Longévité, les limites d’une espérance

Longévité, les limites d’une espérance (Le Monde diplomatique – juin 2018)

Une vie toujours plus longue : telle était la promesse des « trente glorieuses », donnant la mesure des progrès sociaux et médicaux acquis depuis la seconde guerre mondiale. Les gains d’espérance de vie forment le socle de nombreuses politiques, notamment du recul de l’âge de départ à la retraite. Pourtant, ils ne sont pas immuables…

En France comme dans la majorité des pays européens, la plupart des prévisionnistes annoncent une augmentation continue de l’espérance de vie à la naissance. Certes, cette croissance serait moins rapide qu’au cours des dernières décennies, mais elle pourrait conduire à une longévité de 93 ans pour les femmes et de 90 ans pour les hommes en 2070, selon le « scénario central » de l’Institut national de la statistique et des études économiques (1). Les projections restent un exercice périlleux (2), compte tenu des nombreuses données inconnues, telles que l’évolution du contexte social et environnemental. Dans le passé, chaque fois que des démographes s’y sont essayés, ils se sont trompés en prévoyant des augmentations inférieures à ce qu’elles furent réellement. Aujourd’hui, ne tomberaient-ils pas dans l’erreur inverse ?

Récemment encore, plusieurs régions du monde ont connu des épisodes d’effondrement de l’espérance de vie, généralement passagers et dus à des bouleversements politiques ou à des maladies qu’on ne savait pas combattre. Cela a été le cas en Afrique de l’Est et du Sud après l’apparition du VIH-sida, mais aussi pour les hommes des pays de l’ancien bloc communiste après la chute du mur de Berlin en 1989. En Russie, il a même fallu attendre 2013 pour que l’espérance de vie masculine retrouve le niveau de 1988 (3). Plus révélateur encore : le fléchissement enregistré aux États-Unis pour les deux dernières années connues (2015 et 2016) et après quatre ans de stagnation (4). En France, on observe déjà un effritement. Après une augmentation assez régulière d’environ trois mois par an de 1980 à 2010, l’espérance de vie n’a progressé en moyenne que d’un mois par an. À compter de 2014, elle plafonne pour les femmes et ne croît que très peu pour les hommes. Alors, quelle courbe faut-il prolonger ?

La baisse de la mortalité va-t-elle se poursuivre, et, si oui, au même rythme ? Pour les deux premières causes de mort — cancers et maladies cardiovasculaires —, on peut le penser. La médecine continue à progresser et permet de guérir de plus en plus de personnes touchées par ces maladies ou de prolonger leur existence. Mais nul ne peut préjuger des avancées à venir, tandis que le nombre de malades augmente.

Qu’en est-il de maladies qui ont commencé à se développer à la fin du XXe siècle et au début du XXIe — ce qui n’est pas un hasard, compte tenu de la modification radicale du mode de vie en quelques décennies ? Trois facteurs principaux ont fortement changé : l’alimentation s’est dégradée, le niveau d’exercice physique a baissé et l’exposition aux polluants chimiques a augmenté. L’impact négatif de ces trois éléments sur la santé ne se manifeste en général qu’au bout de plusieurs dizaines d’années, ce qui explique qu’il ne se traduise pas encore par une augmentation de la mortalité.

Les habitudes alimentaires des Français se sont profondément modifiées pendant la seconde moitié du XXe siècle. Non seulement ils mangent plus, mais la proportion de chaque type de produit consommé a beaucoup évolué. Entre 1960 et 2001, les changements les plus marquants sont l’accroissement considérable des produits transformés (+ 158 % de préparations et conserves de légumes, + 98 % de viandes préparées, + 60 % de confiseries, pâtisseries et boissons sucrées), au détriment des produits frais (— 36 % de légumes frais, — 21 % de fruits frais, — 59 % de produits bruts traditionnels) (5). L’impact de la part croissante des aliments transformés et sucrés s’avère indiscutablement négatif. Cela conduit à une baisse importante des apports de constituants utiles (vitamines, antioxydants) et à une inflation des indésirables (sel, sucre, matières grasses saturées, conservateurs et additifs de toutes sortes). Une étude récente, effectuée sur une cohorte de plus de 100 000 personnes, a conclu qu’une hausse de 10 % de la consommation de produits ultratransformés se traduisait par une augmentation de 12 % des cancers (6).

Par ailleurs, on sait que la sédentarité représente un important facteur de risque de maladies chroniques. Même si on manque d’éléments de comparaison précis avec le passé, on peut affirmer que l’exercice quotidien, notamment pour se déplacer, a considérablement diminué. L’exemple le plus frappant est celui des enfants et des adolescents. Jusqu’aux années 1970, beaucoup rentraient chez eux à midi, à pied ou à vélo, pour déjeuner. Avec la fermeture de nombreuses écoles de village, et plus récemment la crainte des accidents ou des enlèvements, la majorité d’entre eux empruntent aujourd’hui l’autobus ou la voiture, ou mangent à la cantine. En 1982, 60 % des déplacements vers le lieu d’études étaient effectués sans moyen motorisé, mais seulement 36 % en 2008 (7). Par ailleurs, le temps passé devant un écran a fortement augmenté : pour la tranche d’âge 18-44 ans, il était de cinq heures et vingt-six minutes par jour en 2014-2015 (8).

Les effets encore inconnus de la malbouffe, de la sédentarité et des cocktails chimiques

Les dernières enquêtes montrent que le niveau d’activité physique reste très inférieur aux recommandations. Par exemple, seules 5 % des filles de 15 ans atteignent un niveau satisfaisant — alors que le sport est déterminant chez les adolescents pour la solidité des os à l’âge adulte. D’après diverses enquêtes, la moitié des hommes et deux tiers des femmes ne bougent pas suffisamment, ce qui augmente le risque d’obésité, de diabète et de certains cancers. Il a ainsi été démontré que l’activité physique réduit de 58 % le risque de survenue d’un diabète dans une population intolérante au glucose, alors qu’un traitement médicamenteux ne le diminue que de 31 %. Un exercice régulier réduit aussi l’incidence d’accident vasculaire cérébral de 25 %, et d’autant le risque de cancer du côlon.

L’industrialisation généralisée de la production dans tous les domaines s’est traduite par une invasion des produits chimiques dans notre environnement quotidien : pesticides, hydrocarbures, métaux lourds, phtalates, bisphénol A et des milliers d’autres composés jamais évalués. La plupart d’entre eux ont des effets cumulés à très long terme encore mal connus. « On estime que les maladies causées par la pollution de l’air ont été responsables de neuf millions de morts prématurées en 2015, soit 16 % de l’ensemble des morts dans le monde », affirmait la revue The Lancet en octobre 2017 ; mais on ne dispose malheureusement encore que de peu de données sur les conséquences des autres pollutions.

Nul ne peut prédire de façon précise l’impact de l’augmentation de ces trois facteurs de risque. On sait en revanche que la première génération exposée dès la plus tendre enfance à la malbouffe, à la sédentarité et aux cocktails chimiques est née dans les années 1980. Elle est encore trop jeune pour être décimée par les maladies chroniques. Mais prévoir qu’elle pourra massivement vivre après 70 ans relève d’un pari hasardeux, à moins que la médecine ne fasse des progrès fulgurants et ne soit radicalement réorientée vers la prévention.

L’incidence du diabète, maladie qui fait baisser l’espérance de vie, a augmenté de 5,4 % par an dans la période 2006-2009 et de 2,8 % par an dans la période 2012-2015. La France compte 3,3 millions de diabétiques traités médicalement, et probablement 700 000 diabétiques qui s’ignorent. Alors que le tabagisme tend à diminuer chez les hommes, le taux de personnes hospitalisées pour une broncho-pneumopathie chronique obstructive a augmenté, entre 2000 et 2012, de 88,4 % chez les hommes et de 30,5 % chez les femmes (9).

Certaines maladies étaient inconnues ou rares il y a encore cinquante ans. La maladie d’Alzheimer touche aujourd’hui près de 1 million de personnes en France, et celle de Parkinson environ 150 000. On sait que cette dernière n’est pas sans lien avec l’environnement, notamment l’exposition aux pesticides. Le grand public ignorait la stéatose hépatique non alcoolique, ou « maladie du soda », jusqu’à ce que les médias révèlent que le chroniqueur sportif Pierre Ménès en était atteint. Sans symptômes spécifiques, et incurable dans l’état actuel des connaissances, elle toucherait de 20 à 30 % de la population européenne et de 27 à 34 % de la population américaine (10). Il s’agit d’une surcharge du foie en graisses, les malades développant une sorte de foie gras, principalement à cause d’un diabète de type 2, de l’obésité et de l’hypertension. Une étude américaine a conclu que la consommation de plus d’une canette de soda par jour augmentait de 50 à 60 % le risque de la contracter (11).

Déjà, l’espérance de vie en bonne santé (ou sans incapacité) n’augmente plus depuis une dizaine d’années (64,1 ans pour les femmes et 62,7 pour les hommes). Nous passons un nombre croissant d’années de notre vie — vingt et un ans pour les femmes et dix-sept pour les hommes — avec au moins une incapacité. On observe aussi une augmentation constante du nombre de personnes en affection de longue durée, passé de 8,3 millions en 2008 à 10,4 millions en 2015.

