Les Chemins de la philosophie – George Orwell

George Orwell, what else ? – Les Chemins de la philosophie (France Culture)

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Comment Eric Blair est-il devenu George Orwell ?

Depuis l’élection de Donald Trump, le roman dystopique « 1984 » est en tête des ventes aux Etats-Unis. Quels sont les points commun entre Big brother et l’Amérique d’aujourd’hui ? entre le globish et le Novlangue ?

Un auteur est-il jamais vraiment « d’actualité » ? Au fond, peu importe. Saisissons cette occasion pour découvrir, en 4 émissions, l’oeuvre de George Orwell, cet auteur hors du commun, de ses textes autobiographiques (Quai de Wigan) à ses chroniques de journalistes (A ma guise), en passant par la Ferme des animaux et bien sûr 1984.

Le texte du jour

« Tu avais raison quand tu as dit que je n’allais pas bien. Je vais un peu mieux maintenant mais je me suis senti souffrant pendant environ quinze jours. […] Je n’arrive pas à faire le moindre effort. Marcher plus d’un kilomètre ou soulever quelque chose d’un peu lourd, et surtout avoir froid, me chamboule immédiatement. Même en sortant simplement le soir pour rentrer les vaches, je finis par avoir de la température. Par ailleurs, tant que je mène une sorte de vie sénile, je me sens en forme et j’ai l’impression d’être capable de travailler comme d’habitude. Je me suis tellement habitué à travailler au lit que je crois que je préfère ça, bien qu’évidemment il soit un peu problématique de taper à la machine. Je me bats avec les dernières étapes de ce sacré livre, que je suis supposé terminer pour début décembre, et j’y parviendrai si je ne retombe pas malade. Il aurait été terminé au printemps s’il n’y avait pas eu cette maladie.

[…] La ferme s’organise. [Bill Dunn] a maintenant une cinquantaine de moutons et une dizaine de vaches, dont certaines m’appartiennent. Nous avons aussi un cochon que nous n’allons pas tarder à transformer en bacon. […] Nous avons maintenant un bon petit jardin. Bien sûr, il est en partie revenu à l’état sauvage parce que je ne peux pas beaucoup y travailler, mais j’ai l’espoir de faire retourner la terre cet hiver par un ouvrier irlandais et, même cette année, nous avons eu pas mal de fleurs et des tas de fraises. Richard semble s’intéresser à la ferme et aux travaux agricoles, il m’aide au jardin et est parfois très utile. J’aimerais bien qu’il soit fermier quand il sera grand, en fait je ne serais pas surpris que tous ceux qui parviendront à survivre soient obligés de le devenir, mais je ne vais certainement pas le forcer.

J’ignore quand je vais me rendre à Londres. Je dois d’abord terminer ce livre, et je n’ai pas envie d’être à Londres juste avant Noël. J’ai pensé venir en janvier, mais je dois attendre d’être suffisamment en forme pour voyager. J’ai un peu perdu le contact avec ce qui se passe, en partie parce que la pile de ma radio est très faible, mais tout a l’air assez sombre. Je ne crois pas personnellement qu’une guerre totale et meurtrière puisse survenir aujourd’hui, seulement des « incidents » comme nous en avions tout le temps l’habitude entre la Russie et le Japon, mais je suppose que la guerre atomique est à présent une certitude dans les prochaines années. […]

Un aigle survole le champ devant la maison. Ils viennent toujours ici quand il y a du vent. »

George Orwell,Une vie en lettres, correspondance, 1903-1950, Agone, Banc d’essais, traduction Bernard Hoepffner, 2014. Lettre à David Astor du 9 octobre 1948, pp. 536-538.

Lectures

George Orwell, Le quai de Wigan, 1937, Champ libre, 1982, traduction Michel Pétris, chap. IX, pp. 166-167.

George Orwell, Hommage à la Catalogne, Éditions Champ libre, 1938, 1982 pp. 111-112

George Orwell, Une vie en lettres, correspondance, 1903-1950, Agone, Banc d’essais, traduction Bernard Hoepffner, 2014. Lettre à David Astor du 9 octobre 1948, pp. 536-538.

Intervenants


Apologie de la décence ordinaire

Quelle est cette décence dont parle Orwell ? Est-elle réservée aux ouvriers ? Pourquoi devrait-elle être à l’origine du socialisme ?

« Dans un foyer ouvrier […] on respire une atmosphère de chaleur, de décence vraie, de profonde humanité qu’il n’est pas si facile de retrouver ailleurs. » Orwell nous invite à résister à la falsification des faits grâce à cette décence… une invitation qui n’a rien perdu de son actualité. Découvrez le très brillant Bruce Bégout nous en parler.

Le texte du jour

« Dans un foyer ouvrier – je ne parle pas ici des familles de chômeurs, mais de celles qui vivent dans une relative aisance – on respire une atmosphère de chaleur, de décence vraie, de profonde humanité qu’il n’est pas si facile de retrouver ailleurs. Je dirais même qu’un travailleur manuel, à condition qu’il ait un emploi stable et un bon salaire – condition qui se fait de plus en plus précaire – a beaucoup plus de chances d’être heureux qu’un homme qui a « fait des études ». La vie qu’il connaît parmi les siens semble plus naturellement encline à prendre une orientation saine et harmonieuse. J’ai souvent été frappé par l’impression de tranquille plénitude, de parfaite symétrie si vous préférez, que dégage un intérieur ouvrier quand tout va bien. En particulier l’hiver, après le thé du soir, à l’heure où le feu luit doucement dans le fourneau de cuisine et se reflète dans le garde-feu d’acier, à l’heure où le père, en manches de chemise, se balance dans son rocking-chair en lisant les résultats des courses, tandis que la mère, lui faisant pendant de l’autre côté de l’âtre, fait de la couture – les enfants qui se régalent de trois sous de bonbons à la menthe et le chien qui se rôtit doucement sur le tapis de chiffons… C’est un endroit où il fait bon vivre, à condition de n’être pas là juste physiquement, mais aussi moralement. »

Georges Orwell, Le Quai de Wigan (The Road to Wigan Pier), 1937, trad. Michel Pétris, 10/18, 2000, p.131-132

Lectures

Georges Orwell, Le Quai de Wigan (The Road to Wigan Pier), 1937, trad. Michel Pétris, 10/18, 2000, p.131-132

Georges Orwell, « Où meurt la littérature », 1946, dans Essais, articles, lettres. 1945-1950, trad. Anne Krieff, Bernard Pécheur et Jaime Semprun, éd. Ivréa, 2001, p.82-83

Intervenants

  • Bruce Bégout : Philosophe et écrivain français. Maître de conférences à l’université de Bordeaux.Spécialiste de Husserl, il se consacre à l’exploration du monde urbain, mais aussi et plus généralement du quotidien.

