Histoire du petit livre rouge

Histoire du petit livre rouge – Pascale NIVELLE

Best-seller international, le petit livre rouge a été imprimé à plus d’un milliard d’exemplaires. Ce recueil de citations de Mao est rapidement devenu le manifeste de la Révolution culturelle et un objet de culte aussi bien en Chine que pour les maoïstes occidentaux.

Apparu en 1964, les Citations du président Mao Tsé-toung, bréviaire inspiré des discours ou des oeuvres du fondateur de la République populaire, est d’abord conçu comme un outil d’éducation politique pour l’armée, puis devient l’« arme spirituelle » des gardes rouges et le manuel de vie de 700 millions de Chinois. En Europe, il séduit une partie des intellectuels, les « maos » français de Mai 68, qui le rebaptisent « petit livre rouge » et en font le talisman de leur propre « révolution », ignorants les atrocités commises par le régime chinois.

Cinquante ans après le début de la Grande Révolution culturelle prolétarienne et quarante ans après la mort de Mao Zedong, la journaliste Pascale Nivelle raconte l’épopée de cette petite bible en vinyle rouge vif qui a été, de Pékin à Paris, le coeur d’une immense et folle passion collective.


Tout petit par la taille, édité plus de 500 fois et traduit en 52 langues, exporté dans 150 pays et diffusé à deux milliards d’exemplaires… il est difficile de ne pas reconnaître au petit livre rouge son statut de bestseller…

Parce que les totalitarismes ont été les religions du XXe siècle selon l’expression de Raymond Aron, Mao Zedong en avait fait sa « bombe spirituelle ». Tant et si bien que le livre alla jusqu’à talonner de près la Bible elle-même. L’émission « Nos mémoires » de Storiavoce vous propose de partir à la découverte d’un ouvrage qui alla jusqu’à séduire les intellectuels du quartier latin et des capitales européennes. Un ouvrage « talisman » qui était brandit comme le signe d’adhésion et d’appartenance à un régime et à une idéologie, dont la réalité meurtrière et totalitaire échappa à beaucoup.


Pascale Nivelle, la bible écarlate (JDD)

Des campagnes chinoises aux librairies du Quartier latin, la journaliste retrace l’épopée d’un objet devenu culte, symbole de la Révolution culturelle chinoise et des maoïstes du monde entier.

Sa couverture en vinyle rouge est entrée dans l’imaginaire collectif. Best-seller international publié à plus d’un milliard d’exemplaires, traduit en 52 langues et exporté dans près de 150 pays, le Petit Livre rouge incarne, sous ses atours chatoyants, l’une des périodes les plus troubles de l’histoire de la Chine contemporaine. Objet culte et kitsch pour les uns, symbole d’une décennie à passer sous silence pour les autres, il est aujourd’hui encore partout présent même si la jeunesse chinoise ignore tout de son contenu.

Cinquante ans après les débuts de la Grande Révolution culturelle prolétarienne, la journaliste Pascale Nivelle, correspondante à Pékin de Libération entre 2006 et 2009, retrace le parcours de cette bible écarlate qui, des casernes chinoises aux étals des librairies maoïstes du Quartier latin, a su allumer une immense ferveur collective.

Petit par la taille, lavable, conçu pour résister aux intempéries et même aux combats, la modernité de l’objet fait immédiatement fureur dans le dénuement ambiant de la Chine. D’abord pensé comme un outil d’éducation politique censé endiguer l’échec désastreux du Grand Bond en avant et remonter le moral des troupes, le recueil des Citations du président Mao Zedong est en réalité une « bombe spirituelle » qui annonce, dès son lancement officiel en 1966, la Révolution culturelle à venir.

Bientôt, l’opuscule rouge est dans toutes les mains, les aphorismes du Grand Timonier rythment l’existence publique et privée de millions de citadins et paysans. « Faire table rase des vestiges de tous les systèmes d’exploitation ainsi que des idées, de la culture, des mœurs et des coutumes anciennes de toutes les classes exploiteuses », tel est le mot d’ordre que les gardes rouges, ces groupes de lycéens et d’étudiants instrumentalisés par Mao, s’appliquent à faire respecter à la lettre.

C’est le début des grandes purges qui feront dans tout le pays entre un et trois millions de morts. Les enseignants sont lynchés par leurs élèves, les classes bourgeoises et les intellectuels persécutés. Les monuments sont saccagés, les spectacles interdits, les livres qui ne citent pas le nom du président Mao brûlés. Aux chants et défilés joyeux ont succédé la haine et le fanatisme. Si les étrangers en poste en Chine sont témoins des exactions, rares sont les intellectuels occidentaux à dénoncer la folie maoïste.

À la fin des années 1960, la « maomania » bat même son plein à Paris, alimentée par les récits des personnalités invitées par le régime communiste et revenues de leur séjour des étoiles rouges plein les yeux. André Malraux, François Mitterrand, le couple Sartre et Beauvoir, Michel Leiris, Paul Ricœur, Alberto Moravia : aucun ne se montre lucide quant à la véritable nature de la « revocul », comme on la nomme dans les cercles prochinois. Aveuglés par le soleil Mao, « ils refont le monde, façon lutte des classes ».

Remontant le fil rouge de cette « maolâtrie », Pascale Nivelle tente de comprendre comment l’intelligentsia française a pu succomber à la fièvre maoïste et adhérer à un idéal aussi extrême que celui de la Révolution culturelle, allant jusqu’à prescrire d' »appliquer la pensée de Mao Zedong quand bien même on ne la comprend pas ».

Le parallèle constant établi entre la France et la Chine met en lumière l’incompréhension fondamentale des intellectuels français, qui, aveuglés par la théorie, n’ont su distinguer derrière le mouvement de masse la querelle de palais entre hauts mandarins, dénoncée dès 1971 par le sinologue et écrivain belge Simon Leys dans l’ouvrage à charge Les Habits neufs du président Mao et sur un très polémique plateau d’Apostrophes en 1983. Au-delà du tragique exemple chinois, cette Histoire du Petit Livre rouge avertit sur le danger de toute pensée politique extrême et démontre avec quelle facilité l’embrigadement idéologique peut survenir dans une société fragilisée.


« Petit Livre rouge » : le meilleur coup éditorial de l’histoire (Le Point)

Le bréviaire de la Révolution culturelle a séduit 700 millions de Chinois, mais aussi les intellos de Normale Sup. Pourquoi ? Histoire d’un endoctrinement.

C’est un petit livre dont la couverture rouge et austère ne paie pas de mine. Ce pourrait être l’antique édition du Guide Michelin de la Suisse, par exemple, ou du Panama. Sauf que, depuis sa publication en 1964, il a été imprimé à plus d’un milliard d’exemplaires, presque autant que la Bible qui additionne pourtant les millénaires, et avec une histoire largement plus sanglante : le Petit Livre rouge est un fantasme d’éditeur, mais aussi un cauchemar pour les millions de victimes de la Révolution culturelle qu’il a servi à justifier. Quarante ans après la mort de Mao, Pascale Nivelle, journaliste au Monde et ancienne correspondante de Libération en Chine, en raconte l’histoire dans un livre au titre d’une simplicité toute maoïste : Histoire du Petit Livre rouge. Elle le fait avec verve et humour, certes, mais on rit jaune.