Cet état des lieux vaut pour l’ensemble des pays industrialisés, en particulier pour les autres pays européens, dans lesquels la courbe de l’espérance de vie évolue en moyenne comme celle de la France. En revanche, elle varie considérablement selon la catégorie sociale et le niveau de diplôme. En France, les hommes appartenant aux 5 % les plus aisés financièrement peuvent espérer vivre treize ans de plus que les 5 % les moins aisés (12). De même, les diplômés de l’enseignement supérieur vivent sept ans de plus que les non-diplômés. Ces écarts ont plusieurs causes : meilleure hygiène de vie chez les cadres et les diplômés, moindre exposition aux polluants chimiques, meilleur suivi médical — ce qui se traduit par une moindre incidence du surpoids ou de certaines maladies, notamment le diabète, et par une meilleure prise en charge des maladies chroniques. La différence d’espérance de vie entre les quartiers défavorisés et les plus aisés a été bien étudiée dans la ville de Glasgow, en Écosse, où les écarts sont très importants : seize ans pour les hommes et onze pour les femmes (13).

Qu’en conclure pour les prochaines années ? Toute prévision chiffrée serait imprudente, mais l’optimisme qui transparaît dans les discours publics ou les statistiques officielles mérite d’être discuté, et même largement tempéré ; une prise de conscience émerge d’ailleurs chez une partie des consommateurs. Plusieurs tendances de fond, confirmées par des indices récents, laissent penser que l’espérance de vie stagnera bientôt, voire diminuera si nous ne changeons pas rapidement et rigoureusement notre mode de vie. Deux modifications paraissent prioritaires pour prolonger notre existence en pleine capacité de nos moyens : davantage d’exercice physique et une alimentation débarrassée des pesticides comme des transformations et adjonctions délétères (sucres, sel, conservateurs chimiques, etc.).

Claude Aubert – Ingénieur agronome, spécialisé en agriculture biologique.


(1« Projections de population à l’horizon 2070. Deux fois plus de personnes de 75 ans ou plus qu’en 2013 », Insee Première, no 1619, Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), Paris, novembre 2016. Sauf mention particulière, toutes les statistiques de cet article viennent de l’Insee.

(2Dans Espérance de vie, la fin des illusions (Terre vivante, 2006), nous avions un peu vite pronostiqué un plafonnement, puis une diminution de l’espérance de vie dès 2013. Cette date était heureusement erronée.

(3Lire Philippe Descamps, « La Russie en voie de dépeuplement », Le Monde diplomatique, juin 2011.

(4Lire Maxime Robin, « Overdoses sur ordonnance », Le Monde diplomatique, février 2018.

(5« La consommation alimentaire depuis quarante ans. De plus en plus de produits élaborés », Insee Première, no 846, mai 2002.

(6Collectif, « Consumption of ultra-processed foods and cancer risk : results from NutriNet-Santé prospective cohort », British Medical Journal, Londres, 14 février 2018.

(7Corinne Praznoczy, Céline Lambert et Charlotte Pascal, « État des lieux de l’activité physique et de la sédentarité en France. Édition 2017 » (PDF), Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité, Paris, février 2017. Les autres chiffres sont tirés du même document.

(8« INCA 3. Évolution des habitudes et modes de consommation, de nouveaux enjeux en matière de sécurité sanitaire et de nutrition », Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail, Maisons-Alfort, 2017.

(9Michel Vernay, Christophe Bonaldi et Isabelle Grémy, « Les maladies chroniques : tendances récentes, enjeux et perspectives d’évolution », Santé publique, vol. 27, supplément no 1, Laxou, janvier-février 2015.

(10« Stéatose hépatique non alcoolique et stéato-hépatite non alcoolique » (PDF), World Gastroenterology Organisation, Milwaukee, juin 2012.

(11Collectif, « Sugar-sweetened beverages, diet soda, and fatty liver disease in the Framingham heart study cohorts », Journal of Hepatology, vol. 63, no 2, New York, août 2015.

(13Ruairidh Nixon, « Comparisons of aspects of Glasgow’s 56 neighbourhoods » (PDF), Glasgow Centre for Population Health, février 2016. Lire Julien Brygo, « Vivre riche dans une ville de pauvres », Le Monde diplomatique, août 2010.

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Demain, tous myopes ?

Depuis une décennie, la communauté scientifique s’alarme de l’épidémie de myopie qui touche de plus en plus de jeunes. Cette enquête captivante décrypte les causes de cet insidieux fléau et les solutions pour l’enrayer.

La publication, en 2012, d’un article alarmant de l’universitaire australien Ian Morgan, dans la revue The Lancet, a braqué les projecteurs sur un effrayant phénomène : une épidémie de myopie sans précédent.

En Europe, en Russie et en Amérique du Nord, la proportion de personnes ayant une mauvaise vision de loin atteint les 50 %, tandis qu’en Asie ce taux grimpe jusqu’à 65 % de la population (80 % en Chine !). Plus inquiétant encore, les jeunes se trouvent en première ligne : en seulement deux générations, le taux d’enfants myopes a doublé dans certains pays.

Provoquée par une déformation du globe oculaire, qui s’allonge, la myopie est irréversible. Si une paire de lunettes ou de lentilles correctrices, voire une opération chirurgicale au laser peuvent pallier la perte d’acuité visuelle, dans certains cas sévères, la myopie conduit au handicap voire à la cécité.

Sortir du flou

Suivant le travail de plusieurs équipes de chercheurs et de professionnels de l’ophtalmologie en Europe, aux États-Unis et en Asie, ce documentaire éclairant recense les paramètres potentiellement en cause dans cette inquiétante épidémie planétaire.

Outre la génétique et les facteurs environnementaux tels que la généralisation et l’allongement de la scolarité, c’est la sédentarité qui semble être le fond du problème. Parmi les pistes explorées pour freiner la survenue de la myopie chez les plus jeunes, l’exposition, deux heures par jour, à la lumière naturelle apparaît comme l’une des plus encourageantes.

Réalisation : Christophe KilianARTE


Serons-nous de plus en plus myopes ? (France Inter)

Partout dans le monde, la myopie progresse. Quelles en sont les causes et comment combattre ce fléau ? En partenariat avec Arte

Demain, tous myopes, c’est notre thème ce matin avec Arte. Coup de projecteur sur ce qui s’apparente à une épidémie de myopie…Pourquoi de plus en plus d’individus sont touchés partout dans le monde, en Asie notamment?

Pourquoi la vision floue de loin gagne-t-elle du terrain, chez les enfants et les adolescents notamment ?  Quelles sont les principales causes de la myopie ?  Quelles sont les conséquences de cette pathologie à moyen et court terme ?  Quelles sont les solutions chirurgicales ?  Peut-on vraiment prévenir la myopie ?  La myopie devient-elle un atout quand survient la presbytie ?

Pour répondre à ces questions, Ali Rebeihi reçoit :

Drogues et toxicomanie en France : rapport 2017 de l’OFDT

Rapport à l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA) : principales évolutions du phénomène des drogues et des toxicomanies en France (2017)

Le rapport 2017 est composé de 10 cahiers indépendants (workbooks) : Politique et stratégie nationale, Cadre légal, Usages, Prévention, Prise en charge et offre de soins, Bonnes pratiques, Conséquences sanitaires et réduction des risques, Marché et criminalité, Prison et Recherche.

Politique et stratégie nationale

Les grandes orientations stratégiques de la politique française de lutte contre les addictions figurent dans la lettre de mission du 17 octobre 2012. Le gouvernement affirme sa vision pour une démarche globale et la responsabilité de la mise en œuvre des mesures à prendre dans ce domaine est confiée à la présidente de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA).

Sous l’autorité du Premier ministre, la MILDECA est chargée d’assurer la coordination et la mise en place de la politique gouvernementale. Le 19 septembre 2013, le plan gouvernemental de lutte contre la drogue et les conduites addictives 2013-2017 a été adopté lors d’un comité interministériel présidé par le Premier ministre en présence de l’ensemble des ministres concernés. Ce plan prône un approche exhaustive et globale envers l’ensemble des addictions, c’est-à-dire les usages liés aux substances psychoactives, licites ou illicites (stupéfiants, alcool, tabac, médicaments et nouveaux produits de synthèse) et aux autres formes de conduites addictives (jeux d’argent et de hasard, jeux vidéo, dopage).

Le plan 2013-2017 repose sur trois grandes priorités :
1. Fonder l’action publique sur l’observation, la recherche et l’évaluation.
2. Prendre en compte les populations les plus exposées pour réduire les risques et les dommages sanitaires et sociaux.
3. Renforcer la sécurité, la tranquillité et la santé publiques au niveau national et international en luttant contre les trafics et contre toutes les formes de délinquance liées aux consommations de substances psychoactives.

Quatre mesures « phare » du plan 2013-2017 ont été sélectionnées pour l’évaluation externe. La première action évaluée (« Etudiants relais santé ») s’est déroulée en milieu universitaire, et a porté sur l’intervention des étudiants sélectionnés et formés par les services de médecine préventive pour faire de la prévention auprès de ses pairs. Les principales conclusions de l’évaluation portent sur la nécessité d’améliorer la coordination du réseau addictologie au niveau territorial, qui est perçu par les acteurs de la promotion de la prévention en milieu universitaire, comme étant fragmenté et peu coordonné.

La deuxième expérimentation évaluée (« Argent facile ») s’est déroulée auprès des habitants des quartiers sud de Marseille (mères de familles, professionnels, jeunes en insertion et pré-adolescents) et des acteurs locaux (mairie, police, associations de prévention impliquées, etc.). Certaines difficultés de mise en œuvre ont été identifiées en lien avec la jeunesse du dispositif, la complexité de la mission de prévention du trafic et aux divergences de cultures entre les populations impliquées.