De « La ferme des animaux » à « 1984 » : les dystopies au présent

Comment se fait-il qu’un auteur comme George Orwell, qui est un grand critique des sociétés totalitaires inspirées du nazisme et du régime soviétique, nous paraisse si contemporain et actuel?

De La Ferme des Animaux à aujourd’hui, en passant bien entendu par son célèbre roman 1984, le problème est de comprendre comment le pouvoir centralisé, extérieur et transcendant des anciens régimes totalitaires est devenu un « Little Brother », un pouvoir illimité de contrôle de tous par tous. En compagnie de Raphaël Enthoven.

Le texte du jour

« Dans la cabine d’en face, le camarade Tillotson, ramassé sur son phonoscript, y déversait encore des secrets. Il leva un moment la tête. Même éclair hostile des lunettes. Winston se demanda si le camarade Tillotson faisait en ce moment le même travail que lui. C’était parfaitement plausible. Un travail si délicat n’aurait pu être confié à une seule personne. D’autre part, le confier à un comité eût été admettre ouvertement qu’il s’agissait d’une falsification. Il y avait très probablement, en cet instant, une douzaine d’individus qui rivalisaient dans la fabrication de versions sur ce qu’avait réellement dit Big Brother. Quelque cerveau directeur du Parti intérieur sélectionnerait ensuite une version ou une autre, la ferait rééditer et mettrait en mouvement le complexe processus de contre-corrections et d’antéréférences qu’entraînerait ce choix. Le mensonge choisi passerait ensuite aux archives et deviendrait vérité permanente. […]

Winston regarda une fois encore son rival de la cabine d’en face. Quelque chose lui disait que certainement Tillotson était occupé à la même besogne que lui. Il n’y avait aucun moyen de savoir qu’elle rédaction serait finalement adoptée, mais il avait la conviction profonde que ce serait la sienne. Le camarade Ogilvy, inexistant une heure plus tôt, était maintenant une réalité. Une étrange idée frappa Winston. On pouvait créer des morts, mais il était impossible de créer des vivants. Le camarade Ogilvy, qui n’avait jamais existé dans le présent, existait maintenant dans le passé, et quand la falsification serait oubliée, son existence aurait autant d’authenticité, autant d’évidence que celle de Charlemagne ou de Jules César. »

George Orwell, 1984, chapitre 4 de la partie I (publié en 1949), Gallimard trad. Amélie Audiberti (1983)

Lectures

George Orwell, 1984, chapitre 4 de la partie I (publié en 1949), Gallimard trad. Amélie Audiberti (1983), p.60 et 63.

George Orwell, La Ferme des Animaux (1945), Chapitre 9, Folio trad. Par Jean Quéval (1983) (p.120.121).

George Orwell, 1984, chapitre 4 de la partie I (publié en 1949), Gallimard trad. Amélie Audiberti (1983)

Intervenants


Orwell journaliste : « A ma guise, chroniques 1943-1947 »

Orwell journaliste est une figure méconnue, mais passionnante, parce qu’Orwell voyait dans son métier un espace de liberté. A rebours de l’idée que l’on se fait du journalisme, il offre le modèle d’un journalisme indépendant, émancipé des contraintes.

Orwell journaliste mettait en pratique sa formule célèbre : « Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre ». Chroniquer le monde, c’est assumer des vérités inconfortables dans une période sombre, en s’autorisant, toutefois, à évoquer la reproduction des crapauds, la vaisselle, Marc Aurèle, les rosiers, les maladies vénériennes…

Le texte du jour

« À propos de mes remarques sur les grilles qui entourent de nouveau les squares londoniens, un lecteur m’écrit : « Les squares dont vous parlez sont-ils publics ou privés ? S’ils sont privés, je pense que vos propos sont, pour parler clair, une pure et simple justification du vol, et qu’ils devraient être jugés comme tels ».

Si rendre la terre d’Angleterre au peuple anglais est du vol, je suis ravi d’appeler cela du vol. Dans son zèle pour la défense de la propriété privée, mon correspondant ne prend pas le temps de se demander comment les soi-disant propriétaires de la terre en ont pris possession. Ils l’ont purement et simplement accaparée de force, puis se sont offert les services de juristes pour leur fournir des actes de propriété. […] Ils se sont emparés de l’héritage de leurs propres compatriotes tout à fait ouvertement, sans avancer le moindre prétexte, sauf la loi du plus fort. […] S’il est souhaitable que chacun puisse être propriétaire de son propre domicile et s’il est sans doute souhaitable qu’un paysan possède autant de terres qu’il peut effectivement en cultiver, l’existence d’un propriétaire foncier dans les zones urbaines n’a en revanche ni justification ni fonction. C’est seulement un individu qui a trouvé le moyen de faire du public sa vache à lait sans rien donner en retour. Il fait monter le prix des loyers, il rend l’aménagement de l’espace urbain plus difficile et il interdit les espaces verts aux enfants : c’est littéralement tout ce qu’il fait, à part toucher ses rentes. La disparition des grilles dans les squares était un premier pas dirigé contre lui. C’était un tout petit pas, mais un pas appréciable, comme le montre le mouvement actuel de rétablissement des grilles. Pendant près de trois ans, les squares sont restés ouverts et leur gazon sacré a été piétiné par les enfants de la classe ouvrière — une vision qui suffit à faire grincer les dentiers des boursicoteurs. Si c’est du vol, alors tout ce que je peux dire, c’est : vive le vol ! »

Georges Orwell, A ma guise, chroniques, 1943-1947 (Agone, 2008) pp 224-225

Lectures

Georges Orwell, A ma guise, chroniques, 1943-1947 (Agone, 2008) pp 385-386

Georges Orwell, A ma guise, chroniques, 1943-1947 (Agone, 2008) pp 224-225

Intervenants

L’armée française : des rues de Paris au désert du Sahara

L’armée française : des rues de Paris au désert du Sahara (La Série Documentaire – France Culture)

Une série documentaire de Raphaël Krafft, réalisée par Guillaume Baldy


Nord-Mali, l’opération Iroquois

Embarqué au Nord-Mali pour l’opération Iroquois : paysage lunaire, 42°, 25 kg d’équipements sans le Famas et un ennemi qui connaît parfaitement son terrain.

