comme elle fait corps avec le rêve américain.

Régis Debray

Quels sont les archétypes de l’automobile en Europe et aux Etats-Unis et en quoi ces archétypes s’opposent-ils ?

D’un côté il y a l’automobile classique américaine, celle qui s’appelle Chevrolet, Pontiac, Oldsmobile, Buick […] Elles ont toutes les mêmes caractéristiques au moins dans l’âge classique. Ce sont de belles américaines, elles sont grandes, elles sont lourdes, elles ont des moteurs pas très performants, elles consomment beaucoup d’essence…

Catherine Bertho-Lavenir


Le Remake, de Billancourt à Hollywood

A quelque chose malheur est bon… une infortune pèse sur le cinéma français et sa projection aux Etats-Unis.

C’est que le public américain dédaigne le fait que tout « ce qui ne demande aucun effort n’est que temps perdu », comme disait Valery, donc il ne supporte pas les sous-titres à l’écran et ne saurait non plus endurer le doublage. Mais ce qui pourrait passer pour rédhibitoire s’est en réalité avéré une aubaine pour notre 7e art. Il rebondit et se redéploie outre-atlantique sous forme de « remake ».

Le fait qu’Hollywood copie Billancourt, et non l’inverse, cela pourrait même flatter l’orgueil national, tout en nous rappelant que nos vedettes de cinéma, hormis de très rares exceptions, je pense à Montand ou Depardieu, ne sont célèbres qu’à l’intérieur de nos frontières.

Régis Debray

Comment définir exactement le « remake » est-ce une copie ou une adaptation?

Un « remake » est une nouvelle version d’un film déjà tourné. […] Un « remake » ce n’est pas un plagiat, ce n’est pas une copie frauduleuse.

Raphaëlle Moine

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Oum Kalthoum, la voix du Caire

Aucune chanteuse n’a été adulée à l’égale d’Oum Kalthoum, aucune voix, si belle soit-elle, n’a incarné comme elle l’âme de tout un peuple, au point d’être sacralisée de son vivant, non seulement en Égypte, mais dans tout le monde arabe. Une évocation vibrante de l’extraordinaire diva, décédée en 1975.

Quand elle disparaît, le 3 février 1975, des millions d’Égyptiens suivent son cortège funèbre, comme ils l’avaient fait quinze mois plus tôt après la mort du président Nasser. Le retentissement, là encore, est planétaire. Aucune chanteuse n’a été adulée à l’égale d’Oum Kalthoum, aucune voix, si belle soit-elle, n’a incarné comme elle l’âme de tout un peuple, au point d’être sacralisée de son vivant, non seulement en Égypte, mais dans tout le monde arabe. « Au-dessus d’elle, il n’y a que le Coran », résumait le journaliste Mustapha Amin, l’un de ses amis.

Née dans les premières années du XXe siècle dans le delta du Nil, fille d’un modeste imam de campagne qui la fait chanter en public dès l’âge de 7 ans, Oum Kalthoum n’est encore qu’une gamine sans éducation, cachée sous des vêtements de garçon qui suscitent la moquerie, quand elle débarque au Caire, où l’amène la renommée grandissante de sa voix hors norme. Vingt ans plus tard, ses concerts retransmis en direct à la radio, dans lesquels elle exalte comme nulle autre l’amour, Dieu et la patrie, figent tout le pays. Après 1952, l’accession de Nasser au pouvoir fait définitivement d’elle non pas la première, mais « la Dame », comme on l’appelle, de la nation, elle qui, en pionnière, a mis la poésie de la langue arabe à portée de tous, à travers des mélodies d’une haute sophistication.

« Tarab »

Il suffit de contempler dans ce film les visages de ses auditeurs, magnifiés par la joie ou le recueillement, pour approcher une part de la magie exercée par Oum Kalthoum : le tarab, émotion poétique et musicale que de lumineux exégètes tentent d’expliciter face à la caméra, de certains des musiciens qui l’ont accompagnée sur scène au trompettiste de jazz Ibrahim Maalouf. Entrelaçant photos et films d’archives, commentaires et témoignages, dont l’une des très rares interviews radiophoniques données par la chanteuse, Xavier Villetard retrace le chemin extraordinaire qu’elle a accompli seule, dans une société dominée par les hommes, et fait résonner puissamment sa voix reconnaissable entre toutes.