Évidemment, on ne peut le nier : Mao était tout sauf idiot, et certaines de ses réflexions ne manquent pas de bon sens. Ainsi, « la bouse de vache est plus utile que les dogmes : on peut en faire de l’engrais » : c’est pertinent, surtout dans un pays rural où, dans les années soixante, les paysans crèvent de faim. Et aujourd’hui, c’est même à conseiller aux fanatiques religieux de tout poil qui veulent nous imposer leurs certitudes. Mais le président Mao a dit aussi : « La révolution n’est pas un dîner de gala ; la révolution est un drame passionnel », ce qu’il va se mettre en tête de prouver, bien avant même le début officiel de la Révolution culturelle, en 1966. C’est là que le Petit Livre rouge entre en jeu.

« L’obéissance à la pensée de Mao doit être sans réserve » : le directeur du bureau de documentation du Quotidien de Tianjin le sait, et cela l’empêche de dormir. Nous sommes en 1961. Le Parti communiste l’exige : il faut éduquer les lecteurs, c’est-à-dire les masses, et, pour cela, accompagner chaque article d’un aphorisme du Grand Timonier, alors président du Parti. « Lire une phrase du président Mao chaque jour, c’est comme rencontrer le président en personne », selon la propagande.

Mais il faut la trouver, la phrase. L’unique source, ce sont les Œuvres complètes du président Mao Tsé-Toung, soit la compilation en plusieurs volumes de tous ses discours depuis 1920. Pas pratique, dangereux (une erreur de transcription, et c’est la fin d’une carrière). Futé, le directeur s’est mis à bricoler une espèce de « bible », avec quelques dizaines de phrases fortes. Tang Pinzhu, directeur de la rédaction du Journal de l’Armée populaire de libération, tombe dessus et décide de l’enrichir. « Dans son quotidien, rappelle Pascale Nivelle, les aphorismes du président Mao, c’était à la une et en gros caractères qu’il fallait les imprimer. » Angoisse puissance 10. Le journal de l’armée, publié à plusieurs millions d’exemplaires, est directement sous la responsabilité de Lin Biao, chouchou de Mao et surtout de sa terrible épouse, Jiang Qing. Une erreur de transcription…, et c’est la fin tout court. Tang fait une copie de l’anthologie et charge une employée modèle de l’augmenter. Le résultat ravit Mao. Le livre est lancé.

Le 5 janvier 1964 sort un premier recueil officiel des Citations du président Mao, avec 200 aphorismes. Quelques mois plus tard, la suivante contient 433 « pensées ». Et en août 1965, le livre passe à 427 citations. Il est rouge, quand les précédentes versions étaient blanches. Aux anges, Mao n’hésite pas à comparer ses pensées à celles de Confucius, le grand philosophe de l’antiquité chinoise (alors considéré comme réactionnaire et donc interdit). Le livre est diffusé massivement à des millions d’exemplaires dans toutes les provinces. Sept cents millions de Chinois doivent lire les Citations du président Mao. On apprend à lire avec, on les répète en boucle. « Lorsque les grandes masses se saisiront de la pensée de Mao Tsé-Toung, ce sera une source de force et une bombe spirituelle d’un pouvoir infini », assure Lin Biao, fayot en chef. L’allusion est claire : on est en pleine guerre froide. La guerre atomique menace. Le petit livre fait boum.

En 1966, Mao lance la Révolution culturelle. Jusqu’en 1971 et la mort (assassinat ?) de Lin Biao, devenu indésirable, les Citations du président Mao vont servir de caution morale et politique à des gamins fanatisés qui humilient et tuent jusqu’à leurs parents, détruisant sur leur passage le patrimoine culturel chinois.

Pour la plupart, ces hordes chinoises sont composées de lycéens. En Europe, ceux qui brandissent le Petit Livre rouge – c’est son nom germanopratin, titre inconnu en Chine – sont des intellectuels, et pas n’importe lesquels, l’élite de la nation, dont beaucoup issus de l’École normale. Philippe Sollers, Julia Kristeva, Roland Castro, Henri Weber, Serge July, etc. Autant de convertis. « Les instructions de Mao doivent être suivies, même si on ne les comprend pas » : devant une telle profondeur, les docteurs en philo et les spécialistes de la sémiotique en oublient le « connais-toi toi-même » de Socrate et La Critique de la raison pure de Kant. On rêve de changer le monde. Mao n’a-t-il pas dit : « Le pouvoir est au bout du fusil » ? La Gauche prolétarienne est en ordre de bataille. La France de De Gaulle et de Pompidou n’a qu’à bien se tenir. Dès 1967, quand on est dans le vent, le Petit Livre rouge, pratique avec son format poche, est aussi indispensable que le paquet de Gitanes. Dans un régime capitaliste dévoré par la consommation, c’était écrit (note de l’auteur de l’article : Mao n’a rien dit sur le sujet).

À Paris, à Saint-Germain, en 1967, on le porte élégamment avec la casquette à visière verte. Godard fasciné en tire un film, La Chinoise, qui ne plaira d’ailleurs pas aux maos. Pourquoi ? Lisez le livre de Mme Nivelle, mais la bande-annonce permet de se faire une petite idée.

« Le fondement de la théorie, c’est la pratique », a dit le président Mao. Et là, cela devient compliqué. Telle Ariane tirant son fil, Pascale Nivelle nous guide dans le magma des guerres de factions, à Pékin, Shanghaï, Paris ou Bruxelles. C’est parfois très drôle, souvent tragique (surtout en Chine), finalement assez pathétique. Évidemment, certains finissent par se rendre compte que le roi est nu. Du côté de la Cité interdite, cette prise de conscience est dangereuse, mais, en Europe, cela permet de faire un best-seller et de parler à la télé. Aujourd’hui, les maos d’hier sont à la retraite et le Petit Livre rouge est devenu un objet de brocante que les Chinois vendent à prix d’or aux touristes. Restent le culte de Mao, le grand homme, et, partout dans le monde, les chimères sanglantes.


« Histoire du petit livre rouge » – 3 questions à Pascale Nivelle (Iris)

Pascale Nivelle, journaliste, ancienne correspondante de Libération à Pékin (2006-2009), écrit aujourd’hui dans M, le magazine du Monde et Elle. Elle répond à mes questions à l’occasion de la parution de l’ouvrage : « Histoire du petit livre rouge », aux éditions Tallandier.

Vous expliquez que Le petit livre rouge a pour origine l’angoisse d’une bureaucratie. Pouvez-vous développer ?

Les origines du « petit livre rouge » datent du début des années 1960, lorsque les dirigeants des journaux de Chine ont l’obligation de diffuser à longueur de colonnes la pensée de Mao Zedong, ou Mao Tsé-Toung comme on disait à l’époque. C’est un véritable casse-tête. L’œuvre du Grand Timonier, composée de ses discours, ses entretiens avec différentes personnalités, ses écrits et poèmes depuis une quarantaine d’années, est rassemblée dans quatre tomes épais : « Les Œuvres choisies » du président Mao. En tirer chaque jour des aphorismes ou des extraits compréhensibles pour les masses chinoises, sans s’attirer les foudres du Parti communiste (PCC), est un exploit. C’est pourquoi les gratte-papiers des journaux chinois ont eu l’idée de compiler des formules ou des textes courts, pour en faire des « catalogues ». En 1962, un employé du journal de l’Armée de Libération, en visite chez ses confrères de Tianjin, une ville proche de Pékin, tombe sur un lexique de ce genre. Les « pensées » du président sont classées par thèmes. Elles sont claires et précises. Le visiteur enthousiaste repart avec le « catalogue », qu’il confie à une collègue, avec la mission d’en faire un vrai livre. Elle s’en acquitte vaillamment, et, trois ans plus tard, avec la bénédiction de Mao qui a suivi l’affaire de près, la version quasi définitive du petit livre rouge est prête. Trente-trois chapitres et trois-cents pages : il tient dans la poche et dans la main, et, avec sa couverture en plastique rouge, résiste à toutes les intempéries. Chaque soldat en est équipé et doit l’apprendre par cœur.