Début décembre 2016, 500 hommes nomadisent dans le désert malien à proximité de la frontière algérienne dans le but d’en déloger les « groupes armés terroristes ».

L’ennemi est invisible, n’attaque qu’au moyen de mines, d’engins explosifs improvisés, de roquettes ou au mortier parfois. À la frustration des soldats de ne jamais aller « au contact » s’ajoutent la fatigue de vivre dans des conditions de rusticité extrême depuis des semaines, l’usure de matériels souvent vétustes.

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Au Mali, faire la guerre à 20 ans

Embarqué au Nord-Mali avec les sapeurs du 3e régiment du génie de Charleville-Mézières, moyenne d’âge 20ans.

Tout juste sorti de son école d’application, le lieutenant Rémy a pris le commandement de sa section de sapeurs et est parti dans le Nord du Mali sur un poste avancé. Ses hommes sont jeunes, très jeunes.

Par leur spécialité, ils sont aussi les plus exposés de cette guerre asymétrique où la plupart des victimes sont le fait des mines et des engins explosifs improvisés.

En quatre mois de mission, ils auront vu plusieurs de leurs camarades rapatriés, pour raisons psychologiques notamment.

Avec Docteur Julie, Adjudant Anthony, Capitaine Richard, Lieutenant Rémy, Caporal-chef Olivier, Segment Maxime, Caporal Thomas, 1er classe Giovanni, Caporal-chef Nicolas, Caporal Corentin, 1ere classe Clément, 1ere classe Piou-Piou de la troisième section de la quatrième compagnie de combat du troisième régiment du génie de Charleville-Mézières.


La guerre à distance sur le Charles de Gaulle

Embarqué sur le porte-avion Charles-de-Gaulle : catapultage à 250 km/h sur 75 mètres en 2 secondes, 4000 repas par jour, 6 salles à manger, 270 tonnes de vivres, 45 jours d’autonomie pour 2000 personnes…

Engagé pour la troisième fois de septembre à décembre 2016 dans la guerre contre Daesh, le porte-avions Charles de Gaulle et ses 2000 hommes mettent chaque jour 26 avions en œuvre pour bombarder ou observer les théâtres de Syrie et d’Irak.

Du pâtissier du bord au mécanicien, tous concourent à ces deux secondes que durent le catapultage de l’avion depuis le pont d’envol du porte-avions.


Opération Sentinelle

Opération Sentinelle ou le maintien de l’ordre sur le territoire français par l’armée française.

L’opération Sentinelle est lancée au lendemain des attentats de janvier 2015 pour protéger les sites dits sensibles sur le territoire national, rassurer les Français et dissuader les terroristes de commettre de nouvelles attaques.

Initialement prévue pour durer trois mois, elle mobilise et fixe depuis plus de deux ans entre 7500 et 10 000 militaires sur le territoire national sans avoir empêché les attentats du 13 novembre et de Nice. L’attaque par un terroriste le 2 février dernier d’un militaire au carrousel du Louvre est venue confirmer les craintes de ses détracteurs : les militaires qui patrouillent dans nos villes constituent de nouvelles cibles pour les terroristes.

Réponse politique aux attentats, Sentinelle a surtout permis à l’armée française de voir -temporairement du moins- un arrêt dans la baisse de ses crédits et la réduction de son personnel auxquelles elle est soumise depuis deux décennies. Aux interrogations sur sa pertinence stratégique -Quel sera le coup d’après ? Est-ce le rôle du militaire de se substituer aux forces de l’ordre ? etc.- s’ajoutent ses conséquences à long terme sur l’outil de défense : pression sur les hommes, le matériel et la préparation opérationnelle, crise des vocations.

Avec le chercheur Elie Tenenbaum , le colonel Michel Goya, le blogueur Florent de Saint-Victor, l’historienne Bénédicte Chéron et des militaires ayant accepté de témoigner anonymement tentent de répondre à ces questions. L’armée française n’a pas répondu à nos nombreuses demandes d’interviews.

15 jours à l’Identité Judiciaire

Montrez-moi une scène de crime ! – LSD, La série documentaire (France Culture)

Une série documentaire de Michel Pomarède, réalisée par François Teste

LSD a passé 15 jours d’immersion au sein de l’Identité Judiciaire. 15 jours à suivre une grosse poignée de techniciens et de policiers dans le quotidien de leur travail : faire parler une scène de crime ou de vols pour aider les enquêteurs à mettre un nom sur une empreinte.

15 jours pour débusquer derrière le jargon du métier et les silences des femmes et des hommes passionnés par leur métier. Dans le service, certains sont armés (les policiers) , d’autres non ( les techniciens) . Ils manient avec dextérité l’écouvillon pour les prélèvements le crayon à papier pour dresser un plan ou le zoom de leur appareil photo pour immortaliser les détails d’une arme.

Âme sensible s’abstenir : leur tête à tête avec la mort violente après un règlement de compte ou plus récemment sur des scènes d’attentat renvoie les séries télévisées à de gentilles bluettes…C’est peut-être pour cela qu’ils ont développé un solide sens de l’humour noir.


Episode 1 : Identité judiciaire, la mort, un travail au quotidien

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Alphonse Bertillon qui fut le premier directeur du service de l’identité judiciaire en 1893 repose en paix au Père Lachaise. Il a un buste dans le hall du service au 3 quai de l’horloge, derrière le palais de justice, à un jet de pierre de la place du Châtelet.

Que Bertillon se rassure son 16ème successeur Xavier Espinasse et son service composé de 180 personnes (moitié scientifique, moitié policier) continuent son œuvre. A savoir : figer à l’aide d’un plan, de photos une scène de crime ou de vol avec effraction et procéder à l’aide d’écouvillons et de poudres à la recherche de traces et indices. Certes, ces limiers vêtus parfois de combinaisons blanches et coiffés de charlottes côtoient la mort presque au quotidien mais ils la traitent d’abord avec minutie et ensuite avec de l’humour. Ça aide !