Réalisation : Xavier Villetard

ARTE


TV : « Oum Kalthoum, la voix du Caire » (Le Monde)

Sur la base de documents d’archives et d’entretiens, cet intéressant documentaire retrace l’histoire édifiante, maintes fois racontée, sans doute, mais toujours ­passionnante, de cette petite ­paysanne illettrée devenue une icône en Egypte, au Moyen-Orient et dans quasiment tout le monde arabe. Encore aujourd’hui, elle reste une référence et suscite de multiples hommages, plus de quarante ans après sa mort, au Caire, le 4 février 1975.

Surnommée « la Quatrième ­Pyramide », « l’Astre de l’Orient », « la Dame », Oum Kalthoum (on trouvera son nom souvent écrit Kalsoum, également), née aux alentours de 1904 – le réalisateur, Xavier Villetard, retient cette date approximative, qui est le plus souvent évoquée ; d’autres documents parlent de 1898 – à Tmaïe al-Zahayira, un village du delta du Nil, où son père était imam.

« Féminisme arabe »

A 7 ans, déjà, elle exprime un ­petit caractère indocile, refusant d’abord d’accompagner son père et son frère pour chanter avec eux dans des cérémonies religieuses. Elle a fini par accepter… en échange de sucreries à la fleur d’oranger. « J’étais têtue, mais gourmande », dit la voix de la diva, enregistrée lors d’un entretien donné au micro de la radio égyptienne et que l’on retrouve à plusieurs moments au fil du ­récit, confiant plus loin, par exemple : « Plus j’avance en âge et plus j’ai peur du public. Chaque fois que le rideau se lève, je transpire. Voilà pourquoi je tiens un mouchoir à la main. Cette peur, c’est une façon de respecter le ­public. »

Les images montrent ce studio de la radio depuis lequel, tous les premiers jeudis du mois, elle chantait. Ces soirs-là, les rues du Caire se vidaient, on se rassemblait autour des transistors et l’on écoutait religieusement « la Voix ». Des photos défilent, montrant les visages recueillis d’auditeurs envoûtés, fumant la chicha. Le Caire, la capitale de l’Egypte où elle est arrivée en 1923 sous des ­accoutrements de garçon – une volonté de son père qui souhaitait qu’elle cache sa féminité pour s’éviter « des ennuis » – et où elle enregistrera toutes ses chansons de 1934 à 1960. Dans son contrat, elle avait fait inclure une clause exigeant qu’elle soit la mieux payée de toutes les chanteuses de la radio. Oum Kalthoum n’oublie pas de s’investir dans le cinéma et les comédies musicales, qui font du Caire la capitale culturelle du Moyen-Orient.

Dès le début des années 1930, la célébrité l’amène au-delà des frontières de l’Egypte : Bagdad, ­Jérusalem, Beyrouth, Haïfa, en ­Palestine, où elle offre la recette du concert à la fondation contre l’occupation britannique et l’immigration juive. Après la révolution de juillet 1952, quand une ­rumeur circule sur l’interdiction de ses chansons à la radio parce qu’on lui reprochait d’avoir trop chanté pour le roi Farouk et les ­dirigeants de l’ancien régime, le nouveau maître du pays, Gamal Abdel-Nasser, prend sa défense. Elle lui offrira son soutien quand il nationalisera le canal de Suez (1956) ou après la cuisante défaite de la guerre des Six-Jours contre Israël (1967).

Lorsque Nasser meurt d’une crise cardiaque, le 20 novembre 1970, elle annule sa tournée en Union soviétique et rentre en Egypte. Plusieurs millions de personnes suivent le cercueil du ­défunt dans les rues du Caire. ­Plusieurs millions suivront également, après son décès, celui de celle qui incarnait également, « en chantant debout au milieu des hommes, l’émergence d’un féminisme arabe ».