On est à la veille de la Grande Révolution culturelle prolétarienne lancée par Mao pour retrouver le pouvoir. Depuis 1959, destitué de son titre de président de la République, il est contesté à l’intérieur du PCC à cause du Grand Bond en avant, sa calamiteuse révolution industrielle soldée par une immense famine. Avec sa femme Jiang Qing, une ancienne actrice de Shanghai, et son ministre des armées Lin Biao, il fomente sa Révolution culturelle, prétexte à des purges massives. Son arme de propagande est l’opuscule rouge, nommé en Chine Les Hautes Instructions ou les Citations du Président Mao Tsé Toung. Il va d’abord fanatiser la jeunesse : les fameux gardes rouges vont en faire leur bible, leur manuel de guerre civile. Mao l’appelait sa « bombe spirituelle ».

Le petit livre rouge a-t-il été le livre le plus vendu au monde ?

Après l’armée et les gardes rouges, chaque Chinois a été équipé du « petit livre », ce qui représente plusieurs centaines de millions d’exemplaires… Puis Mao a voulu exporter sa Révolution culturelle dans le monde entier. Le « petit livre rouge », en différentes éditions, a été traduit en cinquante-deux langues dont l’espéranto, et été exporté dans cent-cinquante pays, sur tous les continents. On peut dire qu’après la Bible des chrétiens, c’est le plus grand best-seller de tous les temps, tiré à deux milliards d’exemplaires selon les chercheurs occidentaux, et cinq milliards selon l’agence officielle Chine Nouvelle !

On peut parler d’un record, surtout au regard de la brièveté de la vie de cet ouvrage : en 1979, trois ans après la mort de Mao, quand son rival du début des années 60, Deng Xiaoping, est arrivé au pouvoir, le « petit livre rouge » fut interdit par une directive du PCC. Ce « poison » a permis la « distorsion de la pensée de Mao » et a causé un « grand tort », en permettant à la Bande des quatre d’exercer « une influence pernicieuse » … Cent millions d’exemplaires ont été détruits. Mais on continue d’en voir beaucoup aujourd’hui en Chine. Entre les exemplaires historiques, dont le prix atteint plusieurs milliers d’euros chez les antiquaires, et les innombrables copies destinées aux touristes, le « petit livre » de Mao est omniprésent. Tout comme son auteur, embaumé dans son mausolée place Tian’anmen et emblème des billets de banque chinois.

Comment expliquer l’engouement, proche de l’hystérie, de tout un groupe d’intellectuels français, en faveur de Mao Tsé-Toung ?

Cela reste un mystère, que les intéressés ont désormais eux-mêmes du mal à expliquer. L’édition française du « petit livre rouge » est arrivée en décembre 1966, par le canal de l’ambassade de Chine à Paris, et a fait un tabac. Dans La Chinoise, Jean-Luc Godard a très bien filmé le fanatisme des étudiants français, pour beaucoup issus de la bourgeoisie, autour cet ouvrage. Pendant quelques années, les maos hexagonaux en ont fait leur bréviaire, leur pensée unique, leur manuel de vie, comme en Chine. Dans tout le quartier latin, à commencer par l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm d’où est parti le mouvement maoïste, on s’est mis à brandir et réciter le « petit livre rouge ». Quand on sait qu’il a été conçu pour des militaires chinois illettrés, cela ne manque pas de sel…

En France, et dans beaucoup d’autres pays, certains ont imité « la campagne des jeunes instruits envoyés à la campagne » en Chine. Si les jeunes Chinois n’avaient d’autre choix, les étudiants maoïstes français, eux, étaient des embrigadés volontaires. Ils se sont enrôlés dans les fermes et les usines, pour exporter la révolution de Mao. Quarante ou cinquante ans après, on peine à comprendre cet aveuglement, compte tenu des atrocités de la Révolution culturelle en Chine. Il faut préciser qu’elles n’étaient pas connues par les intellectuels maoïstes. Beauvoir, Althusser, Barthes, Sollers, Glucksmann, et bien d’autres, ont été fascinés par Mao, qui les invitait généreusement à visiter son paradis de la Révolution. Et tous sont tombés dans le panneau de la propagande. Tous, sauf un : Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, qui a dénoncé la Révolution culturelle dans un livre paru en 1971 : Les Habits neufs du Président Mao. Mis au ban de l’intelligentsia européenne, il dû attendre plus de dix ans avant d’être écouté et reconnu.

Cet engouement aveugle, qui a des racines dans la déception provoquée à gauche par le rapport Khrouchtchev en 1956, reste cependant un grand mystère. Contrairement à la Chine, où il est une relique respectée, plus personne ou presque ne défend le « petit livre rouge » en France. Repentis, silencieux ou carrément passés sur l’autre rive de leurs convictions de jeunesse, les anciens maos ont rangé les Citations du Président Mao Tsé-Toung tout au fond de leurs bibliothèques, quand ils ne l’ont pas jeté.

Bouillonnement antisystème en Europe et aux États-Unis

Pas de flonflons pour célébrer le soixantième anniversaire du traité de Rome et du Marché commun, le 25 mars. La bannière européenne a perdu son éclat, tant les politiques de l’Union se sont révélées désastreuses. Partout ont fleuri des mouvements antisystème. Dans quelques pays, ils se situent résolument à gauche. Mais nombre d’entre eux font de la xénophobie leur fonds de commerce.

Le Monde diplomatique, mars 2017

Perry Anderson – Historien, professeur à l’université de Californie à Los Angeles. Auteur de l’ouvrage Le Nouveau Vieux Monde, Agone, Marseille, 2011.

Il y a vingt-cinq ans, l’expression « mouvement antisystème » était fréquemment employée, notamment par les sociologues Immanuel Wallerstein et Giovanni Arrighi, pour décrire les diverses forces de gauche hostiles au capitalisme. De nos jours, elle reste pertinente en Occident, mais sa signification a changé. Les mouvements contestataires qui se sont multipliés au cours des dix dernières années ne se rebellent plus contre le capitalisme, mais contre le néolibéralisme – c’est-à-dire la déréglementation des flux financiers, la privatisation des services publics et le creusement des inégalités sociales, cette variante du règne du capital mise en place en Europe et aux États-Unis depuis les années 1980. L’ordre politique et économique qui en découle a été accepté presque indistinctement par des gouvernements de centre droit et de centre gauche, consacrant le principe de la pensée unique illustré par la maxime de Margaret Thatcher : « Il n’y a pas de solution de rechange » ( There is no alternative , ou TINA). Deux types de mouvements se sont développés en réaction à ce système. De droite ou de gauche, ils sont stigmatisés par les classes dirigeantes, qui les présentent comme une menace unique : celle du populisme.

