Prison : économiser et punir

Rentabiliser le système carcéral (1/4) – Entendez-vous l’éco (France culture)

Sur fond de surpopulation carcérale et restriction budgétaire, le système de gestion se transforme peu à peu. Quel est l’impact de l’externalisation sur la politique carcérale ? Comment le monde pénitentiaire s’adapte et se structure-t-il pour consentir aux contraintes budgétaires ?

« 78 % des gens libérés en 2014 ont passé moins d’un an en prison. D’où la  question posée depuis un moment : est-ce que ça vaut le coup de  construire des nouvelles prisons pour des gens qui y restent si peu de  temps ? » (Christian Mouhanna)

Premier jour de notre série sur les prisons intitulée « économiser et punir ». Des prisons surpeuplées, à la ceinture budgétaire trop serrée, desquelles émane une souffrance générale du personnel et de ses occupants. Si la violence institutionnelle mise en évidence par Michel Foucault est toujours le cœur du débat, on voit pointer, au sein du système pénitentiaire, des formes de « violences économiques ».

Tour à tour l’Europe et les États-Unis constatent les coûts engendrés par leurs politiques répressives et font régulièrement appel à des prestataires privés, pour remplir des missions naguère réservées aux États. Construction de nouveaux établissements, délégation de services de restauration, de propreté, de maintenance, l’industrie carcérale s’étend et se décline, au point de faire l’objet d’un débat sur l’effacement des frontières entre public et privé. Que peut-on craindre de ces arbitrages budgétaires ? Remettent-ils en question une mission régalienne au profit du marché ? Quelles conséquences sur les conditions de vie et de travail en prison ?

Références sonores :

  • Quantic, « Time Is The Enemy », extrait de l’album The 5th Exotic, 2001 (générique)
  • Pierre Mazeaud, juriste et homme politique, sur Inter actualités, le 22 octobre 1986 sur France Inter
  • « Ô la douceur du bagne » par Marc Ogeret, extrait de Le condamné à mort de Jean Genet
Intervenants
  • Guillaume Farde – Maître de conférence en économie de la sécurité à Sciences-Po Paris

  • Christian Mouhanna – Sociologue et directeur du Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP)


Le travail en prison (2/4)

La volonté de réformation morale des prisonniers s’accompagne du façonnement d’un sujet économique : l’organisation économique interne des prisons s’inscrit au cœur d’une tension entre rationalité pénitentiaire et rationalité économique, qui fait écho à l’organisation du marché capitaliste national.

Deuxième jour de notre série sur les prisons intitulée « économiser et punir ». Hier, nous avons parlé de la privatisation de certaines missions du secteur pénitentiaire et des conséquences de celle-ci sur les décisions politiques. Aujourd’hui, c’est le marché du travail, celui-ci qui s’infiltre dans la prison et la relie à l’industrie du dehors, que nous examinons à la loupe. Si l’idée d’un travail expiatoire est présente dès les origines de la prison moderne, on constate qu’à cette vertu – soit disant moralisatrice – s’ajoute une dimension productive non négligeable.

Ainsi, les prisonniers-travailleurs sont-ils soumis à une sélection, dont les critères semblent aussi flous que le droit qui encadre leur condition. Une situation faisant de cette main d’oeuvre une variable d’ajustement, tant pour l’administration pénitentiaire que pour les entreprises profitant de leurs services. Un régime d’exception interrogeant la suprématie de l’économie sur le droit du travail.

Intervenants


Fictions carcérales (3/4)

Du film « Le Trou » de Jacques Becker à « Un prophète » de Jacques Audiard, et, côté séries, d' »Oz » à « Orange Is the New Black », la fiction cinématographie et télévisuelle s’empare très tôt de la prison comme objet de représentation. Mais que disent ces images sur la réalité sociologique des prisons ?

Troisième jour de notre série sur les prisons intitulée « économiser et punir ». Après avoir traité hier de la zone de flou qui entoure le travail en prison, nous prenons, aujourd’hui le biais de la fiction pour évoquer le quotidien en milieu carcéral. On le sait, la prison est, depuis son invention, un motif artistique – littéraire et cinématographique –  qui oscille entre témoignage et dénonciation.

Si l’enfermement, la promiscuité des corps, la violence incitent aux récits, la recherche esthétique n’en reste pas moins au service d’une réflexion socioéconomique fondamentale. Ainsi, les représentations de l’expérience pénitentiaire que nous livrent le cinéma – mais aussi désormais les séries – sont autant d’occasions de s’interroger sur les capacités de l’institution à remplir à sa mission.

Intervenants

  • Carole Desbarats – Membre du comité de rédaction de la revue « Esprit » et ancienne directrice d’études à la Fémis

  • Alice Gaïa – Doctorante en sociologie au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP)


Les fonctions de l’enfermement (4/4)

Quelles sont les origines, la fonction et les usages de la prison ? Peut-elle être réformée, alors qu’empirent les causes d’un dispositif qui permet à l’Etat de tourner la tête face à son incapacité d’assumer ses responsabilités économiques et sociales ?