A l’I.J., nous sommes des scientifiques pas des enquêtrices.

Les personnels scientifiques de l’I.J. n’ont pas pour Graal de porter une arme.

Une scène de crime, c’est une scène de vie ou scène de mort ? Les deux. C’est de la vie autour de la mort.

Sur une scène de crime, on trouve 2 sortes de traces : traces visibles et traces latentes.

Avec Xavier Espinasse , le patron de l’Identité Judiciaire mais aussi Thierry, le chef de la section photo-plan ; Perrine, la chef-adjointe de la section traces et indices ainsi que Florence, novice dans la section et aussi Steeve, Frank et André, responsable du Bureau de Commandement Opérationnel.


Episode 2 : Identité judiciaire, opération blue star, à la recherche d’une trace de sang

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Un appartement quelque part dans Paris, des enquêteurs posent des questions au propriétaire qui l’a loué à une femme retrouvée morte l’été dernier ailleurs dans la capitale. A leur côté, deux hommes et une femme de l’identité judiciaire s’affairent : Frank et Julie cherchent des traces de sang sur les couteaux de la cuisine avec un produit miracle le Bluestar… Steeve prend des photos.

Pendant ce temps-là au service, Perrine cherche des empreintes sur des traces sur des sachets ayant contenu des stupéfiants et Thierry inspecte les photos d’un homme déguisé en super-héros retrouvé mort devant un immeuble. La routine.

On était habitué aux cadavres pourris et ce cadavre frais nous gênait car ça nous rapprochait de l’humain peut-être !

La vision du cadavre m’effraie peu mais le contact avec les victimes me gêne. Les sentiments ça m’affaisse !

Après le décès, au bout d’1 mois déjà, la première escouade de mouches vient sur la scène de crime. Elles pénètrent le corps par tous les orifices humides naturels.

Avec Thierry, le chef de la section photo-plan ; Perrine, la chef-adjointe de la section traces et indices ainsi que Frank, Julie, Fabrice et Steeve, Nicolas, le chef de la section des traces technologiques et Catherine, employée comme traceur au FAED ( Fichier automatisé des empreintes digitales).


Episode 3 : 13 novembre 2015, mobilisation générale à l’identité judiciaire

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A partir de 23h ce soir-là et jusque tard dans l’après-midi le jour d’après l’ensemble du service s’est déployé sur les terrasses du 11ème arrondissement, au Stade de France également au Bataclan. Ils ont travaillé sans relâche pour identifier les 130 victimes mais ont aussi recueilli les empreintes permettant d’identifier certains terroristes. 1 an après, ils livrent le récit de cette longue nuit qui s’est terminée pour beaucoup par une grande fatigue et pour certains par des larmes.

Il y avait beaucoup de boulot ce soir-là.

Le job quoi ! Le boulot faut le faire vis-à-vis des victimes. J’ai pas de sentiments à avoir sur le moment.

Quand on parle de silence de mort, c’est exactement ça. L’expression n’a jamais été aussi appropriée cette nuit-là. Et puis, un téléphone se met à sonner et puis un deuxième, et puis un troisième et je crois que 90 téléphones portables se sont mis à sonner.

Traditionnellement, les corps sont repérés avec des cavaliers portant des lettres mais l’alphabet ne contient que 26 lettres !

Bande 2h38 mn : pendant 3 mois et demi, j’ai écouté l’enregistrement de la scène de crime du Bataclan.

Avec Xavier Espinasse, le patron de l’Identité Judiciaire mais aussi Thierry, le chef de la section photo-plan ; Nicolas, le chef de la section des traces technologiques ; Perrine, la chef-adjointe de la section traces et indices ainsi que Julie, Steeve, Fabrice et Max, chef adjoint du groupe de nuit.


Episode 4 : Identité judiciaire, nuit calme pour Max et les hiboux

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Les hiboux, c’est le surnom du groupe de nuit : 7 personnes qui veillent pendant 12 heures de 20h à 8h du matin. Alors qu’en journée le service fonctionne en sections, la nuit, l’équipe est polyvalente .

Photos, plans, kit entomologique, ils savent tout faire. Y compris la cuisine mais ça c’est la spécialité de Max qui veille au grain au bon fonctionnement de cette drôle de famille. Critiques des programmes télé, blagues de potaches et recettes fusent au milieu d’échanges sur les dernières interventions.

La nuit, c’est là, dit-on, que tombent les belles affaires : la mort rôde encore plus que le jour et prend souvent la forme de « HV ». Traduction : Homicide Volontaire. Pas cette nuit-là en tous cas, le crime de sang a fait relâche…

S’il y a un doute sur les circonstances de la mort, il est important de figer les lieux dès le départ !

Signe distinctif : cuistot du groupe de nuit. 20h ! C’est l’heure de manger. Priorité absolue. Quand on a mangé, on peut sortir toute la nuit.

A chacun son mythe. A Paris, c’est Alphonse Bertillon. A Lyon, c’est Edmond Locart.

Des fois, on apprend les affaires sur lesquelles on va être appelé dans la nuit, aux infos à la télé.

Avec Christophe, le chef de groupe de nuit, Nicolas, Romain et Max


Bibliographie :

L’espionnage sur écoute

LSD, La série documentaire – L’espionnage sur écoute (France Culture)Une série d’Amaury Chardeau, réalisation Julie Beressi

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Septembre 1963, en pleine Guerre Froide, la France découvre que les services soviétiques ont infiltré pendant des décennies le cœur de son appareil d’Etat. Retour sur une trahison qui mêle idéalisme et orgueil et qui constituerait, à ce jour, la plus grave pénétration du KGB en France.

De 1944 à 1963, Georges Pâques, un haut-fonctionnaire modèle, membre de tous les cabinets ministériels de la IVème République, de l’Etat-Major de la Défense Nationale puis du service d’information de l’OTAN, avait été un agent de l’Est. Cet homme jovial et bonhomme, apparemment de droite, alimentait régulièrement les services soviétiques en notes sur le monde politique français ou en documents, parfois des plus sensibles.

Charles Benfredj : « Il pensait devenir le James Bond qui avait évité une 3ème guerre mondiale et un conflit nucléaire. »

Arrêté par la DST en 1963, il avoue tout. Son procès expéditif calme les appétits médiatiques,. Condamné à perpétuité il voit sa peine réduite par De Gaulle avant d’être libéré par Pompidou, son ancien condisciple à Normal Sup. Après sept ans de détention Georges Pâques retrouve l’anonymat jusqu’à sa mort en 1993.