Robert Wyatt, l’homme de plusieurs vies

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Robert Wyatt, est l’homme de plusieurs vies, batteur flamboyant de Soft Machine, il est tiraillé entre son amour du jazz et la violence du rock. Après une phase de dépression chronique et alcoolisme, un accident le cloue sur une chaise roulante et le contraint à se réinventer.

de Gilles Pezerat, réalisation Anne Perez, technique Pierre Bornard

 

 

Robert Wyatt, né en 1945, est l’homme de plusieurs vies. De 1968 à 71, il est le batteur flamboyant de Soft Machine, tiraillé entre son amour du jazz et la violence du rock. Déjà il s’essayait à chanter, voix de ténor aigu et fragile, textes absurdes. Puis, entre une dépression chronique et un alcoolisme de plus en plus destructeur, il aurait pu disparaître comme Brian Jones, Jimy Hendrix… Mais un accident, une chute du quatrième étage en 1973 le cloue sur une chaise roulante et le contraint à se réinventer. Ce qu’il fait de manière sublime avec l’album Rock Bottom, né sur un lit d’hôpital et qui l’a fait connaître au monde entier

Dans cet album comme dans ceux qui suivront, Robert Wyatt explore ses émotions avec une sincérité bouleversante. La musique et la voix de cet homme inquiet ne ressemblent à aucune autre. Avec lui, l’humour le dispute à la tragédie. Dépressif joyeux et ancien membre du parti communiste, il est l’éternel défenseur des causes perdues. Après une dizaine d’albums solo et des collaborations avec entre autres Bjork, Brian Eno, Elvis Costello, il a le jour de ses 70 ans, décidé d’arrêter la musique. Avec Pierre Bornard, ingénieur du son nous sommes allés le voir à Louth, petite ville perdue du nord-est de l’Angleterrre, où il vit avec Alfreda Benge, sa femme et muse.

Vous pourrez entendre dans l’émission :

Richardson Road (A Philips, Grasscut – Different every time )

The British Road (R Wyatt – Old Rottenhat )

Hope for Happiness (K Ayers, M Ratledge, B Hopper – Soft Machine I )

To Carla, Marsha and Caroline (R Wyatt – The end of an Ear )

Thank you Pierrot Lunaire (H Hopper, R Wyatt – Soft Machine II )

Have you ever bean green (H Hopper, R Wyatt – Soft Machine II )

Anachronist (R Wyatt – Comicopera )

Pataphysical introduction (R Wyatt – Soft Machine II )

Hibou, anemone and bear (M Ratledge, R Wyatt – Soft Machine II )

Facelift (H Hopper – Soft Machine III )

Esther’s nose job ( H Hopper, M Ratledge, R Wyatt – Soft Machine II live )

Signed curtain ( R Wyatt – Matching Mole)

To mark everywhere  (R Wyatt – The end of an Ear )

Alifib (R Wyatt – Rock Bottom )

A last straw (R Wyatt – Rock Bottom )

The age of self (R Wyatt – Old Rottenhat )

Left on man (R Wyatt – Dondestan )

Muddy mouse (c) Muddy mouth (R Wyatt – Ruth is stranger than Richard )

Foreign accent (R Wyatt – Cuckooland )

Submarine (Björk – Medulla )

The song (J Greaves – The songs )

At last I’m free (N Rodgers, B Edwards – Nothing can stop us )

Free will and testament (R Wyatt – Shleep )

Round midnight (T Monk – For the ghosts within )

Be serious (R Wyatt – Comicopera )

Where are they now (R Wyatt, G Atzmon /S Mansour, A Hashem – For the ghosts within )

The sight of the wind (R Wyatt – The sight of the wind )

Cuckoo madame (R Wyatt / A Benge – Cuckoo madame )

Old Europe (R Wyatt / A Benge – Comicopera )

Out of the blue (R Wyatt / A Benge – Comicopera )

What a wonderful world (Thiele / Weiss – For the ghosts within )

Source : France Culture