Plus récemment, deux autres initiatives ont fait l’objet d’une évaluation : d’abord, le nouveau partenariat entre la MILDECA et la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), mis en place afin de relayer la principale campagne de communication « grand public », inscrite dans le Plan 2013-2017. Puis, deux programmes d’intervention régionaux visant à prévenir et prendre en charge précocement le syndrome d’alcoolisation fœtal, l’un qui s’est déroulé en France métropolitaine et l’autre dans les DOM-TOM.

Un tableau de bord d’indicateurs clés des objectifs du Plan a été mis en place par l’OFDT.

Les orientations de politique publique dans le champ des drogues et des addictions sont fixées par le Comité interministériel de lutte contre les drogues et les conduites addictives, sous l’autorité du Premier ministre. Il est composé de ministres et secrétaires d’État. En amont, la MILDECA est chargée de préparer les décisions du Comité interministériel, puis, de coordonner la politique gouvernementale française en matière de lutte contre les drogues et de prévention des comportements addictifs et de veiller à ce que les décisions du Comité interministériel soient mise en œuvre. Sous l’autorité du Premier ministre, son périmètre d’action comprend la prévention, le traitement, la réduction des risques, l’insertion, le trafic, l’application de la loi et la recherche, l’observation et la formation de ceux impliqués dans les activités de réduction de l’offre ou de la demande. En 2013, la MILDECA a élaboré le Plan gouvernemental de lutte contre la drogue et les conduites addictives actuellement en cours de mise en œuvre. Couvrant le territoire français, un réseau d’une centaine de représentants territoriaux (chefs de projet) assure la cohérence entre les actions de réduction de l’offre et celles de réduction de la demande. Dix-huit d’entre eux sont responsables de la coordination au niveau régional dont treize en métropole.

S’agissant des faits marquants les plus récents en matière d’évolution des politiques publiques, on soulignera que l’année 2017 a connu une forte actualité électorale avec en particulier les élections présidentielles en avril-mai. La campagne électorale a marqué un tournant dans la position de la plupart des candidats des partis majoritaires sur le statut du cannabis. Seule la représentante du Front National (parti d’extrême droite) a prôné le statu quo, les quatre autres principaux postulants à la présidence de la République proposant de réviser la loi de 1970 sur la consommation de stupéfiant, après avoir tiré le constat de l’inefficacité du cadre légal actuellement en vigueur en France pour lutter contre le cannabis.

En matière des débats publics, un fait majeur à souligner a été l’organisation de la première Audition publique sur la réduction des risques et des dommages (RdRD) qui a réuni les principaux acteurs du champ à la fin du printemps 2016. La présentation des données scientifiques par les spécialistes et les chercheurs du champ et les débats ont donné lieu à un rapport d’orientation et de recommandations qui propose quinze propositions d’action concrètes. Elles réaffirment les orientations en matière de réduction des risques et des dommages inscrites de la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016 ainsi que les autres mesures prévues par le Plan gouvernemental 2013-2017.

Le coût social des drogues en France a été estimé par trois fois, en 1996, 2003 et en 2010 (Kopp 2015; Kopp and Fenoglio 2004; Kopp and Fenoglio 2006). La dernière estimation du coût social des drogues a été publiée par l’OFDT en septembre 2015 : ainsi, pour l’année 2010, ce coût s’élèverait à 8,7 milliards d’euros pour les drogues illicites, loin après du montant estimé pour l’alcool (118 milliards) et pour le tabac (122 milliards).

En 2015, le total des dépenses liées aux drogues est estimé à 1,83 milliard d’euros. La contribution de l’État et de l’Assurance maladie représente 0,05 % du produit intérieur brut (PIB), avec 51 % du total pour les initiatives de réduction de la demande, 48 % pour les activités de réduction de l’offre et 1 % des ressources allouées aux activités transversales (recherche, formation, observation, évaluation, coordination et coopération internationale).

Télécharger le workbook 1.1 : Politique et stratégie nationale

Cadre légal

En France, l’usage illicite de toute substance ou plante classée comme stupéfiant est un délit passible de peines allant jusqu’à un an d’emprisonnement et une amende de 3 750 euros (article L.3421-1 du Code de la santé publique – CSP). Les peines encourues peuvent aller jusqu’à cinq ans de prison et une amende de 75 000 € lorsque l’infraction est commise par une autorité publique, une personne chargée d’une mission de service public ou par le personnel d’une entreprise exerçant des fonctions mettant en cause la sécurité du transport. Les personnes coupables de ce délit encourent également, à titre de peine complémentaire, l’obligation d’accomplir un stage de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants, selon les modalités fixées à l’article 131-35-1 du Code pénal.

En dehors des peines prononcées par les tribunaux conformément à l’article L.3421-1 du CSP, un stage de sensibilisation peut être aussi proposé par les procureurs de la République au titre d’une mesure alternative aux poursuites ou d’une procédure simplifiée (composition pénale, ordonnance pénale délictuelle). Dans ce cadre, cette mesure s’adresse tout particulièrement aux usagers occasionnels de stupéfiants qui ne semblent pas présenter de problèmes de santé ou d’insertion sociale. Le stage est applicable à tous les individus de plus de 13 ans. Lorsque les circonstances font apparaître que le mis en cause nécessite des soins, l’autorité judiciaire peut l’enjoindre de se soumettre à une mesure d’injonction thérapeutique (article L.3413-1 du CSP). L’action publique n’est pas exercée lorsqu’il est établi que cette personne s’est soumise, depuis les faits qui lui sont reprochés, à l’injonction thérapeutique (article L.3423-1 du CSP).

Le transport, la détention, l’offre, la cession, l’acquisition ou l’emploi illicites et le fait de faciliter l’usage illicite de stupéfiants sont punis de dix ans maximum d’emprisonnement et de 7,5 millions d’euros d’amende (article L.222-37 du Code pénal). La cession ou l’offre illicite de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnelle est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende mais la peine d’emprisonnement est portée à dix ans lorsque les stupéfiants sont offerts ou cédés à des mineurs, dans des établissements d’enseignement ou d’éducation ou dans les locaux de l’administration, ainsi que lors des entrées ou sorties des élèves ou du public ou dans un temps très voisin de celles-ci, aux abords de ces établissements ou locaux (article L.222-39 du Code pénal). Les peines maximales pour trafic peuvent aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité et une amende de 7,5 millions d’euros (article L.222-34 du Code pénal). La loi française ne fait pas de distinction entre la détention pour usage personnel ou pour trafic, ni selon le produit stupéfiant.

Le cadre de la politique française de lutte contre l’usage et le trafic de stupéfiants figure dans le Code pénal (trafic, détention…) et le Code de la santé publique (notamment les dispositions relatives à l’usage illicite). Les orientations de la politique pénale sont définies par les circulaires des gardes de Sceaux vers une systématisation de la réponse des autorités judiciaires. Ainsi, durant les années 2000, le nombre de procédures pour usage simple a très fortement augmenté ; la réponse qui y a été apportée se caractérise par un recours croissant à la fois aux mesures alternatives aux poursuites et aux condamnations judiciaires.

S’agissant des évolutions législatives récentes, l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté en début d’année la loi de modernisation de notre système de santé. Cette loi affiche un triple objectif : favoriser la prévention, faciliter l’accès aux soins et consolider le système de santé. Outre les mesures concernant l’alcool et le tabac, deux dispositions majeures dans le champ des addictions sont à signaler : l’expérimentation des salles de consommation à moindre risque (SCMR) pour une durée maximale de six ans et l’extension de la pratique des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) aux personnels de structures de prévention ou associatives ayant reçu une formation adaptée.

Il n’existe pas de loi spécifique destinée au contrôle des nouveaux produits de synthèse (NPS). La logique de classement d’un NPS sur la liste des stupéfiants est de type individuel (chaque substance interdite est nommée dans la liste) ainsi que générique : elle « part d’une structure moléculaire de base (pas nécessairement psychoactive) et spécifie les variantes qui seront concernées par l’interdiction » (Martinez 2013).

Télécharger le workbook 1.2 : Cadre légal

Usages de substances illicites en populations générale et spécifiques

Selon les dernières données disponibles datant de 2016, le cannabis reste de très loin la substance illicite la plus consommée, aussi bien chez les adolescents qu’en population adulte, avec 17 millions de personnes à l’avoir déjà essayé (42 % des individus âgés de 18 à 64 ans). En 2014 (dernières données disponibles), la proportion d’usagers récents (dans le mois) atteint globalement 6,3 % et l’usage régulier (au moins 10 fois par mois) 3,1 %.

Parmi les usagers dans l’année de 18 à 64 ans, selon l’enquête Baromètre santé 2014 de Santé publique France1, la proportion de ceux qui présentent un risque élevé d’usage problématique de cannabis (au sens du Cannabis Abuse Screening Test, CAST) est de 21 %, soit 2,2 % de la population française âgée de 18 à 64 ans. C’est d’ailleurs le produit le plus souvent mentionné comme posant problème parmi les personnes reçues dans les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA). Concernant les cannabinoïdes de synthèse, 1,7 % des 18-64 ans déclarent en avoir déjà consommé, un niveau d’usage similaire à celui de l’héroïne ou des amphétamines.