Pierre Assouline : « Dès le début de sa carrière, il a eu le sentiment qu’il valait mieux que les ministres qu’il servait mais qu’il ne pourrait pas accéder aux plus hautes fonctions car il n’était pas un aristo du Quai d’Orsay. Il a donc décidé de rester dans l’ombre »

A l’origine de son geste ? Ni argent ni chantage mais l’ambition d’agir, dans l’ombre, pour la paix. Lors de son procès il confia : « Pour éviter un conflit international aboutissant fatalement à une catastrophe mondiale, il était indispensable de rétablir les forces en présence ». Ainsi, comme on le raconte notamment ici, lors de la crise de Berlin, l’été 1961…

Selon certains, Georges Pâques pourrait toutefois avoir été volontairement « grillé » par le KGB afin de dissimuler un réseau d’agents bien plus étendu…

Avec Charles Benfredj, avocat et écrivain ; Pierre Assouline, romancier ; Isabelle Pâques, fille de Georges Pâques ; Claude Faure, ancien du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) et historien ; Pierre Joxe, ancien ministre ; Jean Guisnel, journaliste.

Jusqu’alors inédits, les enregistrements de Georges Pâques et de Marcel Chalet (ancien commissaire de la DST) ont été réalisés par Charles Benfredj.


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Ils sont la pointe avancée des services français à l’étranger : opérant sous couverture, les officiers de renseignement de la DGSE sont chargés de débusquer les secrets intéressant la sécurité et les intérêts stratégiques du pays. Plongée documentaire dans l’opacité de «la boite».

Officiellement la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) a pour mission de « rechercher et exploiter les renseignements intéressant la sécurité de la France » et de « détecter et entraver, hors du territoire, les activités d’espionnage dirigées contre les intérêts français »

Alain Chouet :  » Faut pas être timide… pas faire la gueule, pas être fatigué, pas être bourré, il faut garder en permanence une grande lucidité…. être conforme à l’image que la partie adverse a de vous… »

Parmi ses 6000 employés, on trouve des bataillons d’analystes qui traitent et synthétisent les informations glanées sur le terrain d’où opèrent, plus ou moins légalement, les têtes chercheuses, les « officiers de renseignement ». Ces derniers ont pour mission de tendre l’oreille afin de connaitre ce que d’autres souhaiteraient dissimuler : un travail délicat, souvent trouble et parfois dangereux qui consiste notamment à recruter et manipuler des sources, également appelées «agents».

Jean Guisnel :  » “La France est bonne en math et bonne pour casser des codes, demandez-vous qui finance le labo de maths de l’ENS ? »

Malgré les impératifs de réserve, que peut-on raconter des missions et des méthodes employées ? Comment recrute-t-on une source ? Quid de l’existence de clandestins ? Quel rôle joue le renseignement technique ? A quoi ressemble une vie d’espion ?

Avec Alain Chouet , ancien chef du renseignement de sécurité à la DGSE ; Claude Moniquet, ancien correspondant de la DGSE; Alain Juillet, ancien directeur du renseignement de la DGSE ; Jean Guisnel , journaliste ; Jean-Dominique Merchet , journaliste ; Jean-Christophe Notin, écrivain ; Carine Lachèvre, conservatrice au Musée de l’armée.

Remerciement à Claude Faure, ancien du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) et Christophe Bertrand, conservateur du Musée de l’Armée.


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L’espionnage aux fins économiques et financières existerait depuis l’apparition du commerce. A l’ère numérique, il constituerait un enjeu décisif aux conséquences exponentielles. Que comprendre de la réalité de la menace ?

Dissimulant jusqu’à son existence derrière des appellations protéiformes (espionnage industriel, renseignement compétitif, renseignement d’affaires…) « l’intelligence économique » désigne le fait pour une entreprise de lorgner sur les secrets technologiques, commerciaux ou stratégiques de ses rivales. Ou bien d’oeuvrer à déstabiliser ces dernières pour mieux les éliminer.

Pierre Gastineau : Pour les grands contrats, les grandes sociétés ont toujours besoin d’un interlocuteur discret pour les aider à trouver le bon partenaire sur place, un prince, le cousin d’un chef d’état…

Le montant du butin se chiffrerait chaque année en centaines de millions, voire en milliards. Vertigineux, ce préjudice reste pourtant impossible à préciser tant la victime du jour pourra être l’agresseur de demain, et tant cette prédation économique semble relever du darwinisme propre au capitalisme.

Alain Juillet : On se méfie pas assez des stagiaires….

Intrusion informatique, vol à l’arraché, micros disposés sous des tables, campagnes de diffamation, innocents stagiaires… Chacun dénonce les coups bas de l’adversaire en mettant tous les moyens de son côté, y compris ceux des services de renseignements de son pays d’origine. Le marché ayant horreur du vide, s’est aussi développé une offre d’officines au sein desquelles opèrent souvent des anciens des services d’Etats…

Avec Alain Juillet, Président de l’Académie de l’Intelligence Économique et ancien responsable de l’Intelligence Economique auprès du Premier ministre ; Bruno Delamotte, PDG de Risk&Co ; Eric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) ; Olivier Ligneul, responsable de la sécurité des systèmes d’informations ; Alain Bouillé, président du CESIN (Club des experts de la sécurité de l’information et du numérique) ; Pierre Gastineau, journaliste, rédacteur en chef d’Intelligence online ; Bernard Squarcini, ancien patron de la DGSI et président de Kyrnos Conseil ; Jean Guisnel, journaliste ; Jean-Dominique Merchet , journaliste ; Claude Moniquet , PDG de l’ESISC ; Pierre Lellouche, député.


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Révélée début 2011, l’infiltration de ce policier londonien dans les cercles environnementaux anglais a mis au jour l’existence, depuis 1968, d’un vaste système de surveillance des milieux politiques britanniques… et européens.

De 2003 à 2010 il était de tous les combats : manifestant ici contre la construction d’un barrage, là contre l’agrandissement d’un aéroport, la nocivité d’une centrale à charbon ou la légitimité d’un sommet du G8 ou du G20… Serviable et enthousiaste, fan de punk au corps tatoué et aux cheveux longs, « Mark Stone » fréquentait autant les milieux environnementaux que les cercles anti-guerre, anarchistes ou les défenseurs de la cause animale.