« Économiser et punir » ! Cette semaine, nous avons examiné les rouages économiques propres au monde carcéral : ceux de l’institution et ceux à l’oeuvre dans l’enceinte-même, à l’abri des regards. Un système condamné à une double peine : d’un côté l’augmentation du nombre de détenus et de l’autre des politiques budgétaires particulièrement restrictives. D’où la privatisation progressive de certaines missions. Des privatisations largement critiquées et parfois même condamnées, tout comme les conditions de vie et de détention. Au cœur du débat éthique et économique : l’absence de droit du travail en milieu carcéral et la mise à disposition d’une main d’oeuvre – pour les entreprises – défiant toute concurrence.

Ainsi, loin de rester à la porte des prisons, l’économique et le politique – visiteurs privilégiés – éclairent le rapport qu’entretient la société avec ses marges. Si depuis plus de deux siècles, la prison est devenue la forme de punition dominante, tout incite pourtant à réfléchir aux fonctions – avouées ou non – de l’enfermement…

Intervenants
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Sun Tzu et ses applications

Sun Tzu et ses applications (La Marche de l’histoire – France Inter)

Depuis une vingtaine d’années en France, « L’art de la guerre » est une valeur en hausse. Il est vrai qu’il présente l’avantage d’être très court. Sur la toile, s’entrecroisent ses versets et ses citations. Sur le marché éditorial, circulent près d’une vingtaine de traductions, inégales et bancales parfois.

Dans les formations au management, la référence à Sun Tzu est un pont-aux-ânes. Le dénommé Sun Tzu, dit un album d‘Abraxxas, c’est un général chinois qui a rédigé un manuel ancestral –en effet, il date peut être du IVème siècle avant notre ère-  un manuel ancestral donc qui est appliqué par les patrons d’aujourd’hui : remporter les conflits avec mental et stratégie, voilà la marque d’un vrai maître de guerre. Et, impérial, Abraxxas conclut : « Je suis du même avis que ce livre de chevet des puissants ». On est content pour lui. L’idéologie du discours économique dominant ne cessant d’utiliser la terminologie guerrière, il était fatal qu’un manuel d’art de la guerre devienne la chose des apôtres de l’entreprise.

Depuis une vingtaine d’années en France, « L’art de la guerre » est une valeur en hausse

Il est vrai qu’il présente l’avantage d’être très court. Sur la toile, s’entrecroisent ses versets et ses citations. Sur le marché éditorial, circulent près d’une vingtaine de traductions, inégales et bancales parfois.

Chez nous et dans les autres pays d’Europe, le texte de Sun Tzu finit même par pénétrer les milieux militaires auxquels on aurait pu penser qu’il était destiné par priorité ! Il est bien cité une quinzaine de fois dans le Traité de stratégie de l’Ecole de guerre qui vient de paraître.

Mais, dans le même Traité, l’officier prussien Clausewitz, infiniment plus jeune puisqu’il est contemporain de Napoléon, demeure trois fois plus présent. Clausewitz a bénéficié après la défaite de 1870 d’une crise allemande de la pensée française. Sun Tzu aujourd’hui, tire parti de la crise chinoise de la conscience contemporaine.

Clausewitz est utile à qui veut penser la guerre de masse, frontale et le conflit nucléaire. Sun Tzu à qui s’intéresse à la guérilla et aux conflits asymétriques. Et Sun Tzu rassure davantage les contemporains quand il dit que tout peut se jouer avant le choc : on se satisfait vite de le présenter comme un professeur de ruses, stratagèmes et autres attrapes.

Et si on essayait de lui restituer sa profondeur historique ? 

Il vient de l’époque des Royaumes combattants, quand émergent aussi confucianisme et taoïsme. Et avant d’être mis au confluent du management et du rap, il se tenait au carrefour de la littérature, de la politique et, osons le dire, de la sagesse.

-> Le site Sun Tzu France de Yann Couderc, historien de l’armée de Terre et officier

« Les repatriés » : au Sénégal, quand la diaspora revient

Au Sénégal, quand la diaspora revient (Interception – France Inter)

L’Afrique n’est pas qu’un continent que l’on veut quitter à tout prix à bord d’une embarcation de fortune. C’est aussi une terre où l’on revient s’installer et travailler. Une terre où tout est possible. Interception s’intéresse cette semaine à ceux que l’on appelle « les repatriés » africains.

« Repatriés » africains, ce néologisme désigne la diaspora africaine qui a choisi de revenir dans son pays d’origine.

Il y a avait les « expats », il y a désormais les « repats »

Et dans ce domaine, les Sénégalais sont en pointe. Il y a plus de 300 000 Sénégalais installés en France. Tous ne veulent pas revenir au Sénégal, bien sûr, mais des milliers ont déjà sauté le pas. Ce sont souvent les plus diplômés, mais pas seulement.

Ces « repats » sont attirés par leur pays d’origine, qui offre stabilité politique, forte croissance (aux alentours de 7% d’après la Banque Mondiale) et grands projets d’infrastructures (nouvel aéroport international à Dakar, villes nouvelles qui sortent de terre comme Diamniadio).