Le cannabis apparaît comme le produit illicite le plus consommé entre 11 et 16 ans et surtout parmi les garçons. En termes d’expérimentation, l’usage du cannabis est très rare à 11 ans, il concerne 5,6 % des 13 ans et 28,3 % des 15 ans (données de l’enquête HBSC 2014), des proportions stables par rapport à 2010. D’après les données de la dernière enquête ESPAD, en 2015, 32 % des élèves âgés de 16 ans ont expérimenté le cannabis au moins une fois au cours de leur vie (29 % des filles et 24 % des garçons), un niveau en baisse par rapport à la précédente enquête ESPAD de 2011 (39 %).

Les usages de cannabis ont augmenté entre 2010 et 2014 et se sont depuis maintenus à un niveau élevé, quelle que soit la tranche d’âge et la fréquence d’usage : cette hausse s’inscrit dans un contexte de net accroissement de l’offre de cannabis en France et notamment de développement de la pratique de l’autoculture et de la production locale d’herbe, tandis que le marché de la résine reste pour sa part très dynamique (voir workbook Marché et criminalité).

La consommation de cocaïne, deuxième produit illicite le plus consommé, se situe bien en deçà et concerne environ dix fois moins de personnes, que ce soit en termes d’expérimentation ou d’usage dans l’année. Toutefois, la part des 18-64 ans ayant expérimenté la cocaïne a été multipliée par quatre en deux décennies (de 1,2 % en 1995 à 5,6 % en 2014), tout comme la proportion d’usagers dans l’année entre 2000 (0,3 %) et 2014 (1,1 %), marquant la diffusion plus large d’un produit autrefois cantonné à des catégories aisées et touchant depuis quelques années l’ensemble des strates de la société. Les niveaux d’expérimentation pour les substances synthétiques telles que la MDMA/ecstasy et les amphétamines sont respectivement de 4,3 % et de 2,3 %. La proportion d’usagers actuels de MDMA/ecstasy a augmenté de manière significative entre 2010 et 2014 (de 0,3 % à 0,9 %) et atteint ainsi son niveau maximal depuis une décennie. Chez les 18-25 ans l’usage de ce produit devance celui de la cocaïne.

Enfin, la prévalence de l’expérimentation de l’héroïne est de 1,5 % pour l’ensemble des 18-64 ans et l’usage actuel apparaît très rare2 (0,2 % des personnes interrogées).

La dernière enquête ENa-CAARUD menée fin 2015 dans les Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques chez les usagers de drogues (CAARUDs) a permis de valider les observations qualitatives du dispositif TREND concernant l’évolution des consommations de cette population d’usagers problématiques, en l’occurrence un report des consommations des usagers les plus précaires vers les produits les moins chers, les médicaments et le crack lorsqu’il est disponible (Cadet-Taïrou et al. 2014; Lermenier-Jeannet et al. 2017).
Dans l’ensemble, la structure des consommations au cours des 30 derniers jours avant l’enquête n’a pas connu de modification importante. Néanmoins, certaines évolutions sont observables depuis 2008. Concernant les opiacés, conformément aux observations qualitatives, l’usage de buprénorphine haut dosage (BHD) diminue de façon régulière (depuis 2010) (40 % vs 35 %), au profit de la méthadone (24 % en 2008 vs 34 % en 2015), davantage prescrite, et du sulfate de morphine, le plus souvent détourné (15 % en 2010, 19 % en 2015). Les consommations de substances codéinées s’élèvent très progressivement depuis 2010, date où elles ont été mesurées pour la première fois (5 % vs 10 %), alors que le niveau d’usage des autres médicaments opioïdes (fentanyl par exemple), interrogé pour la première fois s’élève à 8 %.

Concernant les stimulants, la part des usagers des CAARUD ayant consommé de la cocaïne basée (crack ou free base) poursuit sa progression continue (22 % en 2008, 32 % en 2015). Seuls 5 % des usagers ont consommé du méthylphénidate détourné, mais cette situation est très concentrée géographiquement. On n’observe pas d’évolution concernant les hallucinogènes consommés seulement par un sous-groupe de cette population (15 %).

Par contre, l’usage des benzodiazépines connaît une hausse brutale entre 2012 et 2015 (30,5 % vs 40 %).

Usage de drogues illicites, d’alcool, de tabac et de médicaments

Dans le Baromètre santé de Santé publique France (population adulte) comme dans l’enquête ESCAPAD de l’OFDT (jeunes de 17 ans), la polyconsommation est abordée par le biais de la consommation régulière (au moins 10 usages dans le mois, et tabac quotidien) d’au moins deux des trois produits parmi l’alcool, le tabac et le cannabis, sans qu’il soit possible d’établir s’il s’agit d’usages concomitants. En 2014, une telle pratique demeure peu courante puisqu’elle ne concerne que 9,0 % de la population adulte. Elle atteint son niveau maximal parmi les 18-25 ans, qui sont une des tranches d’âges les plus consommatrices de tabac et de cannabis (13,2 %). La polyconsommation régulière des trois produits est rare, puisqu’elle concerne 1,8 % des hommes et 0,3 % des femmes âgés de 18-64 ans.

En 2014, la polyconsommation régulière d’alcool, de tabac ou de cannabis concerne 12,8 % des adolescents de 17 ans. Le cumul des usages réguliers de tabac et de cannabis est le plus répandu (5,0 %), devançant de peu celui des usages réguliers de tabac et d’alcool (4,5 %). Le cumul des usages réguliers des trois produits concerne pour sa part 3,0 % des jeunes de 17 ans. Entre 2011 et 2014, la polyconsommation régulière a progressé de 3 points. Cette concentration des usages réguliers s’est nettement accentuée chez les jeunes filles, dont la polyconsommation a quasiment augmenté de moitié par rapport à 2011, en passant de 5,8 % à 8,4 %.

Concernant le public reçu dans les consultations jeunes consommateurs (CJC), les consultants venus au titre du cannabis sont aussi consommateurs de tabac (87 % de fumeurs quotidiens) et sujets à une alcoolisation fréquente, voire massive. Ainsi, un consultant sur cinq déclare souvent consommer de l’alcool en vue de parvenir à l’ivresse, surtout parmi les jeunes majeurs (19 % des mineurs, 26 % des 18-25 ans, 16 % des plus de 25 ans). Environ 10 % de ces « consultants cannabis » sont des buveurs réguliers et près d’un quart (22 %) déclare au moins trois alcoolisations ponctuelles importantes (API) dans le dernier mois.

Les consommations d’alcool apparaissent également majoritaires : si 69 % des usagers des CAARUD rapportent avoir consommé de l’alcool au cours du dernier mois, 33 %, soit près de la moitié des usagers récents d’alcool, déclarent avoir consommé l’équivalent d’au moins 6 verres en une seule occasion, tous les jours ou presque au cours de la dernière année (Lermenier-Jeannet et al. 2017).

Télécharger le Workbook 2 : Usages de substances illicites en populations générale et spécifiques

Prise en charge et offre de soins

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Deux dispositifs permettent de dispenser des traitements aux usagers de drogues illicites : le dispositif spécialisé de traitement des addictions (au sein d’établissements médico-sociaux) et le dispositif généraliste (hôpitaux et médecins généralistes). Environ 132 000 personnes ont été prises en charge dans les CSAPA ambulatoires en 2014 pour un problème avec des drogues illicites ou des médicaments psychotropes détournés de leur usage. La prescription des traitement de substitution aux opiacés (TSO) se fait principalement en médecine de ville par les médecins généralistes et leur dispensation a lieu le plus souvent en pharmacie d’officine. En 2016, 151 500 personnes ont reçu un traitement de substitution aux opiacés délivré en officine de ville et 22 900 patients ont eu une dispensation en CSAPA. Sur le plan de l’offre de traitement en ambulatoire, les pouvoirs publics ont développé une prise en charge spécifique aux jeunes usagers par la création des consultations jeunes consommateurs (CJC) en 2004. Il existe à l’heure actuelle environ 540 points de consultation ouverts. Bien qu’il n’existe pas de « programmes » nationaux à destination d’autres groupes cibles, certains CSAPA se sont spécialisés dans une prise en charge adaptée à tel ou tel public (femmes avec enfants, personnes ayant commis une infraction, etc.).

Parmi les personnes prises en charge pour la première fois de leur vie dans le dispositif spécialisé de traitement des addictions, la part des usagers de cannabis tend à augmenter alors que celle des usagers d’opiacés est en baisse. Cette population, dont l’âge moyen a atteint 27 ans en 2015, comprend près de 75 % d’usagers de cannabis et 15 % d’usagers d’opiacés.

En ce qui concerne l’ensemble des usagers entrant en traitement, la répartition suivant les produits apparaît assez stable jusqu’en 2010, avec une légère tendance à la baisse du pourcentage d’usagers de cannabis. La part de ces usagers augmente cependant ensuite fortement et s’établit à 60 % en 2015. L’évolution de la part des usagers d’opiacés est à peu près symétrique à celle des usagers de cannabis.

Par ailleurs, depuis 2013, le nombre de bénéficiaires d’un TSO est stable, après n’avoir cessé d’augmenter depuis l’introduction de ce type de traitement. Le nombre de personnes traitées avec la Buprénorphine haut dosage (BHD) baisse légèrement sur cette période, au profit des patients traités par méthadone, de manière concordante avec les données de ventes de ces médicaments de substitution aux opiacés.

La proportion de nouveaux patients pris en charge pour un problème de cannabis est importante (62 %) et a continué de progresser entre 2015 et 2016, à l’inverse de la part des usagers d’opiacés. Les évolutions en 2016 se situent dans le prolongement des tendances amorcées en 2010-2011.