Rob Evans : « Le grand public découvre une opération policière qui durait depuis 40 ans et dont on ne savait rien. »

De son vrai nom Mark Kennedy, « Mark Stone » était en réalité un policier infiltré, membre d’une unité ultra-secrète de la Metropolitan Police, le NPOIU. Doté de moyens financiers considérables, il multiplia également les missions à l’étranger, croisant notamment à partir de 2008 les membres du groupe de Tarnac, quelques mois avant l’arrestation de ces derniers.

Rob Evans : La condition de base d’une bonne infiltration, c’est d’avoir une bonne légende mais on conserve toujours son prénom pour toujours réagir à son prénom.

Outre-Manche où ce documentaire nous mène, la révélation début 2011 de sa trahison a provoqué une onde de choc. Au-delà du dégoût exprimé par ses anciens compagnons de lutte, l’opinion publique s’indigne du choix des groupes surveillés et des méthodes employées par ces officers (manipulations, relations affectives et sexuelles entretenues des années durant avec des cibles, et surtout incitations à commettre des actes délictuels). D’autant que dans la foulée de l’outing de Mark Kennedy, d’autres policiers infiltrés sont démasqués…

Merrick : Les infiltrés racontent tous la même chose de leur passé. Dire qu’on a eu une enfance difficile permet de limiter les questions et de laisser croire qu’ils vous font confiance.

Avec Merrick, ancien compagnon de lutte de Mark Stone ; Donal O’Driscoll, membre de l’Undercover Research Group ; Rob Evans, journaliste au Guardian et auteur du livre Undercover ; Mathieu Burnel, mis en examen dans l’affaire de Tarnac ; Kate Wilson, ancienne compagne de Stone ; Bernard Squarcini, ancien patron de la DCRI (2008-2012)

Avec les voix françaises de Phil Bouvard, Félicien Juttner, Olivier Augrond et Jérome Sandlarz

Une vie, une oeuvre – Simon Leys

Mister Ryckmans et Docteur Leys (1935-2014) – France Culture

Traducteur, calligraphe, écrivain et grand lecteur, Simon Leys, décapita définitivement le maoïsme parisien tout en conspuant ses ambassadeurs de la mondaine intelligentsia de salon, et fit son entrée au panthéon des humanistes et des hommes honnêtes au sens confucéen du terme.

Par Alain Lewckovicz. Réalisation : Rafik Zenine. Attachée de production : Claire Poinsignon. Avec la collaboration d’Annelise Signoret.

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Le 11 août 2014, Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, s’éteignait aux antipodes, dans son Australie d’adoption. Celui qui avait définitivement décapité le maoïsme « made in France » avec son ouvrage pamphlétaire publié en 1971, intitulé « Les habits neufs du Président Mao », laissait derrière lui une œuvre protéiforme : celle d’un dessinateur, d’un traducteur, d’un écrivain et d’un pamphlétaire.

Sinologue belge maudit par l’intelligentsia parisienne, par ceux qu’il nomme les « Maoïstes mondains », et rejeté par un monde universitaire fait de « faux experts » qui « ne parlent même pas le chinois », Simon Leys n’aura de cesse d’observer une Chine contemporaine à l’aune de ce que fût la Chine classique.

Influencé par Confucius, dont il va traduire les célèbres entretiens, et Georges Orwell, l’Alias d’Eric Blair, Simon Leys a su devenir « l’honnête homme », l’humaniste défini par le philosophe chinois et ce « guetteur » défini par l’écrivain anglais face à toute forme de totalitarisme.

Il laisse une oeuvre protéiforme et universelle venant sans cesse nous rappeler que la dictature n’est jamais bien loin. Et comme on dit en Chine :

« Qui ne connaît le Destin ne peut vivre en honnête homme. Qui ne connaît les rites ne sait comment se tenir. Qui ne connaît le sens des mots ne peut connaître les hommes ».

Liens

  • Simon Leys, dans le chapitre Sollers et la Chine, du site Pileface.com

Intervenants

  • René Viénet : ancien situationniste libertaire qui a permis la publication de Simon Leys en France
  • Pierre Boncenne : ancien rédacteur en chef de « Lire » et collaborateur de Bernard Pivot sur « Apostrophe », ami de Leys dont il a publié, entre autre, une partie de la correspondance
  • Hélène Hazera : qui a assisté, alors qu’elle était journaliste à « Libération » à la « mise à mort » du maoïsme français avec Simon Leys
  • Jean-Claude Casanova : de la revue « Commentaire » qui a décerné en 2004 le prix Guizot à Simon Leys pour son oeuvre
  • Nicolas Idier : écrivain, universitaire, auteur d’une thèse de doctorat sur Simon Leys-Pierre Ryckmans.

Nouveaux regards sur le djihadisme

Culturesmonde – Nouveaux regards sur le djihadisme (France Culture)

Une série d’émissions réalisée dans le cadre du colloque « Le djihadisme transnational, entre l’Orient et l’Occident », organisé par la FMSH et l’Institut Montaigne.


De Lagos à Dacca : l’Etat Islamique a-t-il réussi sa transnationalisation ? (1/4)

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Si l’avènement de « l’Etat Islamique » remonte à 2006 lors de la création du Conseil consultatif des moudjahidines en Irak qui regroupait alors plusieurs groupes djihadistes, ce n’est que plus tard que le groupe va se faire connaître du reste du monde. D’abord lorsqu’il est devenu l’État islamique en Irak et au Levant, puis surtout, en juin 2014, lorsque Abou Bakr al-Baghdadi se proclame Calife.

Le conflit avec Al-Qaeda qui constituait jusqu’ici le principal groupe djihadiste est alors ouvert, et les succès de Daech en Irak et en Syrie vont lui conférer du crédit dans le monde musulman, poussant de nombreux groupes à lui prêter allégeance : Boko Haram au Nigeria, Ansar Baït al-Maqdis dans le Sinaï égyptien en novembre, ou encore Majilis Choura Chabab al-Islam en Libye. L’organisation avait également officialisé sa présence en Afghanistan, mais aussi du côté de l’Ouzbékistan avec le Mouvement islamique d’Ouzbékistan.