Ce n’est pas un hasard si ces mouvements sont d’abord apparus en Europe plutôt qu’aux États-Unis. Soixante ans après le traité de Rome, l’explication est simple. Le Marché commun de 1957, qui prolongeait la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) – conçue par Robert Schuman à la fois pour éviter le retour d’un siècle d’hostilités franco-allemandes et pour consolider la croissance économique d’après-guerre en Europe de l’Ouest -, était le produit d’une période de plein-emploi et de hausse des salaires moyens, d’ancrage de la démocratie représentative et de développement des systèmes de redistribution. Les accords commerciaux découlant du Marché commun empiétaient peu sur la souveraineté des États membres, qui s’en trouvaient renforcés plutôt qu’affaiblis.

Les budgets et les taux de change étaient décidés au niveau national, par des Parlements responsables devant leurs électeurs, où l’on débattait avec vigueur d’orientations politiques très distinctes. Paris s’était d’ailleurs illustré en freinant les tentatives de la Commission de Bruxelles d’étendre ses prérogatives. La France du général de Gaulle mais aussi, de manière beaucoup plus discrète, l’Allemagne de l’Ouest de Konrad Adenauer conduisaient une politique étrangère indépendante de Washington et capable de lui résister.

La fin des « trente glorieuses » a bouleversé cette construction. Dès le milieu des années 1970, les sociétés capitalistes développées sont entrées dans une longue phase de déclin, analysée par l’historien américain Robert Brenner (1) : décennie après décennie, une diminution durable des taux de croissance et un ralentissement de la productivité, moins d’emplois et plus d’inégalités, le tout ponctué par de fortes récessions. À partir des années 1980, au Royaume-Uni et aux États-Unis d’abord, puis dans toute l’Europe, la stratégie s’inverse : réduction des allocations sociales, privatisation des industries et des services publics, déréglementation des marchés financiers. Le néolibéralisme fait son entrée. En Europe, cependant, il acquiert au fil du temps une forme institutionnelle particulièrement rigide, à mesure que le nombre d’États membres de ce qui deviendra l’Union européenne est multiplié par quatre, englobant ainsi une grande zone de main-d’oeuvre bon marché à l’est.

Du marché unique (1986) au pacte budgétaire (2012) en passant par le pacte de stabilité et de croissance (1997), les Parlements nationaux ont été supplantés par une structure d’autorité bureaucratique protégée de la volonté populaire, comme l’avait prédit et réclamé l’économiste ultralibéral Friedrich Hayek. Une fois cette mécanique en place, une austérité draconienne a pu être imposée d’en haut à un électorat sans recours, sous la direction conjointe de la Commission européenne et d’une Allemagne réunifiée devenue l’État le plus puissant de l’Union, et dont les penseurs dominants annonçaient sans précaution la vocation hégémonique sur le continent. Pendant la même période, l’Union et ses membres ont cessé de jouer un rôle dans le monde et d’agir à rebours des directives américaines (2). Lors de la dernière phase de cette subordination, ils se sont placés aux avant-postes des politiques de néo-guerre froide envers la Russie, orchestrées par Washington et payées par l’Europe.

Abrogation du contrôle démocratique

Dès lors que, faisant fi des référendums successifs, la caste de plus en plus oligarchique de l’Union européenne se joue de la volonté populaire et inscrit ses diktats budgétaires dans la Constitution, il n’est pas étonnant qu’elle provoque tant de mouvements de contestation de tous bords. À quoi ressemblent-ils ? Dans le noyau dur de l’Europe d’avant l’élargissement, autrement dit l’Europe occidentale de la guerre froide (écartons pour l’instant l’Europe centrale et orientale, dont la topographie était alors radicalement différente), les mouvements de droite dominent l’opposition au système en France (Front national, FN), aux Pays-Bas (Parti pour la liberté, PVV), en Autriche (Parti de la liberté d’Autriche, FPÖ), en Suède (Démocrates de Suède), au Danemark (Parti populaire danois, DF), en Finlande (Vrais Finlandais), en Allemagne (Alternative pour l’Allemagne, AfD) et au Royaume-Uni (UKIP).

En Espagne, en Grèce et en Irlande prévalent en revanche des mouvements de gauche, respectivement Podemos, Syriza et Sinn Féin. L’Italie constitue un cas à part dans la mesure où elle conjugue un mouvement antisystème situé clairement à droite, la Ligue du Nord, et un parti, plus puissant encore, qui dépasse le clivage gauche-droite : le Mouvement 5 étoiles (M5S). La rhétorique extraparlementaire de ce dernier sur l’impôt et l’immigration le classerait à droite, mais son action parlementaire le situe plutôt à gauche, en raison de la constante opposition qu’il a manifestée au gouvernement de M. Matteo Renzi, notamment sur les questions d’éducation et de déréglementation du marché du travail, et de son rôle décisif dans la mise en échec du projet de rendre plus autoritaire la Constitution italienne (3). À cet ensemble s’ajoute Momentum, une organisation qui a émergé au Royaume-Uni pour favoriser l’élection inattendue de M. Jeremy Corbyn à la tête du Labour. À l’exception de l’AfD, tous les mouvements de droite sont apparus avant la crise de 2008, pour certains pendant les années 1970, voire plus tôt encore. En revanche, la montée de Syriza et la naissance du M5S, de Podemos et de Momentum découlent de la crise financière mondiale.

Dans ce décor général, le fait central est que, dans leur ensemble, les mouvements de droite pèsent plus lourd que ceux de gauche, si l’on en juge par le nombre de pays où ils dominent et par leur force électorale cumulée. Cet avantage s’explique par la structure du système néolibéral contre lequel ils s’insurgent, qui trouve son expression la plus brutale et la plus concentrée dans ce qu’est devenue l’Union européenne.

Son ordre se fonde sur trois principes : réduction et privatisation des services publics, abrogation du contrôle et de la représentation démocratiques, déréglementation des facteurs de production. Tous trois sont omniprésents au niveau national en Europe comme ailleurs, mais ils se manifestent de manière plus intense encore au sein de l’Union. L’attestent les pressions infligées à la Grèce, la série de référendums bafoués et l’ampleur croissante du dumping salarial. Dans l’arène politique, ces orientations directrices alimentent les inquiétudes principales de la population et motivent ses manifestations d’hostilité au système, qui concernent l’austérité, la perte de souveraineté et l’immigration.

Les mouvements antisystème se différencient par l’importance qu’ils attribuent à chacun de ces facteurs, déterminant ainsi les aspects de la palette néolibérale qu’ils choisissent de cibler en priorité.

La raison la plus évidente du succès des mouvements de droite tient à ce qu’ils se sont d’emblée approprié la question de l’immigration. Ils jouent sur les réactions xénophobes et racistes afin de gagner le soutien des couches de la population les plus vulnérables. À l’exception des mouvements néerlandais et allemand, adeptes du libéralisme économique, cette position est intimement associée non à la dénonciation mais à la défense de l’État-providence, menacé selon eux par l’arrivée de migrants – une thèse défendue par les mouvements antisystème de droite en France, au Danemark, en Suède et en Finlande.