En 2016, 151 500 personnes ont reçu un traitement de substitution aux opiacés délivré en officine de ville : 95 500 personnes ont eu des délivrances de BHD en pharmacie d’officine (Subutex® ou génériques), 56 000 des délivrances de méthadone et 7 500 des délivrances de BHD en association avec la naloxone (Suboxone®).
De plus, 22 900 patients ont eu une dispensation de médicaments de substitution aux opiacés (MSO) en CSAPA (19 200 de méthadone et 3 700 de BHD) en 2014.

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Conséquences sanitaires et réduction des risques

Le nombre de décès par surdose en 2014 est de 241 chez les 15-49 ans (370 au total) selon le registre général de mortalité (dont le délai de disponibilité des données est de 2 ans). D’après le registre spécifique des décès par surdose (dispositif DRAMES), les médicaments de substitution aux opiacés sont en cause dans 41 % des cas en 2015 et l’héroïne dans 30 %. L’enquête de cohorte mortalité a inclus 1 134 individus, parmi lesquels 955 (soit 84 %) dont le statut vital a été retrouvé en décembre 2015. Pour les hommes, le ratio standardisé de mortalité est de 5,6 ; pour les femmes, il est nettement plus élevé (18,5).

Le nombre de décès par surdose dans le registre général de mortalité est stable chez les 15-49 ans en 2014, par rapport à 2013, après trois années de baisse. Cependant, les fluctuations observées depuis 2011 sont à interpréter avec prudence en raison de changements méthodologiques. Entre 2010 et 2015, les médicaments de substitution aux opiacés sont les principales substances impliquées dans les décès par surdose, devant l’héroïne.

Près de 10 000 passages aux urgences en lien avec l’usage de drogues ont été dénombrés en 2015 en France (réseau Oscour®). Un quart de ces passages sont en lien avec l’usage de cannabis, un autre quart avec la consommation d’opiacés, la cocaïne est en cause dans 7 % des cas, les autre stimulants dans 4 % des cas, les hallucinogènes dans 5 % des cas et enfin les substances en cause sont multiples ou non précisées dans 35 % des cas.

En 2015, la contamination par usage de drogues par voie injectable représente seulement 1,5 % des découvertes de séropositivité au VIH. Le nombre de découvertes de séropositivité VIH liés à l’usage de drogues est stable de 2008 à 2015 après une baisse régulière de 2003 (date de début du suivi de cet indicateur) à 2008. Le nombre de nouveaux cas de sida liés à l’usage de drogues est stable en 2014 après une baisse régulière de 2003 à 2013.

Par ailleurs, entre 2012 et 2015, les prévalences déclarées tant pour le VIH que le VHC sont stables, aussi bien en CAARUD qu’en CSAPA. Cette stabilité marque un arrêt de la baisse de la prévalence du VHC parmi les usagers de drogues par voie injectable (UDI) observée depuis le début des années 2000. Les dernières données de prévalence biologique remontent à 2011. La prévalence biologique du VIH parmi les usagers de drogues ayant injecté au moins une fois au cours de leur vie était alors égale à 13,3 %, la prévalence biologique du VHC dans cette population est de 63,8 %. La séroprévalence de l’AgHBs qui signe une infection chronique par le virus de l’hépatite B est de 2,1 % parmi les hommes usagers de drogues enquêtés à Paris durant la période 2011-2013.

La politique de réduction des risques et des dommages (RDRD) s’adresse à des publics vulnérables dont les pratiques d’usage de substances les exposent à des risques majeurs. Elle s’appuie notamment sur la distribution de matériel stérile à usage unique (seringues, pipes à crack, matériel de sniff, kits d’injection et d’inhalation…) et la diffusion des traitements de substitution aux opiacés. La prévention des pathologies infectieuses repose aussi sur l’incitation au dépistage du VIH et des hépatites B et C ainsi que la vaccination contre le VHB. Une autre finalité majeure de la politique de RDRD est de favoriser l’accès des usagers de drogues aux droits sociaux (logement, formation, emploi…), notamment pour les plus démunis et désocialisés.

Approximativement, 11,3 millions de seringues ont été distribuées ou vendues aux usagers de drogues en France en 2016, chiffre en très légère hausse par rapport à 2008. Les ventes de seringues en pharmacie sous forme de kits d’injection, qui représentent un tiers des seringues distribuées aux usagers de drogues en 2016, ont diminué d’un quart en 5 ans, compensées par la hausse de la distribution en CAARUD, en CSAPA, par les automates et par le programme postal d’échange de seringues.

En France, le niveau de couverture dans la distribution de seringue est au-dessous du seuil défini par l’EMCDDA : la couverture est considérée comme « bonne » à partir de 200 seringues par injecteur et par an. D’après les dernières estimations environ 110 seringues ont été distribuées par injecteur en 2016 en France.

L’expérimentation des salles de consommation à moindre risque (SCMR), inscrite dans la loi de modernisation du système de santé, a débuté à l’automne 2016 à Paris et à Strasbourg.

Des actualisations des recommandations sur la prise en charge des personnes infectées par le VHC ainsi que sur la stratégie de dépistage de l’infection par le VIH incitent à poursuivre et renforcer les actions entreprises dans ce sens en particulier parmi les usagers de drogues injecteurs. En 2014 et 2015, 22 600 patients atteints d’hépatite C chronique ont ainsi été traités par les antiviraux d’action directe. Depuis juin 2016, le traitement de l’hépatite C par les antiviraux d’action directe est pris en charge par l’Assurance maladie à 100 % pour les usagers de drogues qui échangent du matériel (quel que soit leur stade de fibrose).

Concernant la mise en place d’un programme de distribution de la naloxone (antidote aux surdoses opiacées) en France, une spécialité de naloxone par voie nasale a obtenu une autorisation temporaire d’utilisation de cohorte en novembre 2015. Elle est disponible depuis juillet 2016. Les usagers prioritaires sont les personnes détenues à leur sortie de prison ainsi que celles ayant suivi un sevrage des opiacés. Depuis mai 2017, la dispensation des kits de naloxone est aussi autorisée en CAARUD, alors qu’elle était auparavant limitée aux pharmacies hospitalières et CSAPA hospitaliers. La spécialité Nalscue® a obtenu une autorisation de mise sur le marché en juillet 2017.

Un volet médical complémentaire au certificat de décès a été créé en avril 2017. Il est destiné à renseigner les causes du décès lorsqu’elles sont connues plusieurs jours après le décès, comme dans le cas des décès par surdose ayant donné lieu à des investigations médico-légales.

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Marché et criminalité

L’herbe de cannabis est la seule substance illicite dont on observe la production en France. Alors que la culture d’herbe était majoritairement le fait de petits cultivateurs autosuffisants, la situation a commencé à changer, à partir de 2011, avec l’apparition de cannabis factories tenues par le crime organisé et l’investissement de particuliers dans la culture commerciale.

La France, compte tenu de sa position géographique au cœur de l’Europe occidentale, est une zone de transit pour les principales substances illicites (cannabis, cocaïne, héroïne, drogues de synthèse) produites dans le monde. Elle l’est aussi par ses départements d’outre-mer situés sur le continent américain (Guadeloupe, Martinique et Guyane) à proximité des grandes zones de production et de transit de la cocaïne (Colombie, Venezuela).

La résine de cannabis consommée en France provient du Maroc, le plus souvent via l’Espagne tandis que l’herbe de cannabis provient principalement d’Espagne, des Pays-Bas et de Belgique. De nouvelles routes de trafic émergent, par l’intermédiaire de la Libye pour la résine de cannabis et de l’Albanie pour l’herbe de cannabis.

La cocaïne consommée en France provient essentiellement de Colombie. Elle transite essentiellement au sud par l’Espagne et au nord par les Pays-Bas (Rotterdam) et la Belgique (Anvers). Depuis quelques années la cocaïne, transitant par le Vénézuela, puis les Antillles françaises, pénètre sur le continent européen par le port du Havre. Depuis deux ans, le trafic de « mules » empruntant la voie aérienne entre la Guyane et la métropole est aussi en forte augmentation.

L’héroïne consommée en France provient majoritairement d’Afghanistan (héroïne brune) et transite via la route des Balkans (Turquie, Grèce, Albanie). Les Pays-Bas, devant la Belgique, sont la plate-forme principale où les trafiquants français s’approvisionnent.

Les drogues de synthèse (MDMA/ecstasy, amphétamines) consommées en France proviennent également principalement des Pays-Bas.

En 2016, le nombre total de personnes mises en cause pour usage de stupéfiants en France est d’environ 160 000. En dehors de ces infractions pour usage (83 % de l’ensemble), les services de la police et de la gendarmerie ont mis en cause 16 487 personnes pour usage-revente et 13 515 pour trafic-revente sans usage de stupéfiants. En 2010, 90 % des interpellations concernaient l’usage simple de cannabis, 5 % celui d’héroïne et 3 % celui de cocaïne.

Le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017 (MILDT 2013), et sa déclinaison dans le Plan d’actions 2016-2017 (MILDECA 2016), comprend un axe relatif à l’intensification de la lutte contre le trafic, avec les objectifs principaux suivants : Agir en amont des trafics : notamment en renforçant la coopération internationale et les capacités de contrôle, et en mutualisant les renseignements ; en renforçant la lutte contre le blanchiment des capitaux illicites et l’approche patrimoniale des enquêtes judiciaires ; en intensifiant la lutte contre la cannabiculture ; en accroissant la surveillance de l’utilisation du vecteur Internet et la lutte contre l’offre de produits illicites en ligne; en coupant les routes du trafic international de cannabis et de cocaïne en Méditerranée et dans la mer des Antilles.