Il y a les profils hautement qualifiés comme Abdoulaye Ba. Il est resté quinze ans en France, il y a décroché de multiples diplômes (doctorat en droit, DESS droit des affaires, 3e cycle en diplomatie stratégique) et il a décidé il y a dix ans de revenir s’installer au Sénégal. Grâce notamment à une subvention de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), il a ouvert un cabinet de consulting à Dakar, « Aba Consulting ».« Tout se passe en Afrique », dit Abdoulaye Ba. « Tout est à faire, tout est à construire. Les matières premières sont ici, les gens sont de plus en plus qualifiés ». Il appelle de ses vœux un « sursaut patriotique » pour que la jeunesse africaine reste chez elle. « L’eldorado c’est l’Afrique, ce n’est plus l’Europe ». Il cite John Fitzgerald Kennedy : « ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ».

Il y a aussi Soad Diouf, jeune femme de 32 ans, qui a fait ses études à Rouen (en génie des systèmes industriels) et qui a décidé de revenir il y a dix-huit mois « par devoir moral ». « Il vaut mieux rentrer et développer notre pays en étant sur place, plutôt que d’envoyer de l’aide » dit-elle. « Un pays ne s’est jamais développé avec de l’aide ». Soad Diouf a ouvert un cabinet d’audit énergétique à Dakar, pour « que les entreprises consomment de l’énergie de manière responsable ». « Un métier d’avenir » dit-elle.

Moubarak Wade a décidé de rentrer pour d’autres raisons. Installé à Nice pendant neuf ans, il a mal vécu la séparation familiale. Sa fille, née à Dakar, lui manquait. Il en avait assez des « conversations sur skype », « de voir les familles dans les parcs et moi être tout seul ». Il parle aussi des « fins de mois difficiles », lui qui pour financer ses études, travaillait de nuit dans un hôtel. Et puis il y a eu son agression le 1er mai 2005. « Un groupe d’extrême-droite m’a tabassé et volé mon sac. C’était très violent » raconte-t-il. Tout ça mis bout à bout, l’a poussé à revenir au Sénégal en 2012. Grâce à l’OFII, il a reçu une subvention de 8 000 euros et a ouvert une agence de communication à Dakar, le groupe « Trust » qui emploie aujourd’hui cinq salariés.

Et puis il y a des retours plus discrets, les retours des séniors

Direction Ourossogui, 15 000 habitants, à huit heures de route au nord-est de Dakar, près de la frontière mauritanienne. Ourossogui se situe dans la province de Matam, une terre enclavée, agricole, peu peuplé, un paysage de savane couleur ocre. Pendant longtemps, la jeunesse de Matam a émigré vers l’Europe. C’est moins le cas aujourd’hui, car l’agriculture s’y est développée.

Elhadj Dia, 70 ans dont 40 ans passé en France, a choisi de revenir à Ourossogui, sa ville natale. En France, il était pâtissier à la Brasserie Mollard, près de la gare Saint-Lazare, une institution parisienne. Sa retraite, il la passera au Sénégal car il a « le mal du pays ». « C’est le seul endroit où je connais tous les arbres, les rivières, les maisons ». Un retour viscéral, « vers ses racines », dit-il.

Le retour des immigrés est un phénomène qui prend de l’ampleur au Sénégal mais qui reste par essence difficile à quantifier. Selon Papa Sakho, responsable du département de géographie à l’Université Anté Diop de Dakar, « au bout de dix ans, un quart des migrants reviennent au Sénégal ».

Au Sénégal, quand la diaspora revient, c’est un reportage de Géraldine Hallot et Stéphane Beaufils. 

La caravane de l'emploi à Paris. Quand des patrons sénégalais viennent promouvoir l'idée du retour
La caravane de l’emploi à Paris. Quand des patrons sénégalais viennent promouvoir l’idée du retour © Radio France / Géraldine Hallot

Au Sénégal, quand la diaspora revient

Qu’est-ce qu’une vie spirituelle ?

Les discussions du soir – Leili Anvar / Adrien Candiard (France Culture)

Qu’est-ce qu’une vie spirituelle ? Comment vivre au jour le jour la vocation céleste humaine qui est celle de tout homme et de toute femme, même si cette vocation peut prendre des formes inattendues et des détours surprenant ? Comment accepter de se laisser surprendre par la vie tout en travaillant à l’éveil de notre conscience et le développement de notre âme ? Comme devenir soi en passant par l’autre ?

Autant de questions intempestives que se pose Adrien Candiard au fil de ses méditations et de ses livres.

Adrien Candiard est dominicain, membre de l’Institut dominicain d’études orientales au Caire et, malgré son jeune âge, il a déjà publié plusieurs ouvrages sur différents sujets spirituels.

Dans le dernier, Quand tu étais sous le figuier…propos intempestifs sur la vie chrétienne (Paraux éditions du cerf), il propose, comme le titre l’indique, une méditation sur ce que devrait être idéalement une vie chrétienne. Mais son propos est plus vaste que celui de la vie chrétienne. On pourrait enlever le mot chrétien et mettre « spirituel » à la place et nous aurions finalement le même livre. Au fond, Adrien Candiard nous raconte comment, à partir d’une tradition singulière, vécue et assumée comme telle, on peut trouver matière à penser le spirituel de manière plus universelle.