Bref, un peu partout dans le monde, l’influence de Daech a grandi. Proclamant régulièrement de nouvelles provinces (« Wilayat »), sa transnationalisation s’est enclenchée à l’instar de n’importe quelle autre entreprise qui, avec le succès, avale peu à peu ses concurrents jusqu’à devenir une immense multinationale. Le groupe qui avait été qualifié début 2014 par Barack Obama « d’équipe de remplaçants » par rapport à Al-Qaeda a désormais supplanté la maison mère.

Alors : comment s’est faite cette internationalisation ? Par quels mécanismes – politiques, idéologiques, militaires, économiques ? Quel sont les recettes de son extraordinaire pouvoir d’attraction, pas seulement pour des individus qui décident de rejoindre ses rangs, mais aussi et surtout pour des groupes djihadistes déjà constitués ? La multiplication des allégeances de l’Inde au Nigeria se fait-elle par pur opportunisme, par une recherche de médiatisation ou de reconnaissance par exemple, ou y a-t-il effectivement un soutien financier, logistique de la part de l’autoproclamé califat ? Et quelles sont les limites à cette expansion ? Pourra-t-on éviter que la devise de Daech – «il restera et s’étend» (baqiya wa tatamadad) – ne devienne réalité ?

Nous irons du côté du Sahel où les milices islamistes sont en ordre dispersé et où on observe une concurrence des djihads, avec un arc sahélo-saharien comme pris en tenaille entre les deux groupes les plus puissants : l’AQMI & l’OEI. Nous irons aussi au Bangladesh où l’Etat Islamique a semble-t-il désormais des « succursales » et où se multiplient les meurtres de libre-penseurs.

Une émission préparée par Clémence Allezard.

Intervenants :

  • Hosham Dawod : chercheur au CNRS, anthropologue et spécialiste de l’Irak où il dirigeait jusqu’en septembre 2014 la branche irakienne de l’Institut français du Proche-Orient

Entre salafisme quiétiste et action violente : des radicalisations (2/4)

French special Police forces escort a suspect from a residential building in the Meinau suburb of Strasbourg, May 13. 2014. Interior Security (DGSI) services reinforced by special RAID and GIPN intervention forces conducted early morning raids to arrest six alleged djihadists who travelled back from Syria, French Interior minister announced. REUTERS/Vincent Kessler (FRANCE - Tags: CRIME LAW) EDITORS NOTE: FRENCH REQUIRES THAT FACES OF ENFORCEMENT OFFICERS ARE MASKED IN PUBLICATIONS WITHIN FRANCE REUTERS - RTR3OVZF

« Comment veut-on guérir le mal si l’on ne sonde pas les plaies ? » disait Victor Hugo à l’Assemblée Nationale en juillet 1849 face à l’urgence de la question sociale. Depuis le 11 septembre 2001, la recherche sur le terrorisme islamiste s’est largement développée des deux côtés de l’Atlantique et mobilise des experts de toutes les disciplines pour tenter de découvrir les racines de la radicalisation violente. Hormis Manuel Valls qui considérait en mars dernier qu’« expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser », la plupart des responsables politiques s’accordent aujourd’hui sur la nécessité de comprendre le processus qui mène de jeunes Danois, Français, Allemands ou Belges à des actions violentes au nom d’Allah.

C’est tout l’objet du débat entre les deux grands experts de l’islam en France, Gilles Kepel et Olivier Roy. Le premier considère que le passage à l’acte terroriste découle d’une interprétation radicale de l’islam relayée notamment par les mosquées salafistes. Le second évoque plutôt l’islamisation de la radicalité, c’est-à-dire un processus dans lequel la radicalité est première par rapport à la religion.

Alors que le procès de sept Strasbourgeois partis en Syrie avec Foued Mohamed-Aggad, l’un des kamikazes du Bataclan, a débuté hier à Paris, comment comprendre cet attrait pour le djihad ? De quoi faut-il partir : d’une révolte générationnelle qui prend corps sur le terreau d’une crise sociale et économique ? Ou d’une crise de l’Islam, de l’hégémonie du discours salafiste qui dessinerait les contours du nouveau visage du terrorisme ? Quelle place la religion et les textes sacrés y tiennent-ils ? Et quelle part pour l’environnement socio-économique ? A quel moment s’opère le basculement ? Qu’est-ce qui pousse les jeunes européens – selon Europol, ils seraient entre 5000 et 7000 – à rejoindre les rangs de l’Etat islamique ? Et pourquoi les programmes de dé-radicalisation, qui s’appuient sur un contre-discours idéologique, peinent-ils à faire leurs preuves ?

Une émission préparée par Tiphaine de Rocquigny

Intervenants :

  • Rik Coolsaet : professeur de relations internationales à l’université de Gand
  • Géraldine Casutt : doctorante en sociologie des religions à l’Université de Fribourg (Suisse) et à l’EHESS (Paris)

De la clandestinité à la guerre sans fin : les stratégies du djihad (3/4)

Smoke rises from clashes near Falluja, Iraq, May 31, 2016. REUTERS/Thaier Al-Sudani - RTX2EXJ4

Depuis son apparition sur la scène médiatique internationale, le groupe Etat Islamique a déjà subi bien des évolutions, son terrain d’action aussi. Mossoul, Tikrit, Sinjar : en prenant ces villes lors d’offensives éclair début 2014, il a d’abord donné l’impression d’une expansion fulgurante, avec une vitesse et une aisance apparente qui pouvait presque rappeler celle des grandes conquêtes musulmanes du VIe siècle. On a vu les jihadistes foncer en 4×4, abattre les murs de sable de la frontière Sykes-Picot, planter des drapeaux sur tous les postes-frontières, s’établir à Raqqa en bordure du territoire kurde, avant de tenter une percée vers la frontière Turque au Nord. Dans le même temps, ses moyens augmentaient de manière spectaculaire, souvent mis en scène : des chars, des avions sur une base militaire, et même un missile Scud promené dans Raqqa.

Mais depuis ces grandes victoires, les choses ont bien changées. Cette semaine l’armée irakienne a lancé sa grande offensive sur Falloujah, cette ville à moins de 100 km à l’Ouest de Bagdad et tenue par l’Etat Islamique depuis janvier 2014. Plus au Nord, plus de 5000 peshmergas marchent désormais vers Mossoul, la « capitale irakienne de l’Etat Islamique » aux mains du califat depuis 2014. Il faut dire qu’entre-temps la coalition internationale mène des frappes aériennes.