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Prison

Au 1er janvier 2016 la France comptait 187 établissements pénitentiaires comprenant 58 561 places de détention « opérationnelles ». Avec 66 678 détenus, la France présente une densité carcérale d’environ 114 détenus pour 100 places. Les études menées il y a une dizaine d’années montraient qu’un tiers des nouveaux détenus déclaraient une consommation prolongée et régulière de drogues illicites au cours des douze mois précédant l’entrée en prison. Environ 11 % des détenus déclarant une utilisation régulière de drogues illicites consommaient plusieurs produits avant l’incarcération. La dépendance concernait 10 % des personnes détenues, mais le nombre global d’usagers problématiques de drogues (PDU) n’est pas chiffré en France. La pratique de l’injection apparaissait importante chez les entrants en prison : au cours de l’année précédant l’incarcération, 2,6 % d’entre eux étaient concernés en 2003. Peu d’études fournissent des données sur la consommation intra-carcérale. Les seules enquêtes récentes sur le sujet ne fournissent que des données préliminaires. Les personnes détenues sont plus touchées par les maladies infectieuses que la population générale : bien qu’en recul, les prévalences d’infection du VIH varient selon les sources, entre 0,6 % et 2,0 % (3 à 4 fois plus qu’en population générale), tandis que celles du VHC se situent entre 4,2 % et 6,9 % (4 à 5 fois plus).

Depuis 1994, le ministère de la Santé est responsable de la santé en prison. La prise en charge des addictions en milieu carcéral repose sur un système triple : les unités de consultations et de soins ambulatoires (UCSA – devenues unités sanitaires en milieu pénitentiaire : USMP) chargées de la santé somatique des personnes détenues ; les SMPR (services médico-psychologiques régionaux), implantés dans chacune des régions françaises, prennent en charge les toxicomanes du point de vue de la santé mentale dans les établissements où il n’y a pas de centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) pénitentiaire ; enfin, des CSAPA en milieu pénitentiaire interviennent dans les 16 plus gros établissements de France (couvrant environ un quart de la population incarcérée). Par ailleurs, un CSAPA référent est désigné pour chaque établissement pénitentiaire afin de permettre un accompagnement des personnes détenues ayant des problèmes d’addiction, particulièrement à leur sortie de prison.

Pour garantir l’application des mesures de réduction des risques, deux principaux outils de prévention des maladies infectieuses sont mis en œuvre au sein des établissements pénitentiaires depuis 1996. Tout d’abord une personne détenue suivant un traitement de substitution aux opiacés (TSO) doit pouvoir non seulement continuer son traitement en prison mais aussi initier un traitement si elle le souhaite. En complément de la substitution, les établissements pénitentiaires proposent des outils de prévention et de décontamination pour lutter contre le VIH et les hépatites.

Depuis 2009, différents textes proposent d’intensifier les mesures de réduction des risques en prison. Les principaux axes d’amélioration concernent le renforcement de la couverture et du rôle des CSAPA référents, la systématisation des tests de dépistage, et l’accès généralisé à l’ensemble des mesures de réduction des risques existantes, y compris les programmes d’échange de seringues. La loi de modernisation de santé de 2016 réaffirme ces ambitions. Son décret d’application est attendu pour fin 2017, début 2018.

Le rapport sur l’évaluation des politiques interministérielles d’insertion des personnes confiées à l’administration pénitentiaire par l’autorité judiciaire paru en juillet 2016 émet un certain nombre de préconisations concernant la réinsertion des détenus présentant des conduites addictives :
– la multiplication des programmes alternatifs à la détention en cas de commission de délits liés aux addictions sur le modèle du dispositif de Bobigny.
– le développement des unités thérapeutiques en détention dédiées à la lutte contre les addictions à l’instar des programmes existants à l’étranger, sur le modèle de l’unité de réhabilitation pour usagers de drogues (URUD), mise en œuvre à titre expérimental dans un établissement pour peine, dont l’OFDT est en charge de l’évaluation.
– la systématisation d’un programme de traitement et de suivi à l’issue de la période de détention pour toute personne souffrant d’addictions.

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Ondes magnétiques, une pollution invisible

Ondes magnétiques, une pollution invisible (Le Monde diplomatique, février 2017)

Alors que la société industrielle générait des nuisances perceptibles à l’odorat ou à la vue, la pollution électromagnétique de la société de l’information est invisible et inodore. Pourtant, on ne peut négliger les effets de l’usage massif tant des moyens de télécommunication — en particulier le téléphone portable — que des infrastructures et des équipements électriques.

Olivier Cachard – Professeur de droit à la faculté de Nancy, Institut François-Gény. Avocat, auteur de l’ouvrage Le Droit face aux ondes électromagnétiques, LexisNexis, Paris, 2016.

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Si l’utilisation des ondes n’est pas nouvelle, les techniques employées et l’échelle de leur déploiement nous ont fait basculer dans un nouvel âge, qui pousse à l’usage jusqu’à saturation du spectre hertzien (1). Il n’est pas exagéré d’y voir l’exploitation d’une ressource naturelle limitée, puisque, en un point donné et sur une bande de fréquence donnée, les lois de la physique restreignent la possibilité d’émettre des signaux, sous peine d’interférences. Les États perçoivent une rente hertzienne lorsqu’ils attribuent des autorisations d’utilisation de fréquences aux opérateurs de télécommunications. Avec la généralisation de la téléphonie et de l’Internet mobiles, les enjeux économiques, financiers et stratégiques deviennent considérables.

Sur ces nouveaux marchés, une doctrine répandue soutient qu’il faut offrir aux opérateurs, dans un premier temps du moins, une exemption de responsabilité pour leur permettre d’asseoir leur position. Ainsi, la directive européenne sur le commerce électronique avait donné aux fournisseurs d’accès et d’hébergement une immunité quant aux contenus véhiculés. Peut-on, de façon analogue, se satisfaire d’une telle irresponsabilité pour des opérateurs exposant la population à des ondes électromagnétiques dont l’innocuité n’est pas démontrée ?

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) (2) a classé les champs électromagnétiques hyperfréquences (téléphonie, liaisons radio type Wi-Fi ou Bluetooth) dans la catégorie « peut-être cancérigènes pour l’homme » (groupe 2 B) (3). Cette classification conduit à surveiller de près l’association entre l’utilisation des téléphones portables et le risque de cancer. Plusieurs études de grande ampleur sont en cours. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il existe des signes d’un lien entre une exposition de longue durée aux ondes électromagnétiques et certains cancers. C’est notamment la conclusion d’une analyse de onze études épidémiologiques de long terme chez de grands utilisateurs de téléphones portables (4). Dans deux décisions remarquées, la juridiction administrative allemande (5) et la Cour de cassation italienne (6) ont reconnu l’existence d’une maladie professionnelle liée à l’exposition aux ondes électromagnétiques, respectivement pour un radariste et un cadre faisant un usage intensif de son téléphone portable. D’autres études avaient auparavant montré un lien entre l’exposition de longue durée aux champs électriques basses fréquences des lignes à haute tension et l’apparition d’une tumeur maligne (7). Le CIRC avait ainsi classé ces champs d’extrêmement basses fréquences dans le groupe 2 B dès 2002 (8).

Par ailleurs, aux côtés du syndrome d’hypersensibilité chimique multiple (MCS), déjà reconnu par la classification internationale des maladies de l’OMS, émerge un syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques, ou électrohypersensibilité (EHS). Souvent décrit comme résultant d’une exposition durable à des niveaux élevés d’émissions, ce syndrome rend ensuite les sujets atteints par l’EHS vulnérables à des niveaux d’émissions plus faibles (9). Au-delà des symptômes décrits par les patients, l’équipe du professeur Dominique Belpomme a mis en évidence des outils de diagnostic reposant sur les marqueurs biologiques et l’imagerie médicale (10). Si les agences sanitaires ne reconnaissent pas de lien de cause à effet, le caractère potentiellement invalidant de ce syndrome n’est pas contesté, et il est de mieux en mieux pris en compte par divers pays.

Un essor encore récent

Les citoyens aspirent à ce que les choix politiques relatifs à l’environnement et à la santé soient débattus sur la base d’une information honnête et vérifiée. Or, à ce jour, trois obstacles ralentissent l’émergence d’un consensus sur la nocivité des ondes électromagnétiques. Le premier est la fragmentation des disciplines scientifiques concernées. L’étude des ondes appartient au domaine de la physique, mais celle de leurs effets sur le corps humain relève à la fois de spécialités médicales (neurologie, médecine interne, immunologie, génétique, épigénétique…) et de spécialités de la biologie. La constitution de réseaux internationaux de chercheurs, avec, par exemple, la publication des études de référence du réseau BioInitiative, permettra de surmonter cette difficulté. Deuxième obstacle : le franchissement des étapes de la preuve scientifique. Au lien associatif entre l’exposition et la maladie doivent succéder les études toxicologiques, puis les études biologiques. Or l’extension des réseaux de téléphonie mobile et l’essor des objets connectés étant encore récents, peu d’études ont pour le moment été conduites sur une exposition de longue durée.