Qui est cette personne assise, dans l’Évangile, sous un figuier ? C’est vous, c’est moi, c’est chacune, chacun d’entre nous rêvant de vivre enfin notre vie en plénitude. Mais à quelle existence Dieu appelle-t-il Nathanaël ? En quoi l’accomplira-t-il en suivant Jésus ? Qu’est-ce qu’une vocation ?

Nos vies sociale, intellectuelle, amoureuse, ne sont jamais que la recherche et la poursuite de la vie véritable. Jusqu’à la lumineuse évidence que la vie que nous désirons et la vie que Dieu veut pour nous ne sont qu’une.

Explorant comme jamais le fil anodin de la quotidienneté anonyme, Adrien Candiard en délivre ici le miroitement secret au regard de l’éternité. Une grande leçon, sans leçon, de spiritualité simple et haute. Un livre pour se jeter sur la voie, après l’avoir lu et dévoré.

Dominicain vivant au couvent du Caire, Adrien Candiard est l’auteur notamment de En finir avec la tolérance, Veilleur, où en est la nuit ?, Comprendre l’islam, ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien.

Les monarchies modernes

Les monarchies modernes (1/4)  – Les souverains européens face aux crises

Face aux velléités sécessionnistes des Flamands et de la Catalogne et la décision de sortir de l’UE des Britanniques, les monarques européens tentent de symboliser l’unité nationale. Mais quels sont leurs pouvoirs réels ? Quelle est la fonction de ces monarques «qui règnent mais ne gouvernent pas »?

La reine d'Angleterre Elizabeth II et le roi d'Espagne Felipe VI, le 12 juillet 2017, à Londres
La reine d’Angleterre Elizabeth II et le roi d’Espagne Felipe VI, le 12 juillet 2017, à Londres Crédits : Chris J RatcliffeAFP

En octobre dernier, trois jours après le referendum Catalan jugé illégal par le gouvernement Espagnol, le roi Felipe VI, qui siège sur le trône depuis seulement quatre ans, a prononcé un discours dans lequel il usait de mots durs à l’égard des indépendantistes catalans, parlant d’une « déloyauté intolérable ».

Un événement assez exceptionnel puisqu’en dehors de ses vœux annuels prononcés à l’occasion des fêtes de fin d’année, Felipe ne s’était encore jamais exprimé sur les questions politiques. En effet, à l’instar de la plupart des monarques européens, le roi d’Espagne n’a pratiquement aucun pouvoir politique et n’est pas censé se prononcer sur la politique intérieure du pays, sauf cas exceptionnels.

Face à la crise économique, aux crises politiques telles que la crise catalane, le Brexit, ou face aux difficultés à former des coalitions gouvernementales, en Espagne, en Grande Bretagne, mais également en Belgique, comment les rois et reines – habituellement cantonnés au rôle de représentation symbolique de l’Etat – répondent-ils aux crises de régimes aujourd’hui ?

Intervenants


Les monarchies modernes (2/4)  -De Rama X à Akihito : les derniers monarques asiatiques

En octobre dernier, des milliers de Thaïlandais ont rendu un dernier hommage au roi Bhumibol Adulyadej, mort un an auparavant, signe du rôle prégnant que conserve la monarchie au sein de la société thaïlandaise. Le décès de Rama IX est-il un risque d’instabilité du pays soumis à la junte militaire ?

Hommage au roi thaïlandais Bhumibol Adulyadej, mort le 13 octobre 2016, à Bangkok.
Hommage au roi thaïlandais Bhumibol Adulyadej, mort le 13 octobre 2016, à Bangkok. Crédits : LILLIAN SUWANRUMPHAAFP

En octobre dernier, un an après la mort du roi de Thaïlande, des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées devant le palais royal à Bangkok pour rendre hommage au monarque Bhumibol Adulyadej. Des funérailles grandioses, à la hauteur de la dévotion du peuple pour ce souverain qui régnait depuis 70 ans.

Dans un pays régulièrement frappé par les coups d’Etat militaires – 19 tentatives dont 12 réussies en moins d’un siècle -, la mort du roi Bhumibol ouvre une nouvelle période d’instabilité et réveille les craintes de nouvelles tensions entre défenseur de la monarchie et partisans de la démocratie.

En 2014, le Premier ministre Yingluck Shinawatra, élue trois ans plus tôt, était renversée par un putsch militaire, qui a propulsé le général Prayut Chan-ocha à la tête de l’ancien royaume de Siam devenue une monarchie parlementaire dans les années 30. Depuis cette date, les élections n’ont cessé d’être repoussées, le prochain scrutin législatif a été fixé au mois de novembre 2018.

Alors, face à une armée qui s’est peu à peu attribuée le rôle de défenseur de la monarchie, quel rôle le nouveau souverain Rama X peut-il jouer ? Va-t-il s’inscrire dans les traces de son père, réputé si vertueux, lui dont le mode de vie et l’habillement excentrique ont choqué le peuple thaïlandais ? La monarchie est-elle fragilisée ? Cela pourrait-il réveiller les forces pro-démocratiques aujourd’hui en sommeil ?

Intervenants


Les monarchies modernes (3/4)  – De Qabous à Ibn Salmane, les défis de la succession

La vaste purge anticorruption qui a eu lieu en Arabie Saoudite montre la volonté de MBS d’assurer son pouvoir politique. Pourquoi les monarchies sont-elles des régimes particulièrement fragiles en période de succession ? Comment les monarques préparent-ils ces périodes risquées?