Toutefois, on aurait tort d’attribuer leur avantage à ce seul argument. Dans certains États importants, comme l’illustre le FN, ils combattent également sur d’autres fronts, par exemple celui de l’union monétaire. L’euro et la Banque centrale tels qu’ils ont été conçus à Maastricht ont associé l’austérité et le déni de la souveraineté populaire dans un seul et même système. Les mouvements de gauche les mettent en accusation avec autant de véhémence, voire davantage, mais ils tendent à proposer des solutions moins radicales. En revanche, le FN ou la Ligue du Nord préconisent des remèdes draconiens et percutants aux « fléaux » de la monnaie unique et de l’immigration : sortir de la zone euro et fermer les frontières. La gauche, à quelques exceptions près, n’a pas formulé d’exigences aussi explicites. Elle propose au mieux d’apporter à la monnaie unique quelques ajustements techniques trop complexes pour mobiliser un large électorat; sur l’immigration, il est rare qu’elle aille au-delà des bons sentiments.

Un statu quo détesté

L’immigration et l’union monétaire posent problème à la gauche pour des raisons historiques. Le traité de Rome reposait sur la promesse d’une libre circulation des capitaux, des biens et de la main-d’oeuvre au sein d’un Marché commun européen. Tant que celui-ci se limitait aux pays d’Europe occidentale, seule la mobilité des deux premiers facteurs de production comptait vraiment, les migrations transfrontalières restant en général – la France est une exception – plutôt modestes. Cependant, à compter de la fin des années 1960, la population de travailleurs immigrés issue des anciennes colonies africaines, asiatiques et caribéennes ainsi que des régions semi-coloniales de l’ancien Empire ottoman atteignait déjà un nombre significatif. L’élargissement à l’Europe centrale a ensuite amplifié les migrations intra-européennes. Enfin, les interventions néo-impérialistes successives dans les anciennes colonies méditerranéennes – l’attaque-éclair en Libye en 2011 et la participation indirecte à la guerre civile en Syrie – ont amené en Europe des vagues de réfugiés et un terrorisme de représailles.

Tout cela a attisé la xénophobie, dont les mouvements antisystème de droite ont fait leur fonds de commerce et que la gauche combat par fidélité à la cause de l’internationalisme humaniste. Les mêmes inclinations ont conduit une grande partie de cette dernière à résister à toute idée de mettre un terme à l’union monétaire, ce qui conduirait selon elle à un nationalisme associé aux catastrophes du passé. L’idéal de l’unité européenne reste à ses yeux une valeur fondamentale. Mais l’Europe réellement existante de l’intégration néolibérale constitue un ordre plus cohérent que toutes les solutions hésitantes qui lui ont été opposées jusque-là. L’austérité, l’oligarchie et la mobilité forment un système interconnecté. La troisième est indissociable de la deuxième : aucun électeur des pays européens n’a jamais été consulté sur l’arrivée plus ou moins importante de main-d’oeuvre étrangère dans sa société, laquelle s’est toujours produite à son insu.

La négation de la démocratie qu’est devenue la structure de l’Union a exclu d’emblée toute possibilité de se prononcer sur ces questions. Le rejet de cette Europe-là par les mouvements de droite apparaît plus cohérent politiquement que celui de la gauche – une autre raison de l’avance des premiers sur la seconde.

L’arrivée du M5S, de Syriza, de Podemos et de l’AfD a marqué un bond en avant du mécontentement populaire en Europe. Les sondages actuels affichent des niveaux record de rejet de l’Union. Mais, à gauche comme à droite, le poids parlementaire des mouvements antisystème reste limité. Au niveau européen, lors des dernières échéances électorales, les trois meilleurs résultats de la droite antisystème – obtenus par l’UKIP, le FN et le Parti populaire danois – se situaient aux alentours du quart des voix. Au niveau national, en Europe de l’Ouest, le score moyen de toutes ces forces – gauche et droite confondues – atteint environ 15 %. Un sixième de l’électorat ne représente pas une menace sérieuse pour l’ordre établi. Un quart peut poser problème, mais le « danger populiste » dont s’alarme la presse demeure très relatif. Les seules fois où un mouvement antisystème a accédé au pouvoir (ou semblait sur le point d’y parvenir), c’était à cause d’un mode de scrutin censé favoriser des partis majoritaires et qui s’est retourné contre ces derniers, comme en Grèce, ou qui a failli le faire, comme en Italie.

Il existe en réalité un grand écart entre le degré de désillusion populaire à l’encontre de l’Union européenne néolibérale d’aujourd’hui (4) et le soutien aux forces qui prétendent s’y opposer. Si l’indignation ou le dégoût sont devenus courants depuis quelque temps déjà, le vote des Européens est (et reste) déterminé par la peur. Le statu quo socio-économique est largement détesté. Ce qui ne l’empêche pas d’être régulièrement réaffirmé dans les urnes, avec la reconduction des partis qui en sont responsables, par crainte d’affoler les marchés et au risque d’accroître la misère. La monnaie unique n’a permis aucune accélération de la croissance en Europe et a mis en difficulté les pays du Sud les plus fragiles. Pourtant, la perspective d’une sortie de l’euro effraie même ceux qui savent désormais à quel point celui-ci est responsable de leurs maux. La peur l’emporte sur la colère. D’où l’acceptation par les électeurs grecs de la capitulation de Syriza face à Bruxelles, le recul de Podemos en Espagne et les tergiversations du Parti de gauche en France. La logique est partout la même : ce système est mauvais, mais, en l’affrontant, on s’expose à des représailles.

Le désespoir plus fort que la peur

Comment alors expliquer le « Brexit » ? L’immigration de masse, une crainte répandue en Europe, a été stigmatisée sans relâche lors de la campagne pour la sortie de l’Union par M. Nigel Farage, dirigeant de l’UKIP, porte-voix remarqué de cette option aux côtés de grandes figures du Parti conservateur. Mais, ici comme ailleurs, la xénophobie pèse moins que la peur de l’effondrement économique. Au Royaume-Uni, l’hostilité aux étrangers s’est accrue à mesure que les gouvernements successifs mentaient sur l’ampleur de l’immigration. Toutefois, si le référendum ne s’était joué qu’entre ces deux peurs, comme le souhaitait la classe politique, le camp qui militait pour que le pays reste dans l’Union l’aurait sans doute emporté à une large majorité – en témoigne le référendum sur l’indépendance écossaise en 2014.

Trois autres facteurs ont déterminé l’issue du scrutin. Après Maastricht, la classe politique britannique a refusé la camisole de l’euro pour mieux mettre en oeuvre sa propre vision du néolibéralisme, plus drastique encore que toutes celles du continent. Les excès financiers du New Labour ont précipité le Royaume-Uni dans la crise bancaire avant les autres pays européens, et l’austérité draconienne du gouvernement conservateur-libéral a été sans équivalent endogène sur le continent. Économiquement, les résultats de cette politique britannique parlent d’eux-mêmes. Aucun autre pays européen ne souffre d’un tel clivage politique entre une métropole aisée autonome, à Londres et dans le Sud-Est, et une région désindustrialisée et paupérisée dans le Nord et dans le Nord-Est. Dans bien des zones, les électeurs estimaient donc ne pas avoir grand-chose à perdre en cas de sortie de l’Union – une perspective plus abstraite que celle de renoncer à l’euro -, quoi qu’il puisse arriver à la City et aux investissements étrangers. Le désespoir a pris le pas sur la peur.