Troisième obstacle, enfin : les conflits d’intérêts qui entachent la recherche dite « fondamentale ». Certaines équipes françaises ou étrangères reçoivent le soutien direct ou indirect (à travers des fondations-écrans) de grands opérateurs de la société de l’information. Cela peut conduire, non pas à une falsification directe des résultats, mais, plus subtilement, à l’introduction d’un biais dans l’hypothèse de recherche, ou à une orientation partisane des méthodes employées. En témoigne le très faible nombre d’études consacrées aux effets biologiques de l’exposition de longue durée, qui sont potentiellement les plus sérieux, par contraste avec l’effet thermique de l’exposition de courte durée — qui réchauffe les tissus —, dont il est admis qu’il est très limité. La recherche scientifique n’est pas toujours poursuivie pour elle-même ou dans l’intérêt général ; des groupes d’intérêts qui la perçoivent comme un facteur de légitimation tentent de l’accaparer.

On peut donc douter de la pertinence des études conduites par certaines agences nationales qui, placées sous la tutelle directe de l’État, ne disposent pas d’un vivier de chercheurs publiant dans le vaste domaine où elles prétendent exercer une expertise. Tenir une comptabilité des études concluant à l’innocuité des ondes électromagnétiques et de celles concluant à leur nocivité ne fait pas avancer la science et ne renseigne pas les gouvernants. Il conviendrait plutôt que des chercheurs ayant directement travaillé sur ce sujet, hors de toute suspicion de conflits d’intérêts, fournissent un travail qualitatif d’information des gouvernants.

En France, c’est pour des nuisances nouvelles, comme celles générées par les ondes électromagnétiques, que le principe de précaution a d’abord été consacré dans le code de l’environnement, avant d’être élevé au rang de norme constitutionnelle dans l’article 5 de la Charte de l’environnement, en 2004. Aujourd’hui, pourtant, le principe de précaution subit des attaques systématiques qui entretiennent sciemment la confusion entre des préjudices individuels circonscrits — effectivement réparables par le droit de la responsabilité — et le risque d’un dommage de masse, qui relève véritablement du principe de précaution. Il convient donc de veiller à sa mise en œuvre par les autorités publiques, faute de quoi la responsabilité de l’État pourrait être engagée. En matière de champs électromagnétiques, on peut juger préoccupantes les conditions sulfureuses dans lesquelles ont été adoptées les limites réglementaires d’exposition.

Le décret relatif aux valeurs limites d’exposition du public aux champs électromagnétiques a été pris le 3 mai 2002, entre les deux tours de l’élection présidentielle, en l’absence de toute concertation et en court-circuitant le ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement, l’écologiste Yves Cochet. Le texte s’est borné à reprendre des normes techniques non obligatoires, elles-mêmes fondées sur une recherche déjà obsolète, relative aux seuls effets thermiques liés à l’exposition à court terme. Contrairement à une croyance répandue (et entretenue), ces seuils élevés ne résultent nullement d’une politique concertée de santé publique, mais traduisent des choix principalement industriels. En pratique, ces seuils, déjà très contestables il y a vingt ans, assurent une confortable immunité aux opérateurs de télécommunications.

En outre, le rang modeste des décrets dans la hiérarchie des normes suscite une double interrogation. D’abord, pourquoi le pouvoir exécutif, pourtant soumis au principe de précaution, n’a-t-il pas pris l’initiative de revoir ces valeurs limites d’exposition, ce qu’il pouvait faire très facilement ? Et pourquoi les juridictions, dans l’appréciation souveraine des faits qui leur appartient, s’en tiennent-elles encore à ces valeurs contestables, sans prendre en considération les valeurs d’orientation plus protectrices de la santé humaine reconnues dans d’autres États ?

En faisant primer l’objectif d’une faible exposition aux champs électromagnétiques sur celui du développement des réseaux numériques, la loi du 9 février 2015, dite loi Abeille, pourrait permettre de dépasser les débats que suscite toujours, et dans tous les domaines, la fixation arbitraire des valeurs limites. En effet, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), désormais chargée de veiller à un « niveau élevé de protection de l’environnement et de la santé de la population », devrait ainsi cesser de n’être qu’une autorité de régulation du marché concurrentiel des télécoms pour contribuer à la protection de la santé publique. Quant à l’Agence nationale des fréquences (ANFR), qui n’est pas une autorité administrative indépendante mais un établissement public administratif, elle est chargée de rechercher les « points atypiques », c’est-à-dire « les lieux où le niveau d’exposition du public aux champs électromagnétiques dépasse substantiellement celui généralement observé au niveau national ». Le recensement de ces points constitue un progrès car, même si le niveau d’immission (rayonnement mesuré là où se trouve le sujet exposé) y est anormalement élevé, il se trouve toujours au-dessous des valeurs limites… Il reste que, en dépit de ces progrès, plusieurs contradictions et anomalies subsistent.

D’abord, la « République numérique » est plus centralisatrice que jamais. En décidant que l’appréciation de l’installation des antennes-relais par rapport au principe de précaution relevait de la police spéciale assumée par les autorités nationales, la jurisprudence du Conseil d’État a, pour une large part, confisqué ce pouvoir aux maires. Cette reprise en main contredit directement l’ambition d’une décentralisation. La loi Abeille a tenté d’y remédier et de réintroduire la concertation locale. Mais, dans les faits, au plus proche des sources d’émissions, le décret d’application n° 2016-1106 du 11 août 2016 prévoit qu’il faudra se contenter d’une instance de concertation départementale composée de membres tous nommés par le préfet.

Des salariés plus exposés

Ensuite, le sort réservé aux travailleurs inquiète à plus d’un titre. En ce qui concerne les champs électromagnétiques hyperfréquences, les valeurs limites d’exposition sont deux fois plus élevées que celles applicables au public. Les salariés sont en effet présumés mieux informés des risques par leur encadrement que la population générale, et mieux protégés par les pictogrammes ou les périmètres de sécurité. Or le contentieux émergent semble indiquer le contraire. Et les médecins du travail, qui jouent un rôle décisif dans la défense des salariés, ne sont eux-mêmes formés ni à l’analyse des risques liés aux ondes électromagnétiques ni au diagnostic des nouvelles pathologies telles que l’électrohypersensibilité. Un nouveau décret, entré en vigueur en janvier, a le mérite d’imposer à l’employeur une évaluation des risques et des mesures de prévention. Les partenaires sociaux ne devraient-ils pas se saisir de cette question ?

Enfin, dans une économie libérale, il est paradoxal que ne soient respectés ni le libre choix du consommateur sur un marché prétendument ouvert ni les prérogatives du propriétaire. Le déploiement forcé des compteurs dits « intelligents », de type Linky, par certains sous-traitants des entreprises assurant la gestion des réseaux est contraire au droit. Compte tenu de leur utilisation des ondes électromagnétiques et de leurs nouvelles finalités (collecte de données personnelles, action extérieure sur l’installation du consommateur), ces dispositifs ne devraient plus être désignés comme de simples compteurs. Tant les communes que les abonnés peuvent faire valoir de solides arguments juridiques pour s’opposer, s’ils le souhaitent, à ce nouveau mode de distribution et de consommation. L’une des vertus de la libéralisation n’est-elle pas censée être la différenciation de l’offre ?

La régulation des champs électromagnétiques constitue donc un enjeu de société en même temps qu’un aspect crucial du droit de l’environnement, du droit de l’énergie et du droit des télécoms. Dorénavant, dans le débat public sur les ondes, il faudra compter avec les associations, les partenaires sociaux et les riverains — sans oublier les juristes ! Et le spectre de la déconnexion ou du recul technologique ne doit plus être brandi, alors que, précisément, des normes plus exigeantes et plus protectrices seraient une incitation puissante au progrès technique.


(1) Ondes radioélectriques utilisées pour la transmission de signaux (sons, images, données) et dont la fréquence est inférieure à celle de la lumière visible.

(2) Le CIRC (en anglais International Agency for Research on Cancer, IARC) est une agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé basée à Lyon.

(3) « Non-ionizing radiation, part 2 : Radiofrequency electromagnetic fields » (PDF), IARC Monographs on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, vol. 102, Lyon, 2013.

(4) Collectif, « Cell phones and brain tumors : A review including the long-term epidemiologic data », Surgical Neurology, vol. 72, no 3, Amsterdam, septembre 2009.

(5) Tribunal administratif fédéral d’Allemagne, Leipzig, arrêt du 10 avril 2014.

(6) Cour suprême de cassation italienne, Rome, arrêt du 10 octobre 2012.

(8) « Non-ionizing radiation, part I : Static and Extremely Low Frequency (ELF) Electric and Magnetic Fields », IARC Monographs on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, vol. 80, 2002.

(9) Dominique Belpomme, Comment naissent les maladies… et que faire pour rester en bonne santé, Les Liens qui libèrent, Paris, 2016.

(10) Dominique Belpomme, Christine Campagnac et Philippe Irigaray, « Reliable disease biomarkers characterizing and identifying electrohypersensitivity and multiple chemical sensitivity as two etiopathogenic aspects of a unique pathological disorder » (PDF), Environmental Health, vol. 30, no 4, Londres, 2015.

Cholestérol, le grand bluff

Comment le cholestérol a été érigé en coupable idéal des maladies cardio-vasculaires par une série d’approximations scientifiques. Un dogme dont un nombre croissant de chercheurs dénoncent les dangers.

Le cholestérol, que tout un chacun se représente comme un excès de mauvaise graisse dans l’organisme, est désigné à la vindicte médicale et populaire depuis les années 1950 comme responsable des maladies cardio-vasculaires qui terrassent jeunes et vieux avant l’heure.