Le roi Salmane d'Arabie Saoudite et le prince héritier Mohammed Ben Salmane, à Riyad le 13 décembre 2017
Le roi Salmane d’Arabie Saoudite et le prince héritier Mohammed Ben Salmane, à Riyad le 13 décembre 2017 Crédits : BANDAR AL-JALOUDAFP

Loin de nos souvenirs monarchiques français, où le trône se transmettait mécaniquement du père au fils aîné ou selon les lois de la plus grande proximité de sang, les monarchies de la péninsule arabique soumettent le choix de l’héritier à deux systèmes de sélection : la collégialité du conseil de  famille et les règles constitutionnelles, dans l’objectif de stabiliser le périlleux moment de la succession.

Pourtant, depuis quelques années, les innovations se succèdent. On a vu d’abord, fait stupéfiant, l’émir du Qatar abdiquer au profit de son fils. On a vu ensuite le roi d’Arabie saoudite bouleverser les procédures consacrées en nommant lui aussi son fils prince héritier. Partout dans la péninsule, des hommes forts émergent, concentrant le pouvoir entre leurs mains au détriment de l’ordre traditionnel.

Alors ces changements sont-ils le signe d’un essoufflement du système tribal ? Pourquoi semble-t-il nécessaire aux monarques du Golfe de promouvoir de jeunes émirs aussi autoritaires que modernistes ? Les Printemps arabe et la crise pétrolière sont-ils les principaux facteurs de cette évolution ?

Intervenants


Les monarchies modernes (4/4)  – Ankara, Moscou, Paris : la nostalgie de l’Empire

En Turquie comme en Russie, le pouvoir d’hommes forts se saisit de périodes historiques révolues pour exalter la grandeur nationale. Comment se conjugue le désir d’une société avide de symboles positifs et le désir d’hommes politiques avides de pouvoirs concentrés ?

Le président turc Recep Tayyip Erdogan célèbre le 563ème anniversaire de la prise de Constantinople, le 29 mai 2016.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan célèbre le 563ème anniversaire de la prise de Constantinople, le 29 mai 2016. Crédits : KAYHAN OZER / ANADOLU AGENCYAFP

Après la chute de l’empire ottoman et l’abolition du califat en mars 1924, la Nouvelle Turquie de Mustafa Kemal Atatürk a vu en l’Europe occidentale un modèle à imiter, le premier président de la République de Turquie avait cette volonté farouche de rompre avec le passé impérial ottoman, imposant des réformes radicales pour son pays.

Mais voilà, moins d’un siècle plus tard, ce passé Ottoman rejailli et la nostalgie de l’empire se fait de plus en plus prégnant, un retour que l’actuel président, Recep Tayip Erdogan, a parfaitement compris et qu’il a utilisé à l’envi pour affirmer l’emprise de son parti – l’AKP – sur le paysage politique depuis près de deux décennies.

Que révèle ce renouveau de l’histoire impériale ottomane ?… Que ce soit en Turquie ou en Russie, le pouvoir d’hommes forts se saisit de périodes historiques révolues pour exalter la grandeur nationale et surtout exalter le tsar ou le sultan, qu’ils viennent réincarner à point nommé évidemment. Point de rencontre entre le désir d’une société en besoin de symboles positifs et le désir d’hommes politiques avides de pouvoirs concentrés, la figure du monarque tend à s’imposer tout à la fois comme celle du père et du sauveur.

D’Erdogan à Poutine, en passant, peut-être, par notre propre président Emmanuel Macron chez qui on peut déceler des accents bonapartistes, nous allons tenter de mesurer comment nos responsables politiques puisent dans l’imaginaire des gloires impériales passées, et de voir quels types de rapport aux peuples et à la Nation cela sous-tend.

Intervenants

Louvois, le logiciel qui a mis l’armée à terre

Secrets d’info – Louvois, le logiciel qui a mis l’armée à terre (France Inter)

Pendant près de 7 ans, de nombreux soldats français ont vécu l’enfer. Non pas sur le terrain mais à cause de leur fiche de paie. Victimes d’un système informatique du ministère de la Défense, le logiciel Louvois, ils en subissent encore aujourd’hui les lourdes conséquences.

Une enquête de Philippe Reltien.

Marcel F.*, officier de l’armée de terre, toujours en activité et père de famille, a les traits tirés. Comme des dizaines de milliers de collègues, il est victime du logiciel Louvois, système informatique de paie des militaires, mis en service en 2011.

« Un jour, ma solde n’a plus été calculée. Conséquence, ma mutuelle m’a radié, et je ne l’ai jamais su, sauf le jour où j’ai dû aller aux urgences. Là on m’a dit : ‘Mais monsieur, vous n’avez plus de mutuelle’. »

Marcel F. est aujourd’hui criblé de dettes.

 De l’argent trop perçu

Des dizaines de milliers de soldats ont, comme lui, reçu des bulletins loufoques. Au pic de la crise, on dénombrait 120 000 dossiers en souffrance. Certains n’avaient reçu qu’une partie de leur solde. Le comble était atteint avec cette solde, réduite à seulement trois centimes d’euros.