Quoi qu’il en soit, Daech aurait perdu plus de 30% de son territoire et des milliers de ses combattants auraient perdu la vie (20.000 hommes environ). Ce retournement est-il le signe que la stratégie occidentale est enfin payante – une stratégie que certains avaient remise en cause et dont on disait qu’elle ne pourrait faire l’économie d’un envoi de troupes au sol ? La solution a-t-elle été trouvée pour répondre à la stratégie militaire de l’Etat Islamique ? Et d’ailleurs, quelle est-elle exactement ? Comment a-t-elle évoluée dans le temps ? Quels points de convergence ou de divergence par rapport à Al-Qaeda ?

Une émission préparée par Xavier Martinet

Intervenants :

  • Joseph Henrotin : politologue, chargé de recherches au Centre d’Analyse et de Prévision des Risques Internationaux (CAPRI – Paris), chargé de cours à l’Ecole Supérieure de Guerre de Yaoundé

Dans la bibliothèque des djihadistes (4/4)

Pour clore cette semaine sur le djihadisme, nous nous penchons sur les différentes idéologies du djihad. Quels en sont les penseurs et les courants fondateurs ? Et quelle influence ont-ils aujourd’hui ?

Radical Muslim cleric Abu Qatada listens to Islamist scholar Sheik Abu Mohammad al Maqdisi during a celebration after his release from a prison near Amman

En 2006, l’Académie militaire de West Point créée la surprise en estimant que l’idéologue islamiste le plus influent n’est ni Oussama Ben Laden, ni Al-Zawahiri, devenu chef d’Al-Qaida après la mort du numéro 1, mais Abu Muhammed Al-Maqdissi, un Jordanien d’origine palestinienne quasiment inconnu du grand public. Cet intellectuel sunnite a pourtant eu une grande influence sur les fondements théoriques de l’Etat Islamique puisque il aurait été le compagnon de route d’Al-Zarkaoui, le chef de file de la branche irakienne d’Al-Qaida qui deviendra ensuite l’Etat Islamique. Parmi les textes retrouvés chez Amedy Coulibaly et Chérif Kouachi, les auteurs des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, le nom d’Al-Maqdissi revient d’ailleurs de façon systématique, tout comme sur le site francophone dédiée au djihad, Ansar-Al-Haqq (« les partisans de la vérité »).

Après les attentats du 13 novembre, on s’était intéressés ici à cet ouvrage d’Abu Bakr Naji, L’Administration de la sauvagerie, véritable mode d’emploi du « djihadisme », qui a largement inspiré Daech. Mais si l’idéologie salafiste, on l’a vu mardi, recouvre des réalités très disparates (le salafisme quiétiste, le salafisme réformiste, et le salafisme révolutionnaire violent ) ; il en est de même de « l’idéologie djihadiste », aujourd’hui dominée par des penseurs comme Abou Moussab Al-Souri, Abu Muhammed Al-Maqdissi ou encore Abou Qatada al-Falastini.

Une nouvelle génération d’intellectuels qui s’accordent sur la guerre à mener contre les mécréants et les apostats mais pas sur les moyens employés ni sur la hiérarchie des ennemis. Quelles sont aujourd’hui les différences entre les théoriciens islamistes, près de trente ans après la mort d’Abdallah Azzam, considéré comme le père du djihad global moderne ? Que nous disent les textes des évolutions idéologiques et stratégiques de l’Etat islamique ou d’Al-Qaida ? En quoi illustrent-ils la rupture entre les deux principales organisations djihadistes ?

Intervenants :

  • Stéphane Lacroix : politologue spécialiste d’Islam politique, chercheur au CERI et professeur à Sciences Po.

Game of Thrones – Bilan de la saison 6

La saison 6 de Game of Thrones s’est achevée le 26 juin dernier sur HBO devant près de 9 millions de téléspectateurs, un record pour la chaîne. Pour autant, la série événementielle est-elle parvenue à répondre aux attentes des fans et à tracer le sillon des romans de George Martin dont elle s’était jusqu’ici largement inspirée ?

Notre réponse à cette question et à beaucoup d’autres, à l’occasion d’un retour détaillé sur les principaux rebondissements, thèmes centraux et révélations apportées par cette nouvelle saison tant attendue.Du sort réservé à Jon Snow à l’identité tenue secrète de ses parents, les interrogations ne manquaient pas pour les fans de Game of Thrones au moment d’aborder la sixième saison de la série adaptée des romans de George Martin. D’autant que le temps était venu de « dépasser » les évènements dépeints par l’auteur américain dans sa saga littéraire, dont il s’attelait (et s’attelle toujours) à finaliser l’écriture du sixième tome, The Winds of Winter.

À l’aide d’extraits sonores issus de la saison 6 (voire de saisons antérieures), je vous propose de revenir sur ses moments-clés en compagnie de Stéphane Rolet, spécialiste des rapports texte-image à la Renaissance et auteur d’un essai intitulé Le Trône de fer, ou Le Pouvoir dans le sang (Presses Universitaires François-Rabelais, collection « Sérial »).

Nous en profitons pour analyser la puissance de la fiction à (ré)activer des personnages longtemps tenus dans l’ombre, mais aussi le jeu d’échos, de réminiscences et d’interférences qu’instaure la série au sein de sa propre mise en scène, la « comédie du pouvoir » et le refus du compromis sexuel auquel elle n’hésite pas à se prêter, ainsi que la place prépondérante qu’elle accorde aux enfants et aux femmes (notamment dans cette saison 6).

Lieu de joutes sadiques et de batailles spectaculaires, Game of Thrones sait aussi manier avec dextérité la prédiction fructueuse et le jeu de piste reposant sur des indices dissimulés dans le fond des plans. Autant d’éléments visuels et narratifs sur lesquels nous revenons en détail dans ce podcast, avant de nous porter sur l’avenir de la série et les premiers souffles glaciaux des vents de l’hiver.

Source : Des séries et des hommes (Libération)

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Attention ! Ce podcast dévoile des éléments cruciaux de l’intrigue de la saison 6 de Game of Thrones. Nous vous recommandons donc d’avoir vu celle-ci intégralement avant de l’écouter.