Politiquement aussi, aucun pays européen n’a faussé de manière aussi flagrante le système électoral. Si, en 2014, l’UKIP est devenu le plus grand parti britannique au Parlement européen grâce à la représentation proportionnelle, l’année suivante ce parti n’a obtenu qu’un siège à Westminster après avoir recueilli 13 % des voix, alors que le Parti national écossais (SNP), avec 5 % des suffrages à l’échelle du pays, décrochait cinquante-cinq sièges. Tant que le Parti travailliste ou le Parti conservateur, bénéficiaires de ce système, alternaient au pouvoir pour conduire des politiques interchangeables, les électeurs du bas de la pyramide des salaires boudaient massivement les urnes. Lorsqu’ils ont perçu dans le référendum national la chance de faire un vrai choix, ils se sont déplacés en nombre; dans les régions les plus défavorisées, la participation a grimpé d’un coup, livrant le verdict qu’on connaît sur les bilans accablants de MM. Anthony Blair, Gordon Brown et David Cameron.

Dernier facteur, et non des moindres : la différence historique qui sépare le Royaume-Uni du continent. Culturellement, non seulement la Grande-Bretagne a été un empire beaucoup plus puissant que ses rivaux européens pendant des siècles, mais, de surcroît, contrairement à la France, l’Allemagne, l’Italie et la plupart des États de l’Union, elle n’a subi ni défaite, ni invasion, ni occupation lors des deux guerres mondiales. Dans un tel contexte, la captation des pouvoirs locaux au profit d’une bureaucratie établie en Belgique ne pouvait qu’être rejetée davantage qu’ailleurs : pourquoi un État qui, par deux fois, avait remis Berlin à sa place devrait-il se soumettre à Bruxelles ou à Luxembourg ? La question de l’identité pouvait donc, plus aisément que sur le continent, supplanter celle de l’intérêt matériel. C’est pourquoi l’idée selon laquelle la crainte des conséquences économiques supplante celle de l’immigration n’a pas fonctionné, en raison d’un mélange de désespoir économique et d’orgueil national.

C’est dans des conditions similaires que, aux États-Unis, suffisamment d’ouvriers blancs des régions industrielles déclinantes et abandonnées ont pu porter à la présidence un candidat républicain au parcours et au tempérament inédits, exécré par les faiseurs d’opinion des deux partis en même temps que mal vu par nombre de ses propres électeurs. Là comme au Royaume-Uni, le désespoir des régions désindustrialisées a eu raison de l’appréhension face à ce saut dans l’inconnu. De manière plus crue et explicite qu’en Europe, du fait de la longue histoire du racisme aux États-Unis, l’immigration y a été également dénoncée, et des barrières – physiques et légales – érigées pour l’endiguer. Enfin, et surtout, la grandeur impériale n’est pas pour les Américains un souvenir lointain, mais une dimension bien réelle et une revendication naturelle pour l’avenir, abandonnée pourtant par les tenants du pouvoir au profit d’une mondialisation jugée responsable de la misère du peuple et de l’humiliation du pays. « Make America great again » (« Rendre à l’Amérique sa grandeur ») – une fois qu’elle aura renoncé aux fétiches de la libre circulation des biens et de la main-d’oeuvre, et balayé les entraves du multilatéralisme : M. Donald Trump n’a pas eu tort de proclamer que sa victoire représentait un « Brexit » à grande échelle. Cette révolte était bien plus spectaculaire que l’autre : elle ne se limitait pas à une seule question – largement symbolique aux yeux des Britanniques – et elle était dépourvue de tout vernis de respectabilité institutionnelle ou d’approbation des commentateurs.

La victoire de M. Trump a soulevé l’indignation des dirigeants politiques européens, de centre droit comme de centre gauche. D’abord en raison de sa transgression affichée des convenances usuelles sur l’immigration. L’Union européenne elle-même ne manifeste aucun scrupule lorsqu’il s’agit pour elle de contenir les réfugiés dans la Turquie de M. Recep Tayyip ErdoÄ?an, avec ses dizaines de milliers de prisonniers politiques, la torture policière et la suspension générale de l’État de droit, ou de détourner le regard devant les barricades de barbelés dressées au nord de la Grèce pour que les réfugiés restent enfermés dans les îles de la mer Égée. Toutefois, soucieuse de décence diplomatique, l’Europe ne s’est jamais ouvertement félicitée de ces exclusions. En réalité, ce qui l’inquiète vraiment n’est pas tant la brutalité de M. Trump en la matière que son rejet de l’idéologie du libre-échange, son dédain apparent pour l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et sa disposition à adopter une attitude moins belliqueuse envers la Russie. Seul le temps dira s’il ne s’agit là de sa part que de remarques provocatrices, vouées à tomber dans l’oubli, comme déjà nombre de ses engagements de politique intérieure. En tout cas, son élection a rendu visible une différence significative entre de nombreux mouvements antisystème de droite (ou vaguement centristes) et la gauche traditionnelle, qu’elle soit rose ou verte : en France et en Italie, les premiers ont rejeté les politiques de néo-guerre froide et les opérations militaires applaudies par les seconds, en particulier l’intervention en Libye et les sanctions infligées à la Russie.

Les convulsions antisystème de droite, tels le référendum britannique et les élections américaines, se sont accompagnées d’une poussée de la gauche – M. Bernie Sanders aux États-Unis, le phénomène Corbyn au Royaume-Uni -, à une échelle plus modeste mais plus inattendue. Cependant, les conséquences de l’élection de M. Trump et du « Brexit » s’avéreront probablement moindres qu’on ne l’annonce. Dans les deux pays, l’ordre établi est loin d’être défait, et on a vu en Grèce sa capacité à absorber et à neutraliser avec une rapidité impressionnante les révoltes d’où qu’elles viennent. Il a d’ailleurs déjà développé des anticorps – exprimés par de jeunes cadres soi-disant dynamiques qui affichent un simulacre de contestation contre les impasses et la corruption. Ils promettent des politiques plus transparentes, plus dynamiques, en transcendant ainsi les partis actuels en déroute. C’est le cas de M. Albert Rivera (de Ciudadanos) en Espagne et de M. Emmanuel Macron en France.

Mais, pour les courants antisystème de gauche, la leçon à tirer de ces dernières années est claire. S’ils ne veulent plus être éclipsés par leurs homologues de droite, ils ne peuvent plus se permettre d’être moins radicaux et moins cohérents qu’eux dans leur opposition au système. En d’autres termes, admettre la probabilité que dorénavant l’Union européenne dépend tellement des décisions qui l’ont façonnée comme construction néolibérale qu’on ne peut plus sérieusement penser à sa réforme, et qu’il faudrait la défaire afin de bâtir quelque chose de mieux. Que ce soit par la sortie de l’Union telle qu’elle existe ou par la construction de l’Europe sur une autre base, en jetant Maastricht au feu. À l’heure actuelle, ni l’une ni l’autre n’est proche.


Note(s) :

Élections présidentielles – archives INA

1962 : un référendum initié par le général de Gaulle offre aux citoyens français la possibilité d’élire au suffrage universel le plus haut personnage de la République : son Président. Auparavant, cette responsabilité incombait à un collège de « grands électeurs ». Ce fut le cas pour la première élection de la Ve République, en 1958. Sous la IVe République, seuls deux présidents avaient été élus, en 1947 et 1953, par le Parlement réuni en Congrès.