Nathalie D. a reçu en juillet 2013 un bulletin de solde de… 3 centimes d’euros.
Nathalie D. a reçu en juillet 2013 un bulletin de solde de… 3 centimes d’euros. © Radio France

A l’inverse, Louvois s’est aussi mis à gonfler les paies. Des militaires ont ainsi touché trop d’argent, parfois même sans qu’ils s’en aperçoivent. Le logiciel a même envoyé des paiements à des réservistes qui n’étaient plus militaires.

« J’ai reçu un bulletin de solde qui m’attribuait 200 €, témoigne Daniel P.*, un ex-réserviste en procès avec ses anciens patrons. Mais je n’étais plus dans l’institution. On est dans une situation d’angoisse. Je ne suis plus sous les drapeaux et on me paye quand même. Et vous ne savez même pas à quel organisme il va falloir les rendre. »

Le ministère de la Défense n’ayant pas l’intention de laisser filer l’argent versé en trop, s’est donc mis à poursuivre ses soldats pour leur demander de rembourser ces trop perçus. Montant de la facture : 545 millions d’euros.

Des paiements fantômes

Le ministère a donc monté une structure de recouvrement du trop versé. Près de 6 000 contentieux ont été portés devant la commission de recours militaire, passage obligé avant de déposer un recours devant un tribunal administratif civil.

L’armée a bien récupéré une partie de son argent : 360 millions d’euros ont été remboursés. Il resterait 3 000 cas à régler. Mais l’état-major a tout de même laissé filer 83 millions d’euros qu’il n’a pas réclamés. Pourquoi ? Il est arrivé que l’on facture, sur des fiches de paie, des sommes qui en fait n’ont jamais été versées.

« Il s’agit certainement de trop versés inventés par le logiciel, explique Jacques Bessy, un ancien gendarme aujourd’hui à la tête de l’association ADEFDROMIL qui défend des dizaines de militaires. Ces 83 millions d’euros ont été abandonnés parce qu’ils ne pouvaient pas être justifiés clairement. »

« J’ai peur d’aller au courrier »

De nombreux militaires ont donc été amenés à contracter des prêts pour rembourser ces trop versés. Conséquence : le moral des troupes est au plus bas.

« Quand j’étais militaire, ça ne me faisait pas peur de partir au front. Mais maintenant, je suis beaucoup moins bien dans ma tête avec Louvois, raconte Nathalie D.*, mère célibataire qui a quitté l’armée après 15 ans de service.

Destinataire en 2013 d’un trop versé, elle a soigneusement conservé l’argent qu’on ne lui réclamait pas tout en signalant qu’elle était prête à le rendre. Mais comme pendant deux ans on ne lui a rien demandé, elle finit par acheter un appartement. Et là, patatras, en 2017, elle reçoit la lettre fatidique : 37 000 € à rembourser ! Depuis, elle vit dans l’angoisse. « Peur d’aller au courrier, peur de redécouvrir combien je vais devoir payer ou combien ils m’auraient donné en plus… Je suis dans une situation où je ne pourrai pas les payer » poursuit-elle.

Nathalie D. ne peut pas payer les 36 898 € réclamés par l’Etat.
Nathalie D. ne peut pas payer les 36 898 € réclamés par l’Etat. © Radio France

Jusqu’à fin 2013, les cas se sont multipliés, touchant tous les grades dans l’armée de terre, sauf les généraux, payés par un autre logiciel qui, lui, fonctionne correctement. Mais en bas de l’échelle, ceux qui partent en mission à l’extérieur subissent la pression.

« Ce sont les petits qui trinquent, explique encore Jacques Bessy, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas forcément accès à l’information, ceux qui n’ont pas un niveau d’instruction qui leur permette d’écrire, d’engager des recours, de lire correctement leur bulletin de solde, de les corréler avec leurs relevés bancaire. Ceux-là se sont fait avoir. Les ‘résistants’, qui ont eu les moyens de se défendre, sont ceux qui ont un petit grade : sous-officiers, officiers subalternes, voire officiers supérieurs. »

Faible contestation dans les rangs

Certains se défendent d’autant plus qu’ils vivent une situation paradoxale : on leur demande de rembourser le trop perçu dû à Louvois, mais ils doivent s’acheter du matériel, car celui de l’armée n’est pas toujours à la hauteur.

« On a dû acheter plusieurs paires de chaussures, car celles fournies par l’armée française ne tiennent pas le choc, confie Elise S.*, dont le mari doit bientôt partir au Sahel. Les soldats ont fini par mettre des bouteilles en plastique coupées en deux en guise de semelle. On a acheté des bandoulières de FAMAS, des gilets pare-balles, plusieurs treillis, et des sacs, car l’armée ne les renouvelle que tous les trois ans. Si le vôtre est troué, il faut bien en racheter un. »

Mises à part quelques manifestations de femmes de militaires, tout cela n’a pas fait plus de bruit. Pour quelles raisons ? A l’armée, on est formé à l’esprit de corps, à la discipline, au silence.