Or, un nombre croissant de chercheurs en médecine dénoncent ce qu’ils considèrent comme un vaste mensonge, façonné à la fois par une série d’approximations scientifiques et par de puissants intérêts économiques, de l’industrie agroalimentaire d’abord, des laboratoires pharmaceutiques ensuite.

Les facteurs avérés de risque, affirment ces recherches convergentes, sont en réalité le tabac, l’hypertension, l’obésité et le manque d’exercice. Mais depuis la mise sur le marché, en 1993, de nouveaux traitements anticholestérol, les statines, une écrasante majorité de médecins mise sur leur prescription avant toute autre mesure préventive.

Consommées par 220 millions de patients à travers le monde, les statines sont devenues en quelques années le médicament le plus vendu dans l’histoire de la médecine. Or, les fabricants eux-mêmes commencent à reconnaître qu’elles peuvent entraîner des effets secondaires graves, tels que des douleurs musculaires, des problèmes hormonaux, des pertes de mémoire, des dépressions et aussi, selon des études récentes, le déclenchement d’un diabète. Une reconnaissance tardive qui, étrangement, intervient alors que les derniers brevets en la matière tombent dans le domaine public et qu’une nouvelle molécule anticholestérol s’annonce.

Pour démonter ce qui a constitué pendant plus d’un demi-siècle un dogme inattaquable, Anne Georget donne la parole à une quinzaine de spécialistes – chercheurs en médecine, cardiologues, journalistes médicaux, nutritionnistes… – qui expliquent à la fois ce que l’on sait du cholestérol et réfutent, études à l’appui, ce qu’ils estiment être des conclusions scientifiques biaisées.

Ainsi le physiologiste américain Ancel Keys, qui, le premier, avait attribué à la surconsommation de graisses saturées la stupéfiante épidémie d’accidents cardio-vasculaires survenue dans les années 1950 dans certains pays occidentaux, a-t-il délibérément passé sous silence les contre-exemples statistiques. Tandis que les études cliniques des statines ont été financées à 80 % par les laboratoires qui avaient le plus intérêt à ce qu’elles s’avèrent positives. Dense et documentée, une roborative enquête à décharge.

Source : Arte

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Et s’il n’y avait pas de lien avéré entre cholestérol élevé et maladies cardio-vasculaires ? Et si, par conséquent, tous les traitements développés pour faire baisser notre taux de cholestérol étaient inutiles, coûteux, voire… dangereux, comme le prétendent certains ?

Un débat entre deux éminents cardiologues : Michel de Lorgeril et Ulrich Laufs.


« Cholestérol, le grand bluff » : le doc qui défie la doxa

Le cholestérol serait le grand responsable des maladies cardio-vasculaires. Un consensus auquel s’attaque le documentaire d’Arte “le Grand Bluff”, témoignages de scientifiques à l’appui.

Incroyable, et pourtant : la théorie du cholestérol qui bouche les artères est contestée par des gens très sérieux. En 2013, “le Nouvel Observateur” mettait ce sujet en une en relayant leurs arguments et les informations sur la toxicité des statines, puissants réducteurs du cholestérol. Sur ces questions, “Que choisir Santé” sonne le tocsin régulièrement. L’an dernier, Bruno Timsit enquêtait pour France 5 et découvrait “une réalité tout autre” que celle véhiculée par la doxa. Idem pour Anne Georget qui présente ce mardi, sur Arte, un travail d’investigation de trois ans et conclut à une possible erreur de diagnostic depuis plus d’un demi-siècle.

Culpabilité du cholestérol

Pour comprendre, la documentariste a remonté le temps jusque dans l’Amérique des années 1950 où une épidémie d’arrêts cardiaques fait des ravages. Un nutritionniste de renom, Ancel Keys, va mener l’étude dite “des 7 pays”, qui s’ajoute à celle de “Framingham”. Toutes deux établissent la culpabilité du cholestérol.

Le monde entre en guerre contre la molécule. Le problème, c’est qu’à chaque fois qu’un chercheur indépendant revisite ces études et celles, nombreuses, qui sont venues, depuis, les renforcer, son immersion se termine toujours par les mêmes conclusions sidérantes. Rien de sérieux scientifiquement n’établit de lien de cause à effet entre le taux de cholestérol et l’athérosclérose (artère obstruée).

L’idée qu’il existe un “mauvais” cholestérol est absurde. Plus fou encore : sauf dans des cas – très rares – de dysfonctionnement, le corps véhicule exactement le taux de cholestérol dont il a besoin : diminuer dans l’organisme une molécule aussi vitale est un non-sens biologique qui met la santé en péril.

Autour du chercheur danois Uffe Ravnskov, les contestataires venus de tous pays se regroupent depuis 2003 dans l’association The International Network of Cholesterol Skeptics (Thincs). Leur parole est peu relayée car deux superpuissances ont bâti leur empire sur le cholestérol ennemi : l’industrie agroalimentaire, en diabolisant les graisses saturées de type beurre pour les remplacer par des graisses chimiquement modifiées (les acides gras “trans”) et accessoirement néfastes pour l’organisme ; et l’industrie pharmaceutique avec la politique mondiale en faveur d’un cholestérol abaissé qui représente le plus gros marché de toute l’histoire du médicament, avec 250 millions de personnes sous statines et un chiffre d’affaires annuel de plus de 25 milliards de dollars.

Aidée de scientifiques américains comme John Abramson, Cristin Kearns ou Beatrice Golomb, présents dans ce film, Anne Georget montre que toute tentative pour expliquer autrement que par le cholestérol les plaques d’athérome dans les artères est toujours piétinée. Kilmer McCully, à l’université du Massachusetts, a publié dès 1969 un article sur le rôle de l’homocystéine (un acide aminé) dans la composition des plaques, estimant le rôle du cholestérol bien secondaire. Aujourd’hui retraité, il raconte avoir alors reçu 400 demandes de reproduction de l’article avant d’être “blackboulé” par sa hiérarchie, déménagé dans un vieux bâtiment et un bureau sans fenêtre.

L’horrible toxicité” des statines

“Est-ce le gras ou le sucre qui cause les maladies cardiaques ?”, titrait, à la même époque, le “New York Herald Tribune” au sujet d’une étude qui mettait le sucre (raffiné) en accusation. L’industrie sucrière a alors pesé de tout son poids pour braquer l’attention sur le seul cholestérol et disqualifier les travaux établissant un lien entre sucre et accidents cardiovasculaires. Inaudible aussi, la voix de George Mann qui observa que les Masai du Kenya, en dépit d’une alimentation hyper riche en viande et en lait et un taux de cholestérol élevé, ne faisaient guère d’infarctus.

On écoutera également le vaillant Michel de Lorgeril, docteur en médecine et chercheur au CNRS de Grenoble, qui réfute la théorie depuis vingt ans et tient une chronique dans un blog dédié au “cholestérol delirium”. Il travaille aussi sur “l’horrible toxicité” des statines – diabète, empoisonnement des mitochondries (centrales énergétiques de la cellule) et des muscles, perte de vitalité, entre autres (1). Pour ce chercheur, il ne fait aucun doute qu’en diminuant dans le cerveau le cholestérol nécessaire à la myéline qui borde les neurones, on retire une molécule protectrice contre Alzheimer.

(1) “L’Horrible Vérité sur les médicaments anti-cholestérol : comment les statines empoisonnent en silence” (Thierry Souccar Editions, 2015).

Source : Le Nouvel Obs, Anne Crignon, 18-10-2016

Industrie agro-alimentaire : business contre santé


Cash investigation – Industrie agro-alimentaire : business contre santé

Pourquoi le jambon est-il rose ? Pourquoi a-t-il la réputation d’être bon pour les enfants ? Elise Lucet révèle les recettes inavouables des géants de l’agroalimentaire. De la Bretagne au Danemark en passant par la Californie et le Wisconsin, pendant un an, une équipe a avalé les kilomètres, en avion, en voiture et en caddy pour déterminer comment ces mastodontes de l’assiette pèsent sur les décisions de santé publique, à leur avantage. Elise Lucet prolonge l’enquête avec des experts et des responsables politiques.

Le secteur de l’industrie agroalimentaire pèse 170 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an. Rien qu’en France ! C’est dire si cette industrie a du poids, des réseaux et de l’influence…

Des révélations sur les guerres secrètes de l’industrie agroalimentaire

Pour lutter contre le fléau de l’obésité, le gouvernement français veut par exemple simplifier et rendre plus lisibles les étiquettes des produits alimentaires. « Cash Investigation » met au jour les méthodes des industriels pour torpiller ce projet. Cette guerre, où tous les coups sont permis, se livre partout dans le monde. Dans le viseur de l’industrie : les politiques mais aussi les chercheurs. Les géants de l’agroalimentaire n’hésitent pas à payer des scientifiques pour défendre leurs intérêts.

Et quand l’argent ne suffit pas, les méthodes sont plus brutales. Manipulés ou décrédibilisés, des chercheurs français ou américains en ont été les victimes. Leur tort : avoir réalisé des études qui pointaient les dangers d’un produit pour la santé des consommateurs. Si vous aimez les enquêtes de « Cash Investigation » dans le monde merveilleux des affaires, vous allez adorer celle-ci, avec ses révélations sur les guerres secrètes de l’industrie agroalimentaire…

« Industrie agroalimentaire : business contre santé », un film de Sandrine Rigaud avec Guillaume Coudray

France 2

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