Tous les 7 ans de 1965 à 2002, puis tous les 5 ans depuis 2002, ce grand rendez-vous des citoyens français avec l’univers de la politique a suscité intérêt, passion, échanges… Les campagnes électorales ont apporté leur lot de coups d’éclats, de petites phrases, de déclarations, de duels, de débats. Elles ont aussi amené sur le devant de la scène médiatique les nombreux candidats qui ont brigué le mandat présidentiel. Certains n’ont brillé que l’espace d’un scrutin, d’autres ont traversé le paysage politique durant plusieurs décennies.

INA


INA | Elections présidentielles 1965

INA | Elections présidentielles 1969

INA | Elections présidentielles 1974

INA | Elections présidentielles 1981

INA | Elections présidentielles 1988

INA | Elections présidentielles 1995

INA | Elections présidentielles 2002

INA | Elections présidentielles 2007

Tzvetan Todorov : « La tentation du Bien est beaucoup plus dangereuse que celle du Mal »

« La tentation du Bien est beaucoup plus dangereuse que celle du Mal » (Le Monde)

Qu’est-ce qui fait qu’un individu s’attache plutôt à des héros bénéfiques ou bien à des héros maléfiques ? La tentation du Mal est-elle aussi puissante que la tentation du Bien ?

T. T. :Pour moi, la tentation du Mal n’existe presque pas, elle est très marginale à mes yeux. Il existe sans doute quelques marginaux ici et là qui veulent conclure un pacte avec le diable et faire régner le Mal sur la Terre, mais de ce point de vue je reste plutôt disciple de Grossman, pour qui le Mal vient essentiellement de ceux qui veulent imposer le Bien aux autres. La tentation du Bien me semble donc beaucoup plus dangereuse que la tentation du Mal.

Je dirais, au risque d’être mal compris, que tous les grands criminels de l’histoire ont été animés par le désir de répandre le Bien. Même Hitler, notre mal exemplaire, qui souhaitait effectivement le Mal pour toutes sortes de populations, en même temps espérait le Bien pour la race élue germanique aryenne à laquelle il prétendait appartenir.

C’est encore plus évident pour le communisme, qui est une utopie universaliste, même si, pour réaliser cette universalité, il aurait fallu éliminer plusieurs segments sociaux de cette même humanité, qui ne méritaient pas d’exister : la bourgeoisie, les koulaks, etc. Les djihadistes d’aujourd’hui ne me paraissent pas animés par le désir de faire le Mal, mais de faire le Bien, par des moyens que nous jugeons absolument abominables.

Pour cette raison, je préfère ne pas parler de « nouveaux barbares ». Parce que la barbarie, qu’est-ce que c’est ? La barbarie n’est pas l’état primitif de l’humanité : depuis les premières traces de vie humaine, on trouve aussi des preuves de générosité, d’entraide. De nos jours, les anthropologues et les paléontologues affirment que l’espèce humaine a su survivre et s’imposer, alors qu’elle n’était pas la plus forte physiquement, grâce à l’intensité de la coopération entre ses membres, lui permettant de se défendre contre les menaces qui la guettaient.

La barbarie, c’est plutôt le refus de la pleine humanité de l’autre. Or bombarder de façon systématique une ville au Moyen-Orient n’est pas moins barbare que d’égorger un individu dans une église française. Cela détruit même beaucoup plus de personnes. Lors des attentats dont Paris a été victime dernièrement, on a sous-estimé l’élément de ressentiment, de vengeance, de représailles, qui était immédiatement mis en avant quand on a pu interroger ces individus ou dans leurs déclarations au moment de leurs actes. Ils n’agissaient pas de façon irrationnelle, puisqu’ils pensaient atteindre les objectifs qui étaient les leurs en tuant indifféremment des personnes qui se trouvaient sur leur chemin : ils voulaient répondre à la guerre par la guerre, ce qui est une logique hélas répandue dans l’histoire de l’humanité.

Qu’est-ce qui fait qu’on bascule du côté de la tuerie au nom d’une idéologie ?

T. T. : Le jugement moral se constitue à plusieurs niveaux successifs. Au départ, la distinction même du Bien et du Mal peut être absente, faute d’avoir entouré le petit être humain par des soins et de l’avoir protégé par des attachements. Le résultat de ce manque est le nihilisme radical. Le deuxième pas dans l’acquisition du sens moral consiste à dissocier l’opposition du Bien et du Mal de celle entre Je et Autrui ou entre Nous et les Autres ; l’adversaire ici est l’égoïsme ou, sur le plan collectif, l’ethnocentrisme. Enfin le troisième degré consiste à renoncer à toute répartition systématique du Bien et du Mal, à ne pas situer ces termes dans une quelconque partie de l’humanité, mais à admettre que ces jugements peuvent s’appliquer aussi bien à nous qu’aux autres. Donc, à combattre le manichéisme du jugement.

A chacun de ces stades peut s’installer la perversité dont on parle. Il n’existe pas deux espèces d’êtres humains, les uns qui risquent de fauter et les autres, dont nous ferions partie, à qui ça n’arrivera jamais. D’un autre côté, si on s’ouvrait à une compassion universelle, on ne pourrait plus vivre, on devrait aider tous les sans-abri, tous les mendiants qu’on rencontre dans la rue et partager avec eux ce qu’on a, or on ne le fait pas et on ne peut le faire – sauf si on est un saint. Il y a une sorte d’équilibre qui doit s’établir entre la protection de soi et le mouvement vers autrui. Mais ignorer l’existence des autres, c’est cesser d’être pleinement humain.

Donc, contrairement à ce que l’on dit souvent, notamment à propos du djihadisme, il faut chercher à le comprendre, et non pas refuser, par principe, l’explication ?

T. T. : Très souvent, ces jeunes qui s’égarent dans le djihad cherchent un sens à donner à leur vie, car ils ont l’impression que la vie autour d’eux n’a pas de finalité. S’ajoute à leurs échecs scolaires et professionnels le manque de cadre institutionnel et spirituel. Quand je suis venu en France en 1963, il existait un encadrement idéologique très puissant des jeunesses communistes et des jeunesses catholiques. Tout cela a disparu de notre horizon et le seul épanouissement, le seul aboutissement des efforts individuels, c’est de devenir riche, de pouvoir s’offrir tel ou tel signe extérieur de réussite sociale.

De façon morbide, le djihad est le signe de cette quête globale de sens. Il est la marque de cette volonté de s’engager dans un projet collectif qui frappe souvent des personnes qui jusque-là étaient en prison pour des petits vols et des menus crimes, mais qui cessent de trafiquer, de boire ou de fumer du haschisch pour être au service d’une doctrine vraie, de ce « Un » dont vous parliez tout à l’heure. Ils sont d’abord prêts à sacrifier la vie d’autrui, mais ensuite la leur aussi.

Y a-t-il des héros ou des contre-récits qui pourraient permettre de structurer davantage leur univers mental ?