« Certains sont bien contents d’avoir de long contrats pendant lesquels ils n’iront pas pointer à Pôle Emploi, avance Daniel P. C’est triste à dire, mais on a joué avec la bonne volonté et la discipline de beaucoup de militaires. »

Sur un groupe Facebook, des femmes de soldats en colère contre Louvois et le ministère de la Défense.
Sur un groupe Facebook, des femmes de soldats en colère contre Louvois et le ministère de la Défense.

Le ministère de la Défense aurait-il sous-estimé le problème car il savait que la résistance serait faible ? Du côté de l’état-major, on cherche à relativiser.

« Quand on regarde le volume des recours, ils baissent considérablement, minimise le contrôleur général des armées, Jean-Paul Bodin. Les personnels ont parfaitement compris que les sommes versées en trop ne leur étaient pas dues. Dans les situations les plus délicates d’un point de vue social, l’Etat a fait un geste et a annulé sa créance ».

Louvois est aussi riche d’erreurs absurdes voire hallucinantes. D’après le Dauphiné Libéré, le chasseur alpin Arthur Noyer, disparu en avril 2017 et retrouvé assassiné en septembre de la même année – dont la mort pourrait être liée au suspect numéro un dans l’affaire de la disparition de la petite Maëlys – a été classé par Louvois comme « déserteur », la case « disparu » n’existant tout simplement pas.

Louvois : genèse d’un gâchis

L’idée d’une harmonisation des paies des militaires a germé il y a une vingtaine d’année, quand l’armée s’est professionnalisée.

« La volonté de l’Etat, en 1996, était d’avoir un logiciel pour l’ensemble des fonctionnaires, dans lequel on voulait aussi faire rentrer les militaires, explique Patricia Adam, ancienne députée et ancienne présidente de la commission de la Défense à l’Assemblée nationale. Le problème, c’est que la condition militaire est très différente du statut de fonctionnaire. »

En 2006, le processus est arrêté. On s’aperçoit qu’un logiciel à part entière est nécessaire. Ce logiciel, ce sera Louvois.

Pour le concevoir, on fait d’abord appel à une société extérieure, Sopra. Mais les militaires vont rapidement l’écarter pour reprendre le projet en interne. Il faudra attendre 2011 pour qu’il mûrisse. Mais l’Etat cherchant à faire des économies, plus de 750 postes sont supprimés au service de la paie des armées. « C’était pour faire du chiffre. On n’a absolument pas mesuré les conséquences » s’exclame Patricia Adam.

« C’était couru d’avance »

Pourquoi ce logiciel n’a pas fonctionné ? La paie des militaires variant en fonction de la nature des missions, avec un système de 174 primes et indemnités différentes, impossible de définir des critères simples de calcul. Ainsi, lorsque l’on a raccordé les 180 000 soldats de l’armée de terre sur Louvois, est arrivé ce qui devait arriver.

« Imaginez qu’il faille mettre tous ces gens qui dépendent de centaines de critères de paie différents dans une énorme base de données, développe Emilien Ercolani, journaliste spécialiste en informatique, avec des primes qui changent tous les mois : chaque fois que quelque chose change, des engrenages doivent se mettre en place, afin de calculer la paie le plus rapidement possible. Si cela semble simple sur le papier, c’est extrêmement compliqué techniquement. »

De 150 points de vérification, on est passé à 15 pour tenir les délais.

Etait-ce pour autant difficile de prévoir ces bugs ? Un audit commandé en septembre 2010, alors qu’Hervé Morin était ministre de la Défense, avait déjà conclu que le logiciel était instable et comportait des défauts. Des personnels avaient été réquisitionnés par précaution pour recalculer 20 000 soldes, au cas-où. Louvois était condamné à l’échec dès le départ.

« On a envoyé plein de données pourries dans un système qui était bancal, fulmine Sylvain B.*, qui était au cœur du dispositif. De nombreux points de contrôle ont été supprimés pour tenir les délais.» 

Ce sont finalement 50 000 dossiers qui ont dû être recalculés au printemps 2012. L’homme a vite perdu le contrôle de la machine.

« Avant, un chef militaire avait le pouvoir de résoudre un problème administratif, nous raconte Lucas M.* un ancien officier. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Il y a un décalage entre le ‘devoir d’excellence et de réussite’ demandé dans nos missions, et un ‘devoir de médiocrité’ d’un système de gestion administrative, et c’est intolérable. »

Des erreurs en cascades

En juillet 2012, pour tenter d’éteindre l’incendie, le ministère de la Défense fait appel à Steria, une société qui assurait déjà la maintenance de certains systèmes informatiques de l’armée depuis 2008. Steria va alors dépêcher un « commando informatique » composé de consultants parfois payés 1 000 € la journée.

« Grâce à Steria, trois ou quatre mois après le premier pic d’erreurs, il n’y avait presque plus de problèmes de sous-paiements » admet Sylvain.

Mais un autre problème beaucoup plus complexe survient, fin 2012 : les fameux sur-paiements. A la décharge de Steria, les militaires avaient conçu le progiciel Louvois en y insérant des millions de lignes de code incompréhensibles pour des personnes qui travaillent habituellement sur des logiciels classiques.

Jean-Yves Le Drian, alors nouveau ministre de la Défense, ne mesure pas tout de suite l’ampleur de ce désastre.

« Les problèmes lui ont été cachés par l’état-major, affirme Patricia Adam. Quand il décide de remplacer Louvois en 2013, le dossier change de main. Le nouveau logiciel sera conçu comme un programme d’armement. »

Un nouveau logiciel… commandé aux mêmes prestataires 

Le remplacement de Louvois est acté. Nom de code : Source solde. Mais là encore, cela va prendre beaucoup plus de temps que prévu.

« L’appel d’offre a pris des mois, explique Sylvain. Le ministère voulait tout contrôler. Un logiciel nouveau comme ça, il faut au moins trois ans pour l’installer. Comme on a pris la décision de le lancer mi-2015, il sera opérationnel mi-2018, voire en 2019 ou 2020. » 

C’est finalement le français Sopra-Steria qui remporte l’appel d’offre, un contrat de 130 millions d’euros sur 10 ans. Oui, Steria, la même société appelée à réparer Louvois juste avant le trop versé, et Sopra, qui avait travaillé sur le tout premier logiciel de l’armée finalement abandonné. Elles ont fusionné… et ont obtenu le nouveau marché, de façon régulière. Chez certains hauts gradés, dans un premier temps, on a du mal à comprendre. Mais Sopra-Steria finit par faire consensus au sein de l’état-major.

Sauf qu’un nouveau grain de sable vient gripper la machine : le prélèvement à la source. Lorsque le développement de Source solde a débuté, ce n’était pas dans le cahier des charges. Or, en prévision de sa mise en place opérationnelle en janvier 2019, il a fallu le rajouter au programme informatique. Rallongement des délais, d’au minimum un an, et augmentation de la facture en prévision, soit quelques dizaines de millions d’euros en plus…

Pour le ministère, on estime que cela fait partie des aléas inhérents au lancement d’un programme informatique. « Le système n’est pas figé, il ne cesse d’évoluer, se défend Jean-Paul Bodin, secrétaire général de l’administration des armées. On prévoit le lancement au 1er janvier 2019. » Il y aura donc bien un an de retard, et peut-être plus si l’on en croit d’autres sources.

Un gâchis reconnu mais… sans responsable 

La facture de toutes ces erreurs est difficile à chiffrer. Jean-Yves le Drian lui-même a reconnu que l’on a gaspillé l’équivalent de ce qui avait été économisé en supprimant des emplois.

« Pour Source solde et Louvois, comme il y en a un en trop, comptons 130 millions d’euros perdus, calcule Sylvain B., plus 160 millions d’euros de trop-versés qui sont toujours dans la nature, on arrive à peu près à 300 millions foutus en l’air. »

Évaluation sans doute sous-estimée. En 2014, on estimait que 359 millions d’euros avaient été versés en trop aux militaires. Quoi qu’il en soit, cette opération est un énorme gâchis.

D’autant plus qu’aucune sanction n’a jamais été prononcée. La Cour des comptes reviendra surement sur ce monumental échec. Peut-être posera-t-on alors la question des éventuelles responsabilités. Jean-Paul Bodin l’admet :

Nous n’avons pas été en mesure d’exiger et faire des tests suffisamment importants. La responsabilité est collective au sein du ministère.

Une affirmation que les victimes ont du mal à entendre. La lassitude l’emporte. Ils sont nombreux à rembourser l’armée après une transaction à l’amiable. Mais leur avocate, Aïda Moumni, ne se satisfait pas de la version officielle.

« C’est Louvois qui a dysfonctionné, ce ne sont pas les victimes. Le ministère de la Défense aurait dû répondre de ces dysfonctionnements ; la hiérarchie a trahi ses subordonnés en agissant de la sorte. »

Louvois n’a pas fait que fragiliser des militaires, il en a aussi dissuadé beaucoup de rester sous les drapeaux. L’armée a perdu la confiance de nombre de ses soldats.

*les prénoms, noms et fonctions ont été changés

Rencontre avec Hélène Courtois, géographe du cosmos

La méthode scientifique – Hélène Courtois, géographe du cosmos (France Culture)

Comment le superamas de galaxies Laniakea a-t-il été découvert et dans quel contexte? Quelles sont les nouvelles connaissances qu’elle nous a permis de mettre en évidence ? Quid des forces répulsives et attractives provenant d’entités lointaines exercées sur notre galaxie ?

Elle est notre deuxième grande exploratrice de la semaine : exploratrice au sens géographique du terme, ou plutôt cosmographique car grâce à ses travaux, nous savons un peu mieux où nous nous situons dans l’Univers, à des distances assez vertigineuses. En effet, après le système solaire, il y a notre galaxie, la Voie Lactée, incluse dans un Groupe Local, lui-même compris dans un ensemble d’environ 1 milliers d’autres galaxies, le superamas de la Vierge, qui est lui-même inclus, depuis sa découverte par notre invitée en 2014, dans un superamas encore plus vaste, nommé Laniakea.

Cette découverte lui a valu d’être classée dans la liste des 50 personnalités les plus influentes de France : Hélène Courtois est notre invitée pour l’heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode Scientifique

  • Hélène Courtois – Astrophysicienne spécialisée en cosmographie à l’Institut de physique nucléaire de Lyon