T. T. : Oui, je crois beaucoup à cette force du récit, qui est bien plus grande que celle des doctrines abstraites et qui peut nous marquer en profondeur sans que nous en soyons conscients. Ces récits peuvent prendre la forme d’images idéelles, comme Tarzan et Zorro pour Boris Cyrulnik. Mais il y en a beaucoup d’autres encore. Dans mes livres, j’essaie de raconter moi-même des histoires, que ce soit la conquête de l’Amérique ou la seconde guerre mondiale. Mais c’est un travail qui doit se répercuter dans notre culture politique et dans notre éducation.

Dans une classe d’une école parisienne aujourd’hui, on trouve des enfants de quinze origines différentes. Comment, sans rire, leur parler de nos ancêtres les Gaulois ? Je ne pense pas pour autant qu’il faudrait leur enseigner l’histoire ou la mémoire des quinze nationalités qui se retrouvent dans cette classe. On doit leur apprendre une histoire de la culture dominante, celle du pays où l’on se trouve, mais de manière critique, c’est-à-dire où l’on n’identifie aucune nation avec le Bien ou le Mal. L’histoire peut permettre de comprendre comment une nation ou une culture peut glisser et basculer dans le Mal, mais aussi s’élever au-dessus de ses intérêts mesquins du moment et contribuer ainsi à une meilleure vie commune. Bref, sortir du manichéisme qui revient en force aujourd’hui.

Comment expliquez-vous ce qui apparaît comme une déprime collective française ?

T. T. : Pour quelqu’un qui a sillonné plusieurs pays, il y a en France un pessimisme, une déprime, une complaisance excessive à observer le déclin, que je m’explique par le fait qu’au XXe siècle la France est passée d’un statut de puissance mondiale à un statut de puissance de deuxième ordre. Cela conditionne en partie cette mauvaise humeur, constitutive aujourd’hui de l’esprit français.

Pourtant, les attentats et le retour du tragique de l’Histoire sur notre sol ont bel et bien miné le quotidien de chacun… La France serait-elle une nation résiliente ?

T. T. : Je vois paradoxalement quelque chose de positif dans cette situation. Bien sûr, on ne peut se réjouir de l’existence de ces victimes en France. Mais il est salutaire de prendre conscience de la dimension tragique de l’Histoire, de ce que la violence n’est pas éliminée de la condition humaine juste parce qu’en Europe les Etats ne sont plus en guerre les uns contre les autres.

2005 : quand les Français ont dit non à l’Europe

Le 24 juin 2016, les Britanniques ont dit non à l’Europe. Si la Grande-Bretagne est le premier pays à quitter l’Union européenne, il n’est pas le premier à la sanctionner.

Rappelez-vous, il y a 12 ans, le 29 mai 2005, les Français eux aussi ont voté la défiance en disant non au traité de Constitution européenne, non à l’Europe de l’austérité et du libéralisme, à 55%. Ce résultat sonne la fin d’une campagne âpre et clivante.

Placés sous les projecteurs, les tenants du « oui » ont été soutenus par une presse largement acquise au traité alors que les tenants du « non » ont été mis à l’écart des plateaux de télévision et des tribunes des journaux. Malgré cette campagne médiatique partisane, le « non » l’emporte et les Français sont traités de « populistes ».

Trois ans plus tard, faisant fi du vote populaire, Nicolas Sarkozy modifie la constitution et fait voter la loi qui permet de ratifier le traité de Lisbonne, copie conforme de la Constitution européenne rejetée lors du référendum. À droite et comme à gauche, la majorité des parlementaires a contourné le vote du peuple. Ce déni de démocratie marque le début d’une rupture, d’un divorce entre les Français et les élites politiques et médiatiques.

De 2005 à 2016, ce documentaire raconte pourquoi le rejet d’une Europe « libérale » n’a cessé de creuser une fracture démocratique entre deux France, « celle d’en haut et celle d’en bas. » Et comment les promesses non tenues d’une Europe plus sociale ont fait le lit du Front National. Crédité de 15% des voix en 2002, le parti de Marine Le Pen a doublé ses scores électoraux en dix ans…

Un film écrit et réalisé par Elizabeth DrévillonFrance 3

De Gaulle au XXIè siècle

Conférence de Pierre-Yves Rougeyron le 19 décembre 2016 pour la sortie du 19e numéro de Perspectives Libres : De Gaulle au 21e siècle

Sommaire – Dossier : « De Gaulle au XXIème siècle »

  • Dans la vallée du roi – Pierre-Yves Rougeyron
  • De Gaulle : sous la statue, le volcan – Yannick Jaffré
  • Chronique d’un rendez-vous raté : la France gaullienne et l’Espagne franquiste – Nicolas Klein
  • L’amitié et la solitude de la grandeur – Daniel J. Mahoney
  • De Gaulle et l’héritage français de l’Etat directeur – Kees Van Der Pijl
  • Ni capitalisme ni marxisme : la signification chilienne de la visite de Charles de Gaulle – Joaquin Fermandois

Dans la bibliothèque des présidents de la République

Dans la bibliothèque des Présidents – La Fabrique de l’Histoire (France Culture)

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La formation littéraire des présidents

Les orateurs de la Révolution française puisaient à l’envi dans les classiques grecs et latins pour forger leurs discours. Les débats entre Athènes et Sparte, tout comme les discussions du Sénat de Rome, leur semblaient presque contemporains des événements qu’ils vivaient. Cette culture classique, forge de la rhétorique politique, perdura tout au long du XIXeme ainsi qu’une bonne partie du XXeme.

Pour notre première émission consacrée à la culture littéraire et historique des présidents de la République, nous nous attardons sur la figure de l’écrivain-président, la formation rhétorique des élites françaises et son maintien jusqu’au milieu du XXeme siècle.

Intervenants

  • Judith Lyon-Caen : Maître de conférences à l’EHESS, directrice adjointe du CRH, spécialiste des usages sociaux de la littérature dans la France du XIXe siècle.
  • Claire Blandin : Professeure à l’Université Paris 13.
  • Patrick Garcia : Maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise.

Une balade radiophonique dans la bibliothèque de Charles de Gaulle

Une visite de la bibliothèque de Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises en compagnie d’Yves de Gaulle

Intervenants


Georges Pompidou, un président normalien

Troisième volet ce matin de notre semaine dédiée à la bibliothèque des Président. La Fabrique a trouvé ce matin des poèmes, ceux qui ont été assemblés en 1961 par Georges Pompidou dans son « Anthologie de la poésie française ».

Nous parlerons de la passion de ce Président pour Baudelaire, de son interrogation sur la modernité, et de l’usage politique de ce savoir littéraire avec les historiennes Sabrina Tricaud et Emilia Robin.

Intervenants

  • Sabrina Tricaud : Chercheuse au Centre d’histoire de Sciences politiques
  • Emilia Robin : Chercheur associé à l’UMR IRICE,chargée de recherche à l’Association Georges Pompidou.

François Mitterrand, l’amour des lettres

Quatrième et dernier volet de notre semaine consacrée à la bibliothèque des présidents.

Aujourd’hui la formation et le parcours littéraire et intellectuel de François Mitterrand. Qu’y avait-il dans la bibliothèque de François Mitterrand ? Du Saint-John Perse, du Jules Renard, du Chateaubriand et du Lamartine. Mais quoi d’autres encore ? Nous en discutons avec François Hourmant, auteur de « François Mitterrand. Le pouvoir et la plume  » (PUF ).

Intervenants